Etudes lacaniennes 

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D'après une lecture de :

J. Lacan, Le Séminaire, Livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, séance du 20 janvier 1971

 

 

La jouissance est une limite, pas un état, et c’est pourquoi la vérité ne peut jamais être  dite intégralement. D’une part il n’y a pas de savoir de la jouissance de l’Autre (au génitif subjectif) et d’autre par le sujet ne peut jamais se  dire, qui un homme, qui une femme. L’identification sexuelle ne s’effectue qu’en direction de l’autre (et en provenance de l’Autre), mais pas en rapport  avec l’autre. Cette manière de faire sens pour l’autre relève par conséquent d’un semblant, où — notons-le avec Lacan — “la seule vertu, s’il n’y a pas de rapport sexuel, c’est la pudeur”. Ce semblant définit un discours qui concerne la jouissance du phallus, cet objet que représente la fille pour le garçon et le garçon pour la fille. “L’être s’y décompose, d’une façon sensationnelle, entre son être et son semblant”, dit Lacan. Or cette disjonction s’effectue différemment chez l’homme et chez la femme. Un homme ne connaît que la jouissance phallique, c’est d’ailleurs pourquoi on le dit homme, d’assumer ici l’“équivalence de la jouissance et du semblant” ; et c’est pourquoi, selon Lacan, “la femme est pour l’homme l’heure de vérité”. Quant à la femme elle-même, on la dit femme, on la “diffâmme” précise Lacan, de la réduire au semblant du sens sexuel : sait-on qu’elle sait  ce qu’il y a d’écart entre le semblant et la jouissance ? “La femme a une plus grande liberté à l’égard du semblant”, car elle n’est pas toute entière de ce côté du discours — du moins y a t-il en elle un savoir et une jouissance qui excèdent tout discours.

N’est-ce pas dans l’amour que la femme fait jouer, excellemment, cette différence et cette liberté ? “L’amour lui-même (...) s’adresse au semblant” note toutefois Lacan. Et alors, la femme ne s’adresse-t-elle pas, de temps en temps, aux hommes ? L’autre jouissance n’est pas désincarnée, et pas davantage autonome ou “autistique”. Elle relève d’un nouvel imaginaire : jouissance en-corps, elle est fondamentalement jouissance de l’image ou de l’image-corps. Pour retrouver une certaine liberté, une certaine mobilité de l’image, il faut justement reconnaître et pouvoir jouer du rapport de l’image de soi i(a) avec l’objet ‘a’ cause du désir, la première se définissant comme l’enveloppe ou l’habillement du second. Mais justement la féminité, par-delà toute mascarade hystérique, n’est-elle pas dans cet art de l’habillement que l’on pare ici du nom de liberté ? Telle est la latitude de l’amour, de ne pas s’“accoler” au ‘a’ cause du désir comme dans la jouissance phallique, mais de jouer de l’image aimable, toujours “autre” en un certain sens.  Ce n’est certes pas le sens sexuel, mais ce n’est pas non plus hors-sexe que l’autre jouissance, dite dans l’amour, peut prendre corps. En des termes plus généraux, il y a bien disjonction du semblant et de la jouissance, mais il y a bien aussi une forme de suture assez lâche opérée dans l’amour, de sorte que la jouissance du semblant y demeure semblant de jouissance. Une véritable jouissance du semblant ne pourrait s’initier qu’à partir, non de l’aimé comme mixte de “semblé” (i(a)) et de “joui” (‘a’), mais du “semblé” tout cru, radical, comme identique au “joui”. C’est l’image semblée, jouie, belle en soi (mais non Beauté en soi), et cause du discours.

 

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