|


















-
|
|
Anarchisme -
Dépsychiatrisation -
Folie - Humanité -
Document
Anarchisme
- Titre : Anti-psychiatrie, psychanalyse et
anarchisme
- Auteur : Philippe Garnier
- Source :
http://1libertaire.free.fr
-
- (Extrait) - Bon, voilà en guise d’introduction. Je
voudrais dire maintenant un deuxième point par rapport à ce qu’a dit
Foucault. Foucault, comme vous le savez bien sûr, a montré que l’hôpital
psychiatrique, au même titre que la prison, était un lieu d’enfermement
des gens. Il est même allé jusqu’à dire que la prison était le paradigme
de la société, que c’est l’exemple même de la société, reprenant des
idées de J. Bentham par exemple sur le fait que la société idéale
devrait être une pure transparence, où chacun saurait tout sur tout et
surtout sur tout le monde. C’est l’horreur absolue ! Donc Foucault a
montré que l’H.P était un lieu d’enfermement – c’était à l’époque une
évidence – mais il n’a pas suffisamment, à mon avis, approfondi sa
question en restant sur un plan strictement sociopolitique. Par contre,
Gladys Swain, dans un livre qui s’appelle « dialogue avec l’insensé » ,
qui est un livre remarquable, a essayé, non pas de contredire Foucault,
mais d’aller plus loin. Elle a mis en évidence une chose tout à fait
intéressante et importante : c’est que, en gros, jusqu’à la Révolution,
celle de 89, on fonctionnait sur un mode d’exclusion assez particulier,
c’est-à-dire qu’il y avait des gens d’une certaine normalité et puis les
autres, ceux qui n’y répondaient pas, à ces critères de normalité
sociopolitiques, religieuses,… Les autres, c’était les étrangers, les
fous, les lépreux, les épileptiques, ceux qui avaient une autre
religion, etc. Ils étaient complètement exclus et considérés comme non
hommes. C’est une idée qui traînait depuis la Grèce. Il ne faut pas
oublier que la Grèce, à qui l’on attribue la paternité de la démocratie,
ne pouvait fonctionner que dans la mesure où il y avait des esclaves.
Pas d’esclaves, pas de démocratie possible en Grèce. Et Jean-Pierre
Vernant a bien montré qu’à l’époque, on fonctionnait non pas sur la
notion de sujet comme on a maintenant, mais sur la notion d’un moi
constitué par le discours social, des normes, comme ça fonctionnait
encore dans des villages en France il n’y a pas très longtemps, ou comme
en Inde encore ou dans des tas de pays. La normalité prime sur le désir
du sujet. Je suis allé plusieurs fois en Inde. Les hommes et les femmes
se marient suivant les prescriptions sociales, ont des enfants sur
impératif social, etc. Donc, on fonctionnait comme ça en France, en gros
jusqu’à la révolution. Le clivage se faisait entre ceux qui répondaient
aux critères de normalité et ceux qui n’y répondaient pas, considérés
comme non hommes Mais, petit à petit, sous l’influence des Lumières, des
philosophes du XVIIIème siècle, de l’évolution des pensées, des luttes
politiques, etc, quelque chose a commencé à émerger. C’est-à-dire que le
clivage ne se faisait plus entre moi et ceux qui ne sont pas comme moi,
mais à l’intérieur de moi, c’est-à-dire à l’intérieur de chaque
personne. Il y avait une sorte de division qui se faisait qui a été
cristallisée par la phrase de Rimbaud : « Je est un autre ». Il y a de
l’Autre, il y a quelque chose que je ne peux pas maîtriser en moi,
quelque chose qui me dépasse, que je ne peux pas rejeter puisque ça me
constitue. Cela a été un pas extrêmement important. Et c’est de ce pas
là qu’est née la psychanalyse. Les théories de Freud sur la division
interne du sujet, sur le clivage du moi, viennent de cette longue
réflexion, de cette longue maturation à partir d’idées qui avaient été
émises dès le XVIIIème siècle. >
lire le texte
-
Dépsychiatrisation
- Titre : A propos du "pouvoir psychiatrique“
- Auteur : Hubert Lisandre
- Source :
http://www.vih.org
-
- (Extrait) - L'histoire de la psychiatrie depuis
Charcot est l'histoire d'une critique de son pouvoir, afin d'en
déterminer le positionnement correct. Ce qui s'incarne selon Foucault à
travers deux courants majeurs : la "dépsychiatrisation" et
"l'antipsychiatrie". Il ne fait pas mystère d'une préférence marquée
pour le second de ces courants, qui épouse visiblement ses plus
profondes convictions.
La dépsychiatrisation ne touche pas réellement au pouvoir psychiatrique.
