Etudes lacaniennes 

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D'après une lecture de :

J. Lacan, Encore

 

 

Il faut admettre ceci : en tant que sexuelle, en tant que phallique, la jouissance se rapporte à l’Un. Il s’agit de l’Un qui intervient, à partir “d’une logique construite sur l’interrogation du nombre”, pour constituer une finitude démontrable d’espaces ouverts, en l’occurrence espaces de jouissance sexuelle. Sexuel se dit de ce qui est comptable, d’être une relation à Un — disons plutôt à une.  Si à l’inverse la jouissance se dit d’une relation à l’Autre, elle tend cette fois vers l’infini et — c’est proprement sa “condition féminine” — à l’impossible comptage. La jouissance phallique, elle, est inséparable du compte ; l’homme tient sévèrement le compte de sa jouissance, toujours tendu vers un “plus-de-jouir”. Mais ce n’est pas simplement de compter qui peut conduire les hommes au une par une de la jouissance de la femme, où l’Autre véritablement, l’Autre du langage s’incarne. Sur ce point cependant les formulations de Lacan prêtent à confusion. “Une par une” devrait se dire, en toute rigueur, de la jouissance phallique. C’est ainsi que Lacan interprète “le mythe féminin de Don Juan, c’est qu’il les a une par une”. Mythe qualifié de “féminin” car en effet conforme à ce que Lacan énonce des femmes : puisqu’elles sont “pas-toutes” dans la fonction phallique, comme être sexués, elles peuvent seulement être abordées et comptabilisées une à une. Loin d’apparaître comme la caricature narcissique voire homosexuelle du séducteur, Don Juan symbolise la reconnaissance en acte de l’infinitude féminine. Cependant, nous dirons qu’il s’agit d’une reconnaissance et d’une interprétation bien étranges du pas-tout. Où voit-on que celui-ci nécessite, pour s’éprouver, une collection de femmes “une par une” puisque c’est plutôt la division de chaque femme qui est en jeu ? Lacan passe ainsi d’une définition compréhensive du pas-tout à une définition extensive qu’on pourrait qualifier, vu les circonstances, d’assez “cavalière” ! Si l’on s’en tenait à ce mythe de Don Juan et à ce passage de Encore, on pourrait dire que Lacan n’aborde la jouissance féminine que par le biais de la jouissance phallique, c’est-à-dire en fonction de l’“effet” produit par la femme et sa jouissance sur le Phallus (qui compte). Sans doute répondrait-on que de cette autre jouissance, on ne peut de toute façon rien dire. Mais le comptage serait-il plus approprié ? En fin de compte, l’“unaire” lacanien consacre le point de vue de l’Autre-comme-Un ou identiquement de l’Un-comme-Autre, bref de cette unité finalement au détriment de l’Autre et de sa jouissance, repoussée à l’infini. En tout cas le donjuanisme ordinaire nous prouve seulement que la femme, ou plutôt sa jouissance, est ce dont l’homme jouit dans sa perversion, contrairement sans doute à ce que voulait dire Lacan.

Alors que la jouissance de l’Autre (masculine ou féminine) n’est en rien problématique pour peu qu’on lui donne comme objet la phallo-jouissance de l’Un elle même (masculine ou féminine). Il y a bien deux jouissances, mais il est vain de vouloir les rapporter respectivement aux deux sexes, même si cela se fait selon la dyssymétrie observée chez Lacan — mieux vaut donc rapporter les deux sexes (en tant qu’absolument distincts) à la jouissance de l’Autre, laquelle se rapporte directement à la  jouissance dominante (dont elle jouit), à savoir la jouissance du phallus telle qu’elle existe également chez les deux sexes (en tant qu’opposés). La simplification obtenue dans l’abord de la jouissance de l’Autre n’est cependant que l’indice d’un simple ou d’un “élémentaire” encore plus radical, n’ayant rien à voir avec le “compté” unaire ou même avec l’unité des contraires, étant plutôt la cause aussi bien de l’Autre et de sa jouissance que de la jouissance unaire du Phallus, déjà objet de la précédente.

 

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