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Alibi - Analyse - Communication - Différence sexuelle - Féminisme - Histoire - Inconscient - Langue

 
 

 

Alibi

Titre : Derrida, lecteur de Freud et de Lacan
Auteur : René Major
Source : http://www.erudit.org
 
Dans un texte du début des années quatre-vingt-dix1, Jacques Derrida pose la question de façon pressante : « On voudrait nous faire oublier la psychanalyse. Oublierions-nous la psychanalyse ? », en s’inquiétant des symptômes produits par l’oubli déjà à l’oeuvre dans l’opinion philosophique et dans l’opinion publique en général. Sans compter ce qui s’observe du même ordre — l’ordre de l’oubli — dans le champ psychanalytique lui-même et dans ses institutions : "Une inquiétude devant ce que j’appellerais de façon vague et flottante (mais la chose est essentiellement vague, elle vit d’être flottante et sans contour arrêté), l’air du temps philosophique, celui que nous respirons ou celui qui peut donner lieu à des bulletins de la météorologie philosophique. Or que nous disent les bulletins de cette doxa philosophique ? Que, auprès de nombreux philosophes et d’une certaine « opinion publique », autre instance vague et flottante, la psychanalyse n’est plus à la mode, après l’avoir été démesurément, à la mode, après avoir, dans les années 60/70, repoussé la philosophie loin du centre, obligeant le discours philosophique à compter avec une logique de l’inconscient, au risque de se laisser déloger de ses certitudes les plus fondamentales, au risque de souffrir l’expropriation de son sol, de ses axiomes, de ses normes et de son langage, bref de ce que les philosophes considéraient comme la raison philosophique, la décision philosophique même, au risque de souffrir, donc, l’expropriation de ce qui, associant cette raison, bien souvent, à la conscience du sujet ou du moi, à la représentation, à la liberté, à l’autonomie, semblait aussi garantir l’exercice d’une authentique responsabilité philosophique." > lire le texte
 

Analyse

Titre : A propos de "Résistances de la psychanalyse" deJacques Derrida
Auteur : Didier Moulinier
Source : http://www.etudes-lacaniennes.net
 
Dans son livre Résistances de la psychanalyse, Jacques Derrida pointe la difficulté ou l'ambiguïté constitutive de l'"analyse" sous le nom de "Résistances" : résistance à la psychanalyse aussi bien que résistance de la psychanalyse. Le propos de Derrida ne porte pas tant sur la signification plus ou moins opportune du préfixe "psy" devant "analyse", que sur le statut de l'analyse elle-même comme discours voire comme écriture, et d'abord tel qu'il se développe et se précise dans le texte freudien. On constate régulièrement, presque normalement, une résistance sociale et idéologique plus ou moins virulente à l'analyse ; cependant le concept opératoire de "résistance-à-l'analyse" recèle lui-même une forme de résistance de la psychanalyse... à elle-même, comme si une duplicité interne affectait celle-ci depuis son origine, c'est-à-dire depuis son invention. Derrida l'impute directement au désir d'interpréter qui peut s'interpréter lui-même comme volonté d'en "découdre", de délier un nœud ou de solutionner un problème. Etymologiquement, la tentation est grande de passer du verbe grec analuein (délier, dissoudre) au latin solvere (délivrer, acquitter). La violence interprétative consiste précisément à vouloir donner raison au sens, à l'interprétation elle-même, et à interpréter la résistance comme résistance à l'interprétation en tant que donneuse de solution. La résistance à l'analyse n'a de sens et donc de véritable statut théorique chez Freud qu'en tant que refus du sens, ce qui enferme aussitôt l'analyse dans un cercle herméneutique. > lire le texte

 

Communication

Titre : Jacques Derrida pour les sciences de l'information et de la communication
Auteur : Bernard Lamizet
Source : http://www.oedipe.org
 
