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Défense - Délire - Demande - Dénégation - Déplacement - Désir - Désir-de-la-mère - Destin - Détresse - Deuil - Dieu - Discours - Don - Douleur - Doute

 

 

DEFENSE



1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 64 - Je ne dis pas l'ego [moi] dans la psychologie, où il est fonction de synthèse, mais l'ego dans l'analyse, fonction dynamique. L'ego s'y manifeste comme défense, refus - la fonction fondamentale de l'ego, la méconnaissance.
1955/56 - Les psychoses - 120 - Chez Freud, la question du centre du sujet, reste toujours ouverte. - Or, le virage qui s'est opéré dans l'analyse à peu près vers le temps de la mort de Freud, conduit à retrouver ce bon vieux centre de toujours, le moi qui tient les leviers de commande, et guide la défense. La PSYCHOSE n'est plus interprétée à partir de l'économie complexe d'une dynamique des pulsions, mais à partir des procédés employés par le moi pour s'en tirer avec diverses exigences, pour se défendre contre des pulsions. - 121 - Le moi redevient non seulement le centre, mais la cause du trouble. / Le terme de défense n'a plus dès lors d'autre sens que celui qu'il a lorsqu'on parle de se défendre contre une tentation, et toute la dynamique du cas Schreber nous est expliquée à partir des efforts du moi pour s'en tirer avec une pulsion dite homosexuelle qui menacerait sa complétude. La castration n'a plus d'autre sens symbolique que celui d'une perte de l'intégrité physique. [l'hallucination serait une de ces néo-productions de défense, en l'absence de toute attache fiable du moi avec la réalité] -




DELIRE



1932 - Thèse - 59 - [Kraepelin] met en relief la "tonalité fortement affective" des expériences vitales dans le délire - 60 - Ce qui distingue au reste la réaction du paranoïde de celles de tant d'autres psychopathes atteints de la même insuffisance, c'est sa "résistance", c'est "son combat passionné contre les rigueurs de la vie, où il reconnaît des influences hostiles" [le délire "tient le coup", en somme - de même que le névrosé "y tient", à son symptôme...] - On voit, conclut Kraepelin, "que le délire forme ici une partie constituée de la personnalité".
1932 - Thèse - [paranoïa] - 273 - Le persécuteur principal est toujours de même sexe que le sujet - Pour les idées érotomaniaques, elles ont toujours le caractère de platonisme - 274 - Notons la réactivité du délire aux influences endogènes [et aux influences extérieures] - 274 - Le danger qu'imposent à autrui les virtualités réactionnelles de ces sujets est inversement proportionnel au paradoxe de leur délire. En d'autres termes, plus les conceptions du sujet se rapprochent de la normale, plus il est dangereux.
1932 - Thèse - 299 - On peut dire que le délire lui-même n'est que l'épiphénomène d'une telle conduite [c'est-à-dire les impulsions, pulsions, comportements spécifiques de la psychose ; Lacan dira plus tard qu'il est une "tentative de guérison"]
1932 - Thèse - 334 - le délire est l'équivalent intensionnel d'une pulsion agressive insuffisamment socialisée [donc son effet (économique) compensatoire]. La méconnaissance de cette notion de la tendance concrète [sous-jacente = la pulsion] (...) est ce qui tare les plus belles recherches sur les structures passionnelles anomaliques, comme sur tous les "mécanismes" délirants qu'on veut concevoir comme des objets en soi.
1932 - Thèse - 291 - pour Kraepelin, "l'ordre logique est conservé dans les pensées, les actes et le vouloir". Ces affirmations répondent assurément [et seulement] au caractère clinique, par lequel les délires paranoïaques sont des délires compréhensibles . [? des délires paraphréniques] - [or] la perception, tout d'abord, n'apparaît plus être exacte [mécanismes oniroïdes, psychasthénie] - 293 - [certes les délires ont un sens , une "clarté significative ", dit Lacan, parfaitement congruente, mais] Qu'y deviennent les principes logiques fondamentaux de la contradiction, de la localisation spatiale et temporelle, de la causalité? - [sens du délire:] On peut dire que, contrairement aux rêves, qui doivent êtres interprétés , le délire est par lui-même une activité interprétative [interprétation] de l'inconscient. - Qu'on interroge cependant le malade sur les origines historiques de ses convictions délirantes, alors apparaîtra le second trait caractéristique du délire, à savoir son imprécision logique . - Nous avons parlé d'amnésie élective - Il ne s'agit aucunement de troubles de la remémoration - Il s'agit en réalité d'un trouble de la croyance . - 294 - Pour que le malade adjoigne en effet à l'image évoquée par les associations délirantes le coefficient de croyance ["je nie que l'homme reste sans rien affirmer pour autant qu'il imagine", Spinoza, cité par Lacan en note] qui en fait une image intégrée à son passé [alors qu'elle n'y est pas], une image-souvenir , il faut qu'il ne s'embarrasse d'aucune référence à ce système cohérent (...) des principes de lieu, de temps, de cause et d'identité . En fait, l'image ne se présente ras à lui autrement que dans le cas idéal forgé par James, selon lequel "Tout objet (imaginatif) qui ne rencontre pas de contradiction devient ipso facto un objet de croyance et est posé comme une réalité absolue." Ce que nous trouvons dans la genèse du délire, c'est donc une déficience du principe de CONTRADICTION, pris dans son sens le plus général [c'est-à-dire le LANGAGE] - 295 - il exprime clairement des tendances psychiques dont seule l'expression logique normale est refoulée. - 297 - [structure conceptuelle propre au système du délire: 1) clarté significative, 2) Imprécision logique, 3) Valeur de réalité d'un complexe ou d'un conflit, ignoré par le sujet, 4) organisation de ces conceptions par un principe prélogique d'identification itérative (thème du double, de l'éternel retour, etc.) -
1933 - "Motifs du crime paranoïaque..." (Thèse) - 392 - La pulsion agressive, qui se résout dans le meurtre, apparaît (...) comme l'affection qui sert de base à la psychose. On peut la dire inconsciente, ce qui signifie que le contenu intensionnel qui la traduit dans la conscience ne peut se manifester sans un compromis avec les exigences sociales intégrées par le sujet, cad sans un camouflage de motifs, qui est précisément tout le délire. Mais cette pulsion est empreinte en elle-même de relativité sociale : elle a toujours l'intentionnalité d'un crime, presque constamment celle d'une vengeance, souvent le sens d'une punition, cad d'une sanction issue des idéaux sociaux, parfois enfin elle s'identifie à l'acte achevé de la moralité, elle a la portée d'une expiation (autopunition).- 393 - Le contenu intellectuel du délire nous apparaît (...) comme une superstructure à la fois justificative et négatrice de la pulsion criminelle [elle la diffère : délirer c'est différer un meurtre]. Nous le concevons donc comme soumis aux variations de cette pulsion, à la chute qui résulte par exemple de son assouvissement - Les défaut corrélatifs des descriptions et des explications classiques, ont longtemps fait méconnaître l'existence, pourtant capitale, de telles variations, en affirmant la stabilité des délires paranoïaques, alors qu'il n'y a que constance de structure [la psychose (structure) n'est pas le délire] -
1933 - "Le problème du style..." (Thèse) - 386 - D'une part (...) le champ de la perception est empreint chez ces sujets [délirants] d'un caractère immanent et imminent de "signification personnelle" (symptôme dit "interprétation") et ce caractère est exclusif de cette neutralité affective de l'objet qu'exige au moins virtuellement la connaissance rationnelle. D'autre part, l'altération, notable chez eux, des intuitions spacio-temporelles modifie la portée de la conviction de réalité (illusions du souvenir, croyances délirantes).
