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Anti-Oedipe - Désir - Flux - Dignité - Machines désirantes - Psychanalyse - Schizo-analyse

 

 

 


 

Anti-Oedipe

Titre : L’Anti-Oedipe, une progéniture “délirante” reconnue par Lacan (Extrait de l’interview de Jacques-Alain Miller : “Une histoire de la psychanalyse”, Magazine Littéraire n°271 (1989))
Auteur : Jacques-Alain Miller
Source : http://antioedipe.unblog.fr
 
Dans cette interview du Magazine Littéraire n°271 de 1989 consacrée à Freud, François Ewald interroge Jacques-Alain Miller, le fameux gendre de Lacan, sur la psychanalyse, et notamment sur les deux livres des années 70 qui l’ont critiquée et sur leurs effets : L’Anti-Oedipe de Deleuze-Guattari, et La Volonté de savoir de Foucault. Sa réponse est la suivante :
“Ca a contribué à dénouer cette alliance avec les philosophes, qui avait été passée dans les années 60, à l’époque structuraliste. Ca s’est conclu par un divorce aux torts mutuels.
Ces deux critiques sont fort différentes. L’Anti-Oedipe est une variation sur un thème de Lacan, la critique de l’oedipianisme naïf, enrichie d’un éloge, non sans humour, de la schizophrénie. C’est d’ailleurs une progéniture que Lacan a reconnue, tout en la taxant de délirante.
Foucault, lui, apercevant bien la solidarité de l’Anti-Oedipe avec la psychanalyse, enchâsse celle-ci dans un ensemble beaucoup plus vaste qui ridiculise la notion d’une révolution freudienne : l’ensemble des pratiques consistants à “parler de sexe”, voire “parler de soi”. Du coup, il définit une époque très large, où la psychanalyse apparaît comme un petit avatar, une fausse surprise. Mais aussi bien, cette époque est si longue qu’elle embrasse au moins toute l’histoire de l’Occident. Sa recherche l’a amené aux Grecs. Et la pointe de polémique antipsychanalytique qu’il y avait dans la Volonté de savoir a disparu des derniers livres, d’une confondante sérénité (…)”

 

Désir

Titre : Extrait du cours de Deleuze du 26 mars 1973
Auteur : Gilles Deleuze
Source : http://www.paris-philo.com
 
