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Freud -
Psychanalyste - Psychotrope -
Suggestion - Technique
Freud
- Titre : Le pas de Freud de la psychothérapie à la
psychanalyse
- Auteur : Annie Tardits
- Source :
http://www.oedipe.org/fr
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- Y a-t-il une nécessité interne à la psychanalyse qui
détermine les psychanalystes à déclarer – à professer – la spécificité
de leur pratique et de leur discipline, ou est-ce toujours à cause de
circonstances extérieures qu'ils sont amenés à défendre leur spécificité
? Il est clair que dans le contexte actuel ce sont les circonstances qui
imposent aux psychanalystes de situer la spécificité de leur pratique et
de la formation qu'elle requiert au regard d'autres pratiques
thérapeutiques. Comme en 1926 la plainte contre Reik, accusé de
charlatanisme, rendit nécessaire l'intervention de Freud. (S. Freud, La
question de l'analyse profane, Paris, Gallimard, 1985 et Œuvres
complètes XVIII, Paris, PUF, 1994.) Mais quand on y regarde de plus
près, il apparaît que le livre de Freud dépasse les circonstances de la
plainte, pour laquelle il a d'ailleurs fait, en privé, les démarches
nécessaires. Par l'intermédiaire d'une adresse fictive aux pouvoirs
publics, son livre s'adresse aux analystes qui sont en train de
réglementer la formation, et plus largement au public. Dans cette
adresse, il articule ce qu'est la spécificité de la psychanalyse, ce
qu'est un analyste qualifié pour l'appliquer au traitement et la
nécessité d'une formation appropriée. Au regard des pouvoirs publics il
tranche dans la question : est-il plus juste, en matière d'analyse, de
réglementer légalement ou de laisser faire ? Il dit sa préférence pour
le “ laissez faire ” (utilisant cette expression en français) et, au cas
où les autorités politiques feraient le choix de réglementer, il dresse
les contours d'une “ politique d'intervention active ” qui mette de
l'ordre et de la clarté au lieu de tout embrouiller par l'interdiction
faite aux profanes de pratiquer la psychanalyse. Cette politique devrait
“ fixer les conditions selon lesquelles l'exercice de la pratique
analytique sera permis à tous ceux qui le voudront, instaurer une
quelconque autorité auprès de laquelle on puisse s'informer de ce qu'est
l'analyse et de ce qu'il est permis d'exiger pour se préparer à
l'exercer, et promouvoir les possibilités de l'enseignement en matière
de psychanalyse. > lire
la suite
Psychanalyste
- Titre : L'Acte psychanalytique (séance du 18 mars
1968)
- Auteur : Jacques Lacan
- Source :
http://gaogoa.free.fr
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- (Extrait) - Qu'est-ce, en effet, que la psychanalyse
?
Il m'est arrivé incidemment dans un article, celui que l'on trouve dans
mes Écrits sous le titre Variantes de la cure type, d'écrire ceci que
j'ai pris soin de réextraire ce matin : qu'à s'interroger sur ce qui est
de la psychanalyse - puisque justement il s'agissait de montrer comment
peuvent se définir, s'instituer ces variantes, ce qui présuppose qu'il y
aurait quelque chose de type, et c'était bien précisément pour corriger
une certaine façon d'associer le mot « type » à celui de l'efficience de
la psychanalyse, que j'écrivais cet article -, donc je disais
incidemment : Ce critère rarement énoncé d'être pris pour tautologique -
c'était déjà bien avant . . . , il y a plus de dix ans - nous l'écrivons
: une psychanalyse, type ou non, est la cure qu'on attend d'un
psychanalyste.
" Rarement énoncé " parce qu'à la vérité, en effet, on recule devant
quelque chose qui ne serait pas seulement, comme je l'écris,
tautologique, mais ou bien le serait, ou bien évoquerait ce je ne sais
quoi d'inconnu, d'opaque, d'irréductible qui consiste précisément dans
la qualification du psychanalyste.