1938 - Les complexes familiaux - 79 - phase féconde du délire : phase où les objets, transformés par une étrangeté ineffable, se révèlent comme chocs, énigmes, significations. - 80 -[le] narcissisme se traduit dans la forme de l'objet [en avant de l'acmée de la crise]. - l'objet reste [alors] irréductible à aucune équivalence et le prix de sa possession, sa vertu de préjudice prévaudront sur toute possibilité de compensation ou de compromis : c'est le délire de revendication. - Ou bien la forme de l'objet peut restée suspendue à l'acmée de la crise, (...) l'imago ne se subjective pas par identification au double, et l'idéal du moi se projette itérativement en objets d'exemples (...) : c'est le délire sensitif de relations. Enfin l'objet peut retrouver en deça de la crise la structure de narcissisme primaire où sa formation s'est arrêtée. - c'est le syndrome de la persécution interprétative, avec son objet à sens homosexuel latent. A un degré de plus, le moi archaïque manifeste sa désagrégation dans le sentiment d'être épié, deviné, dévoilé, sentiment fondamental de la psychose hallucinatoire - Enfin, c'est la structure foncièrement anthropomorphique et organomorphique de l'objet qui vient au jour dans la participation mégalomaniaque, où le sujet, dans la paraphrénie, incorpore à son moi le monde, affirmant qu'il inclut le Tout, que son corps se compose des matières les plus précieuses, que sa vie et ses fonctions soutiennent l'ordre et l'existence de l'Univers.
1951 - Quelques réflexions sur l'Ego - Ce que nous avons été capables d'observer dans cette voie privilégiée [du langage] par laquelle une personne s'exprime en tant qu'Ego : c'est précisément cela - Verneinung - le déni. / - lorsque quelqu'un dit "ce n'est pas ainsi" c'est parce que c'est ainsi ; et quand il dit "ce n'est pas cela que je veux dire", il dit vraiment. - la paranoïa ne peut être comprise qu'en de tels termes - les persécuteurs (...) identiques aux images du moi idéal - [sorte de dénégation, donc]
1953 - Discours du Congrès de Rome et réponse aux interventions -- C'est du message informulé qui constitue l'ics du sujet, cad du "je l'aime" que Freud y a génialement déchiffré, qu'il faut partir pour obtenir avec lui dans leur ordre les formes de délire où ce message se réfracte dans chaque cas. - "tu" es ici exclu, entraînant subversion de l'être du sujet, - la formule de réception du message par l'autre se dégradant en réversion imaginaire du moi. - c'est par la négation successive des trois termes du message [: 1. je 2. l' 3. aime , que Freud opère sa déduction]
1955/56 - Les psychoses - 93 - J'entérine l'acting-out comme équivalent à un phénomène hallucinatoire du type délirant qui se produit quand vous symbolisez prématurément, quand vous abordez quelque chose dans l'ordre de la réalité et non à l'intérieur du registre symbolique.
1955/56 - Les psychoses - 245 - [selon Freud les psychotiques] aiment leur délire comme ils s'aiment eux-mêmes . / Il y a là un écho [et un gouffre] (...) à ce qui est dit dans le commandement, aimez votre prochain comme vous-mêmes .
1955/56 - Les psychoses - 247 - cet envahissement du signifiant [dans le délire] qui va à se vider du signifié à mesure qu'il occupe plus de place - même quand les phrases peuvent avoir un sens, on n'y rencontre jamais rien qui ressemble à une métaphore.
1955/56 - Les psychoses - 52/53 - [ Je l'aime. ] - [négation] La première façon de nier cela, c'est de dire - ce n'est pas moi qui l'aime, c'est elle , ma conjointe, mon double - le sujet fait porter son message par un autre [l'alter ego] - qui dans l'intervalle a changé de sexe. - Dans le délire de JALOUSIE, on trouve au premier plan cette identification à l'autre avec interversion du signe de sexuation. - La seconde, c'est de dire - ce n'est pas lui que j'aime, c'est elle . - autre type d'aliénation, non plus inverti, mais diverti. L'autre auquel s'adresse l'érotomane [EROTOMANIE] (...) [est un objet très vague et très éloigné] si bien qu'on a pu parler de lien mystique ou d'amour platonique - Troisième possibilité - je ne l'aime pas, je le hais . - [comme pour le 2ème cas, l'inversion n'est pas suffisante, il faut aussi une projection] à savoir - il me hait - Et nous voilà dans le délire de PERSECUTION. - 54 - C'est une aliénation convertie, en ce sens que l'amour est devenu la haine. L'altération profonde de tout le système de l'autre, sa démultiplication, le caractère extensif des interprétations sur le monde, vous montre ici la perturbation proprement imaginaire portée à son maximum.
1955/56 - Les psychoses - 165 - un ego n'est jamais tout seul. Il comporte toujours un étrange jumeau, le moi idéal - La phénoménologie la plus apparente de la psychose nous indique que ce moi parle. C'est une fantaisie, mais à la différence de la fantaisie, ou du fantasme, que nous mettons en évidence dans les phénomènes de la névrose, c'est une fantaisie qui parle, ou plus exactement, c'est une fantaisie parlée. - Avec l'impertinence qui (...) me caractérise, je l'ai désigné comme le discours de la liberté, essentiel à l'homme moderne en tant que structuré par une certaine conception de son autonomie. - Il n'y a donc pas d'ego sans ce jumeau, disons, gros de délire. Notre patient (...) se dit être un cadavre lépreux qui traîne après lui un autre cadavre lépreux. Belle image en effet pour le moi, car il y a dans le moi quelque chose de fondamentalement mort, et toujours doublé de ce jumeau, qui est le discours. - [Mais qui parle au juste ?] Est-ce l'autre dont je vous ai exposé la fonction de reflet dans la dialectique du narcissisme ? - 166 - [Limitons le terme de PROJECTION à ce] transitivisme imaginaire qui fait qu'au moment où l'enfant a battu son semblable, il dit sans mentir - Il m'a battu , parce que pour lui, c'est exactement la même chose. - la projection délirante n'a rien à voir avec ça.
1955/56 - Les psychoses - 91 - [le délirant] Il est violé, manipulé, transformé, parlé de toutes les manières, et, je dirais, jacassé. [parole]
1955/56 - Les psychoses - 43 - [Alors que normalement le signifiant renvoie toujours à un autre s., dans la cas du paranoïaque] C'est une signification qui ne renvoie foncièrement à rien qu'elle-même, qui reste irréductible. - qui renvoie à la s. en tant que telle. - Le malade souligne lui-même que le mot fait poids en lui-même - [Sur le plan du signifiant on distingue] deux types de phénomènes où se distingue le néologisme - l'intuition et la formule. / L'intuition délirante est un phénomène plein qui a pour le sujet un caractère comblant, inondant. - Là, le mot - avec sa pleine emphase, comme on dit le mot de l'énigme - est l'âme de la situation. / A l'opposé, il y a la forme que prend la s. quand elle ne renvoie plus à rien. C'est la formule qui se répète, qui se réitère, qui se serine avec une insistance stéréotypée. - 44 - C'est ce que nous pouvons appeler, à l'opposé du mot, la ritournelle.- 295 - [Dans le délire les plans du signifiant et du signifié restent à jamais séparés, comme sans rapport] D'une part, la scansion, qui joue sur les propriétés du signifiant (...) et qui va jusqu'à la contrainte - D'autre part le sens, qui, lui, a pour nature de se dérober (...) mais qui se pose en même temps comme un sens extrêmement plein dont la fuite aspire le sujet vers ce qui serait le cœur du phénomène délirant, son ombilic.
1955/56 - Les psychoses - 101 - L'important est de voir en quoi cela répond à la demande, faite de biais d'intégrer ce qui a surgi dans le réel, et qui représente pour le sujet ce quelque chose de lui-même qu'il n'a jamais symbolisé. [Donc, le délire serait une tentative de symboliser ce qui ne l'a jamais été, et qui revient dans le réel, soit 1 réponse à l'hallucination ?] Une exigence de l'ordre symbolique, pour ne pouvoir être intégrée dans ce qui a déjà été mis en jeu dans le mouvement dialectique sur lequel a vécu le sujet, entraîne une désagrégation en chaîne, une soustraction de la trame dans la tapisserie, qui s'appelle un délire.
