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Bi-polarité - Métaphore -
Musique - Point de capiton -
Politique - Signifiant
-
Bi-polarité
- Titre : Jakobson et le double caractère du langage
- Auteur : Martine Morenon
- Source :
http://perso.orange.fr/martine.morenon
-
- Lacan, influencé par le structuralisme,
rapporte dés 1956 dans le séminaire sur les psychoses, cette étude de
Jakobson. Toutefois il ne dégage pas dans la bonne direction l'accent
porté sur le concept de contiguité, l'un des points forts de ce texte.
Il insiste sur l'opposition de la métaphore et de la métonymie qui est
fondamentale, selon lui, pour éclairer les positions freudiennes. Il
expose l'exemple, encore peu connu de la hutte, mais il s'éloigne des
idées de base du linguiste. Dans la suite de Lacan plusieurs critiques
ou chercheurs se penchent avec plus ou moins de précision sur le même
travail :
Georgin fait allusion à l'importante distinction entre "code" et
"message" qui est donnée dans cet article.
Joël Dor le résume brièvement et en dégage des points fondamentaux. Il
estime que le "...signe linguistique et le découpage du langage selon
deux axes (contiguité et similarité sur lesquels il insiste) conduisent
à examiner deux propriétés du langage qui vont nous introduire très
directement à quelques points fondamentaux de la théorie lacanienne".
Laplanche ne peut éviter de rapprocher Lacan de Jakobson et ne dit rien
à propos de la structure bi-polaire du langage.
C'est encore à propos de Lacan que Kress-Rosen rapporte partiellement
les grandes lignes de l'article qui nous occupe.
Pratiquement tous les commentateurs de Lacan ont fait un retour sur cet
article mais nous devrons constater que les travaux extérieurs à
l'inspiration psychanalytique sont d'un plus grand intérêt :
Michel Le Guern est un continuateur de Jakobson qui fait naturellement
référence à ce texte dans un ouvrage qu'il consacre à la métaphore et à
la métonymie.
Eliseo Véron dans une publication de 1970 donne une analyse minutieuse
du même chapitre II de L'Essai de linguistique générale. De sa lecture
on retient un incontestable enrichissement des concepts mis en place ou
développés par Jakobson. L'auteur s'attarde sur les relations qu'il
perçoit entre acte corporel et contiguité, d'une part, ce qu'il nomme
action sociale et similarité, d'autre part.
Il pose dans un article très riche la question des actes non codés et
ouvre plus largement la problématique de la contiguité (L'analogique et
le contigu, note sur les codes non digitaux).
Morier, dans le Dictionnaire de poétique et de rhétorique, rappelle que
le principe de la contiguité a été défini par Aristote mais que Jakobson
l'a remis à la mode. S'il dégage avec bonheur les "Grandes figures et
facultés maîtresses" de l'esprit c'est sous l'inspiration directe de ce
texte princeps dont il rapporte, lui aussi, l'étude des aphasies et
l'exemple expérimental du mot "hutte" (art. métonymie).
Morier enrichit les idées du linguiste de précisions conceptuelles d'une
portée considérable. Elles rejoignent les tentatives antérieures de
Jakobson qui regrettait en 1955, dans son recueil "Langage enfantin et
aphasies", que la "question des deux pôles, pour sa plus grande part,
reste négligée, malgré son importance et sa portée énormes dans l'étude
de tout comportement symbolique, normal ou pathologique". >
lire la
suite
Métaphore
- Titre : Rhétorique sociale et métaphore du sujet
- Auteur : Angèle Kremer Marietti
- Source :
http://www.psychanalyse.lu
-
(Extrait) -
En refusant tout rapport analogique, Lacan
fait de la métaphore une opération de création ; c’est pourquoi la
réalité la plus sérieuse « ne peut être retenue que dans la métaphore
»[48] mais aucune signification n’est un fait acquis[49]. Le signifiant
est pour Lacan à proprement parler cause du sujet dans le réel ; il en
est également le représentant pour un autre signifiant. Causé et
représenté par le signifiant, le sujet disparaît « comme sujet sous le
signifiant qu’il devient, il n’était absolument rien »[50]. On serait
tenté de ramener la logique de cette métaphorisation du sujet à celle
qui préside à la négation que Jean Hyppolite a assimilée à une
dénégation quand il découvrit qu’il n’y a pas attribution par un
jugement sans introjection et expulsion : « Il y a donc une opération
qui est l’opération d’expulsion et sans laquelle l’opération
d’introjection n’aurait pas de sens »[51] ; et il montre ainsi que «
tout le refoulé peut à nouveau être repris et réutilisé dans une espèce
de suspension »[52]. La dénégation est une reconnaissance qui passe et
s’affirme par une méconnaissance : cette constatation permet de conclure
une affirmation du sujet « sous l’aspect du négatif », c’est par quoi
aussi, Lacan voit que, résidant dans la chaîne signifiante, « le sujet
assure sa subsistance de chaîne »[53], pour ainsi dire comme « personne
déplacée »[54].