Toute l'histoire du désir - et encore une fois, c'est de la même manière que Reich tombe, cette manière de relier le désir à un au-delà, qu'il soit celui du manque, qu'il soit celui du plaisir ou qu'il soit celui de la jouissance, et, de poser le dualisme du sujet de l'énonciation et du sujet de l'énoncé, et ce n'est pas par hasard que c'est les mêmes qui le font aujourd'hui, i.e les lacaniens, i.e. d'engendrer tous les énoncés à partir du sujet qui, dès lors, et rétroactivement, devient le sujet clivé en sujet d'énonciation et sujet d'énoncé. Ce qui est inscrit, c'est le sujet de l'énonciation qui met le désir en rapport avec la jouissance impossible, le sujet de l'énoncé qui met le désir en rapport avec le plaisir, et le clivage des deux sujets qui met le désir en rapport avec le manque et la castration. Et, au niveau de la théorie, la production des énoncés se retrouve exactement, mots pour mots, cette théorie pourrie du désir.
C'est en ce sens que je dis que penser, c'est forcément être moniste, dans l'appréhension même de l'identité de la pensée et du processus, aussi bien que dans l'appréhension de l'identité du processus et du désir : le désir comme constitutif de son propre champ d'immanence, c'est à dire comme constitutif des multiplicités qui le peuplent. Mais c'est peut-être obscur tout ça, un champ moniste c'est forcément un champ habité par des multiplicités. (...)
On voit bien comment ça fait partie du même truc de dire que la jouissance ce n'est pas le plaisir, ça fait partie d'une espèce de système, que pour tout simplifier, je présenterais comme une conception circulaire du désir où, à la base, il y a toujours le postulat de départ - et il est vrai que la philosophie occidentale a toujours consisté à dire : si le désir est, c'est le signe même, ou le fait même que vous manquez de quelque chose. Et tout part de là. On opère une première soudure désir-manque, dès lors, ça va de soi que le désir est défini en fonction d'un champ de transcendance; le désir est désir de ce qu'il n'a pas, ça commence avec Platon, ça continue avec Lacan. Ça c'est la première malédiction du désir, c'est la première façon de maudire le désir; mais ça suffit pas. Ce que je fais, c'est la méthode de Platon dans le Phédon, quand il construit un cercle à partir des arcs. Le deuxième arc : si le désir est fondamentalement visée de l'Autre, ouvert sur une transcendance, si il subit cette première malédiction, qu'est-ce qui peut venir le remplir ? Ce qui peut venir le remplir, ce ne sera jamais qu'en apparence l'objet vers lequel il tend, c'est aussi bien l'Autre, c'est inatteignable, c'est le pur transcendant. Donc, ce ne sera pas ça qui viendra le remplir. Ce qui vient le remplir ou le satisfaire, qui vient lui donner une pseudo-immanence, ça va être ce qu'on appelle l'état de plaisir, mais dès ce second niveau, il est entendu que cette immanence est une fausse immanence puisque le désir a été défini fondamentalement en rapport avec une transcendance, que ce remplissement c'est, à la lettre, une illusion, un leurre. Seconde malédiction du désir : il s'agit de calmer le désir pour l'instant, et puis la malédiction recommencera. Et puis il faudra le réclamer, et puis c'est la conception du plaisir-décharge. Rien que ce mot indique assez que le titre de ce second arc de cercle est "pour en finir provisoirement avec le désir." C'est ça qui me paraît fascinant, à quel point ça reste dans toute la protestation de Reich contre Freud, il garde cette conception du désir-décharge qu'il thématise dans une théorie de l'orgasme. Ce second arc définit bien cette espèce d'immanence illusoire par laquelle le plaisir vient combler le désir, c'est à dire l'anéantir pour un temps. Mais, comme dans toute bonne construction, puisque tout ça c'est de la pure construction, c'est pas vrai, c'est faux d'un bout à l'autre, il faut un troisième pour boucler le truc, puisque vous avez cette vérité supposée du désir branchée sur une transcendance de l'Autre, cette illusion ou ce leurre par lequel le désir rencontre des décharges calmantes à l'issue desquelles il disparaît, quitte à reparaître le lendemain, il faut bien un troisième arc pour rendre compte de ceci : que même à travers ces états de sommeil, de satisfaction, etc. ..., il faut bien que soit réaffirmé sous une forme nouvelle l'irréductibilité du désir aux états de plaisir qui l'ont satisfait que en apparence, il soit réaffirmé sur un autre mode : la transcendance. Et cette réaffirmation c'est le rapport jouissance impossible-mort. Et du début à la fin, c'était la même conception, et quand on nous dit : attention, faut pas confondre le désir, le plaisir, la jouissance, évidemment il ne faut pas les confondre puisqu'ils en ont besoin pour faire trois arcs d'un même cercle, à savoir les trois malédictions portées sur le désir. Les trois malédictions c'est :
- tu manqueras chaque fois que tu désireras
- tu n'espéreras que des décharges
- tu poursuivras l'impossible jouissance. > lire le texte
 
 
Titre : Variations sur le désir (2) : Deleuze, Guattari / Freud, Lacan / Vasse, Girard, Oughourlian
Auteur : Jean-Paul Kornobis
Source : http://home.nordnet.fr/~jpkornobis
 