1957 - D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose - 561 - ce Dieu [de Schreber], démultiplié en effet en une hiérarchie de royaumes qui, à elle seule, vaudrait une étude, se dégrade en êtres chapardeurs d'identités désannexées. - 563 - le sujet [Schreber] en proie à ces mystères, ne doute pas, pour créé qu'il soit, ni de parer par ses paroles aux embûches d'une consternante niaiserie de son Seigneur, ni de se maintenir envers et contre la destruction, qu'il le croit capable de mettre en œuvre à son endroit comme à l'endroit de quiconque (...) - Voilà-t-il pas à la création continuée de Malebranche un étrange pendant, que ce créé récalcitrant, qui se maintient contre sa chute par le seul soutien de son verbe et par sa foi dans la parole. - 566 - [Quant à la signification du délire, elle est pour Schreber] d'expiation, de propitiation, et, [voire de] (...) sacrifice, alors qu'on l'accentue [d'ordinaire] dans le sens du compromis - 570 - C'est bien là une sorte de rédemption (...) mais qui ne vise que la créature à venir, car celle du présent est frappée d'une déchéance corrélative de la captation des rayons divins par la volupté qui les rive à Shreber 
 

 

DEMANDE



1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 275 - [R. P. Beirnaert, commentant St Augustin : Interrogation d'Augustin à son fils - Qu'est-ce que nous voulons faire, quand nous parlons ? réponse - Nous voulons enseigner ou apprendre, suivant la position de maître ou de disciple. Saint Augustin va essayer de montrer que, même quand on veut apprendre et qu'on interroge pour apprendre, on enseigne encore. Pourquoi ? Parce que l'on enseigne à celui à qui l'on s'adresse dans quelle direction l'on veut savoir. Donc, définition générale - Tu vois donc, mon cher, que par le langage, on ne fait rien d'autre qu'enseigner. ] C'est pourquoi toute parole est déjà, comme telle, un enseigner. Elle n'est pas un jeu de signes, elle se situe, non pas au niveau de l'information, mais à celui de la vérité. [vérité du désir au-delà de la demande ?]
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud… - 354 - Il y a quelque chose dans quoi il [l'homme] s'intègre et qui déjà règne par ses combinaisons. - C'est au milieu de cela que quelque chose de l'homme a à se faire reconnaître - [mais ce quelque chose est refoulé] - Ce qui dans une machine ne vient pas à temps tombe tout simplement et ne revendique rien. Chez l'homme, ce n'est pas la même chose, la scansion est vivante, et ce qui n'est pas venu à temps reste suspendu. C'est de cela qu'il s'agit dans le refoulement. - [ce] qui demande à être. - Le rapport fondamental de l'homme à cet ordre symbolique est très précisément celui qui fonde l'ordre symbolique lui-même - le rapport du non-être à l'être. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 04/12/57 - n'oublions pas que le signifiant au début est fait pour servir à quelque chose, il est fait pour exprimer une demande. - [soit] ce quelque chose d'un besoin qui passe au moyen du signifiant qui est adressé à l'autre. - Le mécanisme de la demande naturellement est le fait que l'autre par nature s'y oppose (...) pour être soutenue comme demande - [donc] C'est dans la mesure où la dimension du langage vient là pour être remodelée [reformuler la demande], mais aussi pour verser dans le complexe signifiant à l'infini, le système des besoins [qui la soutend], que la demande est essentiellement quelque chose de sa nature qui se pose comme pouvant être exorbitante. Ce n'est pas pour rien que les enfants demandent la lune. Ils demandent la lune parce qu'il est dans la nature d'un besoin qui s'exprime par l'intermédiaire du système signifiant, de demander la lune : aussi bien d'ailleurs que nous n'hésitons pas à la leur promettre - [Cette exorbitance est le signe que] C'est à un autre au-delà de celui qui est en face de vous (...) que la réponse à la demande, l'accord de la demande est déféré
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 04/06/58 - C'est donc que le transfert est autre chose que l'usage d'un pouvoir, le transfert est déjà un champ ouvert, la possibilité d'une articulation signifiante autre et différente de celle qui enferme le sujet dans sa demande [de sa demande quotidienne, ou de sa demande immédiate de satisfaction en analyse ; en arrière-plan se trouve la demande d'amour au niveau du transfert comme tel.] - [notre attitude en la matière est "abstentionniste", ou "abstinence", elle] consiste à ne jamais comme telle gratifier la demande. - [Entre les deux lignes, il y a le désir, et ce qui résiste à toute suggestion, particulièrement dans l'analyse face aux interprétations parfois hâtives de l'analyste , c'est ceci : le désir d'avoir son désir. - cette RÉSISTANCE (...) est la même chose que le transfert [elle se situe au même niveau, qui n'est pas celui où on la place d'habitude].
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 21/05/58 - On pourrait dire que l'obsessionnel est toujours en train de demander une permission. - se mettre dans la plus extrême dépendance par rapport à l'Autre (avec un grand A) [grand A dont l'existence est continuellement mise en danger, en doute, dans l'obsession. Façon de le restituer.] - [Normalement] il y a un au-delà de toute réponse de l'Autre, et très précisément en tant que la parole crée cet au-delà, [c'est le désir] - L'obsessionnel résout la question de l'évanescence de son désir en en faisant un désir interdit. Il le fait supporter par l'Autre, et précisément par l'interdiction de l'Autre. - [il] se balance sur une sorte d'escarpolette qui va de la manifestation d'un désir qui à aller trop loin, devient un désir agressif, et qui de là redescend ou rebascule dans une disparition (...) qui sera liée à la crainte de la rétorsion effective de la part de l'autre - [or] il est clair que toute tentative de réduire le désir à quelque chose dont on demande la satisfaction, se heurte à une contradiction interne. - l'oblativité (...) est un fantasme obsessionnel. - ["ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toi-même":] Cet impératif assurément catégorique est tout à fait essentiel et structurant dans la morale, mais n'est pas toujours d'un emploi pratique dans l'existence. Il est assurément complètement à côté quand il s'agit d'une réalisation comme la conjonction sexuelle [!]. L'ordre de rapport à l'autre qui consiste à se mettre à sa place, est quelque chose qui assurément est un glissement tentant [mais purement imaginaire] - épargner l'autre, c'est bien ce qui est au fond de toute une série des cérémoniaux, des précautions, des détours, bref de toutes les manigances de l'obsessionnel. - [L'issue oblative, si elle n'est pas une solution, n'est pas non plus la voie la plus naturellement fréquentée par l'obsessionnel. Est lié à la "demande de permission" le phénomène de l'"exploit":] Pour qu'il y ait exploit, il faut que l'on soit au moins trois [il faut un second terme, partenaire ou adversaire, ou but, et un troisième qui enregistre et qui soit le témoin. Après] On peut dire, au nom de ceci, qu'il l'a bien mérité ce qu'il cherche - Cela veut dire qu'ils s'infligent toutes sortes de tâches particulièrement dures, particulièrement éprouvantes, qu'ils les réussissent d'ailleurs (...), et au nom de quoi ils auraient bien droit à de petites vacances pendant lesquelles on ferait ce qu'on voudrait - le passage des vacances se révélant habituellement un temps à peu près perdu. Pourquoi ? Parce que bien entendu ce dont il s'agit, c'était de demander la permission de l'autre, et comme l'autre - je parle de l'autre en tant qu'il existe - n'a absolument rien à faire avec toute cette dialectique, pour la simple raison que l'autre réel est bien trop occupé avec son propre autre, il n'a aucune raison de remplir cette mission de donner à l'exploit de l'obsessionnel sa petite couronne - Il y a quelque chose dans l'exploit de l'obsessionnel qui reste toujours irrémédiablement fictif, pour la raison que la mort, je veux dire là où est le véritable danger, est tout à fait ailleurs que dans l'adversaire qu'il a l'air de défier effectivement. Il est justement du côté de ce témoin invisible, de cet autre qui est là comme le spectateur, celui qui compte les coups - 04/06/58 - la solution de l'analyse de l'obsessionnel, c'est qu'[il] découvre la castration pour ce qu'elle est, cad pour la loi de l'Autre. C'est l'Autre qui est châtré.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 18/06/58 - [l'obsessionnel enfant, juste dans la période de déclin de l'Œdipe] a cette propriété parmi tous les enfants qui en effet passent leur temps à demander quelque chose, d'être celui de qui cette demande est toujours ressentie, et par les mieux intentionnés de ceux qui l'entourent, comme étant à proprement parler insupportable, l'enfant tanant, comme on dit. Ce n'est pas qu'il demande des choses plus extraordinaires que les autres, c'est dans sa façon de la demander