Observez pourtant que c'est bien en effet ce qu'il en est, quand vous
voulez vérifier si quelqu'un à juste titre prétend avoir traversé une
psychanalyse : (p226->) à qui s'est-il adressé ? Le quelqu'un est-il ou
non psychanalyste ? Voilà qui n'est pas tranché dans la question. Si
pour quelque raison - et les raisons sont justement ce qui est ici à
ouvrir avec un grand point d'interrogation - le personnage n'est point
qualifié (1 ) pour se dire psychanalyste, un scepticisme au moins
s'engendrera sur le fait de savoir si c'est bien ou non d'une
psychanalyse dans l'expérience dont le sujet s'autorise, qu'il s'agit.
En effet, il n'y a pas d'autre critère. Mais c'est justement ce critère
qu'il s'agirait de définir, en particulier quand il s'agit de distinguer
une psychanalyse de ce quelque chose de plus vaste, et qui reste avec
des limites incertaines, qu'on appelle une psychothérapie.
Cassons ce mot " psychothérapie ". Nous le verrons se définir de quelque
chose qui est psycho psychologie, c'est-à-dire une matière dont le moins
qu'on puisse dire est que sa définition est toujours sujette à quelque
contestation. Je veux dire que rien n'est moins évident que ce qu'on a
voulu appeler l'unité de la psychologie, puisque aussi bien elle ne
trouve son statut qu'à une série de références, dont certaines croient
pouvoir s'assurer de lui être les plus étrangères, à savoir ce qu'on lui
oppose, par exemple, comme étant l'organique; ou au contraire de
l'institution d'une série de limitations sévères qui sont aussi bien
celles qui rendront dans la pratique, ce qui aura été obtenu par exemple
dans telles conditions expérimentales, dans tel cadre de laboratoire,
comme plus ou moins insuffisant, voire inapplicable, quand il s'agit de
ce quelque chose, qui, lui, est encore plus confus, qu'on appellera une
thérapie. Thérapie, chacun sait la diversité des modes et des résonances
que ceci évoque. Le centre en est donné par le terme de suggestion;
c'est tout au moins celui de tous, ce qui ( 2 ) se réfère à l'action,
l'action d'un être à l'autre, s'exerçant par des voies qui, certes, ne
peuvent prétendre à avoir reçu leur pleine définition. A l'horizon, à la
limite de telles pratiques, nous aurons la notion générale de ce qu'on
appelle dans l'ensemble, et de ce qu'on a assez bien situé comme
techniques du corps, à l'autre bout, nous aurons, j'entends par là ce
qui, dans maintes civilisations, se manifeste comme ce qui ici se
propage sous la forme erratique de ce qu'on épingle volontiers à notre
époque des techniques indiennes, ou encore de ce qu'on appelle les
diverses formes de yoga. A l'autre extrême, l'aide samaritaine, celle
qui, confuse, se perd dans des champs, dans des abysses qui sont ceux de
l'élévation d'âme ; voire ! Il est étrange de le voir repris dans
l'annonce. (...)
- La psychanalyse, partons donc de ce qui est
pour l'instant seulement notre point ferme : qu'elle se pratique avec un
psychanalyste. Il faut entendre ici avec au sens instrumental, ou tout
au moins je vous propose de l'entendre ainsi.
Comment se fait-il qu'il existe quelque chose qui ne puisse ainsi se
situer que avec un psychanalyste comme Aristote dit, non pas qu'il
faille dire, nous assure-t-il, « l'âme pense » mais « l'homme pense avec
son âme » indiquant expressément que c'est le sens qu'il convient de
donner au mot " avec " à savoir le même sens instrumental
Psychotrope
- Titre : Psychanalyse et psychothérapie : une
identité forcée
- Auteur : Antoire Fratini
- Source :
http://www.psychanalyse-paris.com
-
- (Extrait) - Il m’est arrivé récemment de tomber par
hasard sur une situation très emblématique de la politique
psychothérapeutique. Alors que je faisais la queue à un bureau d’État,
une employée à qui j’avais été présenté voulu me faire part de son
désespoir. Après 20 ans de travail elle avait dû changer de bureau
contre son gré. Elle me dit qu’elle s’était épuisée de s’adapter à la
nouvelle situation et qu’elle prenait des psychotropes depuis plusieurs
mois. Naturellement sa situation n’avait pas changé pour autant, mais
elle pouvait manifestement continuer à travailler et se permettre de ne
pas affronter réellement le problème. Il est probable qu’une analyse
bien menée l’aurait orientée vers une solution plus responsable. Alors
que je l’écoutais, survient un de ses collègues qui lui dit qu’elle
était trop anxieuse, qu’elle devait faire ce qu’elle pouvait sur le
travail et se moquer du reste. À quoi elle répliqua qu’elle ne pouvait
le faire car les citoyens étaient en droit d’avoir des réponses
adéquates. Combien sont fréquentes les situations de ce genre !
