Etudes lacaniennes 

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D'après une lecture de :

J. Lacan, Encore

 

 

Lacan joue sur l’équivoque entre faillir et falloir qui permet de faire dépendre  l’hypo­thèse d’une “autre jouissance” d’un conditionnel au négatif : la jouissance qu’il ne faudrait pas. Cette jouissance il ne la faudrait pas (falloir) puisque justement …il n’en existe pas d’autre qui ne faille pas, c’est-à-dire qui ne rate pas au niveau de l’objet : la jouissance phal­lique. Il ne conviendrait pas que l’autre jouissance soit cette jouissance de l’objet, et pourtant “ce qui se produit, c’est la jouissance qu’il ne faudrait pas” — celle qui faillit, celle de l’objet justement. Selon Lacan, c’est l’utilitarisme en philosophie qui a permis pour la pre­mière fois, dénouant avec l’eudémonisme ambiant, d’“utiliser” les vieux mots — comme faillir et falloir — pour leur “jouissance qu’il faut” tout en sachant qu’elle faille ou qu’elle faute par ailleurs, une jouissance correspondant juste à ce qu’il faut et laissant le reste. L’eu­démonisme au contraire se voulait une pensée sans reste. Il y a bien une autre jouissance, pour Lacan, ou plutôt il en faudrait bien une autre mais elle dépend irrémédiablement de celle qui faute, donc on ne peut rien en dire sinon qu’elle ne convient pas elle-même : c’est toute la fonction de la métaphore que d’en parler en parlant d’autre chose. Etrange théorie donc, puisque l’autre jouissance ne doit être dite “impossible” que d’être impossible à dire, bien que cet impossible à dire soit sa seule justification et sa seule existence... Elle n’est à la fois envisageable et impossible que parce qu’il ne faudrait pas qu’elle soit celle-là, la phallique : il est impossible qu’elle soit celle-là et ne peut être autre chose que cet impossibilité même. Fi­nalement le tout repose d’une part sur une surestimation de la jouissance phallique qui fonc­tionne comme la condition de l’autre jouissance ; d’autre part sur la collusion et l’interdé­pendance de ces deux types de jouissance : la possible et l’impossible ; enfin c’est la catégo­rie même de l’impossible, peu ou prou synonyme d’écriture, qui opère la synthèse et fait signe, chez Lacan, vers l’“autre jouissance” — bien que cela ne soit pas toujours clairement formulé. Il “faudrait” pourtant, pour reprendre le ton de Lacan, que cet impossible-à-écrire (et à-jouir) comme tel, qui pourtant ne cesse pas, soit enfin synonyme de jouissance. Car selon nous la jouissance est ce possible infini qui peut justement avoir pour nom l’écriture. Et l’impossible est ici ce dont il est possible de jouir. Y compris sous l’espèce de cette théo­rie de la jouissance impossible, cette jouissance rendue théoriquement impossible par Lacan.

 

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