Etudes lacaniennes 

un site de  Didier Moulinier

Peur

 

 

Jouissances

 
Accueil
Acte
Aliénation
Amour
Analyse
Angoisse
Bonheur
Castration
Chose
Conatus
Coquetterie
Corps
Coupure
Désir
Dette
Diète
Discours
Energie
Erotisme
Ethique
Fantasme
Femme
Hystérie
Impossible
Inconscient
Infini
Joie
Langage
Lettre
Libido
Loi
Manque
Masturbation
Moi
Négation
Névrose
Objet
Obscénité
Parole
Pathologie
Père
Perversion
Peur
Phallus
Plaisir
Prochain
Psychose
Pulsion
Rapport
Répétition
Savoir
Semblant
Sexualité
Signifiant
Sublimation
Sujet
Surmoi
Symptôme
Temps
Texte
Toxicomanie
Trauma
Un
Voix
Zone érogène

 

D'après une lecture de :

Roland Barthes, Le plaisir du texte, Seuil

"Ce sont ces raisons mêmes qui rapprochent la peur de la jouissance : elle est la clandestinité absolue, non parce qu’elle est “inavouable” (...), mais parce que, scindant le sujet en le laissant intact, elle n’a à sa disposition que des signifiants conformes  : le langage délirant est refusé à celui qui l’écoute monter en lui."

 

 

Comme le dit Barthes, le proximité de la peur et de la jouissance, pourtant indéniable, ne va pas de soi. On associe tellement la jouissance à une douleur ou à un plaisir excessifs, on en fait quelque chose de tellement ineffable et mystérieux, qu’on répugne à la rabattre sur un sentiment somme toute aussi médiocre et ordinaire que la peur. On lui préfèrerait l’angoisse, ou la folie, ou encore mieux le suicide. Or comme l’écrit quelque part Cioran, “le sublime du suicide est de mauvais goût” ; Lacan rappelle pour sa part que “n’est pas fou qui veut” ; enfin quiconque fait l’expé-rience de l’angoisse ne peut la confondre, de près ou de loin, avec une sorte de jouissance. L’angoisse est une expérience de dé-subjectivation, à mi-chemin entre le désir et la jouissance d’après Lacan, tandis que dans la peur, le sujet reste intact et même tout à fait conscient. Où la jouissance vient-elle se loger alors ? La jouissance apparaît de façon inéluctable dans la tension même du sujet soumis à la peur, qui n’est pas un enveloppement comme l’angoisse mais une transe et un saisissement de tout l’être. Elle est le bougé, le tremblé  émotionnel de l’être, sa manifestation la plus indubitable, son cogito le plus apodictique. La peur nous accompagne donc dans notre existence de sujets ; elle est notre plus proche, notre plus fidèle compagne. Elle est la vie même du sujet et la preuve matérielle, charnelle, émotionnelle de son existence. Pour toutes ces raisons elle ne peut être décrite ou narrée : elle n’est pas un contenu mais la forme, l’apparence sous laquelle un sujet se décrit et se manifeste. “Qui pourrait écrire la peur (ce qui ne voudrait pas dire la raconter), demande Barthes ? La peur ne chasse, ni ne contraint, ni n’accomplit l’écriture : par la plus immobile des contradictions, toutes deux coexistent — séparées”.

Disons donc que la peur étant la sœur jumelle de l’écriture, et réciproquement, la jouissance porte sur cette gémellité et ce principe d'une double extériorisation. La jouissance est ex-tériorité et ex-sistence du sujet, et la peur et/ou l’écriture apparaissent en effet comme une formulation possible de cette jouissance. Ceci nous parait acceptable mais ce n’est pas tout à fait ce qu’affirme Barthes. Sa position ne tiendrait sans doute pas sans une référence première et nécessaire à l’écriture : s’il n’y a pas d’écriture possible de  la peur, selon lui, c’est parce que la jouissance incarnée par cette peur est elle-même écriture. Pour Barthes il y a une jouissance de l’écriture, qu’il appelle d’ailleurs le “plaisir du texte”. La peur est donc reléguée au second plan : elle accompagne seulement l’écriture, qui surdétermine même la jouissance. Il s’agit de renverser l’ordre des priorités : la jouissance est le sujet, qui n’a besoin d’être éprouvé ni comme peur ni comme écriture, mais qui peut aussi bien l’être ; la peur est justement une façon de vivre la jouissance, une simple métaphore humanisante ; enfin l’écriture a les prétentions de la jouissance, mais si la jouissance est effectivement écriture, la réciproque n’est pourtant pas vraie — notamment car il n’y a pas de sujet de l’écriture alors qu’il y a un sujet de la jouissance. Définissons alors le “plaisir du texte”, à notre manière, comme la jouissance de cette peur-écriture que nous avons mieux décrite comme le “tremblé de l’être”, ou tout simplement l’apeuré. En un sens peut-être inédit, l’apeuré précède même la peur, l’attend, la provoque — et c’est l’Autre qui rencontre la peur.

 

Accueil | Brèves du jour | Evénements | Liens psychanalytiques | Publications | Psychanalyse et... | Non-Psychanalyse | Lectures de Lacan | Lexique de Lacan | Jouissances | Perversions | Contact