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Chinois - Ecriture
- Etranger - Infini -
Lacan - Laienanalyse -
Traverse
Chinois
- Titre : Le sujet chinois dans la demande de la
psychanalyse
- Auteur : Rainier LANSELLE
- Source :
http://w1.ens-lsh.fr
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- Ces questions théoriques nous conduisent vers un
autre type d’enjeux de particulière importance, celui de la mise à
disposition du public chinois des grands textes de la psychanalyse,
autrement dit de leur traduction en chinois.
Là aussi les problèmes sont multiples. Où en sont, à l’heure actuelle,
les traductions de ces textes sans lesquels il est évident que la
pratique psychanalytique naissante n’aurait pas sur quoi s’appuyer ? En
fait, davantage que nombre d’autres sciences la psychanalyse a souffert,
en Chine, d’un a priori contre son caractère « bourgeois », et son
approche individuelle de la personne. Comme dans d’autres pays se
réclamant de doctrines marxistes, le populisme du régime, son
indifférence hostile à l’égard de tout ce qui aurait pu frayer la voie à
quelque chose ressemblant à de la psychanalyse ont stoppé net le timide
mouvement de traduction engagé, dès avant la seconde guerre mondiale,
des œuvres freudiennes8. Comparée à d’autres domaines des savoirs, y
compris du domaine psychologique, il y a donc un retard criant dans la
traduction des grandes œuvres, à commencer par celles de Freud et de
Lacan. Ce retard tend à être rattrapé. Mais le moins qu’on puisse dire
est qu’il pose la question de la façon dont il l’est. Le chantier en vue
paraît écrasant ; les démarches en cours depuis quelques années pour le
faire avancer laissent souvent sceptique – ou pour être plus exact,
laissent sceptique le lecteur qui est en position d’en juger. Car l’une
des difficultés qui compliquent notablement le tableau de ce savoir en
pleine phase de transmission est que, jusqu’à aujourd’hui, aucun
psychanalyste européen ou américain n’a jamais eu, en matière de Chine,
de compétence linguistique suffisante pour être à même de lire le
chinois. Comment savoir, donc, ce que deviennent les textes quand ils
passent dans cette langue ? Ce que les traducteurs en font passe-t-il la
barre ? Quelle est la proportion, dans ces traductions, de vraie
transmission, de perte, de trahison ? On est en droit d’interroger, par
exemple, une démarche éditoriale qui entreprend de traduire Freud à
partir de l’anglais9, ou une autre qui s’attaque à la traduction de
Lacan avec un évident défaut d’appréciation des difficultés qu’un tel
projet représente10. Mais d’abord, et dans un autre registre, de quel
outillage terminologique les spécialistes chinois de la question
font-ils usage – ou pour mieux dire : quel outillage sont-ils en train
de forger, puisque, dans ce domaine des sciences modernes comme dans
tant d’autres, la langue chinoise est vouée à se doter de tout un
appareil de néologismes ? >
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- Titre : Les processus inconscients sont universels
(entretien)
- Auteur : Shen Chih-chung
- Source :
http://www.gio.gov.tw
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- Freud est-il universel ?
Freud est un auteur à part, difficile à traduire, mais ça n’empêche pas
que les processus inconscients soient universels. Les Taïwanais, les
Chinois, sont comme tous les autres êtres humains, ils font des rêves,
des lapsus, commettent des actes manqués... L’inconscient ne connaît pas
de frontière. Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait qu’une
seule psychanalyse. Chaque culture a sa manière de développer la
psychanalyse, une fois assumée. On parle couramment de la psychanalyse
française, de la psychanalyse anglaise, etc. Pourquoi pas une
psychanalyse chinoise ?
Mais n’y a-t-il pas des mots, des concepts trop éloignés des Chinois,
intraduisibles ?
Bien sûr. Personnellement, je dirais même que la traduction est
impossible. C’est une illusion de croire qu’on peut reconstituer le
texte original dans un autre lieu. Il n’est pas rare qu’une grande œuvre
soit traduite plusieurs fois et ceci grâce à son intraduisibilité même.