Elle le rend seulement méconnaissable. A travers la psychochirurgie
(Babinski), ou plus tard la pharmacologie agissant directement sur les
neuro-transmetteurs, la psychiatrie s'économise tout le spectacle
répugnant du développement de la maladie - et donc de l'exhibition de
son pouvoir. C'est à travers de simples signes que le mal est découvert,
et la thérapeutique appropriée aussitôt prescrite, avec les effets
escomptés. On n'insistera pas ici sur les aléas ni sur les effets
secondaires de cette méthode aujourd'hui largement répandue en
psychiatrie, avec un assentiment à peu près général : la "camisole
chimique" serait sans doute contestable du point de vue des droits de
l'homme, mais elle est tellement commode, et facilite tant la vie. Des
autres.
Foucault souligne avec raison que le pouvoir n'a pas ici bougé d'un
pouce : c'est toujours le psychiatre qui sait à la place du fou, et se
charge de le calmer - à défaut de le "guérir", projet dont l'ambition
apparaît aujourd'hui aussi excessive que dénuée de sens. Son pouvoir
reste intact, parce que son exercice s'est médicalisé, et que la folie y
est implicitement tenue pour ce qu'elle a toujours a été dans le rêve de
la psychiatrie classique : une pure affection organique, hors langage.
On soigne aujourd'hui le fou comme le diabétique, avec des médicaments -
et comme lui, il rentre dans cette série troublante des "maladies
chroniques" qu'on soigne sans jamais guérir. La folie n'a plus ici
d'autre vérité que celle d'une chimie du corps - à quoi bon, dès lors,
se fatiguer à l'entendre ?
Mais Foucault déchiffre aussi un second visage de la dépsychiatrisation,
qui n'est autre que la psychanalyse. En reprenant l'une après l'autre
les règles de la cure, il met à jour un pouvoir qui s'est seulement
intégré, sous forme de "transfert", au développement même de la maladie.
Qu'il s'y prenne (enfin) en compte ne le dédouane nullement d'exister et
de maintenir l'effet d'une légitimité de la contrainte, qui s'exprime
sous diverses formes : la répétition obligatoire et le paiement des
séances, mais aussi cet artifice par lequel l'analyste a toujours
raison, et son analysant, toujours tort, même lorsqu'il veut jouer au
plus fin.
Une critique de cette critique serait possible, mais excéderait sans
doute les limites de cet article. Retenons seulement que pour Foucault,
le maintien de la "folie" dans une dimension de parole ne suffit pas à
en produire la vérité : il existe toujours un "cadre" où elle est
contrainte, un cadre qui produit ses propre normes et tente finalement
de les lui imposer, plutôt que de l'aider à se dire.
En regard de ces stratégies de feinte, l'antipsychiatrie lui apparaît
comme la seule approche solide d'une vérité de la folie, en posant
l'institution psychiatrique, par principe, comme un obstacle à sa
production. Seul le malade peut dire sa vérité. Quiconque prétend
l'éclairer par un savoir extérieur lui barre en réalité le chemin. C'est
à partir de ce postulat qu'il faut repenser le pouvoir. >
lire le
texte
Folie
- Titre : Entretien avec Robert Castel
- Auteur : Robert Castel
- Source :
http://traces.ens-lsh.fr/entretien/castel.pdf
-
- (Extrait) - Si Michel Foucault, qui vous a inspiré
au début de votre carrière, semble se pencher sur la folie à partir
d’une fascination pour son excès, quel a été votre motif pour mener une
analyse sociologique de la folie ?
Je vais sans doute vous décevoir, mais je ne suis pas sûr de m’être
intéressé à la folie, c’est-à-dire à son expérience. J’ai plutôt essayé
de faire une sociologie de la prise en charge de la folie. Ce qui m’a
donc intéressé, c’est plus le traitement social de la folie, que la
folie en elle-même. S’il y a certes des liens entre le traitement social
et le phénomène, j’ai toujours été réticent vis-à-vis des apologies de
la folie. J’ai fréquenté un moment ce courant qu’on a appelé «
l’anti-psychiatrie », dans lequel il y avait beaucoup de tendances. J’ai
toujours été réticent vis-à-vis des positions comme celle de David
Cooper, qui était néanmoins un ami, et qui consistait à prôner la
libération
par la folie. J’étais au contraire très proche de Franco Basaglia,
psychiatre italien qui a fermé les hôpitaux psychiatriques en Italie,
qui a fait triompher une loi faisant interdire ces hôpitaux, et qui
n’était pas du tout dans la fascination de la folie. L’idée était qu’on
trouvait scandaleux de traiter de cette manière les fous, comme c’est
scandaleux de traiter comme on le fait les prisonniers, dans une société
comme la nôtre qui se veut une démocratie rationnelle. Et, comme vous
établissez la connexion avec M. Foucault, pour qui j’ai évidemment une
grande admiration, je ne crois pas avoir été directement influencé par
L’histoire de la folie. Je l’ai lue quand elle est sortie, en 1961,
c’est un livre fascinant, un grand livre ; mais je l’avais plus pris
pour un ouvrage de philosophie, que pour une analyse de la psychiatrie.