Naturellement, les psychiatres et les psychothérapeutes ont un avis
différent. Les premiers pensent que les médicaments constituent un atout
valable et parfois indispensable pour la cure et pour alléger la
souffrance. Les seconds ne prescrivent pas de médicaments mais pensent
également pouvoir se débarrasser des symptômes de leurs patients sans
avoir à comprendre leur sens. Mais la souffrance psychologique
n’est-elle pas le prix à payer pour certaines décisions concernant notre
existence ? Tant que ne sera pas prouvé scientifiquement que cette
souffrance est due à un mauvais fonctionnement de notre cerveau, le
recours à la psycho-médication sera toujours un expédient éthiquement
inacceptable et une méthode erronée pour affronter les problèmes de la
vie. En revanche, il apparaît clairement que les médicaments d’une part
et les techniques psychothérapeutiques de l’autre, permettent toujours
plus au sujet de poursuivre son propre style de vie et son propre mode
d’être, en restaurant les caractéristiques qui le rendent fonctionnel
aux autres. En effets, à qui profite les bienfaits de ces « substances »
[14] ? Si ce n’est avant tout les autres, le propre groupe
d’appartenance, le cercle familial, la société. Si le sujet n’était pas
libre dans son choix, on pourrai dire qu’il subit totalement les effets
de ces substances. Mais je crois honnêtement qu’il est plutôt difficile
de parler d’un choix libre du sujet psychologique vis à vis des
médicaments, vu avec quelle force ceux-ci sont sponsorisés et imposés à
son attention par les multinationales et les médias. Le fait que sitôt
la thérapie pharmacologique commencée, beaucoup de patients se sentent
insatisfaits et pensent aussitôt à cesser, dépose en faveur de ma thèse
sur la non authenticité de leur choix. Une de leurs pensées majeures qui
leurs permet de continuer est souvent : « ce ne sera pas pour toujours,
à peine je vais mieux j’arrête ». Ce n’est pas un hasard si de tels
propos rappellent les expressions en vogue parmi les toxicomanes. Et
même si un tel programme arrive à bonne fin, souvent la dépression
demeure pour contresigner de sa marque de nouveau paradigme
psychopathologique l’ère thérapeutique actuelle [15]. Par sa
persistance, la dépression semble parfois s’imposer comme unique refuge
de la subjectivité en dehors de la portée de la technique et de la
chimie. La voie psychothérapeutique pourra parfois alléger la
souffrance, mais elle donnera difficilement le courage de se décider à
changer. Par contre, je confirme que le plus souvent elle favorise ou
permet la prolongation de situations existentielles profondément
insatisfaisantes. De tout cela découle une conséquence à la fois très
importante et infiniment triste (même si à première vue cela pourrait
paraître exagéré) : la société apprend aux personnes qui souffrent
intérieurement que leur malaise, leurs états d’âme critiques, leurs
réactions névrotiques (étranges, irrationnelles), en somme leur
subjectivité n’a pas de sens et fait même obstacle au bon déroulement de
leur vie et à une bonne « hygiène mentale ». >
lire le texte
Suggestion
- Titre : La psychothérapie contre la psychanalyse
- Auteur : Charles Melman
- Source :
http://www.revuepassages.fr
-
- (Extrait) - Car, malgré la médiocrité insupportable
de cette actualité, il y a un débat théorique, sur lequel le lecteur
mérite d’être éclairé. Il concerne la différence qui oppose
psychothérapie et psychanalyse, et la façon dont le succès mondain de la
première permettrait de régler son compte à une vieille emmerdeuse, la
seconde.