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 04/06/58 - [Cf; le graphe, avec les deux lignes de la demande de satisfaction d'un besoin, demande articulée puisqu'il faut bien en passer par le langage, puis demande d'amour liée au signifiant comme tel, présence/absence]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 16/04/58 - La demande est liée d'abord et avant tout à ce quelque chose qui est dans les prémisses mêmes du langage, à savoir dans l'existence d'un appel qui est à la fois principe de la présence et terme qui permet de la repousser, jeu de la présence et de l'absence - La dialectique première n'est pas de l'objet partiel de la mère sein, ou de la mère nourriture, ou de la mère objet total - l'objet dont il s'agit c'est la parenthèse symbolique de cette présence à l'intérieur de laquelle il y a la somme de tous les objets qu'elle peut apporter, qui fait que cette parenthèse symbolique est d'ores et déjà plus précieuse qu'aucun bien, et qu'un des bien qu'elle contient, ne peut en lui-même et à lui tout seul satisfaire à ce qui est l'appel de la présence (...) [sinon à] écraser si l'on peut dire le principe de cet appel - dans l'objet de la présence, la dimension du masque apparaît [parce que le masque masque précisément, ou contient virtuellement tout ce que cette présence contient] - 1957/58 - Les formations de l'inconscient - 18/06/58 - le problème essentiel, c'est de savoir comment l'enfant sort de la satisfaction, et non pas de la frustration, pour se construire un monde. - un monde s'articule pour le sujet humain, qui comporte un au-delà de la demande, quand la demande est satisfaite, et non quand elle est frustrée, c'est cela qu'il [Winicott] appelle les objets transitionnels -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 12/03/58 - [le désir a pour fonction] de ramasser, de concentrer ce que nous avons dit comme une demande signifiée. - signifiée, au sens où je vous signifie quelque chose - le désir du sujet déjà est en tant que tel modelé par les conditions de la demande [le fait de devoir l'adresser à l'autre, lui signifier dans la demande, est une aliénation à son désir et aussi au signifiant] - 09/04/58 - au niveau de la reconnaissance, (...) ce qui est en jeu, ce n'est pas la lutte et le conflit [comme chez Hegel], mais (...) la demande - [cad la] parole de l'Autre qui modifie, aliène profondément la nature [du] désir. - [On distingue d'abord dans la demande] cet objet oral qui, dans la mesure où il est demandé sur le plan oral, est incorporé, [puis] cet objet anal qui devient [inversement] le support de cette dialectique du don anal primitif, lié essentiellement chez le sujet au fait qu'il satisfasse ou non la demande éducative, cad en fin de compte, qu'il accepte ou non de lâcher un objet symbolique. - [au stade dit génital, à travers l'Œdipe d'ailleurs, le désir se détache de la demande] le sujet à un moment a affaire à l'autre désir - Il reconnaît un désir au-delà de la demande - 23/04/58 - [Cf. pp. 227 ss et 297 ss commentaires du graphe p. 361, 297, etc.] - 21/05.58 - [le désir] est à la fois au-delà et en-deça [de la demande : cf. les deux lignes de la demande sur le graphe], selon la face ou l'aspect sous lequel nous envisageons la demande, à savoir en tant que demande par rapport à un besoin, ou que demande en tant que structurée en termes de signifiant [= demande d'amour : présence/absence] - 11/06/58 - [le désir] se produit dans la marge qui existe entre la demande de satisfaction du besoin et de la demande d'amour -
1958 - La signification du phallus - 691 - La demande en soi porte sur autre chose que sur les satisfactions qu'elle appelle. Elle est demande d'une présence ou d'une absence. Ce que la relation primordiale à la mère manifeste, d'être grosse de cet Autre à situer en deça des besoins qu'elle peut combler. Elle le constitue déjà comme ayant le "privilège" de satisfaire les besoins, cad le pouvoir de les priver de cela seul par quoi ils sont satisfaits. Ce privilège de l'Autre dessine ainsi la forme radicale du don de ce qu'on n'a pas, soit ce qu'on appelle son amour. / C'est par là que la demande annule la particularité de tout ce qui peut être accordé en le transmuant en preuve d'amour, et les satisfactions même qu'elle obtient pour le besoin se ravalent à n'être plus que l'écrasement de la demande d'amour - Il y a donc une nécessité à ce que la particularité ainsi abolie reparaisse au-delà de la demande. Elle y reparaît en effet, mais conservant le structure que recèle l'inconditionné de la demande d'amour. Par un renversement qui n'est pas simple négation de la négation, la puissance de la pure perte surgit du résidu d'une oblitération. A l'inconditionné de la demande, le désir substitue la condition "absolue" : cette condition dénoue en effet ce que la preuve d'amour a de rebelle à la satisfaction d'un besoin. C'est ainsi que le désir n'est ni l'appétit de la satisfaction, ni la demande d'amour, mais la différence qui résulte de la soustraction du premier à la seconde, le phénomène même de leur refente.
1958 - La direction de la cure... - 617 - Il me demande..., du fait qu'il parle : sa demande est intransitive, elle n'emporte aucun objet. - [Même la demande de guérir, d'être analyste, ou autre] peut attendre. Sa demande présente n'a rien à faire avec cela, ce n'est même pas la sienne, car après tout, c'est moi qui lui est offert de parler. (Le sujet seul ici est transitif.) / J'ai réussi en somme ce que dans le champ du commerce ordinaire, on voudrait pouvoir réaliser aussi aisément : avec de l'offre j'ai créé la demande.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 07/01/59 - tout ce qui, chez le sujet, doit se présenter comme étant ici l'achèvement de son désir est (...) quelque chose qui ne peut pas de demander [le désir est une condition absolue, il ne se demande pas] - [Or le propre de la névrose c'est que] ce qui est de l'ordre du désir s'inscrit, se formule, dans le registre de la demande. - 17/06/59 - C'est pour autant qu'il substitue son "moi" au "sujet" qu'il introduit la demande dans la question du désir. C'est parce que quelqu'un - qui n'est pas lui, mais son image - est substitué à lui dans la dialectique du désir qu'en fin de compte il ne peut demander (...) que des substituts.- L'altruisme du névrosé (...) est permanent. Et rien n'est plus une voie plus commune des satisfactions qu'il cherche que ce que l'on peut appeler se dévouer à satisfaire alors, tant qu'il peut chez l'autre, toutes les demandes, dont il sait bien, pourtant, qu'elles constituent chez lui un perpétuel échec du désir, ou, en d'autre termes, de s'aveugler dans son dévouement à l'autre sur sa propre insatisfaction. - [formule du névrosé : phy barré en rapport avec un objet du désir qui est ce point "a" en tant qu'il se situe et s'y retrouve, cad en fait "i(a)"]
1958/59 - Le désir et son interprétation - 14/01/92 - Autre chose est ce qui s'articule dans [les] signifiants refoulés [refoulement] , et qui est toujours une demande, autre chose est le désir, pour autant que le désir est quelque chose par quoi le sujet se situe, du fait de l'existence du discours, par rapport à cette demande.
1960-61 - Le Transfert - 414 - La dimension, la perspective, le registre de l'amour se développe, se profile, s'inscrit, dans ce que l'on peut appeler l'inconditionnel de la demande.