De sorte que quand j’ai commencé, au milieu
des années 1960, à m’intéresser au traitement de la folie, je n’ai pas
vraiment, consciemment en tout cas, pensé à Foucault. J’étais plutôt
influencé par ce que faisait Goffman, que j’ai fait venir, en traduction
du moins, en France. Goffman faisait ce qu’on peut appeler une
sociologie de la psychiatrie. J’avais regardé ce qui s’écrivait en
France, il n’y avait pas grand-chose sur ces questions ; aux Etats-Unis,
il y avait beaucoup de choses, mais souvent médiocres. Je suis tombé sur
Goffman, de sorte que, comme j’étais à proximité de Bourdieu, je lui en
ai indiqué la lecture. Bourdieu a été enthousiasmé, et il m’a confié la
responsabilité de l’édition de Goffman. J’étais
donc plus influencé par la posture de Goffman, sorte d’ethnologie à
distance, que par ce courant d’anti-psychiatrie que j’ai évoqué, et même
que par Foucault. Ce n’est pas du tout une critique contre Foucault,
mais puisque vous m’invitez à me situer, on peut certes toujours se
tromper, mais c’est comme ça qu’après coup, je vois les choses. >
lire le texte
Humanité
- Titre : L'antipsychiatrie ?
- Auteur : Mamy Tartine
- Source :
http://mamytartine.blog.lemonde.fr
-
- (Extrait) - L’idée de la folie, apportée par le
discours de la science et la naissance de la psychiatrie, ne vit pas
naître en même temps les repères symboliques des relations
humanisantes entre les patients et les médecins. Le lien entre les
deux fut réduit à la nécessité de guérison médicale (suppression des
symptômes sans rapport avec le désir et la vie du sujet). Dit
autrement, il y avait à l’âge classique dans la religion une certaine
pensée concernant la démence, et comment individuellement et
collectivement on pouvait faire avec. Les sorciers dans les
civilisations primitives accompagnent les crises de folie ; par
exemple, le rituel du Ndup au Sénégal. Les prêtres accueillaient en
leurs hospices ceux qui se sentaient à-côté-de-la-plaque. Dans les
discours religieux, circule une éthique des rapports de l’homme avec
cette part irrationnelle de lui-même. C’est une réponse non écrite, à
une question qui se transmet au-delà des mots, et qui avec
l’interrogation du « bien ou mal faire » auprès d’autrui, transporte
aussi avec elle l’idée du sacré, l’idée de la chose immuable qu’il
convient de respecter pour préserver et transmettre la vie et son sens
collectif. Cette éthique garantissait, sans absolu évidemment, les
rapports de l’homme avec le fou et la place comme le sens de la folie
dans la société…
Comme l’ont remarqué Michel Foucault ou Paul Bercherie, le discours
scientifique du fait de sa conjonction univoque entre la matière et
l’énoncé, le fou et ce qu’on en dit, n’emporte pas la question du
sens, ni celle de l’homme, ou de son bien en regard du sens de la vie,
ou tout simplement de ce que serait un homme ou la vie elle-même.
Règne cet impératif scientifique de guérir la folie en tant que
symptôme dérangeant.
- Dans ce contexte, médicalisé au sens de la biologie
du corps, je veux situer ce qui me fut transmis par mes pères et mes
pairs de l’antipsychiatrie. Je veux le situer dans cet espace précieux
de leur bienveillance à l’égard de l’humaine condition, celle de leurs
élèves et de leurs patients. >
lire le texte
-
Document

THE FOUCAULT
TRIBUNAL ON THE STATE OF PSYCHIATRY (VIDÉO)
Le site du Werner-Fuss-Zentrum, de
Berlin, centre de recherche allemand sur la psychiatrie et
l’anti-psychiatrie, diffuse les images d’un étonnant procès, celui de
la psychiatrie : The Foucault Tribunal on the State of Psychiatry qui s’est
tenu au théâtre Volksbühne de Berlin les 1e et 2 mai 1998. Jurés et accusés
étaient d’éminents psychanalystes, psychiatres et spécialistes de
l’anti-psychiatrie et l’Américaine Kate Millett était la présidente de ce
tribunal d'exception.
La vidéo, d’une durée de 80 minutes, est en version originale, en allemand
ou en anglais et sous-titrée.

23/02/2007 |