La différence est limpide. Une psychothérapie relève des activités de
suggestion exercées par un semblable sur son prochain : elle n’a de
meilleur moyen que la parole, énoncée pour le « bien » de celui qui
souffre.
Le pire – notre suggestibilité est connue depuis longtemps – est que ça
marche. Mais l’essentiel est de s’entendre sur ce qu’on entend comme
étant le « bien » d’un autre. En faire un bon citoyen, un bon mari, un
disciple, voire – ne lésinons pas – un kamikaze, n’est-ce pas toujours
pour le bien ?
Hoess, commandant d’Auschwitz, n’a commencé à se déprimer qu’une fois
arrêté ; jusque-là – soucis professionnels mis à part comme la gestion
du stock de barbelés ou les quotas de gazés à remplir, et Dieu sait qu’à
Berlin ils ne savaient qu’aligner des chiffres – il pétait la forme.
On regrette vraiment que le Dr Goering, successeur d’Abraham à Berlin
pour transformer l’Institut de psychanalyse en celui de la
psychothérapie, ne se soit pas présenté pour offrir à Hoess en prison
ses services.
J’aimerais retrouver cette phrase de Lacan où il fustige ceux qui
veillent à déléguer les semblables au service d’un « bien » qui,
attribué à l’Autre, ne peut en faire que des abrutis ou des canailles,
quand ce n’est pas les deux comme Hoess.
Compte tenu de notre suggestibilité – il n’y a qu’à voir le joyeux
écervelage auquel se livrent les médias – une psychothérapie donc, ça
peut marcher. Moralité : méfiez-vous de ce qui marche et souciez-vous
d’abord de là où ça vous mène. Certes le critère de notre temps est
l’efficacité ; mais mise au service de quoi, de qui, ça doit rester
notre question.
Une psychanalyse n’a rien à voir avec cette apparente magie. Elle relève
en effet non du conseil avisé mais de la mise en doute par le patient de
tous les conseils avisés qu’une bonne éducation est venue abattre sur
ses épaules, la cure lui permettant de déblayer le chemin non de son
bien mais de sa jouissance, ce qui est autrement complexe. Non pas donc
poursuivre une carrière de mort-vivant – fût-ce en pleine forme – mais
accepter la douleur d’exister, fût-ce en traînant parfois la patte.
L’existence est boiterie. C’est bien pourquoi il y en a tant à vouloir
marcher au pas.
Un élément supplémentaire de confusion dans le débat a été introduit par
le fait qu’une laxité du vocabulaire a introduit le terme de «
psychothérapie psychanalytique ». Redoutable oxymore qui explique que,
par un effet de soumission au signifiant encore, des psychothérapeutes
veuillent absorber la psychanalyse et des psychanalystes la
psychothérapie. >
lire le texte
Technique
- Titre : La psychanalyse n’est pas une
psychothérapie
- Auteur : Sergio Contardi
- Source :
http://www.psychanalyse-en-mouvement.net
-
- (Extrait) - Difformité des buts et des objectifs. La
psychothérapie est essentiellement tournée vers le bien-être immédiat de
l’individu, en s’attachant à éliminer au plus vite le symptôme. Dans
l’expérience analytique, par contre, le but premier consiste à
réintégrer la vérité du sujet dans son discours, en s’efforçant de
s’abstenir, comme disait Freud, de la furor sanandi typique du
thérapeute.
Incompatibilité sur le problème du savoir. La psychothérapie instaure
avec le savoir un rapport que nous pourrions qualifier d’utilitariste.
Fille de la modernité, au sens heideggerien du terme, elle s’appuie sur
la technique comme l’unique moyen de faire face au malaise de
l’individu. En psychanalyse, par contre, le rapport avec le savoir est
très particulier, du fait qu’il est à l’origine même du transfert. En
d’autres termes, c’est l’amour que le savoir met en jeu dans une
analyse; or, l’amour, comme on sait bien, est quelque chose de bien
difficile à apprivoiser et à gérer. Du reste, la définition freudienne
de l’inconscient nous indique qu’il s’agit d’un savoir effectuel. .
