Etudes lacaniennes 

un site de  Didier Moulinier

Acte

 

 

 Jouissances

 
Accueil
Acte
Aliénation
Amour
Analyse
Angoisse
Bonheur
Castration
Chose
Conatus
Coquetterie
Corps
Coupure
Désir
Dette
Diète
Discours
Energie
Erotisme
Ethique
Fantasme
Femme
Hystérie
Impossible
Inconscient
Infini
Joie
Langage
Lettre
Libido
Loi
Manque
Masturbation
Moi
Négation
Névrose
Objet
Obscénité
Parole
Pathologie
Père
Perversion
Peur
Phallus
Plaisir
Prochain
Psychose
Pulsion
Rapport
Répétition
Savoir
Semblant
Sexualité
Signifiant
Sublimation
Sujet
Surmoi
Symptôme
Temps
Texte
Toxicomanie
Trauma
Un
Voix
Zone érogène

 

 

 

D'après une lecture de :

J.-D. Nasio, Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan, Paris, Rivages, 1992

 

 

Le réel du sujet n’existe que sous la forme de l’acte, perpétré par un corps qui lui-même n’existe pas, comme corps de la jouissance, en dehors de l’acte. Il en existe de deux sortes (sans compter les formes alternées et am­biguës du symptôme) : les créateurs et les destructeurs. Dans les premiers le sujet disparaît à travers l’événement ou l’œuvre qu’il crée; dans les seconds il œuvre directement à sa propre disparition. C’est pourquoi le sujet comme tel n’est jamais présent. L’acte lui-même est présenté par Nasio comme une “manifestation” de l’état de jouissance, à la limite un exutoire avec lequel on ne peut confondre la jouissance proprement dite. Prenons l’exemple du suicide. Si l’on écarte le type de suicide (hystérique, par exemple) où le sujet ne vise pas la mort mais plutôt joue sa propre disparition pour un Autre, bien qu’il puisse aussi y trouver la mort “accidentellement”, il demeure une sorte d’acte “où le sujet fait le pas et franchit effectivement le seuil de la jouissance-Autre”. Celle-ci consiste bien en une jouissance de l’Autre (génitif subjectif) projetée imaginairement sur une Nature, un Dieu ou la Société. La jouissance escomptée pour le sujet lui-même s’y réduit à une jouissance d’objet : en l’occurrence, faire un “beau cadavre”. Ou le suicide comme acte d’embaume-ment. Et finalement comme inscription sur le corps social, significantisation: il n’y a donc pas de pure jouissance de l’acte (comme on pouvait s’en douter) qui ne soit en même temps parole (“appel au secours”, comme on dit, pour les suicides du premier genre) ou inscription (suicides du second genre). Dans tous les cas la jouissance de l’acte, en tant que dualité analytique, se résoud en une triade unitaire, les termes de jouissance, signifiant et acte faisant évidemment système. Nous en restons à une notion à la fois commune et philosophique d’“acte de jouissance” tandis que celle de “jouissance de l’acte” reste entièrement à construire.

Pour sortir de cette confusion il n’y a pas d’autre issue que de séparer a priori la jouissance et l’acte, au sens où si le corps est bien le sujet de l’acte, il est d’a­bord en lui-même corps-sujet de la jouissance et accidentellement sujet-jouissance de l’acte. Certes pour Lacan il n’y a pas de sujet de la jouissance comme il y a un sujet de l’inconscient ; mais justement il faut passer outre dans la mesure où l’on identifie maintenant les termes de corps, de sujet et de jouissance pour leur opposer la forme-symptôme de l’acte comme simple effet de jouissance, et non jouissance elle-même. Il ne s’agit pas ici du cas particulier où le symptôme, à son tour, fait acte, ce qui est somme toute le quotidien du travail analy­tique, mais de l’acte où il est pointé par Lacan et ses disciples comme acte de jouissance ; ce doublet représente maintenant une forme mixte a priori (et non plus seulement le faktum unitaire colporté par l’analyse) qui est objet du corps-jouissance transcendantal : l’acte de­venant objet de la jouissance de l’Autre (génitif subjectif), il y a donc à nouveau jouissance de l’acte (génitif objectif) mais dans un sens radicalement transformé. Naturellement il y a aussi une identité ou une immanence du sujet-jouissance, et il faut se demander dans quelle mesure l’acte peut être identique à lui, mais sans identification ni transcendance.

La notion d’une jouissance “pure” est bannie par la psychanalyse car elle y voit —  à tort — une forme d’Unité ou d’Absolu métaphysique. La “pureté”, qui désigne seulement le caractère transcendantal de la jouissance, est de toute façon posée comme seconde par rapport à la finitude plus grande en­core du Réel. Dans l’occasion où il s’agit d’expliquer le principe d’une jouissance transcen­dantale, choisissons de nommer “Joui” ce Réel en tant que véritable cause — cause de dernière instance pour dire comme F. Laruelle — de la jouissance elle-même. L’acte dont on jouit, soit la forme-mixte ou le résidu du concept analytique du même nom, existe main­tenant sous forme d’a priori ; on comprend dès lors, pour reprendre notre exemple de tout à l’heure, qu’une jouissance-suicide ou une jouissance du suicide prenne tout son sens ou soit présentée à la limite comme prévention du suicide effectif, dénué de raison d’être. De même que la jouissance est déjà “jouie” dans le Réel, au point de n’être qu’un effet du Joui, on peut dire que l’acte est lui-même “agi” dès avant sa présentation — elle-même unilatérale, mais abstraite et non “réelle” — par la jouis­sance (jouissance de l’acte) ; de sorte que le rapport ou plutôt l’apport de l’acte à la jouis­sance est lui-même précédé par l’apport de l’acte à l’Agi, tout à fait équivalent ici au Joui. En conclusion l’acte n’équivaut à la jouissance qu’en dernière instance pour la non-analyse (théorie transcendantale de l’analyse), seulement au sens où le Joui et l’Agi peuvent être dits synonymes pour la science (réelle). Mais une telle équivalence a bien lieu de droit puisque, sous la condition du Réel premier (Joui ou Agi), l’immanence ou l’identité seconde de la jouissance non seulement implique la forme mixte de la jouissance analytique en la dualysant (c’est l’objectivation propre à la non-psychanalyse), mais elle implique ou unidentifie l’Acte comme Agito et Pulsion transcendantale (c’est sa subjectivation propre), exactement “comme” elle, selon un procédé non analogique mais plutôt “analectique” (d’après un concept de Serge Valdinoci). Ainsi la formule “état de jouissance” employée par Nasio peut être validée et, seulement maintenant, s’appliquer à l’acte, y compris dans ses connotations de puissance ou de dépense, et plus généralement servir de fondement à une pragmatique transcendantale.

 

Accueil | Brèves du jour | Evénements | Liens psychanalytiques | Publications | Psychanalyse et... | Non-Psychanalyse | Lectures de Lacan | Lexique de Lacan | Jouissances | Perversions | Contact