C’est cette partie intraduisible, qui a été laissée de côté pendant la
traduction, qui fournit l’énergie intarissable du processus traductif.
Dans L’écriture et la différence, lorsque, commentant un passage de
Traumdeutung, il parle de l’impossible traduction du rêve, [Jacques]
Derrida dit très justement qu'« un corps verbal ne se laisse pas
traduire, ou transporter dans une autre langue. Il est cela même que la
traduction laisse tomber. Laisser tomber le corps, telle est même
l’énergie essentielle de la traduction. » Laisser tomber le corps, voilà
l’étrange expérience sado-masochiste et cruelle du traducteur. En
traduisant, non seulement on perd une partie du texte traduit, mais on
perd aussi une partie essentielle de soi-même : sa langue maternelle.
J’aime beaucoup l’expression de Pontalis qualifiant l’expérience du
traducteur de « mélancolie du langage ».
Que représentait cette traduction pour vous personnellement ?
En réalité, tout a commencé il y a une dizaine d’années. A l’époque, je
suivais un séminaire en français sur Freud dirigé par le Pr Cheng, à
l’Université nationale de Taïwan. Nous n’étions que trois ou quatre à y
assister régulièrement. Je ne comprenais pas grand chose – j’étais en
deuxième ou troisième année et venais de commencer les cours de français
– mais j’étais très impressionné par la profondeur de ses
interprétations et de ses commentaires sur Freud. A l’époque, rares
étaient les universitaires qui donnaient ce genre de cours. L’habitude
était plutôt de faire des séminaires du genre « Tout Freud» pendant un
semestre, puis « Tout Lacan» le semestre suivant ! C’est au cours d’un
de ces séminaires que le Pr Cheng nous a proposé de traduire chacun un
morceau de ceVocabulaire que nous consultions souvent pendant les cours.
Malheureusement le projet n’a pas eu de suite. Probablement parce qu’à
l’époque nous n’en étions pas capables.
Néanmoins j’ai continué d’utiliser ce Vocabulaire, et à chaque fois que
je le consultais, l’idée d’une tâche non accomplie, d’un «
reste-à-traduire » me revenait, à tel point que je n’arrivais pas à la
distinguer de mon propre désir de me « frayer un chemin vers la
connaissance de la psychanalyse ». J’ai alors eu l’idée de le traduire
dans le seul but de m’approprier ce modèle traductif, sans imaginer que
la traduction serait publiée un jour. Cette traduction, c’était donc au
départ un pur investissement narcissique. Mais en discutant avec des
amis qui avaient eux aussi assisté aux séminaires de Cheng Tsun-shing,
je me suis aperçu qu’ils partageaient mon intérêt. Le Pr Cheng nous a
tout de suite encouragés. Non seulement il a soutenu ce projet et
accepté de le diriger, mais de plus il a fondé une maison d’édition et
s’est occupé des questions plutôt délicates des droits de traduction, de
publication etc. Le projet est donc reparti, dix ans après. Et j’ai
enfin trouvé une réponse au « message » – qui n’en est pas moins une
exigence de travail – que le Pr Cheng nous a légué à travers ces
séminaires. Cette expérience irremplaçable m’a en outre permis de
séjourner au plus près de l’œuvre freudienne, dans sa littéralité, avec
comme compagnon de voyage les œuvres de MM. Laplanche et Pontalis. >
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- Titre : Sous la brise d’Emeishan, la langue
étrangère
- Auteur : Lucia Ibañez Marquez
- Source :
http://www.lacanchine.com
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- (Extrait) Au pied du mont Emei, l’un des cinq monts
Sacrés, Emeishan est une petite ville devenue touristique par le passage
des pèlerins bouddhistes.
Dans la nature, exubérante et tropicale où l’on respire l’humidité, se
nichent plusieurs monastères bouddhistes.
Avril 2004, Emeishan accueille des voyageurs particuliers, des
praticiens de la psychanalyse, venus pour la plupart d’Europe et des
chinois de la région de Cheng Du, pour une rencontre clinique de l’Interassociatif
Européen de Psychanalyse.
