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Aliénation

 

 

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D'après une lecture de :

J. Lacan, Le Séminaire, Livre XIV, La logique du fantasme, non publié, séance du 11 janvier 1967

 

 

L’aliénation est cette situation difficile et angoissante où le sujet, rescapé de la jouissance de l’être, de sa confrontation terrifiante avec la Chose, aimerait bien se faire représenter dans le champ de l’Autre à seule fin de le combler totalement. Cette aliénation rêvée ou ce comble d’aliénation, au cœur du fantasme du névrosé, n’est pourtant pas ce que celui-ci ni quiconque obtient réellement. Car l’aliénation ne se conçoit pas sans une double séparation imposée au sujet, tout d’abord d’avec l’Autre dont il ne parvient pas, en tant qu’objet, à combler le manque, ensuite par rapport à cet objet ‘a’ lui-même qui le représente dans son fantasme, mais jamais totalement, pas au point de le faire disparaître idéalement en lui. Pas d’exclusion radicale pour le sujet, pas davantage d’inclusion absolue en tant qu’objet, seulement une séparation imposée : telle est la condition réelle de l’aliénation. Il résulte de ce double clivage un produit appelé le “plus-de-jouir” (autre version de l’objet ‘a’, passage du “moins” au “plus”), soit autant ce qui est récupéré par le sujet en guise de jouissance que ce qui est donné à l’Autre, et donc situé entre le sujet et l’Autre, à l’intersection (section phallique) des deux. Qu’on l’écrive avec un grand ‘A’ ou avec un petit ‘a’, l’aliénation est pour le sujet la conséquence du manque dans l’Autre mais c’est aussi ce qui empêche l’Autre de jouir, comme si deux aliénations, deux manques superposés et donc deux volontés de jouissance s’empêchaient l’une l’autre.

L’aliénation est pour Lacan cette synthèse paradoxale, à la fois négative et unitaire, du sujet et de l’Autre. Au contraire, nous pensons qu’il faut la rabattre exclusivement sur l’un des termes de cette hyper-aliénation que peut être la jouissance en tant qu’altérité pure, mais non pas comme espace problématique entre le sujet et l’Autre. Il s’agit pour une part d’une “relation” constitutive du sujet en tant qu’Autre, et d’autre part, pour la circonstance, d’une relation à cet objet mixte et contingent que redevient alors le nœud intersubjectif de l’aliénation, en tant que mélange du sujet et de l’Autre dans la théorie de Lacan. Il aura fallu d’abord identifier les deux opérations de séparation et d’aliénation, puis réduire ces deux principes unifiés à la jouissance comme telle. L’Autre est aliénation comme il est jouissance (“de”) l’Autre, mais il est aussi aliénation et jouissance de l’autre, de l’objet ; d’un côté l’Autre ou le sujet de la jouissance, a priori de l’aliénation, de l’autre l’objet ‘a’ unilatéralisé, produit de l’aliénation.

La réflexion de Lacan insiste sur l’aspect en quelque sorte déceptif de l’aliénation : c’est ce qu’il appelle le “rejet de l’Autre” où le sujet (en tant qu’objet, dans son fantasme), bien évidemment n’est pas “à l’aise”... Mais en réalité ni le sujet n’habite en l’Autre (puisqu’il est l’Autre), ni l’objet n’a cette fonction de boucher le manque dans l’Autre, puisqu’il est radicalement et unilatéralement séparé de lui. Il reste que ce qui est séparé ou aliéné ainsi n’a pas seulement ce statut de “produit” de la jouissance comme nous l’avons dit. Il s’agit moins d’un “plus-de-jouir” que d’un “plus-de-réel”, un “aliéné” d’avant l’aliénation comme d’avant la jouissance, qui surtout n’est plus ce rescapé ou ce miraculé de la jouissance de l’être... Le statut de l’Autre ou de la jouissance a déjà été rectifié, a été épuré de tout manque (et corrélativement, sans doute, de toute énergie désirante), jusqu’à la finitude radicale d’une Différence non-aliénante ou plutôt — c’est en fait la même chose — identique à l’aliénation (cette identité brisant... le côté aliénant, circulaire-unitaire, de l’aliénation elle-même). Mais il existe une finitude plus radicale encore, qui n’est pas celle des différences ou des aliénations, mais celle des identités-aliénées. Par ce terme on désigne un réel qui n’est pas l’effet ou le produit d’une opération d’aliénation, pas non plus le rapport entre eux de plusieurs termes aliénés, puisque cela caractérise justement l’aliénation. On désigne plutôt par-là l’essence de l’homme : l’aliéné ou le joui comme cause réelle de l’aliénation ou de la jouissance.

 

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