Que ce soit pour Freud, Lacan ou ... Girard, le désir est abordé négativement comme manque (on retrouve cette notion déjà chez Platon). A la suite d'Aristote et surtout avec Spinoza et Nietzsche, le désir devient une force positive (le conatus chez Spinoza) que Deleuze, plus proche de nous, reprendra, combattant ainsi la doxa platonicienne. Avec Félix Guattari, ils rejetteront avec force les concepts de : Zones érogènes, phantasme, phallus, castration, complexe d'Oedipe. Seul, Lacan semble trouver un peu de grâce à leurs yeux : On ne peut pas dire qu'ils soient très gais, voyez le regard mort qu'ils ont, leur nuque raide (seul Lacan a gardé un certain sens du rire, mais il avoue qu'il est forcé de rire tout seul". Pour Deleuze (comme pour Nietzsche et Spinoza), la joie et le rire sont les critères déterminants pour apprécier la valeur d'une pensée. Pour lui, le désir Oedipien est en soi innocent, même si cela finit mal. En libérant le désir de la culpabilité, Deleuze lui redonne la puissance dionysiaque; pour lui (Anti-Oedipe et Mille plateaux) et avec Félix Guattari, la psychanalyse est une entreprise de répression du désir qui n'est déterminé par aucun sujet et ne vise aucun objet; Le désir ne manque de rien, il ne manque pas de son objet. C'est plutôt le sujet qui manque au désir, ou le désir qui manque de sujet fixe, il n'y a de sujet fixe que par la répression. Le désir et son objet ne font qu'un, c'est la machine, en temps que machine de machine (l'Anti-Oedipe, p.43). Pour Deleuze, toute morale peut se résumer: à "ne pas être indigne de ce qui nous arrive" (cf l'Amor fati),ce qui n'implique pas une résignation fataliste mais plutôt une sorte de renaissance, en devenant le fils de ses propres évènements (logique du sens 21e série).
Ne pas céder sur son désir, aller au-delà du principe de plaisir, voilà le point commun avec Lacan; le culte du plaisir est la mort du désir, car il le rabat sur l'expérience du manque. L'idée de Deleuze est celle d'une ascèse du désir plutôt qu'une éthique, car cette dernière suppose toujours un référent. L'ascèse se retrouve dans le Zen et l'amour courtois; ce dernier a deux ennemis, qui se confondent : la transcendance religieuse du manque, l'interruption hédoniste qu'introduit le plaisir comme décharge (Dialogues, p. 120). En retenant la figure d'Oedipe à Colone, "oubliée" par Freud, Deleuze souligne que : Le grand secret c'est quand on n'a plus rien à cacher, et que personne alors ne peut vous saisir (Dialogues p.58); en chacun de nous, il y a une voie tracée pour un héros, et c'est justement comme homme du commun qu'il l'accomplit (Lacan, L'Ethique...p 368)

 

Flux

Titre : Le devenir-lacanien de Deleuze
Auteur : Slavoj Zizek
Source : http://www.cairn.info
 
Il y a, dans l’édifice conceptuel de Deleuze, une oscillation entre deux logiques opposées : celle du pouvoir génératif du flux du « devenir », et celle de la stérilité de ce flux. La seconde logique, plutôt « refoulée » dans la réception de Deleuze, nous permet d’établir un lien inattendu entre le concept deleuzien de « précurseur sombre » et le concept lacanien de « castration symbolique ». > lire le texte (payant)

 

Dignité

Titre : De Claudel à Gombrowicz, ou de Lacan à Deleuze-Guattari : la question de la dignité
Auteur : E.J. (L'Anti-oedipe en question)
Source : http://antioedipe.unblog.fr
 
L’approche la plus immédiate pour comprendre la différence entre la pensée de Lacan et celle de Deleuze-Guattari serait peut-être de se reporter aux auteurs qu’ils citent dans leurs enseignements ou leurs ouvrages pour illustrer leur façon de concevoir l’inconscient.
Sont-ils en opposition complète ? Non, il s’agit de lectures différentes de l’inconscient et de son fonctionnement qu’ils reconnaissent tout aussi bien contre les philosophies du sujet auto-centré et l’humanisme y attenant.
Le modèle deleuzo-guattarien n’est autre que celui de la perversion où l’inconscient machinique produit en permanence des liaisons avec l’environnement qui « dénaturent » le désir, ou plutôt le font évoluer, à force de tâtonnements avec le dehors, jusqu’à capture de nouveaux codes et remodelage de l’orientation libidinale.
Le modèle lacanien est, quant à lui, attaché à rechercher la chaîne signifiante du sujet qui serait inscrite dans la structure de son inconscient. Il pourra ainsi retrouver sa véritable place dans l’existence afin de ne plus être dupe de notre monde d’images où, perdu, il souffre de ne pas réaliser son désir profond.
Deux auteurs, Claudel et Gombrowicz colleraient de façon étonnante à ces lectures de l’inconscient.
Pour Lacan, on pourrait retenir la trilogie de pièces de Claudel, « L’otage », « Le pain dur », « Le père humilié », qu’il décortique dans son séminaire de 1960-1961 sur le transfert.
Pour Deleuze-Guattari, il s’agirait du Ferdydurke de Gombrowicz.
Pourquoi ces œuvres en particulier ?
Parce qu’elles se situent l’une (la trilogie) et l’autre dans un contexte similaire, le milieu de la noblesse finissante et l’avènement du nihilisme et des « derniers des hommes ». > lire la suite