Si ce séminaire a eu lieu ici, c’est qu’il s’inscrit dans une histoire :
le témoignage d’une cure où chaque protagoniste ne parle pas la langue
de l’autre ; ce qui n’a pas empêché la langue étrangère de se faire
entendre, peut être même, la différence des langues lui a t-elle frayé
le chemin.
Loin du sens et de la compréhension, la langue étrangère sollicite du
psychanalyste, une écoute qui se forge à chaque fois, dans l’insistance,
la subtilité, jusqu’à devenir hypersensible, à la sonorité des mots, à
leur construction, à la voix, à la discontinuité dans le rythme des
phrases, aux coupures dans la cadence de la respiration.
Dans son texte d’ouverture du Séminaire, Michel Guibal écrit : « Le
sujet de l’inconscient pour ces quatre jours entre la Chine et l’Europe,
je l’entends dans la pluralité des langues et dans la traduction. »
La traduction a été au cœur de la rencontre même, non pas comme un
élément technique au secours linguistique, mais en tant qu’elle a
introduit, à l’insu des traducteurs, une dimension clinique qui a créé,
dès le départ, une atmosphère de parole qui a marqué le déroulement du
séminaire. Pour une fois, l’assemblée ne succombait pas à l’ennui ou à
l’exaspération de la traduction, mais puisque la langue qu’on parle
n’était plus ce qui comptait, nous pouvions, je parie, dans une certaine
joie, devenir paisiblement dépendants de la traduction. >
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Ecriture
- Titre : Traduction et Écriture
- Auteur : Letícia P. Fonsêca
- Source :
http://www.freud-lacan.com
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- Prenons comme point de départ de notre réflexion une
question provenant d'un colloque de l'Association Freudienne
Internationale sur le thème Traduction et Psychanalyse, ainsi formulée :
En quoi la pratique de la traduction pourrait aider le psychanalyste
dans sa formation ? Ce fût l'un des questionnements qui orienta nos
premières réflexions sur la traduction. Mais, au cours des élaborations,
nous avons suivi un fil directeur différent : celui de l'analysant et
nous avons penché pour une autre recherche : quelle analogie nous
pourrions rencontrer entre le traduire et l'expérience psychanalytique ?
C'est sur cette deuxième question que nous allons nous attarder.
L'idée d'articuler le processus d'analyse avec le travail de traduction
d'un texte part, probablement, de la référence "classique" à la Lettre
52 de Freud à Fliess. Dans ce document, daté du 6 décembre 1896, Freud
fait référence à la psychoneurose comme découlant d'un échec de
traduction. Il cherche à expliquer comment le mécanisme psychique se
forme par un procédé de stratifications, dont le matériel, qui serait là
présent comme trait de mémoire, serait sujet, de temps en temps, à un
réarrangement découlant de nouvelles circonstances, ou soit, à une
re-transcription. Il nous dit :
"Je m'explique les particularités des psychonévroses en supposant que la
traduction de certains matériaux ne s'est pas réalisée - ce qui doit
entraîner certaines conséquences..." (1)
"C'est le défaut de traduction que nous appelons, en clinique,
refoulement. Le motif en est toujours la production de déplaisir qui
résulterait d'une traduction; tout se passe comme si ce déplaisir
perturbait la pensée en entravant le processus de la traduction." (2)
Nous pouvons alors déduire que quand une idée n'a pas été traduite, elle
est refoulée dans un lieu autre, et reste dans l'attente d'une
traduction. L'allusion à la Carte 52 est constamment reprise par les
chercheurs spécialistes de l'évolution de ses théories. Mais s'agit-il,
dans ce cas, de traduction au vrai sens du terme, ou l'usage de ce terme
aurait-il un tout autre sens ?
Nous allons maintenant approfondir la question : qu'est ce que traduire?
Traduire est reformuler un message, en l'écrivant et en le transmettant
dans une langue différente de celle dans laquelle il a été écrit, conçu,
à l'origine. La traduction ainsi perçue est considérée, selon Paulo
Ronai, comme interlinguale (3). Les étudieux de la traductologie (4)
excluent de la catégorie de traduction, toute autre opération
intellectuelle à laquelle le terme de traduction puisse être appliqué au
sens figuratif. Cependant, pour nous, psychanalystes, qui travaillons la
traduction, il est important de rappeler qu'il y a d'autres
reformulations de messages qui surviennent non pas entre différentes
langues mais entre différents langages. Nous pouvons alors avoir : la
traduction intra linguale, sociolinguistique, intersémantique, etc.
