Etudes lacaniennes 

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D'après une lecture de :

Nestor Braunstein, La Jouissance, Point-Hors-Ligne

 

 

Les deux jouissances du corps, situées hors-langage, dont parle ici Braunstein sont la jouissance de l’être (Chose) et la jouissance de l’Autre (sexe). Elles sont séparées et discon­tinues comme l’illustre le principe de la fausse bande de Mœbius : une vraie bande de Mœbius, sans endroit ni envers et à un seul bord, ayant subi une coupure longitudinale sur toute sa longueur redevient une surface ordinaire orientée et à deux bords. Cette dualité (des jouissances du corps) n’est que le produit de la coupure phallique et signifiante, consti­tutive en tant que telle de la vraie bande de Mœbius. La jouissance phallique crée ce vide et cette division internes au corps et à sa jouissance, non seulement en distin­guant un endroit et un envers mais un avant et un après (la castration), sans compter la sexuation qui y trouve son vrai principe de différenciation. C’est à savoir que la coupure est totale chez l’homme, doté de l’argument imaginaire que constitue le support pénien, le condamnant à jouir du phallus seulement, alors qu’elle n’est que partielle chez la femme de sorte que pour elle une continuité entre les jouissances reste possible, quoique le réel de l’autre jouissance soit proprement indécidable. Certes la femme accède à la jouissance phal­lique ; mais que la femme jouisse, en tant que femme, cela ne saurait se dire, reste un secret de femme... Entre une jouissance essentiellement perverse (réduite au signifiant et à l’objet) et une “autre” qu’on peut dire “folle” (pas de signifiant pour l’inscrire — ce qui n’em­-pêche pas qu’on en parle ou qu’elle fasse écrire), Lacan a sans doute raison de dire qu’“il n’y a pas rapport”. Cependant le non-rapport initial se situe-t-il entre la jouissance mâle et la jouissance ou bien entre la jouissance indicible de la Chose et l’ineffable jouissance de l’Autre (sexe) ? Si, comme on l’a vu, c’est la coupure phallique qui permet d’établir ces distinctions alors le non-rapport entre les sexes, entre l’Un-sexe et l’Autre-sexe n’est visible que depuis la dualité homme/femme. Pourtant c’est bien la première dualité Chose/femme — autre façon de poser l’Un/l’Autre pour la psychanalyse — qui la conditionne. S’il n’y a pas de rapport sexuel il y a bien coupure au départ, et celle-ci con-cerne la décomplétude de la Chose initiale. La coupure, dans son principe, est donc identifiable à une soustraction d’Un — ce qui est bien une sorte de rapport, ce qui est même le rapport par excellence pour Lacan et la logique dont il s’inspire. Pourtant chacun voit que ce n’est pas satisfaisant, que ce rapport équivaut aussi bien à un non-rapport (rapport-sans-rap­port) entre l’Un et l’Autre, bref — et c’est du reste la thèse de Lacan — un rapport raté.

C’est qu’en effet il n’y a aucun sens à imaginer un tel rapport Un/Autre : véritable­ment, cela n’a pas de rapport avec le rapport. Celui-ci consiste d’abord en un rapport-avec-apport. Le rapport est unilatéralement du côté de la jouissance, qui se rapporte à.  Le terme apporté reste en l’occurrence celui de la castration, dans sa définition analytique courante, soit le rapport-avec-coupure. De sorte que fina­lement le rapport se rapporte à l’apport, ce qui est la définition la plus épurée que l’on puisse donner de la jouissance. Si la coupure Un/Autre n’est plus corrélée à l’Autre, mais simplement apportée, si elle n’est plus la condition de la jouissance de l’Autre, alors elle devient un pur effet de l’Autre ou un cas parmi d’autres de l’Autre... Puis elle s’annule comme dualité et comme opération pour prendre le statut d’Identité et de Terme : plus rien n’empêche que le réel ne soit dit coupé (mais non coupé de), réel radicalement fini, réel Un sans soustraction ni addition d’Autre.

 

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