1960/61 - Le Transfert - 234 - C'est dans la mesure où nous croyons pouvoir répondre à sa demande, que nous sommes dans le sentiment de comprendre [un sujet] - 246 - ce qu'il y a de plus important à comprendre dans la demande de l'analysé, c'est ce qui est au-delà de cette demande. C'est la marge de l'incompréhension qui est celle du désir. -
1960/61 - Le Transfert - 238 - toute demande, du fait qu'elle est parole, tend à se structurer en ceci, qu'elle appelle de l'autre sa réponse inversée. - C'est de cela qu'il s'agit chaque fois qu'il éclate le moindre conflit dans ce rapport entre l'enfant et la mère - Qu'y a-t-il qui réponde mieux, en apparence, à la demande d'être nourri que celle de se laisser nourrir ? Nous savons pourtant que c'est dans le mode même de confrontation des deux demandes que gît cet infime gap , cette béance, cette déchirure, où s'insinue d'une façon normale la discordance, l'échec préformé de la rencontre. - il se manifeste que cette demande, un désir la déborde - qu'elle ne saurait être satisfaite sans que ce désir s'y éteigne - que c'est pour que ce désir qui déborde la demande ne s'éteigne pas, que le sujet qui a faim, de ce qu'à sa demande d'être nourri répond la demande de se laisser nourrir, et refuse en quelque sorte de disparaître comme désir du fait d'être satisfait comme demande - que l'extinction ou l'écrasement de la demande dans la satisfaction ne saurait se produire sans tuer le désir. - 239 - Ce désir, qu'est-ce que c'est ? - La demande orale [oralité] a un autre sens que la satisfaction de la faim. Elle est demande sexuelle - cannibalisme, et le cannibalisme a un sens sexuel. - ce n'est pas seulement du pain du bon vouloir de l'Autre que le sujet primitif a à se nourrir, mais bel et bien du corps de celui qui le nourrit. - 240 - du seul fait que la tendance de la bouche qui a faim s'exprime par cette même bouche en une chaîne signifiante, entre en elle cette possibilité de désigner la nourriture, qui est le désir. Quelle nourriture ? La première chose qui en résulte, c'est qu'elle peut dire, cette bouche - Pas celle-là. La négation, l'écart, le j'aime ça et pas autre chose du désir -
1961/62 - L'identification - 30/05/62 - au moins une fois le signifiant se répète et cette répétition n'est rien d'autre que la forme la plus radicale de l'expérience de la demande.
1961/62 - L'identification - 28/03/62 - il s'agit de quoi ? du vide inclus au cœur de la demande, cad de l'au-delà du principe du plaisir, de ce qui fait de la demande sa répétition éternelle, cad de ce qui constitue la pulsion. - 09/05/62 - Le phallus, quand avons-nous commencé ici de nous en occuper d'une façon qui soit un peu structurante et féconde ? C'est évidemment à propos des problèmes de la sexualité féminine - c'est parce qu'il a à être demandé là où il n'était pas, le phallus, à savoir chez la mère, à la mère, par la mère, pour la mère que par là passe le chemin normal par où il peut venir à être désiré par la femme. Si tant est que ceci lui arrive qu'il puisse être constitué comme objet de désir, l'expérience analytique met l'accent sur ceci qu'il faut que le processus passe par un primitive demande, avec tout ce qu'elle comporte en l'occasion d'absolument fantasmatique, irréel, contraire à la nature, une demande structurée comme telle et une demande qui continue à véhiculer ses marques - Cela veut dire que c'est dans la mesure où le phallus peut continuer à rester indéfiniment objet de demande à celui qui ne peut pas le donner sur ce plan que justement s'élève toute la difficulté -
1961/62 - L'identification - 14/03.62 - S'il y a quelque chose à quoi l'on peut dire qu'au départ le névrosé s'est laissé prendre, c'est à ce piège ; et il essaiera de faire passer dans la demande ce qui est l'objet de son désir, d'obtenir de l'Autre, non pas la satisfaction de son besoin, pour quoi la demande est faite, mais la satisfaction de son désir (...) cad précisément ce qui ne peut se demander - de même qu'il essaiera plus paradoxalement encore de satisfaire par la conformation de son désir, à la demande de l'Autre ; et qu'il n'y a pas d'autre sens (...) à ce qui est la découverte de l'analyse et de Freud, à l'existence du Surmoi comme tel. - Ce que j'exprimerais sommairement en disant que pour son désir il lui faut la sanction d'une demande - il attend de vous que vous lui demandiez de désirer congrûment - c'est ce qui me permet de dire [cf. tore] que le cercle élidé, (...) le cercle vide, vient ici matérialiser l'objet métonymique sous toutes ces demandes.
1961/62 - L'identification - 30/05/62 - toute satisfaction véritable (...) fait défaut à la demande - pour que la demande soit demande, à savoir qu'elle se répète comme signifiant, il faut qu'elle soit déçue - Mais ce vide est différent de ce dont il s'agit concernant "a", l'objet du désir. - "a" ne saurait aucunement être évoqué dans ce vide cerné ici par la boucle de la demande [petits cercles du cross-cap]. Il est à situer dans ce trou que nous appellerons le rien fondamental pour le distinguer du vide de la demande, le rien où est appelé à l'avènement l'objet du désir [grand cercle]. - Le vide qui soutient la demande n'est pas le rien de l'objet qu'elle cerne comme objet du désir - Faites maintenant sur le tore, non plus cette ligne simple, mais la courbe répétée - Qu'est-ce que cela veut dire ? - la demande du sujet en tant qu'ici deux fois elle se répète, inverse ses rapports : D et "a", demande et objet au niveau de l'Autre, que la demande du sujet correspond à l'objet "a" de l'Autre, que l'objet "a" du sujet devient la demande de l'Autre. Ce rapport d'inversion est essentiellement la forme la plus radicale que nous puissions donner à ce qui se passe chez le névrosé : ce que le névrosé vise comme objet, c'est la demande l'Autre ; ce que le névrosé demande, quand il demande à saisir "a", (...) c'est "a", l'objet de l'Autre. L'accent est mis différemment selon les deux aspects de la névrose. Pour l'obsessionnel, l'accent est mis sur la demande de l'Autre, pris comme objet de son désir ; pour l'hystérique l'accent est mis sur l'objet de l'Autre, pris comme support de sa demande. - possibilité structurante radicale d'identifier sa demande avec l'objet du désir de l'Autre ou d'identifier son objet avec la demande de l'Autre ; forme proprement leurrante de l'effet du signifiant sur le sujet, encore que la sortie en soit possible, précisément lorsque (...) le sujet en tant que structuré par le signifiant peut devenir la coupure "a" elle-même. Mais c'est justement ce à quoi le fantasme du névrosé n'accède pas parce qu'il en cherche les voies et les chemins par un passage erroné. Non point que le névrosé ne sache pas fort bien distinguer, comme tout sujet digne de ce nom, i(a) de "a", (...) mais ce que le névrosé cherche (...) c'est à arriver à "a" en détruisant i(a) ou en le fixant. - "en détruisant" (...) c'est le fantasme de l'obsessionnel en tant qu'il prend la forme de fantasme sadique et qu'il ne l'est pas - [car] non seulement l'objet du fantasme sadique n'est pas détruit, mais il est littéralement résistant à toute épreuve, comme je l'ai à maintes fois souligné. - ce que l'on pourrait appeler l'impuissance du fantasme sadique chez le névrosé repose tout entière sur ceci : (...) ce qu'il vise, soit à détruire, soit à supporter - i(a) -, n'a pas de rapport pour la seule raison de la dissymétrie fondamentale d'i, le support, avec "a", qui ne la tolère pas. Ce à quoi le névrosé d'ailleurs aboutit effectivement, c'est à la destruction du désir de l'autre.
1962/63 - L'angoisse - 05/12/62 - [dans l'analyse] c'est dans la mesure où sont épuisées jusqu'à leur terme, jusqu'au fond du bol, toutes les formes de la demande, jusqu'à la demande des zéros, que nous voyons au fond apparaître la relation de la castration. La castration se trouve inscrite comme rapport à la limite de ce cycle régressif de la demande.
