Etudes lacaniennes 

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Phallus

 

 

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D'après une lecture de :

Jacques Lacan, Ecrits

"C’est ainsi que l’organe érectile vient à symboliser la place de la jouissance, non pas en tant que lui-même, ni même en tant qu’image, mais en tant que partie manquante à l’image désirée (...)."

 

 

C’est en tant que symbole, proprement en tant qu’accès au registre symbolique que le phallus parvient à manquer à l’image. On n’insistera pas ici sur la valeur de sacrifice que prend la reconnaissance de ce symbole, reconnaissance plus connue sous le nom de castration. Tâchons seulement de mesurer le champ de jouissance que la symbolicité du phallus détermine directement. Il est requis, au préalable, de rappeler la tripartition en vigueur chez les plupart des théoriciens entre jouissance de l’Autre (ou de l’être), jouissance phallique, et jouissance supplémentaire (dite encore jouissance féminine ou autre jouissance). Entre les deux premières jouissances se situe le fait majeur du refoulement, contemporain du langage, qui biffe l’être ou plutôt détermine l’humain comme “parlêtre” : ce qui correspond ainsi à l’événement du langage constitue la castration réelle de l’homme. Mais il y a aussi, largement commentée par Freud, l’“angoisse de castration”, où dans un premier temps le sujet est  lui-même le phallus offert à la jouissance d’un grand Autre maternel, pressenti à la fois comme manquant et comme tout puissant, d’où l’angoisse ; dans un second temps seulement survient la crainte de “perdre” son pénis, confisqué cette fois par l’Autre paternel, ce qui suppose qu’on soit passé de l’être à l’avoir, du réel à l’imaginaire. Enfin le troisième aspect de la castration, la castration symbolique, fait naître véritablement le “sujet” en ce que celui-ci doit justement renoncer à la jouissance absolue de l’Autre au profit d’une jouissance médiée par la parole. Par analogie avec ces trois phases de la castration l’on peut établir maintenant trois sortes de jouissance phallique, absolument contemporaines entre elles : la jouissance sexuelle, la jouissance du symptôme (pulsion) et la jouissance de la parole. Sur la compatibilité de ces trois jouissances, Gérard Pommier rappelle utilement: “L’activité sexuelle n’empêche pas d’avoir des symptômes (elle n’en guérit pas non plus) et elle ne dispense pas davantage de la jouissance de la parole (qui ne guérit pas, à elle seule, des symptômes)”[2]. Précisons d’emblée qu’une possible “jouissance de la parole” n’invalide pas le fait que toute jouissance phallique, fût-elle purement sexuelle (organique), suppose la médiation du langage. Tandis que de la terra incognita  de la jouissance de l’Autre, on ne peut rien en dire parce qu’elle serait justement le “rêve impossible de répondre à la demande maternelle" (Pommier) en raison de l’incongruance totale des mots d’avec le corps, obligeant celui-ci à se découper dans la pulsion. De sorte que la jouissance de l’Autre serait tout de même, d’une certaine façon négative, liée au langage. “N’est-ce donc pas une pure jouissance de la langue qui constitue le temps mythique dont l’hypothèse ne peut être économisée ?” demande Gérard Pommier. De même la jouissance supplémentaire (sous sa forme elle-même triple : jouissance féminine, sublimation, jouissance mystique) ne laisse pas de s’appuyer sur le phallicisme, qu’elle suppose par conséquent. On en conclut aisément que la jouissance phallique, d’être intermédiaire, est en réalité centrale et la seule pour ainsi dire “effective”. Quant au statut du phallus, c’est soit la “copule” dans l’ordre du langage qui autorise la jouissance, soit comme le dit aussi Lacan la partie manquante de l’image, soit le corps dans son entier “joui” par la mère, ce qui bien sûr relève du fantasme de la première jouissance. Le phallus apparaît, de multiple manières, comme la condition d’existence et de jouissance d’un corps. Jamais le corps n’est posé et pensé, pour lui-même et en lui-même, comme simple jouissance. N’en déplaise, nous émettons pourtant l’hypothèse d’une jouissance corporelle du  phallus. D’abord parce qu’objectivement le signifiant, l’image ou le corps — définis d’après les critères analytiques — sont bien jouis en tant que “phalliques”, alors que le sujet de cette jouissance ne saurait être véritablement que le corps de l’Autre. Mais par ailleurs ce corps de la jouissance, en tant que sujet, pourrait-il être autre chose qu’une condition transcendantale d’effectuation de la jouissance ? Le terme de phallus ne convient-il pas idéalement pour désigner cette fonction ? Certes ce n’est plus à titre d’intermédiaire entre deux jouissances de l’Autre, mais comme Autre justement, que nous récupérons ici la fonction du phallus. Ses objets “phalliques”, on a vu qu’ils revenaient aux diverses occurrences du phallus dans l’analyse, laquelle promeut une sorte de phallicisation imaginaire et unitaire de la jouissance. Plus généralement, toute chose réelle peut être qualifiée de phallique dès lors qu’elle est en attente du phallus et d’une phallicisation possible. Cette attente ayant le statut d’une cause.

 

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