Mais c’est justement avec ce savoir impossible à maîtriser, qu’une
analyse se déroule. C’est la raison pour laquelle, on le sait, la
question même de la technique en psychanalyse se pose, pour nous
psychanalystes, de manière aussi problématique. Tout compte fait, il
faut le souligner, la psychanalyse est une expérience et non pas une
expérimentation ou, pour mieux dire?: les psychothérapies, en
particulier celles adaptatives, sont des thérapies sur le langage alors
que la psychanalyse est une thérapie dans le langage.
Ces deux premières distinctions en entraînent une troisième qui nous
pourrions entendre comme la position différente que ces deux pratiques
entretiennent par rapport à la subjectivité. Si le sujet inconscient se
détermine en tant qu’effet de la relation signifiante, la psychanalyse
apparaît et se structure, dans l’invention freudienne, en laissant
justement la place à le surgissement de cette éventualité subjective.
Des associations libres de l’analysant jusqu’à la position d’écoute de
l’analyste, dans sa fonction de tiers simbolyque, tout, au cours d’une
analyse, procède dans cette direction, c’est-à-dire tend à ce que la
fonction de la parole exerce son action dans le sens de la subjectivité,
sans que l’autorité de l’analyste se substitue aucunement au Moi du
sujet. La psychanalyse, il n’est peut-être pas inutile de le rappeler,
est venue du refus de Freud d’employer des techniques hypnotiques. Mon
travail avec des patients souffrant de maladies nerveuses eut un autre
résultat : la mutation de la méthode cathartique , a-t-il écrit en 1924
dans son Autobiographie. A l’origine de cette mutation, Freud constatait
que même les résultats les plus brillants étaient à l’improviste réduits
au néant, au moment où le rapport personnel entre le médecin et son
malade se trouvaient, pour une quelconque raison, perturbés. Je voudrais
d’ailleurs insister sur cet extrait des écrits freudiens car, à mon
avis, il ouvre une problématique fort intéressante. D’une certaine
manière, Freud note que l’hypnose (que l’on pourrait considérer comme le
prototype de toute psychothérapie) consiste essentiellement en une
pratique ayant des effets thérapeutiques, sans, toutefois, conduire à la
guérison. Mais il serait precipité conclure hâtivement que la
psychanalyse est une pratique qui s’intéresse essentiellement au
problème de la guérison…Les choses ne sont pas, en fait, aussi simples.
Lacan, par exemple, souligne à plusieurs reprises que la guérison n’est
qu’un bénéfice de surcroît. L’analyste doit bien se garder d’abuser du
désir de guérir. Freud soutenait la même thèse lorsqu’il conseillait aux
analystes de s’abstenir de la furor sanandi . Il ne se considérait
d’ailleurs pas lui-même comme un bon thérapeute, allant jusqu’à faire
des considérations frisant le cynisme, telle que dans cette lettre
adressée à Jung en 1909 : Je me dis souvent pour faire taire ma
conscience?: ton but ne doit surtout pas être de guérir. Tu dois plutôt
songer à apprendre et à gagner de l’argent. Celles-ci aux niveau des
répresentations conscientes sont les plus utilisables. Et pourtant,
comme je l’ai déjà fait remarquer, la psychanalyse est justement née de
la constatation de l’impossibilité de la part des autres pratiques
"?psy?" de joindre à la guérison effective du patient. Et Freud lui-même
a écrit à de nombreuses reprises que, par rapport aux autres procédés
psychothérapiques, la psychanalyse est certainement le plus puissant.
