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D'après une lecture de :

Nestor Braunstein, La Jouissance, Point-Hors-Ligne

 

 

On prend ici le discours comme effectuation principale du “semblant”, structure imaginaire plutôt que parole concrète d’un sujet ou simple articulation signifiante. La chaîne signifiante y est bien représentée par le binôme S1/S2, auquel il faut ajouter le sujet comme signifié (sous la barre du S1) et l’objet ‘a’ (sous le S2) comme reste irréductible de l’opération signifiante, objet “réel” symbolisant la jouissance perdue. Perdue pour le sujet s’entend, ce qui justifie par ailleurs le losange de la formule du fantasme. Le sujet comme produit du signifiant ne rencontre jamais l’objet comme reste de jouissance (ou plus-de-jouir), sinon sous la forme imparfaite du fantasme, justement ; autre façon de rappeler que “le signifiant est incommensurable avec la jouissance”. Et cependant il est bien certain que le sujet ne connaît de jouissance que “parolisée”, par et dans le signifiant, avec et malgré le discours. Si le cadre de cette jouissance est le fantasme, la matière du fantasme est maintenant celle de “lalangue”, qui à la fois corporise le signifiant et significantise la masse charnelle (si quelque chose de tel existe) pour y tracer un corps — indissociablement corps de discours et corps de jouissance. Le corps est justement ce lieu d’échange paradoxal : “Un corps est humain dans la mesure où il s’inscrit dans ce système de transactions qui échange de la jouissance pour de la parole”. Ce corps castré doit être considéré comme le seul “sujet” de la jouissance en psychanalyse.

En même temps le “vrai” sujet, au sens aristotélicien du concept, est bien cette substance jouissante qui circule “en-dessous” et qui est marquée de l’impossible par le deuxième sujet, le sujet castré du dicours. Ce sujet sous-jacent n’en est pas moins (pré)sup-posé par la théorie ; plus précisément il est le présupposé théorique lui-même, la “théorie” incarnée sous ces termes de “libido”, “flux”, “jouis-sance”… Son homonyme, le “sujet du signifiant”, inclus par Lacan dans le mathème du discours, ne doit pas faire oublier ce véritable “sujet de la théorie” qu’est la jouissance. Mais là où le sujet de la jouissance est refusé, dénié par la psychanalyse, car assimilé à une sorte d’autodévoration charnelle primaire, il faut maintenant le reconnaître en l’identifiant au corps  comme a priori théorique. Le corps de jouissance est premier, immanent (à) soi, et il n’y a aucune raison d’y voir une quelconque réalité charnelle a-signifiante ou pré-discursive qui évidemment n’existe nulle part. Dès lors on ne voit pas comment un corps de discours pourrait se “constituer” — à partir de quoi ? C’est bien plutôt le corps-de-jouissance qui recueille le corps de discours comme réalité mixte de jouissance et de discours, soit encore le corps du symptôme. On nous dira que cette jouissance n’est qu’un présupposé gratuit et fantasmatique ; nous répondrons qu’elle l’est plutôt moins que la jouissance “impossible” ou manquante chère à Lacan : le corps du symptôme est aussi un faktum arbitraire (dont on ne nie pas d’ailleurs l’attrait ni l’intérêt théorique, limités cependant). Elle n’est que l’a priori d’une phénoménalité reconnue pour elle-même, avant toute auto-décision ou auto-position. L’Autre qu’est le sujet ex-siste d’abord. Ceci est d’autant moins réfutable que l’Un n’est pas posé en face de l’Autre, n’est pas posé du tout ; il y a de l’Un seulement au sens où cette jouissance est “jouie” d’abord “en” elle-même, avant de “fonctionner” comme jouissance, de faire-jouir, avant tout commerce avec le discours par exemple. Aussi bien elle est “dite” avant toute énonciation, “parlée” avant toute parolisation, etc. Ainsi nous sommes passés d’un discours psychanalytique sur la jouissance à une jouissance non-psychanalytique du discours.

 

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