L'apport philosophique de Jacques Derrida, son investigation inquiète et sa contestation permanente, ont, sans doute, contribué de façon majeure à l'évolution de notre façon de penser la communication. On permettra à un chercheur de cette discipline de dire, ici, sa dette à Derrida, à sa pensée critique, aux reformulations qu'il a permises, aux questionnements nouveaux qu'il a rendus possibles dans sa quête incessante d'une philosophie critique du langage.
Jacques Derrida a, d'abord, on le sait, élaboré le concept majeur de la déconstruction, en mettant en œuvre le processus que ce concept désigne. La déconstruction représente une reformulation de l'identité : il s'agit de penser l'identité non sur la base d'une logique de l'existence de l'être, mais sur la base d'une logique d'une représentation critique de la signification. En parlant de déconstruire le sujet, de déconstruire l'identité, Derrida aura donné un nom à l'entreprise philosophique majeure qui, particulièrement depuis Marx et Freud, aura mis en question les concepts majeurs de la métaphysique, et de la philosophie du sujet – particulièrement ceux de discours et de vérité. L'apport majeur de la déconstruction derridienne consiste, finalement, dans la séparation qu'elle aura achevée entre le sujet et la signification, entre l'identité et sa représentation, entre le langage et la vérité. > lire la suite


 

Différence sexuelle

Titre : ""MANIFESTE CONTRA-SEXUEL" de Beatriz PRECIADO", une lecture
Auteur : Patrice Desmons
Source : http://www.chez.com/pholitiques
 
En même temps que nourrie par la psychanalyse, l’œuvre de Derrida, depuis des textes de plus en plus incisifs, opère un retour sur la psychanalyse elle-même des « résistances » dont elle avait contribué à initier la lecture. Que dire de ce retournement ? Derrida déconstruit l’économie du « phallocentrisme » et la manière dont Freud puis (surtout) Lacan constituent ce qu’on pourrait appeler l’alibi du phallus. L’alibi du phallus, c’est la manière dont ce concept, se constitue dans son effet subjectif en se destituant : c’est la castration qui fait le phallus, le décide, le rend décisif et l’érige. Par la castration, le sujet se divise ; par sa division, il se différencie, et cette différence se marque corporellement par la différence sexuelle. Autrement dit, la castration greffe sur la différence anatomique une différence symbolique qui constitue l’Autre par soustraction et articule le désir en manque. La castration est alors l’alibi de l’Autre auquel le sujet sera dorénavant (dé)voué, dans la permanence d’une répétition revenant sans cesse à (et de) cette place là, « vide ».
Dans des textes incisifs, (La carte postale, et plus récemment Résistances - de la psychanalyse et Etats d’âme de la psychanalyse) Derrida déconstruit ce dispositif et appelle à un « sans alibi » que la psychanalyse résiste à dénuder, un sans alibi qui défétichiserait le phallus, et peut-être la psychanalyse elle-même et tout ce qu’elle soutient ou dont elle se soutient : la loi, le nom propre, la logique régulière et régulatrice du signifiant, la souveraineté, le réel « innommable », le silence etc. > lire la suite

 

Féminisme

Titre : Cet essentialisme qui n’ (en) est pas un.
Auteur : Shor. Naomi
Source : http://multitudes.samizdat.net

Comme Jacques Derrida l’a signalé il y a plusieurs années, dans le modèle institutionnel universitaire élaboré en Allemagne au début du XIXè siècle, aucun lieu n’est assigné à la discipline des études féminines (womens’studies) : « Aucune place n’était prévue pour les études féminines dans la structure du modèle classique de Berlin » (Women 190) [1]. Les études féminines, un champ d’études qui a à peine 20 ans aujourd’hui, est un ajout tardif au modèle berlinois, repris par les institutions universitaires nord-américaines. Pour Derrida la question devient donc : quel est le statut de cette nouvelle aile de l’édifice ? Fonctionne-t-elle seulement comme un ajout, ou plutôt comme un supplément, à la fois dans et hors de l’édifice principal ? « Avec les études féminines, s’agit-il simplement de combler une lacune dans une structure déjà en place, de boucher un trou ? » (190) Si la réponse était affirmative, alors dans le succès même des études féminines résiderait leur échec. « Dans la mesure où les études féminines n’ont pas remis en question les principes mêmes de la structure de l’ancien modèle universitaire, elles risquent de n’être qu’une alvéole de plus dans la ruche universitaire. » (191) Autrement dit, la question est la suivante : les études féminines sont-elles, comme elles le prétendent depuis le début, essentiellement différentes des autres disciplines au sein du modèle universitaire allemand traditionnel, ou ne sont-elles en fait qu’une discipline universitaire de plus, différentes peut-être par leur objet d’étude, mais fondamentalement semblables dans leur relation à l’institution et aux valeurs sociales qu’elles cherchent à incarner et à transmettre ? « Quelle est la différence, s’il y en a une - se demande Derrida - entre une institution de recherche et d’enseignement universitaire appelée "études féminines" et toute autre institution de recherche et d’enseignement dans l’université ou dans la société globale  ? » (190) Il suggère que dans les recherches empiriques accumulées sur les femmes, dans la titularisation de chercheurs femmes, dans le succès apparemment spectaculaire des études féminines, la critique féministe de l’institution a été négligée. Du point de vue de la déconstruction, les études féminines sont dangereusement près de devenir « une alvéole de plus dans la ruche universitaire ». > lire la suite

