Etudes lacaniennes 

un site de  Didier Moulinier

Pathologie

 

 

Jouissances

 
Accueil
Acte
Aliénation
Amour
Analyse
Angoisse
Bonheur
Castration
Chose
Conatus
Coquetterie
Corps
Coupure
Désir
Dette
Diète
Discours
Energie
Erotisme
Ethique
Fantasme
Femme
Hystérie
Impossible
Inconscient
Infini
Joie
Langage
Lettre
Libido
Loi
Manque
Masturbation
Moi
Négation
Névrose
Objet
Obscénité
Parole
Pathologie
Père
Perversion
Peur
Phallus
Plaisir
Prochain
Psychose
Pulsion
Rapport
Répétition
Savoir
Semblant
Sexualité
Signifiant
Sublimation
Sujet
Surmoi
Symptôme
Temps
Texte
Toxicomanie
Trauma
Un
Voix
Zone érogène

 

D'après une lecture de :

Juan-David Nasio, Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan

 

 

Sous la rubrique de “pathologie” on entend ici les troubles essentiellement corporels que l’on peut attribuer à une production de la jouissance, et plus précisément, comme le dit Nasio, à un “débordement” de la jouissance. Cette question avait déjà été abordée par Freud au titre général de la “conversion”, notamment hystérique, afin d’expliquer certaines affections physiologiques pouvant aller du simple dérèglement psycho-somatique jusqu’aux atteintes fonctionnelles et aux lésions organiques les plus graves. Freud avait alors émis la thèse d’un investissement massif de l’organe par l’énergie libidinale, ayant pour effet de conférer une signification érotique et même génitale à l’organe en question, dont le fonctionnement normal se trouve ainsi perturbé. Lorsque la libido s’y accumule et y stagne en quelque sorte trop longtemps, il n’est pas rare qu’elle provoque des “modifications toxiques”, selon l’expression même de Freud, de nature certes pathogène mais n’en relevant pas moins d’une jouissance qu’on peut qualifier d’excessive. D’ordinaire, le symptôme hystérique “classique”, se manifestant comme retour du refoulé, maintient néanmoins le refoulement avec lequel il se confond d’ailleurs, comme l’a dit Lacan. Le symptôme garde une dimension symbolique et plus précisément métaphorique : le “père symbolique”, synonyme du désir, s’y trouve désigné sinon librement parolisé. La thèse de Nasio, concernant ce qu’il appelle “les formations de l’objet a”, c’est que ces formations, à l’origine psychiques, ces flux de jouissance ont passé outre la barrière du refoulement pour se manifester dans le réel  organique et cellulaire. La grande différence avec le symptôme réside dans le fait que sa production ne dépend plus de l’économie interne et purement signifiante du sujet. Il ne s’agit pas de signifiants représentant symboliquement le sujet pour un autre signifiant, mais d’objets ‘a’ représentant réellement le sujet en sa jouissance, et ce vis-à-vis d’un grand Autre dont il prétend colmater directement la faille. Du point de vue de l’analysant, c’est l’analyste qui pendant la cure tient lieu de grand Autre, et les débordements de jouissance constatables parfois au plan pathologique ne sont pas sans lui être destinés. L’analyste ne peut cependant intervenir que s’il quitte la place idéale que lui assigne le patient et s’il incarne au contraire l’objet ‘a’ lui-même, soit en l’occurrence l’organe ou la portion de chair affectés. Mais comme le fait observer Nasio, la place de l’analyste est en réalité double : il faut qu’il soit à la fois l’organe en tant qu’objet et sa perception, et sa dénonciation, et plus encore l’énonciation intervenante qui fournira au patient la preuve et l’épreuve de l’essence subjective de son mal. De même qu’il a incorporé un excès de jouissance pour compenser le manque dans l’Autre, il lui faut maintenant reporter et rejeter ce trop-de-jouir sur le corps de l’autre présent.

Cependant il y a bien une contradiction inhérente aux deux facettes du lieu occupé par l’analyste : à la fois comme Autre (d’abord la vision qui repère l’affection puis la parole intervenante  — sous forme d’interruption de séance ou autre) et comme objet ‘a’. Disons que cela fait trop bien système pour l’analysant qui peut ainsi confondre les deux, avoir l’image d’un grand Autre complété par un bout de réel dont il fournit, par son affection, la matière même. Si bien qu’au fond le “corps” et l’"Autre” (dans l’expression “corps de l’Autre) restent séparés, également pris dans une dialectique unitaire qui est ordinairement celle du patient (c’est lui le corps, l’objet, attendant tout de l’Autre...). Le corps et l’Autre doivent au contraire être restitués au Même, c’est-à-dire à l’Autre-comme-corps purement et simplement. Mais ce n’est pas l’avis de la psychanalyse qui épouse d’emblée le point de vue empiriste de la pathologie, selon lequel le sujet est d’abord le corps malade. Il faut lui substituer un point de vue soutenant que le corps est d’abord globalement celui de la jouissance, tandis que le mal et la pathologie ne sont que l’impossible accord entre une chair et un signifiant. La notion de plus-de-jouir ou, pathologiquement, d’excès de jouissance, est alors invalidée. C’est bien l’absence de jouissance, la non-jouissance qui rime avec la non-corporéité propre au règne généralisé du symbolique et du symptôme. On ne veut pas dire que le corps pathogène, celui du symptôme et plus encore celui des “formations de l’objet ‘a’”, comme dit Nasio, soit entièrement coupé de la jouissance. S’il n’en est pas le siège ou le moteur, il faut bien qu’il en soit le support ou l’occasion en tant que “matière” à jouir, soit ce qui se présente exactement comme jouissance dans l’analyse au niveau du corps. Ce corps en quelque sorte empirique — quoique ici réduit à la “forme” pathogène — témoigne de la réalité d’une jouissance vraiment autre, subjective, mais aussi du réel d’un Joui qui, lui, n’est pas seulement sujet, pas vraiment jouissance — mais sa cause —, pas directement non plus corporel — mais d’abord réel et Un.

 

Accueil | Brèves du jour | Evénements | Liens psychanalytiques | Publications | Psychanalyse et... | Non-Psychanalyse | Lectures de Lacan | Lexique de Lacan | Jouissances | Perversions | Contact