Toutefois, cette dernière est une forme figurée pour parler de
traduction. >
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Etranger
- Titre : Le « défaut de traduction »
- Auteur : José Luis Atienza Merino
- Source :
http://www.cairn.info
-
- Prenant comme point de départ les apories auxquelles
ont toujours été confrontés les traducteurs, cet article cherche à
comprendre pourquoi la traduction – opération d'écriture convoquée pour
faire face au pari intenable de transposer à la langue maternelle la
lettre et le sens d'une langue étrangère – aboutit toujours à un
impossible et comment et pour quelles raisons les sujets insistent,
malgré tout, pour réaliser cette tâche qui conduit toujours à un échec.
L'auteur, à la suite des travaux qui depuis la moitié des années
quatrevingt ont été réalisés dans cette orientation, considère que la
psychanalyse peut, de manières différentes, éclairer ce comportement
pour le moins déroutant. Aussi, il étudie les rapports entre
psychanalyse et traduction et montre comment l'analyste, l'analysant et
le traducteur sont interrogés de manière assez semblable par le langage
humain.
Plan de l'article
• 1. TRADUCTION <> ÉTRANGETÉ <> ÉCRITURE
— 1.1. Les apories de la traduction
— 1.2. Entre le sens et la lettre et le sens dans la lettre
• 2. TRADUCTION <> PSYCHANALYSE
— 2.1. La dimension d'étranger à l'origine de la psychanalyse et du
traducteur
— 2.2. Le traducteur aux prises avec l'inquiétante étrangeté du double
— 2.3. La psychanalyse comme traduction et vice-versa
— 2.4. L'épreuve de la traduction
Infini
- Titre : Traduire Freud : une mission sans limites
?
- Auteur : Margarete Kanitzer
- Source :
http://www.oedipe.org
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- L'acte de traduire consiste à reproduire, dans la
langue cible, l'équivalent naturel le plus proche possible du message de
la langue d'origine, premièrement par le sens et deuxièmement par le
style.
Voilà l'une des définitions possibles, celle de Nida (1969) [iii]. Il en
ressort que le traducteur se laissera guider par la langue d'origine
pour s'en éloigner le moins possible, mais en outre, les correspondances
choisies dans la langue cible devront être « naturelles » dans la langue
cible. La priorité est donné au sens par rapport au style. Bien entendu,
une telle transposition présuppose la compréhension du texte d'origine.
L'acte de traduire peut se décomposer ainsi en deux phases : la phase de
compréhension où le traducteur analyse les intentions de l'auteur au
niveau du sens et du style, et la phase de reconstruction qui consiste à
reproduire ces intentions, dans la langue cible, par des équivalences
naturelles, mais aussi proches que possible de la langue d'origine. La
traduction doit aboutir à une reproduction du texte d'origine,
permettant au lecteur de « comprendre » à son tour les intentions de
l'auteur. La traduction est un acte de communication.
Or, le psychanalyste mais aussi le traducteur savent que la
communication, même à l'intérieur d'une communauté linguistique, n'est
pas simple. Elle s'inscrit toujours dans un contexte subjectif et
social. La culture, l'expérience, les connaissances, le niveau
d'instruction, l'appartenance à un groupe social, etc. jouent un rôle
important entre émetteur et récepteur. En outre deux personnes
n'attribuent pas forcément la même signification à un même terme. Tous
ces facteurs donnent l'impression parfois qu'on ne parle pas la même
langue. L'expérience montre toutefois que la communication est possible,
intracommunautaire et entre communautés. Cela peut s'expliquer ainsi :
les significations individuelles des mots se recoupent dans leur partie
centrale ; de plus les mots se situent dans un contexte qui précise leur
signification ; et enfin il est tout à fait possible de prendre en
considération les différences sociales et culturelles. Le traducteur,
lui aussi, devra prendre en compte les différences et trouver des
compromis. >
lire le texte
Lacan
- Titre : Babel ou la cristallinité : traduire Lacan
- Auteur : Alexandre Leupin
- Source :
http://www.mondesfrancophones.com
-
- Lire Lacan, c’est du même trait le traduire, et les
francophones ne font pas exception à cette règle. Il y a à ce nécessaire
effort plusieurs causes. En premier lieu, tout écrivain ou penseur
original qui crée une conceptualité jusqu’alors inédite exige du lecteur
qu’il bouscule ses habitudes de pensée, pour se loger dans une théorie
qui ne lui est pas encore familière. Mais, une fois ce travail accompli,
Lacan reste un cas particulier. Oserai-je dire qu’il mauvais écrivain ?
