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D'après une
lecture de :
Nestor
Braunstein, La jouissance, Point-Hors-Ligne
L a
loi dont il s’agit, qui fait barrage à la jouissance tout en en promettant
une autre, s’appelle la castration ; ou bien si l’on privilégie le passage
d’une jouissance à l’autre, on peut l’appeler loi du désir ou encore loi du
Père. La castration signale (plus qu’elle n’interdit) que la jouissance de
la Mère, qui est jouissance de la chair, n’est pas possible comme telle à
cause du langage. Il en résulte d’une part que pareille jouissance n’a
jamais eu lieu pour l’homme, mais d’autre part qu’en dehors de l’être
parlant, là où il y aurait totalité, il n’y a pas de jouissance du tout. La
jouissance doit donc s’incorporer, la chair devenir corps, et cela passe
paradoxalement par l’exercice du langage qui est d’abord sujétion à sa loi,
et donc castration. Celle-ci impose, non seulement des règles de langage,
mais une symbolique corporelle qui tend à limiter la jouissance à la seule
jouissance phallique. C’est la seule jouissance permise par la voie du
symbolique, permission qui inclut l’obligation de désirer à travers le
complexe d’Œdipe. Mais afin de ne pas confondre l’obligation de désirer, ou
la loi du désir, et l’obligation de jouir, autrement dit pour ne pas donner
une interprétation perverse de la loi de castration, qui reviendrait à la
nier, il faut introduire un nouvel intermédiaire propre à retarder encore la
jouissance. C’est l’amour. La jouissance phallique est elle-même interdite
si elle ne passe pas par les lois du langage, en l’occurrence le champ de la
demande adressée à l’Autre, à travers le philtre — c’est le cas de le dire —
de l’amour. Le désir ne se demande pas, puisqu’il est la parole elle-même,
dont l’usage est inconditionnel ; mais la jouissance, elle, se demande, non
certes comme un objet, mais elle doit se paroliser pour atteindre l’Autre et
se l’incorporer (toujours relativement). On peut donc définir l’amour comme
cette demande de jouissance, qui “aboutit” plus ou moins, comme on le sait.
Jouissance “demandée” qui tend même à inventer un nouveau rapport entre les
sexes, puisqu’aussi bien il n’en existe pas de naturel chez l’homme.
Cependant le sentiment d’amour n’est pas vraiment la jouissance, cela on le
sait aussi : l’appel de celle-ci nous fait retomber assez durement —
insatisfaits — sur le roc de la castration. De sorte que si l’amour a ses
règles, le désir reste la Loi du genre humain en tant que sujet au langage.
Désir et castration d’un côté, du côté de la loi du langage ; amour et
jouissance de l’autre, du côté de rien du tout, du côté où ça penche ...et
où ça pèche.
Et si l’on inversait
cet ordre ? Si le côté du désir et de la loi, le seul comme on l’entend
bien, était depuis toujours comme “mis de côté” par la jouissance, laquelle
ne demande rien a priori, parce qu’elle est l’a priori de toutes les
demandes et de tous les désirs ? Si une certaine jouissance (phallique)
demande bien la loi et sa transgression, la jouissance en général précède
toujours la loi et même l’accueille, la fait exister, s’en nourrit sans que
la seconde puisse jamais rétroagir sur la première. C’est la loi de la
jouissance — non interdictrice mais non permissive non plus, non perverse —
qui commande la loi et qui jouit de la loi (entre autres choses d’ailleurs).
Mais en tant qu’elle ne détermine plus la jouissance, via la demande et
l’amour, seulement contraignante empiriquement, la loi reste Une et réelle
comme telle et précède même la jouissance. Le légal partage ainsi avec le
joui, qui précède la fonction de jouissance, le statut de réel immanent.
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