 

Histoire

Titre : L’histoire malade de la psychanalyse : quelques controverses et paradoxes de l’histoire de la psychanalyse, aujourd’hui (extrait)
Auteur : Pierre-Henri Castel
Source : http://pierrehenri.castel.freeJacques Derrida occupe en effet dans cet espace historiographique une place à part. Je crois qu’il a en effet tiré les dernières conséquences du renversement dialectique suivant : et si c’était à l’histoire d’intégrer ce que la psychanalyse nous apprend ? Supposant donc une forme de validité philosophique propre aux analyses freudiennes de la mémoire, de l’oubli, du refoulement comme défense, etc., cette dernière devrait reconsidérer la nature même de ce qu’elle traite comme archive, comme témoignage, comme vérité, etc. La psychanalyse irait jusqu’à inquiéter la philosophie sous-jacente à ses outils (qui est globalement d’inspiration positiviste). Une fois encore, l’enjeu paraît celui d’une philosophie des sciences historiques que l’historiographie apparemment très locale, infiniment réduite dans son objet, celle de la psychanalyse, solliciterait plus ou moins sans le savoir, mais dont il conviendrait de mettre au jour les présupposés. Evoquant les travaux de Yosef Yerushalmi sur le Moïse de Freud [6] , Derrida écrit ceci : « Même un historien classique des sciences doit connaître de l’intérieur le contenu des sciences dont il fait l’histoire. Et si ce contenu concerne justement l’historiographie, il n’est pas de bonne méthode ni de bonne épistémologie de s’autoriser à le mettre en parenthèses. On se prive alors des conditions élémentaires, de la stabilité sémantique minimale et presque de la grammaire qui permettraient de parler de ce dont on parle. Vouloir parler de la psychanalyse, prétendre faire l’histoire de la psychanalyse d’un point de vue purement a-psychanalytique, pur de toute psychanalyse, au point de croire y effacer les traces de toute impression freudienne, c’est comme si on revendiquait le droit de parler sans savoir de quoi on parle, sans même vouloir en entendre parler. Cette structure ne vaut pas seulement pour l’histoire de la psychanalyse ou pour tout discours sur la psychanalyse, elle vaut au moins pour toutes les sciences dites sociales ou humaines, mais elle reçoit ici une inflexion singulière dont nous devons nous approcher un peu ». Approchons donc, car il n’est guère courant de voir Derrida faire l’éloge de la stabilité sémantique ou de la bonne épistémologie.
D’abord, cette déclaration est très peu derridienne, et canguilhémienne en diable : en tout cas, elle est assez typique de la conception française de l’histoire des sciences que seul le praticien averti d’une discipline (il s’agit là de savoir-faire) peut la pratiquer (l’épistémologie historique est pour une part la restitution explicite et réflexive des usages). Mais Derrida ne va pas jusqu’à la réciproque, qui consiste à soutenir que la saisie correcte de la genèse historique des concepts, autrement dit, l’histoire de la constitution des normes de rationalité immanente à la dite pratique, livre la vérité de sa scientificité (ce qui subordonne philosophiquement leur positivité au développement de la rationalité en général). Ensuite, on reste perplexe devant le développement de l’argument (n’y aurait-il pas une façon non-sidérurgique de parler de la sidérurgie ?) jusqu’à ce qu’il trouve sa clé dans la formule : « c’est comme si on revendiquait le droit de parler sans savoir de quoi on parle, sans même vouloir en entendre parler ». Jusqu’où en effet peut-on faire abstraction de l’interpellation freudienne adressée à l’historien (touchant ce qu’il appelle la mémoire, par exemple) dans le traitement des « traces » et des « archives » qu’aurait laissées la psychanalyse ?
Mais tout cela pourrait être une autre manière de poser toujours le même problème. On l’a vu, une fraction puissante des historiens contemporains de la psychanalyse trouve qu’il n’y a justement rien de sémantiquement stable chez Freud, et que les conditions élémentaires, autrement dit les faits soutenant la doctrine (guérisons, modifications des patients imputables à la psychanalyse), ne sont pas cernables par l’histoire ordinaire, qui rencontre plutôt des non-événements, ou mieux, des fictions occultant la place de ce qui aurait dû être des événements. Ces historiens, quand ils sont logiques, en tirent que la psychanalyse est un discours sur rien : façon, dont il ne faut pas sous-estimer l’élégance, d’expliquer son talent de caméléon pour se pavaner sur le dernier décor intellectuel à la mode (structuraliste, neuroscientifique, etc.), un peu comme si elle pouvait en faire substantiellement partie, voire y apporter sa contribution. Maintenant, le rejet d’une « histoire a-psychanalytique » de la psychanalyse est-il rien de plus que la réciproque logique de l’affirmation qu’il existe une psychanalyse anhistorique, dont on devrait supposer l’extériorité à l’histoire, et qui pourrait, en outre, de haut, normer le rapport que l’histoire doit construire à son égard ? Outre que cette conséquence serait elle-même fort peu derridienne, elle soulève plusieurs questions. Deux, au moins: N’est-ce pas là, exprimé en toute pureté, le biais qui permet chaque fois d’immuniser contre la critique historique telle ou telle version de la psychanalyse, dont on se sert pour faire une histoire psychanalytique de la psychanalyse ? Je pense ainsi aux travaux de Patrick Mahony, imprégnés de la conception « narratologique » de l’épistémologie ricoeurienne de Freud, qui fut déclinée Outre-Atlantique sous mille formes, au titre de l’herméneutique du contre-transfert.
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Inconscient

