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un site de Didier Moulinier
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Belle âme - Désir - Epistémologie - Idéologie - Mécanisme - Négatif - Objet - Psychiatrie - Réalité -Représentation - Subjectivité
Comment la figure de la "belle âme" se trouve programmée par la méthode phénoménologique autant que par la dialectique hégélienne, et comment le “renversement” d’une telle posture (ou imposture) dans le cadre de l’analyse relève d’une dialectique du transfert explicitement décrite par Lacan. Reste à préciser les fondements historiques et théoriques d’un tel nouage souvent paradoxal. > suite
Il n'est pas difficile, et rares sont les commentateurs qui ne l'ont pas pointé, de voir se profiler derrière la conception lacanienne du désir l'homme le « Désir » de Kojève. Lacan, ayant assisté aux cours de Kojève à l'École Pratique des Hautes Études, et ayant reconnu Kojève comme l'un de ses « maîtres à penser », à côté de Heidegger, semble en effet s'être profondément imprégné de cette Introduction si particulière à l'œuvre de Hegel. Dans les notes de cours de Kojève, composées et publiées par Raymond Queneau, l'on retrouve une grande partie des traits qui caractérisent la théorie lacanienne. En partant du commentaire que Raymond Queneau a très judicieusement choisi de mettre en exergue à l'Introduction à la lecture de Hegel, on découvre, dès les premières pages un homme caractérisé par le « Désir ». De même que celui de Lacan, le Désir de Kojève est présupposé par toute conscience de soi (Alexandre Kojève, Introduction à la lecture de Hegel [=IlH], p.11.). Le Désir détermine l'homme dans son être, ou plus précisément dans l'annulation de cet être (ibibid.), et dans son histoire (IlH, p.13). Le Désir, pour autant qu'il est un désir « proprement humain », ne désire pas la satisfaction de l'appétit, il ne désire pas le corps, mais il désire « le Désir de l'autre ». Il s'ensuit, pour Kojève, que tout Désir est toujours Désir de Désir : Désir de reconnaissance du Désir (IlH, p.14)(1). > suite
Toute l’oeuvre de G. Bachelard contient des éléments psychanalytiques. En étudiant ses ouvrages, on en rencontre dans ses travaux sur l’épistémologie ainsi que dans ses travaux sur l’imagination. Même les titres de ses oeuvres La Psychanalyse du Feu publié en 1938 et La formation de l'Esprit Scientifique, publié en 1938, avec le sous-titre “Contribution à une psychanalyse de la connaissance objective” indiquent l'orientation psychanalytiques de ses études. Dans d’autres livres, comme par exemple La poétique de la rêverie, Bachelard souligne l'application des méthodes psychanalytiques. Dans ce livre il écrit: “Nous emprunterons alors la plupart de nos arguments à la Psychologie des profondeurs” (G. Bachelard, La Poétique de la rêverie, Paris, Presses Universitaires de France, 1971, p. 17.) en parlant de la psychanalyse de Jung; dans “La Philosophie du Non” il souligne sa volonté d'applique la psychanalyse à la connaissance objective. Toutefois il est très difficile de donner une image complète de la place de la psychanalyse dans son oeuvre. Bachelard utilise la psychanalyse, mais en même temps il critique les profondeurs, l'espace phénoménologique de l'application de la psychanalyse, ainsi que la terminologie psychanalytique. On peut voir, que chez Bachelard la psychanalyse se mêle très souvent croisée avec les éléments de la phénoménologie, avec des assertion de caractère épistémologique. On peut voir aussi l'utilisation de la psychanalyse dans le contexte de la philosophie rationaliste, ce qui trouble beaucoup la compréhension de la psychanalyse de Bachelard, son vrai sens et sa rôle dans les études de Bachelard. > suite
Toute la Phénoménologie est tributaire de la Phénoménologie de l'Esprit, même si elle corrige Hegel en plusieurs points et bien que Husserl (élève de Brentano et, par lui, de Kant) ait prétendu n'avoir pas lu Hegel. Pour Hegel sujet et objet se constituent dans leur dialectique concrète (la vérité est sujet), dans un processus d'apprentissage, de spécification par négations successives qui dépassent la position initiale, immédiate, vers une synthèse historique universelle (savoir absolu). Seule la totalité est concrète ("Dans la conscience, le Tout, mais non conçu, précède ses moments" Ph 558) et "toutes les choses sont un jugement" Enc, I, 367. Marx a tiré les conséquences de cette immanence de la vérité, de sa finitude pratique, de sa limitation à la "position de classe", par le concept d'idéologie (la critique idéologique étant une déconstruction de l'évidence immédiate, des présupposés de l'évidence par un renvoi au contexte). L'engagement révolutionnaire de Marx est la conséquence de cette métaphysique réfutant toute prétendue neutralité scientifique, toute séparation du sujet et de l'objet dans une prétendue représentation objective qui n'est qu'une abstraction qui doit être ramenée au contraire à une situation et une pratique concrète. La difficulté ici est de sauvegarder les vérités éternelles, notamment mathématiques, et d'éviter les errements d'une prétendue science