Etudes lacaniennes 

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D'après une lecture de :

J. Lacan, L’envers de la psychanalyse

 

 

Il faut partir de la distinction freudienne entre pulsion de vie et pulsion de mort, et à un autre niveau, de l’opposition plaisir/jouissance. Il y a bien une première forme de répétition repérable au niveau de l’exigence de satisfaction, propre au principe de plaisir en tant que, nous dit Freud, principe de moindre tension. C’est tout simplement la loi de la vie et de la subsistance qui ordonne une série de cycles, de renouvellements, orientés d’ailleurs non exclusivement vers le plaisir “brut” mais aussi vers une bonne “dose” de réalité, nécessaire au maintien de la vie. L’instinct de mort, sur quoi fait fonds toute jouissance, contrecarre et déborde ce dosage en instituant une répétition qui n’est plus seulement renouvellement, retour à la vie, mais bien répétition pure et retour à l’inanimé. De sorte que “ce que le principe du plaisir maintient, c’est la limite quant à la jouissance”. Comme le dit encore Lacan , “la répétition est fondée sur un retour de la jouissance” : la jouissance n’est évidemment pas l’état lui-même d’inanimé, ni le principe pur du retour, mais ce qui se produit ou plutôt ce qui recherché à l’occasion de ce retour. Ce qui se produit n’est rien d’autre qu’une perte, perte de l’objet, déperdition de jouissance à l’origine de laquelle se trouve la marque signifiante, le signifiant sous la forme originelle du trait unaire. Là réside le principe même de la répétition, et donc de la perte, puisqu’un sujet cherche à s’inscrire dans la chaîne signifiante et n’y parvient qu’à renoncer à un quantum de jouissance ou d’être originel, autrement dit à se diviser et à se séparer. Le statut de la jouissance, par rapport à la répétition signifiante, à traduire comme pulsion de mort, apparaît donc double: d’une part elle s’y définit comme perdue, sacrifiée sur l’autel du signifiant et du sujet comme sujet du signifiant, d’autre part elle est causée et rendue possible par ce même signifiant puisque son champ n’est autre que celui, infini, du savoir comme répétition d’un trait. Non seulement il y a une jouissance mais un savoir (inconscient) de la jouissance. Résumons : la répétition est le principe à la fois de la jouissance et de la perte de jouissance, autrement dit de la jouissance comme perdue.

Reste à s’interroger alors sur le statut de ce “perdu” — qui n’est pas directement assimilable à celui de la perte ou de la jouissance —, ce réel qui dans la théorie de Lacan ne peut pas être conçu en dehors de la puissance signifiante (la répétition). Justement, n’est-ce pas d’être trop lié à l’opération de la perte, elle-même rabattue sur celle de la répétition ? Il y a de la perte, donc du perdu : telle est la logique bien “classique” de la psychanalyse. Commençons plutôt par le “perdu”, énonçons le réel sans signifiant, et nous verrons qu’il y aura de la jouissance, à spécifier comme “perte” si l’on y tient, mais dans une version non-analytique du terme, ainsi que son objet : la jouissance dans sa version analytique couplée avec la perte, la répétition, etc.. Désormais la perte n’est plus première ni surtout ambiguë ; en tant que jouissance elle est d’abord causée par le “perdu” (ou le “joui”) lui-même, par le réel sans perte et sans condition. De même le réel n’est pas ce qui se répète, contrairement à ce que dit parfois Lacan, il est le déjà-répété, soit la condition réelle de toute répétition en même temps qu’une traduction possible du réel. (Précisons bien qu’il ne s’agit pas d’un panthéisme : ce serait le cas si nous disions que le répété est en toute répétition (“Dieu est dans tout”, etc.) ; mais ce n’est pas ce que nous disons, car littéralement le répété, le joui, le réel, etc., n’est pas. Nous affirmons exactement le contraire, à savoir que la répétition est aussi, en dernière instance, le répété. Cette théorie se situe davantage par rapport à l’animisme hallucinatoire qu’elle entend inverser radicalement — et donc aussi prendre au sérieux comme l’impensé majeur de la philosophie.)

 

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