Comme on le constate, la rhétorique de l’inconscient a ses jeux propres
: elle joue sur le rapport saussurien signifiant/signifié tout en
pratiquant l’opposition proposée par Roman Jakobson[55],
métaphore/métonymie ; laquelle consiste en ce que, d’une part, les
constituants d’un contexte ont un statut de contiguïté (métonymie) et,
d’autre part, les signes d’un groupe de substitution marquent un degré
de similarité (métaphore)[56], puisque, pour Lacan, un signifiant, c’est
ce qui représente le sujet pour un autre signifiant, la jouissance étant
« le signifiant pour quoi tous les autres signifiants représentent le
sujet » [57].
À cette base jaboksonienne s’ajoute une base saussurienne qu’est la
double union des termes in absentia et in praesentia, c’est-à-dire selon
le rapport de similarité des éléments présents avec des éléments absents
et selon le rapport de contiguïté des éléments présents avec des
éléments présents : le premier rapport concernant la métaphore, «un mot
pour un autre »[58], et le second la métonymie, « mot à mot »[59] ou la
partie pour le tout, la voile présente pour le navire présent. Tandis
que la métaphore prend son champ dans la condensation où se surimposent
les signifiants, le déplacement propre à la métonymie déjoue la
censure[60]. >
lire le texte
Musique
- Titre : Création, transfert : la psychanalyse à
l'école de la musique ?
- Auteur : François Dachet
- Source :
http://www.entretemps.asso.fr
-
(Extrait) - Que
Lacan n'a-t-il connu Schoenberg ?
en ces années cinquante, ce qui retient Lacan dans le texte de Freud, ce
n'est bien sûr pas seulement l'adhérence musicale de plusieurs mots
allemands. C'est aussi le mouvement de la méthode cathartique tel que le
décrit Freud dans ce passage. Il progresse dans ces deux directions,
longitudinales et radiales, qui conviennent si bien à ce que Lacan
enseigne à ce moment là en prenant appui sur Jakobson, à savoir, comme
je l'ai schématiquement rappelé plus haut, par rapport au mouvement de
la parole : la substitution radiale de la métaphore, le dépla-cement
longitudinal de la métonymie. On n'est donc pas éton-né que s'y accorde
la formulation en terme d'écriture musicale que Lacan a relevée chez cet
élève de Jakobson qu'a aussi été Lévi-Strauss.
Mais ce qui va être oublié, c'est que cette distinction entre
longitudinal et transversal, métaphore et métonymie, et donc mélodie et
harmonie, si elle offre à Lacan un écart pour ensei-gner Freud, ne
l'intéresse que lorsque qu'elle est livrée à la violence de la poésie,
c'est-à-dire lorsque selon la formulation de R.Jakobson elle s'annule :
« La fonction poétique projette le principe d'équivalence de l'axe de la
sélection sur l'axe de la combinaison ». (Roman Jakobson, Poétique, in
Essais de linguistique générale, T.I, Ed. de Minuit, 1963)
Donc ce qui précède ne vaut pas dans les coordonnées mettons de
l'enseignement académique de la poésie qui sont celles dans lesquelles
l'autonomie des axes de la parole est soigneusement maintenue. Cela vaut
dans les cordonnées poétiques qui ne respectent pas la distinction de
ces deux axes, et qui selon la définition jakobsonienne de la poésie
projettent les effets d'un axe sur l'autre.
Je n'irai pas beaucoup plus loin pour l'instant, souhaitant que ce
premier point puisse être discuté avant d'introduire le sui-vant qui
fait appel à des aspects moins connus du travail de Lacan qui
nécessitent d'être d'abord présentés pour eux-mêmes. En effet, l'oeuvre,
l'oeuvre artistique va sans doute paraître absente des références au
sein desquelles je mets en forme les questions. Par contre je ferai
remarquer que la façon dont Lacan prend un appui de passage sur
l'écriture musicale pour critiquer la prédominance de la linéarité dans
l'abord de la parole qui résulte selon lui de la théorie de Saussure,
est en même temps une première ouverture à la topologie. Le « traitement
musi-cal » transforme la chaîne en surface, à partir du moment où les
célèbres métaphore et métonymie, la combinaison et la substi-tution, ne
sont plus des dimensions dont l'orientation définit de façon stable
l'ancrage signifiant de la parole.