 

Machines désirantes

Titre : De Claudel à Gombrowicz, ou de Lacan à Deleuze-Guattari : la question de la dignité
Auteur : François Péraldi
Source : http://www.geocities.com/b1pnow84/Peraldi
 
Merci Daniel pour la présentation de ce qu'on pourrait appeler une petite machine désirante de Lacan. Un jour, mais nous n'en sommes pas encore là, nous aurons à montrer que depuis le stade du miroir - dont Daniel nous a présenté le montage - jusqu'aux noeuds lacaniens à 5, 6 ou 7 liens que Lacan nouait péniblement à journées longues en écoutant ses analysants ou devant son séminaire, l'oeuvre de pensée de Lacan est sous-tendue, repose tout au long de son parcours par la production d'une multiplicité de ce que Deleuze et Guattari nommeront les machines désirantes. Il me semble tout à fait vain d'épiloguer sans fin sur les structures logiques de la pensée de Lacan et celles que l'on peut induire ou déduire des arguments logiques qu'il nous propose, si l'on ne prend pas en compte les montages machiniques sur lesquels elles reposent.
Si je pense, par exemple, à cet exercice qui se nomme Le Temps logique (les trois prisonniers) dont Karim Sheili nous aparlé l'an passé et dont il a fait le fondement d'une recherche dont il nous a présenté les premières étapes lors d'une rencontre des cartels samedi dernier, il ne faut surtout pas laisser de côté - au profit de la pure argumentation logique - le fait que le sophisme des temps logiques qu'il nous propose d'aborder (c'est-à-dire l'introduction dans un problème logique de la reconnaissance ou - en termes plus psychanalytiques de l'identification - du temps et du mouvement) repose sur un agencement machinique éminemment désirant: une machine pénitentiaire, une prison avec son directeur, une machine où est contenue le flux des prisonniers (pour jouer avec les termes de Deleuze) et qui n'existe comme machine pénitentiaire que dans la mesure où l'on suppose j- c'est d'ailleurs la supposition première du sophisme - que ceux qui y sont prisonniers n'ont tqu'un seul et unique désir, celui d'en sortir. C'est cet agencement machinique, cette articulation de la machine pénitentiaire à la tension du désir qui sous-tend le processus logique d'identification qui permettra sinon la réalisation du désir, du moins sa satisfaction momentanée: exeat les prisonniers qui pourront aller se rebrancher sur la machine criminelle.
Il faut prendre en compte ce dispositif si l'on veut éviter de se perdre dans le monde illimité de la pensée logique, car Peirce a bien montré que des systèmes logiques on peut en inventer de nouveaux à chaque fois qu'on se heurte au Réel. Le problème qui se pose au sujet est celui de l'engendrement mais aussi de la limitation de sa pensée par ses machines désirantes. Je crois qu'on doit beaucoup à Deleuze et Guattain de nous avoir montré cela dans l'Anti-Oedipe et Mille-Plateaux qu'il est peut-être nécessaire de relire maintenant, et de nous l'avoir montré non pas tant contre Lacan, que contre ceux des lacaniens qui ne savent rien faire de leurs dix doigts - même pas cuire un oeuf comme disait Dalto - qui se perdent dans le monde illimité des agencements signifiants, sans aucunement tenir copte de l'injonction de Lacan: faites des noeuds, construisez des machines topologiques, fabriquez vos machines désirantes - comme Freud son montage optique inspiré de l'appareil photographique à plaques dans l'Interprétation des rêves - ces machines ne sont pas seulement des représentations métaphoriques plus ou moins analogiques des instances psychiques (le moi, le sujet, l'Autre, l'autre et les objets) elles sont, lorsqu'on sait retrouver après-coup les structures topologiques sur quoi elles sont construites l'inconscient même du sujet. Il ne s'agit pas de prendre ces machines pour une représentation de l'inconscient, certes, mais pour autant de formations de l'inconscient, ce qui peut nous conduire à la conception Deleuzo-Guattarienne d'un inconscient machinique conçu en termes de machines désirantes qui n'est peut-être pas tellement éloigné de la phase terminale de la conception lacanienne de l'inconscient = la topologie c'est l'inconscient. > lire la suite

 