1964/65 - Problèmes cruciaux pour la psychanalyse - 13/01.93 - la demande est définie comme le discours qui vient expressément s'inscrire au lieu de l'Autre - la demande progresse vers un point qui est celui que j'ai désigné la dernière fois comme le point d'identification.




DENEGATION



1932 - Thèse - 261-262 - [Lacan reprend l'analyse de Freud des différentes dénégations, dans la paranoïa, opposables à l'aveu libidinal inconscient : "Je l'aime, lui" (l'objet d'amour, homosexuel) - 1) Je ne l'aime pas, je le hais , qui devient après inversion projective : Il me hais (thème de persécution) - 2) Je ne l'aime pas, c'est elle que j'aime, qui devient : Elle m'aime (thème érotomaniaque) - 3) Je ne l'aime pas, c'est elle qui l'aime (thème de la jalousie) - 4) Je ne l'aime pas, je n'aime personne, je n'aime que moi (thème des grandeurs, paraphrénies)]
1951 - Quelques réflexions sur l'Ego - Ce que nous avons été capables d'observer dans cette voie privilégiée [du langage] par laquelle une personne s'exprime en tant qu'Ego : c'est précisément cela - Verneinung - le déni. / - lorsque quelqu'un dit "ce n'est pas ainsi" c'est parce que c'est ainsi ; et quand il dit "ce n'est pas cela que je veux dire", il dit vraiment. - la paranoïa [délire] ne peut être comprise qu'en de tels termes - les persécuteurs (...) identiques aux images du moi idéal - [sorte de dénégation, donc]
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - la Verneinung est la pointe la plus affirmée de ce que je pourrais appeler l'entredit , comme on dit l'entrevue. On pourrait aussi bien chercher un peu dans l'usage courant de l'éventail sentimental [et aussi "spirituel"], tout ce qui peut se dire en disant - Je ne dis pas - Ou simplement, comme on s'exprime dans Corneille - Non, je ne vous hais point.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 79 - Je crains qu'il ne vienne. - La particule négative ne vient au jour qu'à partir du moment où je parle vraiment, et non pas au moment où je suis parlé, si je suis au niveau de l'ics. - il est bon d'interpréter ainsi ce que dit Freud quand il dit qu'il n'y a pas de négation au niveau de l'ics. - ce petit ne (...) montre la discordance de l'énonciation à l'énoncé [car je crains qu'il vienne reviendrait, dans l'énoncé, à le faire surgir dans son existence, dans son existence de vœu qu'il vienne][?]


 

DESIR



1951 - Quelques réflexions sur l'Ego -L'objet du désir de l'homme est essentiellement un objet désiré par quelqu'un d'autre -
1953 - Les écrits techniques de Freud - 170 - l'homme, dans ses premières phases, n'arrive pas d'emblée (...) à un désir surmonté. Ce qu'il reconnaît et fixe dans cette image de l'autre, c'est un désir morcelé. - Ce que le sujet trouve dans l'autre, c'est d'abord une série de plans ambivalents, d'aliénations de son désir - d'un désir encore en morceaux.
1953 - Fonction et champ de la parole… - 203 - le moment où le désir s'humanise est aussi celui où l'enfant naît au langage. - il y élève son désir à une puissance seconde. Car son action détruit l'objet qu'elle fait apparaître et disparaître [être/langage] dans la provocation anticipante de son absence et de sa présence. Elle négative ainsi le champ de force du désir pour devenir à elle-même son propre objet. - 204 - Fort! Da! - Ainsi le symbole se manifeste d'abord comme meurtre de la chose, et cette mort constitue dans le sujet l'éternisation de son désir.
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - le sujet s'épuise à poursuivre le désir de l'autre, qu'il ne pourra jamais saisir comme son désir propre, parce que son désir propre est le désir de l'autre. C'est lui-même qu'il poursuit. - 247 - La relation intersubjective qui sous-tend le désir pervers ne se soutient que de l'anéantissement, ou bien du désir de l'autre, ou bien du désir du sujet. - cette relation dissout l'être du sujet. L'autre sujet se résout à n'être qu'un instrument du premier, qui reste donc le seul sujet comme tel, mais celui-ci même se réduit à n'être qu'une idole offerte au désir de l'autre. / Le désir pervers se supporte de l'idéal d'un objet inanimé. Mais il ne peut pas se contenter de la réalisation de cet idéal. Dès qu'il le réalise, au moment même où il le rejoint, il perd son objet. - soit le désir s'éteint, soit l'objet disparaît.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 196 - C'est l'image de son corps qui est le principe de toute unité qu'il [l'homme] perçoit dans les objets. Or, de cette image même, il ne perçoit l'unité qu'au-dehors [qu'au lieu de l'autre], et d'une façon anticipée. Du fait de cette relation double qu'il a avec lui-même, c'est toujours autour de l'ombre errante de son propre moi que se structureront tous les objets de son monde. - Le désir a un caractère radicalement déchiré. L'image même de l'homme y apporte une médiation, toujours imaginaire, toujours problématique - Si l'objet perçu au-dehors a sa propre unité, celle-ci met l'homme qui la voit en état de tension, parce qu'il se perçoit lui-même comme désir, et désir insatisfait. Inversement, quand il saisit son unité, c'est le monde au contraire qui pour lui se décompose, perd son sens - 199 - oscillation imaginaire - la seconde partie du rêve de l'injection d'Irma met en évidence ces composés fondamentaux du monde perceptif que constitue le rapport narcissique. - Le reflet du sujet (...) se retrouve toujours quelque part dans tout tableau perceptif - l'objet n'est jamais appréhendé qu'à travers la grille du rapport narcissique.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud - 209 - La connaissance humaine (...) est faite d'un certain rapport à cette structure que nous appelons l'ego [MOI] , autour de laquelle se centre la relation imaginaire. - [cet ego ] prend son départ et son point d'appui dans l'autre. C'est de cet ego que tous les objets sont regardés. / Mais c'est bien du sujet, d'un sujet primitivement désaccordé, fondamentalement morcelé par cet ego , que tous les objets sont désirés. - 210 - Le sujet ne peut pas désirer sans lui-même se dissoudre, et sans voir, de ce fait même, l'objet lui échapper, dans une série de déplacements infinis. -
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud - 260 - La libido permet de parler du désir en des termes qui comportent une objectivation relative. - la notion de libido est une forme d'unification du champ des effets psychanalytiques. [mais tout de même peut-être liée à l'introduction du narcissisme : 1915, quelque chose de plus précis] - son usage se situe dans la ligne traditionnelle de toute théorie comme telle, qui tend à aboutir à un monde. - [Or] Rien n'est plus éloigné de l'expérience freudienne. - 261 - Le monde freudien n'est pas un monde des choses, c'est un monde du désir en tant que tel. - Le désir est un rapport d'être à manque. Ce manque est manque d'être à proprement parler. Ce n'est pas manque de ceci ou de cela - La libido, mais non plus dans son usage théorique en tant que quantité, est le nom de ce qui anime le conflit foncier qui est au cœur de l'action humaine. - 263 - le désir sexuel n'a rien d'objectivé dans notre expérience. Ce n'est pas une abstraction, ni un x épuré, comme est devenue la notion de force en physique. - Mais ce à quoi nous avons à faire, c'est à un sujet qui est là, qui est vraiment désirant, et le désir dont il s'agit est préalable à toute espèce de conceptualisation - toute conceptualisation sort de lui. [cf. Freud : la théorie sort de la libido ; elle-même n'est pas théorique, au sens de totale]