prolétarienne (qui était plutôt science stalinienne aux ordres du pouvoir). Il y a bien, pourtant, un point de vue bourgeois/conservateur et un point de vue révolutionnaire dans la science comme le montre Lukács, et qui s'oppose à la vérité officielle d'un Lyssenko puisque c'est l'opposition du conformisme au créateur, du pouvoir à l'autonomie, de la passivité à la révolte. Ces oppositions qui peuvent paraître marginales dans les sciences fondamentales, prennent tout leur sens dans les sciences de l'homme, la politique, l'économie. Mais la dérive stalinienne restait possible à cause du statut ambigu de la critique idéologique s'enfermant dans les sophismes d'un relativisme absolu, du mécanisme de la DiaMat bien éloigné de la véritable dialectique marxiste (des Thèses sur Feuerbach au Capital). Le marxisme doit tirer parti de l'expérience des philosophies qui lui ont succédé, phénoménologie et psychanalyse. > suite
Une étude attentive de la littérature portant sur l'oeuvre de Melanie Klein nous amène à émettre l'opinion que la majorité des critiques formulées à son endroit achoppe à saisir la théorie kleinienne en profondeur. Si cette situation est parfois le fait d'un manque de connaissance du sujet, il n'en est pas toujours de même. Nous croyons qu'il règne dans l'oeuvre de Klein une grande confusion et que c'est probablement là une raison importante de la position ambiguë que cette théorie occupe au sein de la psychanalyse. Depuis Freud, et dans l'oeuvre même de Freud, la psychanalyse ne s'est pas développée selon une ligne plus ou moins droite, mais selon un grand nombre de lignes zigzaguant dans toutes les directions et se recoupant à différents endroits. À défaut de se retrouver devant un câble bien tressé, nous sommes face à un écheveau emmêlé qui se complexifie constamment. La théorie analytique semble avoir été depuis les débuts de son élaboration un amalgame de théories personnelles qui se regroupent sous la tutelle de certaines prémisses communes. Il n'est certes pas facile de déterminer quelles sont ces prémisses et ce n'est d'ailleurs pas notre propos de tenter de le faire. Nous tenterons plutôt dans ce texte de préciser le point de vue de Klein en psychanalyse, en soulignant les hésitations et les contradictions que nous rencontrerons et en en tentant une interprétation à la lumière de son œuvre. Dans "Analyse terminée et analyse interminable", lorsque Freud (1937) butte sur un obstacle qui lui parait infranchissable, il écrit: Il faut donc que la sorcière s'en mêle. La sorcière métapsychologie, s'entend. Sans spéculations, théorisations-- je me laisserais presque aller à dire: sans imagination--, impossible d'avancer d'un pas. (p. 379) > suite
On s'accorde, depuis maintenant plusieurs années, à dire que la psychiatrie est en crise. Il suffit pour s'en rendre compte de bien vouloir relire les éditoriaux des revues courantes que le psychiatre trouve chaque semaine sur son bureau, ou encore, considérer l'appel dans Le Monde des psychiatres de l'enfant et de l'adolescent, ou encore, lire le compte-rendu du dernier congrès de L'Information psychiatrique, ou prêter encore attention au thème des grands congrès comme celui du Jubilé "Penser la psychiatrie" ou celui à venir des 4°rencontres de la psychiatrie "place du sujet…". Loin de pouvoir embrasser la crise (de la psychiatrie) dans ses multiples aspects, je vais me concentrer sur le problème de l'articulation des multiples champs de savoir qui intéressent la psychiatrie actuelle. Lorsque les instruments, froidement mais nécessairement statistiques, de la recherche épidémiologique et génétique glissent vers le champ clinique par le biais de la mondialisation et de l'enseignement, il s'en suit un désarrimage de divers champs de savoir comme ceux de la psychopathologie, de la phénoménologie, de la psychanalyse et de la notion de Sujet et jusqu'à l'histoire de notre discipline, champs qui doivent désormais évoluer pour leur propre compte. Lorsque d'éminents chercheurs proposent, sans sourciller, d'explorer le mensonge à l'aide de la caméra à positons, c'est-à-dire de produire une intervention d'un champ hétérogène dans un autre c'est la parole du Sujet qui est confisquée. La psychiatrie pourrait alors devenir un ensemble de positions doctrinales ou d'épistémologies régionales sans commune référence paradigmatique, pour tout dire désarticulées. > suite
Lacan disait avoir “traversé” la phénoménologie de 60 à 65 ans. Si l'on fait le pari avec Bernard Baas de prendre ses propos au sérieux, on ne peut s’empêcher de le prendre au mot. Alice traverse le miroir. > suite
3.1
Applications de la phénoménologie à la pratique psychiatrique