Psychanalyse

Titre : La pratique de la psychanalyse et la pensée de Gilles Deleuze
Auteur : Monique David-Ménard
Source : http://www.ed-psycha.org

De quelle conception du langage les interprétations et les interventions d’un psychanalyste sont-elles solidaires ? Les psychanalystes s’accordent sur le fait qu’interpréter n’est jamais seulement élucider des significations, mais aussi transformer l’expérience d’un analysant. Comment et quand un discours peut-il dès lors, dans les conditions du transfert, modifier ce que Freud nommait la plasticité pulsionnelle, ou encore ce que Lacan appelait le nouage du symbolique, de l’imaginaire et du réel ? Pour répondre à ces questions, on confrontera les conceptions du sens et du non-sens chez Freud et Lacan d’une part, chez Deleuze d’autre part, avant et après sa rencontre avec Guattari. Qu’est-ce que l’activité des pulsions par rapport à l’efficience de l’interprétation ? Dans quelle mesure la critique deleuzienne de la linguistique structurale et des théories du performatif ouvre-elle à une nouvelle approche de l’acte et de la pensée dans le désir ? Nous continuerons, par ailleurs, à travailler sur les concepts psychanalytiques du conflit psychique et de la division subjective et sur la pertinence ou/et l’impertinence de leur critique par Deleuze.

 

Schizo-analyse

Titre : Réseaux et plan d'immanence. Autour de Deleuze et de sa critique de la psychanalyse
Auteur : Pierre Marchal
Source : http://www.freud-lacan.com
 