Cette opération Lacan la répètera en 1965, toujours à l'aide de la
portée sur laquelle s'inscrit l'écriture musicale, mais en fonction
cette fois d'une troisième dimension, que je dirai ici temporelle, et
que Lacan nomme coupure. >
lire le texte
Point de capiton
- Titre : L'envers de la psychanalyse, séance du
05-06-1970
- Auteur : Jacques Lacan
- Source :
http://www.lutecium.org
-
- (Extrait) - Je pense que, grâce à mon
séminaire de Sainte-Anne dont sort celui qui a traduit Jakobson en
français, plus d’un de nos auditeurs en ce moment sait comment la
métaphore et la métonymie sont par Jakobson situées de la chaîne
signifiante : substitution d’un signifiant à un autre pour l’une,
sélection d’un signifiant dans sa suite pour l’autre. D’où résulte (et
seulement là chez Jakobson : pour moi le résultat est autre) : que la
substitution se fait de similarités, la sélection de contigus.
C’est qu’il s’agit là d’autre chose que du lecton, de ce qui rend
lisible un signifié, et qui n’est pas rien pour maintenir la condition
stoïcienne. Je passe : c’est ce que j’ai dénommé du point de capiton,
pour illustrer ce que j’appellerai l’effet Saussure de disruption du
signifié par le signifiant, et préciser ici qu’il répondait tout juste à
mon estime de l’audience-matelas qui m’était réservée, bien entendu
d’être à Sainte-Anne, quoique composée d’analystes.
Il fallait un peu crier pour se faire entendre d’une troupe où des fins
diverses de dédouanement faisaient nœud chez certains. Conformément au
style nécessité pour cette époque par les vaillances dont la précédente
avait su se garer.
Et ce n’est pas pour rien que j’ai introduit mon point de capiton du jeu
des signifiants dans les réponses faites par Joad au collaborateur
Abner, acte I, scène 1 d’Athalie : résonance de mon discours procédant
d’une corde plus sourde à les intéresser.
Un lustre franchi, quelqu’un se rue à faire du point de capiton qui
l’avait retenu sans doute, l’« ancrage » que prend le langage dans
l’inconscient. Le dit inconscient à son gré, soit à l’opposé le plus
impudent de tout ce que j’avais articulé de la métaphore et de la
métonymie, le dit inconscient s’appuyant du grotesque figuratif du
chapeau de Napoléon à trouver dans le dessin des feuilles de l’arbre, et
motivant son goût d’en prédiquer le représentant du représentatif.
(Ainsi le profil d’Hitler se dégagerait-il d’enfances nées des tranchées
souffertes par leurs pères lors des meudonneries du Front populaire).
La métaphore et la métonymie, sans requérir cette promotion d’une
figurativité foireuse, donnaient le principe dont j’engendrais le
dynamisme de l’inconscient.
La condition en est ce que j’ai dit de la barre saussurienne qui ne
saurait représenter nulle intuition de proportion, ni se traduire en
barre de fraction que d’un abus délirant, mais, comme ce qu’elle est
pour Saussure, faire bord réel, soit à sauter, du signifiant qui flotte
au signifié qui flue.
C’est ce qu’opère la métaphore, laquelle obtient un effet de sens (non
pas de signification) d’un signifiant qui fait pavé dans la mare du
signifié.
Sans doute ce signifiant ne manque-t-il désormais dans la chaîne (69)que
d’une façon juste métaphorique, quand il s’agit de ce qu’on appelle
poésie pour ce qu’elle relève d’un faire. Comme elle s’est faite, elle
peut se défaire. Moyennant quoi on s’aperçoit que l’effet de sens
produit, se faisait dans le sens du non-sens : « la gerbe n’était pas
avare ni haineuse » (cf. mon « Instance de la lettre »), pour la raison
que c’était une gerbe, comme toutes les autres, bête à manger comme est
le foin.
