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Trauma

 

 

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Toxicomanie
Trauma
Un
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Zone érogène

 

D'après une lecture de :

J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, Puf, 1967

 

 

Si la théorie du traumatisme remonte aux premières élaborations de Freud, on sait qu’elle fut relativisée ensuite comme “point de vue” sur les névroses, puis finalement reprise sous une autre forme à partir d’Au-delà du principe de plaisir. Le trauma est d’abord décrit comme un événement réel de l’histoire — notamment sexuelle — du sujet, qu’à cause de sa violence ou de l’accroissement d’énergie psychique qu’il provoque celui-ci ne parvient pas intégrer dans sa personnalité consciente. Le point de départ est que le sujet a subi dans sa petite enfance une ou plusieurs tentatives de séduction de la part d’un adulte ; mais le traumatisme n’apparaît effectivement que lorsqu’une deuxième scène, ultérieurement, vient évoquer le premier souvenir et provoque un afflux d’excitations psychiques et sexuelles perturbant sérieusement l’économie libidinale du sujet. On voit que le traumatisme est double, se situant à la fois comme cause profonde et comme cause déclenchante. Par la suite on assiste à un affaiblissement de la thèse sur les causes profondes, le trauma n’étant plus qu’un facteur parmi d’autres, d’ailleurs de nature plutôt accidentelle, et s’ajoutant à une disposition par fixation de la libido qui place le fantasme au cœur de la constitution du sujet. Puis la notion est remise en valeur avec la notion d’un “au-delà du principe de plaisir”, qui permet d’assigner fortement le trauma à une situation d’excès se manifestant comme compulsion de répétition et rendant justement la régulation du principe de plaisir impossible. Dans Inhibition, symptôme et angoisse le statut théorique du trauma est rapporté davantage encore au sujet dans sa définition et son intégrité, dépassant le stade de la “théorie traumatique de la névrose” où il apparaissait comme simple événement. Il participe désormais de la structure du sujet, représente en quelque sorte le pôle de l’effraction interne, pendant du pôle externe événementiel, repérable par exemple lorsque dans l’angoisse le sujet ne fait que se défendre contre une situation traumatique plus angoissante encore, où il apparaîtrait sans recours, proche de ce que Freud a nommé l’état de détresse. Le traumatisme n’est alors pas autre chose que cette tension interne synonyme de tous les dangers lorsqu’elle déborde au-delà du tolérable. C’est ici que nous retrouvons de toute évidence la notion lacanienne de jouissance, par exemple dans son acception de “plus-de-jouir”.

            Cependant qui dit le plus, en matière de jouissance, dit aussi le moins. La jouissance traumatique garde son caractère d’excès, de foncière inutilité, de présence têtue, étrange et dérangeante sous toutes les formes classiques du retour du refoulé : symptômes et formations de l’inconscient. Mais elle signifie aussi l’exclusion du souvenir inassimilable, qu’on l’interprète comme image d’un fait réel (selon le premier Freud) ou comme un signifiant manquant (selon Lacan), et donc dans tous les cas l’ignorance de l’Autre. — Un Autre cependant bien présent, “Alien” introduit dans le vaisseau, ancré dans ses recoins, du fait de son exclusion même de la pensée consciente c’est-à-dire du langage. “Alien” le refoulé, “Alien” le retour... Un Autre qui a toujours été présent, au risque de corroborer la thèse freudienne de la séduction originaire qui, en tant que scène, en tant que fantasme, correspond pourtant bien à une “réalité”. “La séduction, écrit Braunstein : le corps de l’enfant comme chose sans défense, réclamée par l’Autre, pour l’Autre. Cette séduction apparaît dès les premiers soins, dans la façon d’apporter satisfaction aux besoins, dans la régulation et l’aménagement du corps de l’enfant par les exigences et les désirs inconscients de l’Autre, par cet indéfinissable qu’est la place que l’enfant occupe en tant qu’objet dans le fantasme de l’Autre — spécialement l’Autre maternel — en tant que sujet”. Cette dépendance vis-à-vis de l’Autre aura pour conséquence de différer, de canaliser plus tard la jouissance par les voies de la sexualité qui sont aussi celles de la castration. On ne jouit pas directement ni entièrement du corps de l’Autre : c’est autant vrai pour la mère qui — heureusement — est elle-même castrée (bien qu’elle apparaisse toute puissante dans le fantasme de l’enfant) c’est-à-dire soumise à la loi du symbolique. On peut bien présenter la jouissance comme un réel, comme un réel du corps ; mais un corps cela s’inscrit autant que cela se jouit ; et le réel de la jouissance ou si l’on veut du trauma (c’est la face passive de la jouissance) n’est envisageable comme vide, comme exclusion, que parce qu’il est cerné par le signifiant. Le sujet n’a d’autre choix que d’en passer par les signifiants de l’Autre, de rechercher finalement sa jouissance à travers les marques, toujours fantasmatiques et partielles, de la jouissance de l’Autre. Il y donc deux “Autres”, au départ : l’Autre symbolique, qui est celui du langage et de la loi, que le sujet doit reconnaître ; et l’Autre réel qui est à l’origine soit le corps jouissant du sujet — hypothèse néanmoins impossible à confirmer — soit le corps possédant de la Chose maternelle. Quant au sujet il “se produit donc comme effet d’articulation, de charnière entre les Autres” dans la mesure où il a à advenir par et dans la castration. Sa division de sujet de l’inconscient (du signifiant) renferme une séparation plus profonde (liée à la jouissance) : celle qui associe le proche et le lointain, la présence et l’absence, le plein et le vide, le réel et le symbolique. L’excès du trop-matisme est aussi le manque du “trou-matisme”. La jouissance selon Lacan est faite de cette ambiguïté, de cette extériorité intérieure qu’il nomme “extimité”. La dyade de l’Autre et du sujet est constante, irrémissible ; et le sujet est un “traumatisé” de la jouissance parce qu’il est joui par l’Autre ou bien parce que sa jouissance est médiatisée par l’Autre. Dépassons maintenant cette dyade. Il est vrai que toute jouissance est traumatisante, mais elle l’est autant pour (et par) l’Autre que pour (et par) le sujet. Ils sont tous deux identifiables comme sujets de la jouissance et comme sujets du traumatisme. De sorte qu’il est aisé de jouir du traumatisme, à partir du moment où l’on jouit de quelque chose : l’objet ‘a’ ou plus-de-jouir n’étant lui-même qu’une synthèse de l’Autre et du sujet, il est d’emblée et de par en par traumatique. Mais il faut dire que le traumatisme n’a de sens qu’à partir du traumatisé, lequel n’est tout simplement pas identifiable. En tout cas ce n’est pas le sujet (concept vraiment traumatisant !), soit jouissance et signifiant comme en psychanalyse, soit seulement jouissance sous des conditions transcendantales plus strictes ; ni même l’Autre — c’est l’Homme réel qui est le vrai, le seul traumatisé, et la cause de tout traumatisme.

 

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