Titre : Les retrouvailles avec l'inconscient de la déconstruction (extrait de "Derrida le gourou")
Auteur : Manuel de Dieguez
Source : http://perso.wanadoo.fr/aline.dedieguez
 
Les lecteurs qui auront suivi le fil de la question se demandent maintenant s'ils ont rendez-vous avec le fond de la question de la déconstruction. Qu'en est-il de l'immolation derridienne de l'inconscient sur l'autel des gourous de la philosophie ? Car il n'est pas de plus sûr garant du conservatisme politique et de toutes les orthodoxies religieuses ou idéologiques que le refus de la philosophie derridienne d'entrer dans le royaume de l'inconscient simiohumain . Si l'on ne plonge pas dans les profondeurs psychobiologiques du singe évolutif, il n'y aura pas de déconstruction simianthropologique du marxisme ou de la mystique du logos. (...)
Mais il se trouve que pour déconstruire l'impérialisme américain, il faut passer par une anthropologie psychanalytique du meurtre cérébralisé que les trois religions du livre illustrent sous des modalités diverses, et principalement la chrétienne, qui va jusqu'à incarner la divinité en un homme de chair et de sang, afin de mieux figurer la dichotomie d'une créature qui se veut scindée entre son ciel et l'offrande meurtrière à l'idole qui la " rachètera ". C'est que la bonne odeur de la victime, c'est à l'histoire qu'elle est offerte ; et l'histoire prébende les sacrifices de sang.
On dira que Derrida a consacré quelques pages à la critique politique de l'impérialisme américain. Mais pour que la critique politique devienne philosophique , donc déconstructrice, il faut qu'elle prenne sa source dans une spectrographie anthropologique en mesure de peser l'encéphale d'une espèce semi onirique et de préciser la nature du calvinisme américain, qui diffère du modèle dichotomique catholique en ce que l'empire du nouveau monde prend résolument la place de la divinité et prend souverainement ses foudres et ses bénédictions à sa charge.
C'est par personne interposée que Rome gère le salut et la damnation: elle confie à un tiers, qu'elle appelle le créateur , la tâche de transporter ses fidèles au paradis et de précipiter ses ennemis dans la géhenne . L'Amérique, en revanche, est l'exécutrice des hautes œuvres du Bien et du Mal sur la terre comme au ciel. Installée sur le trône du divin, elle nourrit son enfer des verdicts impitoyables de sa justice et elle les rend aussitôt exécutoires, parce qu'elle se sanctifie à purifier le monde et l'histoire à l'école de la démocratie messianique qu'elle a reçu mission d'incarner. Il n'y a pas de déconstruction du politique sans un apprentissage traumatisant de l'espèce devenue meurtrière au plus secret de son messianisme de la Liberté. Cet apprentissage de l'encéphale simiohumain est le seul qui soit cathartique, parce qu'il passe par une déconstruction abyssale des théologies cérébralisées à l'école des catéchèses monothéistes ; mais une telle déconstruction de l'assassinat religieux récompensé est précisément inaccessible aux magiciens qui répudient craintivement l'inconscient comme une offense à leur majesté cérébrale.
C'est dire que toute déconstruction authentique se révèle, en réalité, psychanalytique depuis Platon et que cette psychanalyse-là est celle de l'histoire elle-même. C'est pourquoi Elisabeth Roudinesco fait remarquer à Derrida qu'il n'avait jamais " pris à bras le corps les grands textes méta psychologiques " de Freud. Vous avez dit " méta psychologiques " ? Mais la métapsychologie du meurtre originel est encore une psychologie ; et cette psychologie-là de l'histoire se demande comment l'homme et l'animal se sont associés, mariés, confondus au cours de l'évolution pour fabriquer l'espèce schizoïde qui, non seulement " fait l'ange ", mais dont l'animalité propre est précisément illustrée par la forme angélique que prend sa politique.