(...) Pour conclure, je voudrais seulement m'attarder quelques instants sur la question de la schizo-analyse. Peut-elle être réellement, comme le préconisaient Deleuze et Guattari, l'outil qui nous permettrait de sortir du marais familial de l'Oedipe et du "surcodage" du signifiant ? Est-elle, la schizo-analyse ce qui nous permettrait de répondre adéquatement aux nouvelles économies désirantes que nous rencontrons dans notre clinique ? J'ai relu le dernier chapitre de L'anti-Oedipe, intitulé "Introduction à la schyzo-analyse" en me demandant si le paysage actuel de l'hyper-modernité tel que nous le dépeignent les sociologues (33) a quelque chose à voir avec une avancée schizo-analytique. J'ai relu plus particulièrement les trois derniers paragraphes qui d'une part étudient les rapports entre la psychanalyse et le capitalisme et d'autre part explicitent les deux tâches positives de la schizo-analyse, à savoir :
"découvrir chez un sujet la nature, la formation ou le fonctionnement de ses machines désirantes, indépendamment de toute interprétation" (34)
mettre en évidence la dimension sociale du désir : "Pas de machines désirantes qui existent en dehors des machines sociales qu'elles forment à grande échelle ; et pas de machines sociales sans les désirantes qui les peuplent à petite échelle." (35)
Notons cependant que, pour Deleuze et Guattari, les tâches positives de la schizo-analyse suppose une étape préalable qui est négative. Il s'agit, dans un premier temps de "détruire. La tâche de la schizo-analyse passe par la destruction, tout un nettoyage, tout un curetage de l'inconscient. Détruire l'Oedipe, l'illusion du moi, le fantoche du surmoi, la culpabilité, la loi, la castration..." (36) Rien de moins ! Dans une certaine mesure, nous pourrions être d'accord, tout en pensant qu'il n'est pas exact de mettre sur le même pied surmoi et culpabilité d'une part, loi et castration d'autre part.
Dans le même contexte, citant Lacan et Serge Leclaire parlant du "signifiant phallique, garant de l'irréductibilité du manque", nos auteurs se contentent d'exprimer leur étonnement : "Que tout cela est bizarre..." (37). On croirait entendre des ethnologues du XIXème siècle s'étonnant des propos de primitifs !
Pourtant ils n'en restent pas à ces propos que l'on pourrait qualifier d'humeur. Ils argumentent, reconnaissant que la démarche de Lacan est plus complexe et ils se livrent à une analyse de l'Oedipe particulièrement pointue :
"il (Lacan) ne referme pas sur l'inconscient une structure oedipienne. Il montre au contraire qu'Oedipe est imaginaire, rien qu'une image, un mythe ; et que cette ou ces images sont produites par une structure oedipianisante ; et que cette structure n'agit que pour autant qu'elle reproduit l'élément de la castration qui, lui, n'est pas imaginaire, mais symbolique. Voilà les trois grands plans de structuration, qui correspondent aux ensembles molaires : Oedipe comme re-territorialisation imaginaire de l'homme privé, produite dans les conditions structurales du capitalisme, pour autant que celui-ci reproduit et ressuscite l'archaïsme du symbole impérial ou du despote disparu. Les trois à la fois sont nécessaires : précisément pour mener Oedipe au point de son auto-critique. Mener Oedipe à un tel point, c'est précisément la tâche entreprise par Lacan" (38).
C'est d'ailleurs la même opération d'autocritique que Lacan mènerait par rapport à la linguistique. Faire l'hypothèse d'un inconscient-langage (notez que la formule prête à confusion : Lacan n'a jamais avancé une identité inconscient-langage, il a seulement postulé que l'inconscient est structuré comme un langage), c'est mener "la linguistique à son point d'autocritique, en montrant comment l'organisation structurale des signifiants dépend encore d'un grand Signifiant despotique agissant comme archaïsme" (39).
Et d'insister sur ce point d'autocritique, mais c'est ici, me semble-t-il que les choses basculent et qu'un malentendu s'installe qui porte sur la question du réel.
"Qu'est-ce que le point d'autocritique ? C'est celui où la structure, par delà les images qui la remplissent et le symbolique qui la conditionne dans la représentation, découvre son envers comme un principe positif de non-consistance qui la dissout : où le désir est renversé dans l'ordre de la production, rapporté à ses éléments moléculaires, et où il ne manque de rien, parce qu'il se définit comme être objet naturel et sensible, en même temps que le réel se définit comme être objectif du désir." (40)
Nous pouvons bien sûr admettre que Lacan porte l'Oedipe à son point d'autocritique au-delà de l'imaginaire que représente le drame oedipien familial. Il est déjà beaucoup plus problématique de parler d'un au-delà du symbolique puisqu'il ne nous semble pas possible de nous situer hors langage. C'est d'ailleurs une formulation assez paradoxale sous la plume de Deleuze que de parler d'un au-delà du symbolique, lui qui s'est toujours présenté comme un héros de l'immanence la plus radicale. Reconnaître qu'il n'y a pas d'au-delà du langage, du symbolique, que c'est le symbolique qui nous conditionne jusque dans notre désir, ne signifie pas pour autant que nous ne butions pas sur une limite du symbolique, un point d'arrêt de sa puissance totalisante. On peut appeler, avec Deleuze, ce point, un point d'autocritique, mais on ne peut le penser comme "un principe positif de non-consistance qui dissout la structure". Il faut au contraire penser que ce point de butée du système symbolique est un principe qui interdit la complétude du symbolique, non complétude qui fonde la consistance de la structure. En d'autres termes, le réel est une négativité de non-complétude qui institue la structure en lui procurant le lieu même d'exercice de l'autorité. On aura entendu le renversement que j'opère. Point par point.
Les choses ont changé 30 ans plus tard. Deleuze rattrapé par le capitalisme, l'ultra-capitalisme qui voit se généraliser la société de contrôle et le modèle d'enfermement analysé par Foucault dépérir. Hypothèse : généralisation du modèle de la perversion qui devient le pattern du social. Ici aussi, non pas le pervers comme pathologie, mais la structure perverse qui détermine un certain type de rapport à l'objet. > lire le texte
 
 
Titre : Entretien avec Jean-Claude Polack sur la schizo-analyse
Auteur : Jean-Claude Polack et Max Dorra
Source : http://www.revue-chimeres.fr
 
2’29 / Max Dorra présente Jean-Claude Polack (JCP) et lui pose des questions sur la schizo-analyse.
8’00 / Définition de la schizo-analyse
9’57 / JCP « On ne peut pas partir de la représentation d’une relation à deux » comme dans la psychanalyse. « Il n’y a pas de schizo-analyste »
Pas de symétrie entre schizo-analyse et psychanalyse
12’42 / « Les 150 dernières pages de l’Anti-Oedipe sur la schizo-analyse sont une critique radicale, absolue, définitive de la psychanalyse freudienne et lacanienne ».
14’52 / Le désir est de production, matériel, réel, machinique, alors que l’inconscient freudien est un système de représentation.
etc...   > écouter
 


 

 


13/02/2008

 

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