À côté de trouvailles géniales (« La charité, c’est l’archi-raté »), de
formules qui portent (« Le psychanalyste a son acte en horreur »),
l’œuvre écrite est une procession de contorsions syntactiques peu
propices à sa transmission, et qui mettent le lecteur à la torture.
Lacan fut avant tout un homme de parole, dans la cure, les séminaires et
les conférences. Dans l’espace parlé, tout son corps était convoqué pour
soutenir le discours : les articulations logiques, l’emphase, les clins
d’œil de l’ironie, la moue du sarcasme, l’éclat du rire, le fausset
dévastateur, tout concourait à précipiter le sens. Ainsi, Télévision
est bien plus accessible dans sa version vidéo que dans la transcription
de Jacques-Alain Miller : le corps filmé du sujet Lacan y fait fonction
de béquille à la compréhension. J’ajoute que, pour Lacan comme pour son
recréateur dans l’écrit, il n’y avait sans doute pas d’autre solution :
pour Lacan, il ne pouvait écrire autrement, et pour Jacques-Alain
Miller, il lui fallait souligner les articulations logiques et les
arêtes de la pensée.
Dans l’écrit, la gestuelle, les intonations disparaissent, pour laisser
place aux préciosités stylistiques qui furent celles des médecins
cultivés pendant les années trente en France. À cela s’ajoute que, la
plupart du temps, les textes publiés sont des réécritures de
conférences, où Lacan prend toujours soin de s’adresser à un public
spécifique et re-marque cette adresse dans la construction de texte
elle-même. L’écrit garde ainsi l’empreinte circonstancielle de ceux qui
l’écoutèrent, griffe qui, avec le temps, perd toute importance, mais ne
cesse pas pour autant de parasiter la transmission du concept. L’avers
de la médaille de ces idiosyncrasies est bien sûr qu’à chaque fois
l’auteur et son auditoire sont engagés en tant que sujets singuliers
dans les méandres d’une pensée qui se cherche et se trouve.
Cette critique, bien entendu, ne touche en rien à la construction
conceptuelle de l’œuvre, dont on peut affirmer que, d’un bout à l’autre,
elle est d’une cohérence quasi psychotique (Lacan l’a dit) : les
avancées théoriques s’additionnent à ce qui précède sans jamais le
contredire, mais en le modulant et l’approfondissant.
Cette stylistique qui fait barrière à la transmission redouble ses
effets nocifs quand il s’agit de transmettre la pensée de Lacan dans une
autre langue, en particulier en anglais – les langues romanes, de
structure affine, posent beaucoup moins de difficulté. Les traductions
de Lacan en anglais tombent presque toutes dans le piège du littéralisme
: ce ne sont que « of that which » (de ce que), « to wit » (à savoir
que), « namely » (nommément) : un grimoire qui n’est ni français ni
anglais dans sa syntaxe ou son lexique, et qui, sous prétexte
d’allégeance à la lettre, tombe souvent dans une infidélité radicale à
la pensée de Lacan. Vieux débat que saint Jérôme, traduisant la Bible, a
clos dès longtemps, lorsqu’il fut confronté au littéralisme de saint
Augustin : il faut traduire selon l’esprit (de la langue cible), et non
selon la lettre (de langue d’origine) ; saint Augustin dut se rendre à
ses raisons. >
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Laienanalyse
- Titre : Wo Es war, soll Ich werden
- Auteur : Michel Luciani
- Source :
http://traduirefreud.com
-
- Il faut reconnaître que la
traduction de Freud en français se heurte parfois à de réelles
difficultés. C'est le cas du célèbre Wo
Es war, soll Ich werden, qui clôt la 31è des Nouvelles
Conférences de 1932 : une sorte d'aphorisme brillant mais dont la
concision laisse la place à plusieurs interprétations quand on veut
analyser la phrase en détail.