Je ne vais pas accentuer ici les projets philosophiques à portance plus ample que j’envisage tels que le doctorat sur « la phénoménologie ontologique et herméneutique» de la réalité chez Heidegger et l’étude, et peut-être la pratique clinique, que pourrait me susciter la psychanalyse lacanienne (confrontée à la nouvelle „Daseinsanalyse”). C’est pourquoi je vais me restreindre à détailler provisoirement les anticipations de ce que deviendra mon mémoire de DEA en philosophie. Même si son titre ne sera définitif que dans un an, ce que je vais tenter d’y interroger c’est ce qui est appelé « réalité » ou « degrés de la réalité », tant par les philosophes (je pense aux positions heideggériennes nées comme contrapositions, qui nient autant qu’elles assument les perspectives idéalistes et réalistes, la phénoménologie husserlienne, la herméneutique de Dilthey …), que par les chercheurs des sciences et les deux grands théoriciens de la psychanalyse Freud et Lacan (mais en soulignant les positions de ce dernier). J’ai choisi cette mise face-à-face des deux modalités de penser la « réalité », philosophique et psychopathologique (scientifique), parce que, si les ouvertures et surtout les glissements définitoires pour l’interrogation philosophique sont les plus recommandés pour libérer la vitalité de toute pensée, alors les origines pathologiques de la psychanalyse permettent à la philosophie de trouver et de rendre intelligible la « marge de jeu » de ce rapport spécifique qui est le cadre, l’ouverture extatique, de l’être-au-monde de l’homme. Car Freud déjà impose comme principe méthodologique de l’analyse de ne pas choisir entre les réactions psychiques témoignées par l’analysé en respectant leur enchaînement comme étant, dans un premier moment, radicalement différent de la chaîne du récit de l’analysant[1]. > suite
A priori, rien n'est plus éloigné de l'Organo-Dynamisme d'Henri Ey que le concept de Représentation dont les connotations souvent élémentaires servent les causes localisatrices, atomistes et réductrices que Ey a toujours combattues. Cependant, il m'est apparu digne d'intérêt d'aller tout de même voir dans l'oeuvre majeure d'Henri Ey, "La conscience", si cette notion, aussi noble que la philosophie d'Aristote, reprise par Descartes dans ses "Régulae" sous la dénominaton de la "figure", fondant les bases de la neurologie des aphasies au XIX°, reprise à cette occasion par Freud neurologue et importée par Freud psychanalyste dans sa Métapsychologie de 1915, débatue par les générations de psychanalystes et en particulier Green (1984) et trés recemment Le Gauffey (1997), commentée et parfois rejettée par la phénoménologie, largement employée par les Neurosciences (Changeux, 1983) et le cognitivisme contemporain, si cette notion donc, y trouvait sa place, à quelle occasion et dans quelle acception. Avec cette question sous jacente: comment H. Ey a-t-til "intégré" dans son oeuvre les débats qu'il avait lui même suscités en 1960 (en pleine écriture de la 1° édition de son livre) entre les psychanalystes au sujet du Vorstellung-repräsentanz, c.a. d., la Représentation de la pulsion. > suite
Dans le cadre d'une réflexion portant sur la structure fondamentale comme sur les formes pathologiques de la subjectivité, Serge Valdinoci établit une relation dialectique originale entre les trois méthodes psychiatrique, phénoménologique et psychanalytique. La thèse défendue est celle d'un "principe d'anarchie" ou véritable "principe de subjectivité" qui ne dépende pas uniquement de l'observation clinique et psychiatrique mais qui ne soit pas non plus négateur de celle-ci, comme c'est le cas de maintes spéculations philosophiques voire psychanalytiques. Selon l'auteur une psychiatrie phénoménologique tient toute sa place pour maintenir l'écart entre l'"altération psychique" décrite en clinique psychiatrique et l'"aberration subjective" qui est le fond atopique radical du sujet, relevant à ce titre d'une analytique supérieure. Mais c'est bien au moment de la crise - d'abord événement psychiatrique - que l'aberration de la fonction sujet est révélée en tant que recouverte par l'altération. Précisons le sens du concept d'aberration : "Contre toutes les tentatives de mise en place de l'ego, celui-ci serait déplacement intrinsèque. Le principe de subjectivité vaudrait comme principe d'anarchie et notamment contre la hiérarchie bien connue de l'idéalisme philosophique des classiques qui dispose le moi, le monde et Dieu dans un ordre croissant d'inclusion" . Qu'il existe un fond aberratif de l'altération, une existence du sujet non connaissable, les philosophes en ont tous fait l'expérience obligés qu'ils furent de maintenir le sujet dans l'indétermination théorique : "Ainsi in-déterminable essentiellement, l'ego est aberrant, que le sujet empirique fût fou ou normal" . Mais s'il n'y a pas d'approche philosophique qui rende compte de l'aberration, pas plus que la psychiatrie ne peut la déceler avec sa grille séméiologique, c'est parce que toutes deux restent prises dans le contexte perceptif révélé justement par la phénoménologie. Or d'une part on ne peut pas nier la réalité psychique et son contexte perceptif, d'autre part on ne peut pas s'y tenir et tenir pour rien le réel aberrant du sujet. Une psychiatrie phénoménologique serait le lieu de cette tolérance, à l'opposé de l'anti-psychiatrie et de certaines philosophies contemporaines (niant toute altération) comme de la psychiatrie classique (niant le fond aberratif, mais travaillant longtemps sous couvert transcendantal kantien). > suite
4 juin 2005 |