Comment expliquer cette contradiction apparente ? Je vais essayer d’en
donner une première formulation. La diminution de la souffrance
psychique de l’individu (la thérapie donc) s’effectue au cours de
l’analyse dans un registre différent (même s’il est étroitement connexe)
de celui où se produira ce que l’on appelle guérison en analyse, unique
garantie qu’une thérapie a effectivement eu lieu. Guérison, que je
définis, avec Freud, comme joindre à modifier l’économie de la libido du
sujet ou, avec Lacan, comme subversion subjective . Pour l’istant, je me
limite à remarquer que la psychanalyse, dans le passage de l’hypnose à
la théorie du transfert, se définit meme comme une prise de position par
rapport à la suggestion. Je veux dire par-là qu’elle ne l’exclut
certainement pas de son champs d’action, chose d’ailleurs impossible en
tant que pratique de parole, mais qu’elle procède précisément en
articulant la suggestion. Par contre, toute psychothérapie procède,
structurellement, le long d’une pratique qui reste essentiellement
suggestive. >
lire le texte


Psychanalyse, Psychothérapie :
quelles différences ?
Pierre Marie
Paris, Aubier, 2004, 235 pages
Dans cet ouvrage destiné au grand public, si l’on en croit la quatrième de
couverture, et qui paraît au moment où à l’assemblée nationale, on voudrait
régler le sort de la psychanalyse, en l’assimilant à une « forme de
psychothérapie », Pierre Marie poursuit en fait une réflexion qu’il a
engagée depuis longtemps.
En effet, dans « qu’est-ce que la psychanalyse ? » (aubier 1988), il avait
déjà montré de façon convaincante que la méthode analytique, imposée à Freud
par ses patients, allait fort heureusement à l’encontre de la doctrine
analytique, davantage inspirée du scientisme freudien. Il y dénonçait la
fétichisation de la discipline, qui conduit bon nombre d’analystes à user de
la méthode à des fins psychothérapiques. Il proposait avec audace et
lucidité de prendre la méthode freudienne à la lettre.
Puisque les enseignements qui ont trait à l’inconscient ont pour destin de
demeurer toujours inentendus, ce nouvel ouvrage dans la ligne des précédents
y insiste, sans relâche, sans céder d’un pouce, marquant sa place dans cette
collection : il faut prendre au mot la psychanalyse. Pierre Marie s’y
emploie, se gardant bien de remettre en cause les psychothérapies, aussi
vieilles que le monde, mais montrant leur différence radicale avec la
psychanalyse.
Lever le non-dit sur ces différences, toujours suggérées, jamais énoncées :
si la démarche peut paraître simple, elle est d’une urgente nécessité. En
intercalant un chapitre sur le langage entre celui qu’il consacre aux
psychothérapies et celui dans lequel il présente la méthode analytique,
Pierre Marie donne à voir quelque chose du clivage que produit justement en
nous le langage. Il y a bien lieu, selon l’éthique de la psychanalyse, de
suspendre la demande, ainsi que toute recherche illusoire de sens - dans
laquelle nous ne pouvons pourtant pas nous empêcher de nous aliéner - pour
entendre quelque chose du désir inconscient. Si l’expérience analytique y
parvient, c’est bien comme l’auteur le propose dans une formule très
heureuse par une « ruse de la raison. »
Si la lecture semble plus facile que celle des deux précédents essais,
l’ouvrage procède de la même rigueur. Le lecteur est rarement ménagé,
souvent bousculé.
Il est renvoyé, comme il se doit, à un impossible : il s’agit encore une
fois de ne pas être dupe, sauf bien-sûr de l’inconscient.
A l’heure où l’on voudrait sécuriser la psychanalyse, la mettre au pas, il
est nécessaire de lever l’ambiguïté que recèle le terme de psychothérapie,
jamais à l’abri des visées normatives.
Ainsi cet ouvrage, au style alerte, qu’on pourrait croire écrit sous le coup
de la colère, est au contraire une mise au point tranquille, lucide, qui
veut rompre avec toute dérive moralisante concernant le débat qui agite tant
les esprits entre psychanalyse et psychothérapie : ce sont avant tout des
pratiques différentes. (« sans qu’il y ait lieu de blâmer l’une au profit de
l’autre »). Encore fallait-il en prendre note. Dont acte. (Anne Bourgain,
mai 2004, sur
http://www.psychanalyse-in-situ.fr)
23/02/2007 |