 

Langue

Titre : Derrida et « le génie inconscient de la langue »
Auteur : René Major
Source : http://www.humanite.presse.fr
 
C’est à plus d’un titre que le rapprochement, non pas simple mais complexe, entre le travail de Derrida et celui de Freud s’impose, comme l’auront remarqué quelques penseurs, dont Geoffrey Bennington (1) et Ginette Michaud (2). Tout à la fois Derrida pense depuis Freud et avec Freud, développe un style en philosophie dans lequel la pensée est imprégnée d’une logique de l’inconscient, défait les oppositions traditionnelles entre la parole et l’écriture, entre le conscient et l’inconscient, le plaisir et le déplaisir, le familier et l’étranger, l’amour et la haine, le pouvoir et l’impouvoir, le possible et l’impossible, pousse la psychanalyse à penser ce qui lui demeure impensé, au point qu’elle soit devenue aujourd’hui impensable sans lui, sans les questions qu’il n’a cessé de multiplier, en maintes occasions, dans son champ propre et dans ses rapports à l’éthique, au juridique, au politique.
Dès le départ de son travail de déconstruction du logocentrisme et de son analyse du refoulement de l’écriture depuis Platon comme mode de constitution du savoir occidental, Derrida trouve en Freud un puissant allié. Les concepts freudiens de Nachträglichkeit (l’après-coup) ou de Verspätung (l’effet à retardement), qui mettent en question le concept métaphysique de « présence à soi », sont essentiels à la pensée derridienne de la trace, du différé, de la « différance », du non-originaire de l’origine. Dans Freud et la scène de l’écriture (1966), Derrida le marque clairement : « Que le présent en général ne soit pas originaire mais reconstitué, qu’il ne soit pas la forme absolue, pleinement vivante et constituante de l’expérience, qu’il n’y ait pas de pureté du présent vivant, tel est le thème, formidable pour l’histoire de la métaphysique, que Freud appelle à penser. Cette pensée est sans doute la seule qui ne s’épuise pas dans la métaphysique ou dans la science. » Dès lors, la raison philosophique selon Derrida se laissera déloger de ses certitudes traditionnelles, de ses axiomes, de ses normes et de son langage qui associait trop souvent cette raison à la conscience du sujet ou du moi, à sa liberté, à son autonomie, à sa souveraineté. Derrida ne cessera de penser dans une désistance constitutive du sujet, d’un sujet qui désiste sans pour autant se désister. Ce qui le conduit à la plus exigeante pensée de la responsabilité, d’une responsabilité depuis l’inconscient et le rêve qui ignorent la différence entre le virtuel et l’actuel, entre l’intention et l’acte, et dont le sujet a à répondre au-delà des seules données de la conscience auxquelles se réfèrent habituellement le droit, la morale, le politique. >
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23/02/2007

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