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 518 - les énigmes que propose le désir à toute "philosophie naturelle", sa frénésie mimant le gouffre de l'infini (...) ne tiennent à nul autre dérèglement de l'instinct qu'à sa prise dans les rails, - éternellement tendus vers le désir d'autre chose -, de la métonymie. D'où sa fixation "perverse" au même point de suspension de la chaîne signifiante où le souvenir-écran s'immobilise, où l'image fascinante du fétiche se statufie.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 08/01/58 - Le désir arrive (...) comme signifié autre que ce qu'il était au départ, et voilà pourquoi (...) votre désir est toujours cocu. - c'est-à-dire qu'il croise la ligne signifiante, et qu'au niveau de ce croisement (...) il rencontre l'Autre. - vous-mêmes êtes trahi en ceci que votre désir a couché avec le signifiant. C'est essentiel. - 05.03/58 - Rappelons brièvement ceci, que le désir est installé essentiellement dans un rapport à la chaîne signifiante, que le désir se pose et se propose d'abord dans l'évolution du sujet humain comme demande, que la frustration dans Freud est "Versagung", cad refus, plus exactement encore, dédit.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 05/02/58 - il n'y a pas d'état originel ni pur du besoin, et que dès l'origine le besoin est motivé sur le plan du désir, cad de quelque chose qui chez l'homme est destiné à avoir un certain rapport avec le signifiant - quelque chose qui a essentiellement un rapport fondamental avec l'absence de cet objet - [le simple fait de la faim chez l'enfant, du besoin de la faim] c'est quelque chose quis e présente déjà avec un caractère d'excès si je puis dire, d'exorbitant, c'est justement ce qu'on a déjà défendu à l'enfant, le rêve de la petite Anna Freud : cerises, fraises, framboises, flan, tout ce qui est déjà entré dans une caractéristique proprement signifiante (...), qui consiste à se présenter sous le mode de festin de choses qui passent les limites justement de ce qui est l'objet naturel de la satisfaction du besoin.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 12/03/58 - [phallus] il y a un point, quelque chose qui doit marquer que mon désir doit être signifié, pour autant qu'il passe nécessairement par une demande que je signifie sur le plan symbolique. Il y a en d'autres termes, l'exigence d'un symbole général de cette marge qui me sépare toujours de mon désir, qui fait mon désir être toujours marqué de cette altération par l'entrée dans le signifiant. - le sujet dans son pouvoir de sujet doit tenir ce pouvoir d'un signe [car seul le signe est symbole du manque, du manque de la chose], et que ce signe il ne l'obtient qu'à se mutiler de quelque chose
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 12/03/58 - [le désir a pour fonction] de ramasser, de concentrer ce que nous avons dit comme une demande signifiée. - signifiée, au sens où je vous signifie quelque chose - le désir du sujet déjà est en tant que tel modelé par les conditions de la demande [le fait de devoir l'adresser à l'autre, lui signifier dans la demande, est une aliénation à son désir et aussi au signifiant] - 09/04/58 - au niveau de la reconnaissance, (...) ce qui est en jeu, ce n'est pas la lutte et le conflit [comme chez Hegel], mais (...) la demande - [cad la] parole de l'Autre qui modifie, aliène profondément la nature [du] désir. - [On distingue d'abord dans la demande] cet objet oral qui, dans la mesure où il est demandé sur le plan oral, est incorporé, [puis] cet objet anal qui devient [inversement] le support de cette dialectique du don anal primitif, lié essentiellement chez le sujet au fait qu'il satisfasse ou non la demande éducative, cad en fin de compte, qu'il accepte ou non de lâcher un objet symbolique. - [au stade dit génital, à travers l'Œdipe d'ailleurs, le désir se détache de la demande] le sujet à un moment a affaire à l'autre désir - Il reconnaît un désir au-delà de la demande - 23/04/58 - [Cf. pp. 227 ss et 297 ss commentaires du graphe p. 361, 297, etc.] - 21/05.58 - [le désir] est à la fois au-delà et en-deça [de la demande : cf. les deux lignes de la demande sur le graphe], selon la face ou l'aspect sous lequel nous envisageons la demande, à savoir en tant que demande par rapport à un besoin, ou que demande en tant que structurée en termes de signifiant [= demande d'amour : présence/absence] - 11/06/58 - [le désir] se produit dans la marge qui existe entre la demande de satisfaction du besoin et de la demande d'amour -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 26/03/58 - ce qu'il saisit [l'homme], ou ce dont il jouit, c'est d'autre chose que du rapport à l'objet, mais d'un rapport à son désir. - ce désir est [donc] déjà fondamentalement quelque chose de pervers - [perversion - jouissance]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 26/03/58 - N'oublions pas jusque là les signes, les incarnations religieuses par exemple où nous reconnaissons ce complexe de castration, la circoncision (...), ou encore telle ou telle forme d'inscription, de marque dans les rites de puberté, de tatouage - il y a un rapport étroit, intime entre le désir et la marque. - Nous retrouvons [là] cette confrontation du signifiant et du désir - [un désir] fondamentalement perverti, marqué. [perversion] - [Pervers en ceci que] Le rapport de l'homme au désir n'est pas un rapport pur et simple de désir, - il jouit de son désir - [cf. Jouissance, ici]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 09/04/58 - [le désir hystérique est un désir fondamentalement insatisfait] on peut dire que l'hystérique est suspendue à cette première étape, à ce clivage nécessaire (...) entre la demande et le désir. - [Cf. le rêve de la belle bouchère] - Cette malade très éprise de son mari, que demande-t-elle ? C'est l'amour, et les hystériques comme tout le monde, à ceci près que chez elles c'est plus encombrant - Que désire-t-elle ? Elle désire du caviar. - Et que veut-elle ? Elle veut qu'on ne lui donne pas de caviar. [comme son amie, à qui elle s'identifie, pour ne pas grossir et ainsi satisfaire son mari]. - elle veut qu'il ne lui donne pas de caviar pour qu'on puisse continuer à s'aimer à la folie, cad à se taquiner, se faire des misères à perte de vue. - Le désir dont le sujet fait état, c'est aussi [donc] le désir préféré [mais interdit] de l'autre, et même il ne lui reste que cela au moment où elle ne va pas pouvoir donner un dîner - En d'autres termes, c'est pour autant que le désir de l'autre est barré, qu'il [le sujet] va reconnaître son désir barré, son désir insatisfait à lui - l'hystérie dans le rapport de l'homme au signifiant, est une structure tout à fait primordiale - cad qu'il y a quelque chose toujours qui reste au-delà de ce qui peut se satisfaire [bien que l'hystérique refuse en même temps cette satisfaction]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 16/04/58 - [Le symptôme est le masque du désir.] La notion de masque, cad que ce désir sous cette forme ambiguë qui ne nous permet pas (...) d'orienter le sujet vers tel ou tel objet de la situation [dont il se satisferait], c'est cet intérêt du sujet dans la situation comme tel, cad dans la relation de désir [elle-même] - [inépuisable] lien du désir lui-même, en tant que le désir lui-même reste un point d'interrogation, un X, une énigme, avec le symptôme dont il se revêt, c'est-à-dire avec le masque - Le symptôme est donc quelque chose qui va dans la sens de la reconnaissance du désir - [mais] c'est une reconnaissance par personne (...) puisque personne [avant la cure] (...) ne peut la lire. - Et d'autre part, si c'est désir de reconnaissance, en tant que c'est désir de reconnaissance, c'est autre chose que le désir. D'ailleurs on nous le dit bien : ce désir est un désir refoulé. [REFOULEMENT] - le masque se constitue dans l'insatisfaction - il y aurait en somme autant de masques que de formes d'insatisfactions.