Tout autre est l’effet de condensation en tant qu’il part du refoulement
et fait le retour de l’impossible, à concevoir comme la limite d’où
s’instaure par le symbolique la catégorie du réel. Là-dessus un
professeur évidemment induit par mes propositions (qu’il croit
d’ailleurs contrer, alors qu’il s’en appuie contre un abus dont il
s’abuse, sans nul doute à plaisir) a écrit des choses à retenir. >
lire le texte
Politique
- Titre : La politisation du structuralisme. Une
crise dans la théorie
- Auteur : Frédérique Matonti
- Source :
http://www.cairn.be
-
- Lorsque Roman Jakobson, Claude
Lévi-Strauss et Jacques Lacan écrivent les premiers textes de ce qui
sera ensuite rassemblé et unifié sous l’appellation de structuralisme,
ils sont au plus loin de produire une théorie « politique », au sens où
elle parlerait d’objets politiques ou bien encore où elle apparaîtrait
politiquement située. Pourtant dès le milieu des années 1960, et a
fortiori après Mai 68, l’usage de thèses étiquetées comme
structuralistes est devenu au contraire un marqueur politique, et plus
précisément un marqueur de radicalité politique. Ainsi, et si l’on
reprend très librement la définition par Jacques Lagroye de la
politisation comme « requalification des activités sociales les plus
diverses, requalification qui résulte d’un accord pratique entre des
agents sociaux enclins, pour de multiples raisons, à transgresser ou à
remettre en cause la différenciation des espaces d’activités [1] », le
structuralisme du milieu des années 1960 au début des années 1970
apparaît bien comme une théorie « requalifiée » par des producteurs
intellectuels individuels ou collectifs (revues, maisons d’édition, news
magazines, etc.).
C’est ce travail de « requalification », que l’on pourrait aussi
désigner comme une crise dans la théorie, que nous voudrions éclairer
ici. Plus exactement, une partie de ce travail de requalification. En
effet, la réception des thèses structuralistes comme politiquement
radicales et non plus seulement comme intellectuellement avant-gardistes
suppose un ensemble de conditions sociales et politiques que nous ne
ferons qu’évoquer ici. Tout d’abord, la croissance de la population
scolarisée et plus spécifiquement de la population étudiante,
particulièrement sensible dès le milieu des années 1960, et les
mutations que cette croissance entraîne (notamment sur la composition du
personnel universitaire avec le recrutement en nombre de jeunes
maîtres-assistants) créent un public, et un public sans doute moins
porté que ses aînés vers les ouvrages conformes aux normes académiques.
Ensuite, la réception des thèses structuralistes prend place dans un
double « contexte » politique : la longue série des « sales guerres »
contre les mouvements d’indépendance et la série débutée en 1956, avec
le rapport Khrouchtchev et la répression de la révolution hongroise, des
révoltes à l’Est [2]. C’est donc toute une génération (à commencer bien
sûr par les acteurs les plus insérés dans les réseaux militants, mais
pas seulement) qui est ainsi « exposée [3] » à cette double série qui
déstabilise l’ordre international mais aussi l’ordre de ce qui est
politiquement pensable [4]. >
lire la suite
Signifiant
- Titre : Vous avez dit "signifiant" ?
- Auteur : Pierre-Henri Castel
- Source :
http://pierrehenri.castel.free.fr
-
(Extrait) -
Disons que le structuralisme auquel on fait
référence - cet espèce de mythe de Saussure ancêtre du structuralisme,
c’est un mythe jakobsonien, c’est celui de Roman Jakobson. C’est un
mythe dans la mesure où Jakobson attribue à Saussure peut-être beaucoup
plus, finalement, qu’on ne lui doit, ce qui permet de construire une
généalogie glorieuse avec les linguistes tchèques, avec les formalistes
russes, et surtout avec le prince Troubetskoy, le père de la phonologie
structurale. Lorsque Lacan va aller sélectionner cette notion de
signifiant, il ne va pas s’intéresser, il ne s’intéressera jamais, à ma
connaissance – mais peut-être que vous connaissez des textes qui disent
autre chose - à un autre structuralisme que le structuralisme
phonologique. Par exemple, il ne s’intéresse jamais à Harris, il ne
s’intéresse jamais à Tesnière, c’est-à-dire aux grammairiens, et que
d’autre part, il considère que quelqu’un comme Chomsky par exemple ne
fait pas partie du structuralisme, alors que quelqu’un comme Chomsky,
lui pense au contraire, qu’il est véritablement celui qui a compris ce
que c’est que la structure du langage. De façon plus étrange, et sur
laquelle je vais revenir, il ne s’intéresse pas non plus au grand
concurrent de Jakobson qui est Hjelmslev, dont il ne fait quasiment
jamais mention. >
lire le texte
18/11/2006 |