Les traductions ont été nombreuses ; citons :
a) Le moi doit déloger le ça ;
b) Où était le Ça, le Moi doit advenir
;
c) Là où était le Ça, Je doit / dois
advenir ;
d) Où C'était, Je dois advenir ;
e) Là où était du ça, doit advenir du
moi ;
f) Le ça doit devenir le moi.
La difficulté de la traduction tient à cette concision de la formule de
Freud, malgré — ou à cause de — la grande simplicité du vocabulaire
utilisé : Wo = où ; Es = cela / ça / Ça ; war = était ; soll = doit (au
sens d'exhortation, de recommandation morale) ; Ich = je / Je / moi ;
werden est plus complexe, car il peut signifier : devenir / naître / se
développer / survenir.
On saisit mieux cette formule insérée dans ce qui suit et ce qui
précède. Freud parle des efforts thérapeutiques de la psychanalyse et
précise :
Ihre Absicht ist ja, das Ich zu stärken,
es vom Über-Ich unabhängiger zu machen, sein Wahrnehmungsfeld zu
erweitern und seine Organisation auszubauen, so dass es sich neue Stücke
des Es aneignen kann.
Traduction : Leur but est en effet de renforcer le Moi, de le rendre
plus indépendant du Surmoi, d'élargir son champ de perception et de
développer son organisation, de telle sorte qu'il puisse s'approprier /
assimiler de nouveaux éléments du Ça. La phrase qui suit le
Wo Es war, soll Ich werden est
la dernière de cette 31ème Nouvelle Conférence :
Es ist Kulturarbeit wie etwa die
Trockenlegung der Zuydersee.
Traduction : "C''est un travail de civilisation tel que l'assèchement du
Zuiderzee."
Le Zuiderzee de Hollande, sorte de mer intérieure dans une vaste baie
produite par les tempêtes de la mer du Nord, fut en partie poldérisé, ce
qui fit gagner 220.000 ha sur la mer. >
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Traverse
- Titre : Psychanalyse et traduction : voies de
traverse
- Auteur : Ginette Michaud
- Source :
http://www.erudit.org
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- La conjonction liant ces deux champs de la
psychanalyse et de la traduction est-elle moins problématique, plus
assurée aujourd'hui qu'elle l'était il y a une quinzaine d'années, au
moment où le regretté François Peraldi — à qui nous voudrions rendre ici
hommage — soulignait dans sa présentation d'un numéro de Meta consacré à
ce même sujet à quel point le rapprochement — mais surtout une
coordination, une articulation véritables — entre deux domaines en
apparence aussi hétérogènes paraîtrait incongru, pour des raisons
différentes, tant à certains traducteurs qu'à bon nombre de
psychanalystes ? Peraldi croisait alors le fer, non sans
une évidente ironie polémique, avec ceux qui, dans chacun de ces
groupes, envisageaient leur travail comme une « simple opération
technique1 » consistant à faire passer, qui le signifiant, qui le
symptôme, d'un système 1 à un système 2, d'une langue de départ à une
langue d'arrivée2, quitte justement à laisser se perdre en chemin cela
seul qu'il importait de traduire et qui y résistait bien entendu de
manière irréductible. Pourtant, au-delà d'une telle polarisation quelque
peu caricaturale, d'ailleurs rapidement abandonnée par Peraldi, il y
avait bien lieu d'insister au contraire sur le matériau commun aux deux
pratiques et qui les liait de manière aussi profonde qu'intime : « le
langage du sujet humain » et les remaniements subjectifs qui pouvaient
s'opérer, en psychanalyse comme en traduction, « par les seuls effets de
la parole. ». >
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07/09/2007 |