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 16/04/58 - [C'est seulement dans le rêve que Freud nous parle de satisfaction du désir.] - Donc d'ores et déjà il apparaît dans l'expérience que le désir est lié à quelque chose qui est son apparence (...) son masque - ce caractère qui est inhérent au désir en tant que désir pervers [perversion], qui est d'être une sorte de désir au second degré de jouissance du désir en tant que désir [cad non pas satisfaction du désir, mais jouissance au désir]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 07/05/58 - en accédant à la place du désir, l'autre ne devient pas du tout comme on nous le dit, l'objet total, mais le problème est celui-ci : c'est qu'il devient totalement objet, en tant qu'instrument du désir. C'est bien ce qu'il devient, et il s'agit de maintenir comme compatible [cela avec la] (...) position de l'autre en tant qu'Autre, cad en tant que lieu de la parole, celui auquel s'adresse la demande, (...) celui dont l'irréductibilité radicale d'autre se manifeste en tant qu'il peut donner l'amour, cad quelque chose qui est d'autant plus totalement gratuit, qu'il n'y a aucun support de l'amour, que comme je vous l'ai dit : donner son amour, c'est (...) donner comme tel rien de ce qu'on a -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 07/05/58 - [sexualité] Il y a besoin d'un au-delà de la demande pour autant (...) que la demande par ses nécessités articulatoires [de langage], dévie, change, transpose le besoin. Il y a donc la possibilité d'un résidu. - c'est cela que nous appelons désir - nous devons retrouver quelque chose où l'autre perde sa prévalence, où (...) le besoin en tant qu'il part du sujet, reprend la première place. - il s'agit précisément de trouver (...) la marge de ce qui s'est perdu dans cette demande, et l'au-delà c'est précisément le caractère de condition absolue qui est dans le désir, ce qui se présente dans le désir comme tel, c'est ce quelque chose qui est emprunté bien entendu au besoin sexuel. Comment ferions-nous nos désirs, si ce n'est en empruntant la matière première à nos besoins ? Mais cela passe à un caractère non pas d'inconditionné [comme la demande], puisqu'il s'agit de quelque chose d'emprunté à un besoin particulier, mais d'une condition absolue, sans mesure avec aucune proportion du besoin à un objet quelconque, (...) elle abolit là la dimension de l'autre, (...) c'est une exigence où l'autre n'a pas à répondre oui ou non. - Le désir (...) c'est ce quelque chose d'arraché au terrain des besoins, qui prend forme de condition absolue par rapport à l'autre. C'est précisément la marge, le résultat de la soustraction si l'on peut dire, de l'exigence du besoin par rapport à la demande d'amour. - C'est en raison de cela que le désir sexuel va venir à cette place, justement dans la mesure où le désir sexuel se présente par rapport au sujet (...) essentiellement problématique , et sur deux plans - un besoin qui incontestablement le pousse à des extrêmités aberrantes, pour la raison qu'il ne correspond à aucun besoin immédiatement rationalisable, mais qui introduit dans l'individu, disons ce qu'on a appelé la dialectique de l'espèce. - D'autre part, au regard de la demande d'amour (...), dans toutes les langues, formuler sa demande est problématique - [car en matière sexuelle] se profile ceci : c'est que l'autre entre en jeu (...) sous la forme de l'instrument du désir. - il n'y a pas de mot pour exprimer (...) le désir, pour exprimer le désir, comme la sagesse populaire le sait dort bien, il n'y a que du baratin. La question du signifiant du désir se pose donc comme telle, et c'est pour cela que ce qui l'exprime n'est pas un signifiant comme les autres, c'est [côté besoin] quelque chose qui en effet est emprunté à une forme prévalente de la poussée du flux vital (...), mais qui n'en est pas moins pris dans cette dialectique au titre de signifiant - [et côté demande] la mortification ambiguë se présente très précisément sous la forme du VOILE. [particulièrement chez l'hystérique qui suspend si opiniâtrement son désir à la demande] - J'ai fait allusion à ce voile qui recouvre très régulièrement [même chez les primitifs] chez l'homme le phallus. C'est exactement la même chose qui recouvre à peu près normalement la totalité de l'être de la femme, pour autant que ce qu'il s'agit justement qui soit derrière, ce qui est voilé, c'est le signifiant du phallus. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 14/05/58 - c'est d'abord au niveau de l'autre [de la demande] que se pose (...) le centre de gravité du mouvement constitutif de l'hystérique. - [inversement c'est] la recherche, la visée du désir comme tel, de l'au-delà de la demande qui est constitutive de l'obsessionnel. - [C'est] quelque chose qui justement parce que ça doit se situer dans cet au-delà (...) nie l'élément d'altérité qui est inclus dans la demande d'amour. - dans le désir comme tel à l'état pur, l'autre est nié [car le caractère de condition absolue du désir est] transféré au besoin comme tel. - [d'où les phénomènes d'"idées fixes", avec précisément leur caractère de condition abolue, ici ramenée au niveau du besoin] - le besoin passé à l'état de condition absolue - [la place de l'obsessionnel] ce n'est pas une voie d'accès au désir du sujet, [par] le désir de l'autre, c'est la place tout court du désir - [au point que, par rapport à un éventuel objet, on peut parler d'] une véritable baisse de tension libidinale, au moment où il s'en approche, et au point qu'au moment où il le tient cet objet de son désir, pour lui plus rien n'en existe. - 18/06/58 - son propre désir pour lui, baisse, clignote, vacille et s'évanouit à mesure qu'il s'en approche, portant ici la marque de ceci : que le désir a d'abord été abordé comme quelque chose qui se détruit parce que d'abord la réaction de désir de l'autre, s'est présenté à lui comme quelque chose qui était son rival [cad son image] - l'obsessionnel s'emploie à détruire le désir de l'autre. - ce qui doit être maintenu pour l'obsessionnel c'est la distance à son désir, et non pas la distance à l'objet. - il doit se tenir à une certaine distance de son désir pour que ce désir subsiste. - 25/06/58 - Annuler le désir de l'autre, ce n'est pas la même chose que d'avoir par carence, déficience de l'acte métaphorique (...) été dans l'incapacité de saisir le désir de l'autre [psychose]. - Le rapport primitif du sujet obsessionnel à son désir (...) est dénégation du désir de l'autre. - [naturellement] pour pouvoir parler d'annulation de quoi que ce soit au niveau du sujet, il faut qu'il s'agisse de signifiant -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 11/06/58 - nous avons [au désir] son répondant, son support, le point où il se fixe sur son objet qui est bien loin d'être un objet en quelque sorte naturel, [mais] est un objet toujours constitué par une certaine position prise du sujet par rapport à l'autre. - relation fantasmatique [fantasme] dans son essence. - Il s'agit toujours de pulsions -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 25/06/58 - ce désir du sujet rencontré comme l'au-delà de la demande, est ce qui le fait opaque à notre demande, et ce qui aussi installe son propre discours comme quelque chose qui est absolument nécessaire à notre structure, mais qui nous est par certains côtés impénétrable, qui en fait un discours inconscient [1° car au-delà de la demande (consciente), 2° car c'est le désir de l'autre] -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 14/05/58 - [Graphe p.297, avec : le grand A du grand Autre] où se trouve le code et qui accueille la demande [c'est dans le passage du A au point où est le message que se produit le signifié de l'Autre (les insignes de l'idéal du moi] - [pour que le sujet tienne debout il lui faut 4 points d'appui, un redoublement de la ligne m-i(a) par la ligne d-S?a, et aussi une deuxième chaîne signifiante qui corresponde à cet au-delà de la demande qu'est le désir.] - [S?D = ] la possibilité qu'ici il y ait un rapport du sujet à la demande comme telle - un sujet humain complet n'est jamais un pur et simple sujet, comme toute la philosophie le construit sujet de la connaissance - il y a toujours une "spaltung", cad qu'il y a toujours eux lignes où il se constitue - [En face de la précédente formule, S(A):] Ici, qu'est-ce qui doit se constituer ? C'est précisément ce que j'ai appelé non plus le signifié de A [sA], mais le signifiant de A (...), en tant que cette "spaltung" il l'a connaît [l'autre] - c'est le A donc si vous voulez en tant que le phallus y est barré [ou y est la barre ? Le phallus est-il intérieur/extérieur au signifiant?] - C'est le Autre en tant que châtré, qui ici se représente à la place du message, le message du désir, c'est cela.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 12/11/58 - Le désir, dès son apparition (...) se manifeste dans cet intervalle, cette béance qui sépare l'articulation pure et simple, langagière de la parole, de ceci (...) [que l'on appelle] son être. - l'inconscient [est] cad ce quelque chose qui met toujours le sujet à une certaine distance de son être, et qui fait que précisément cet être ne le rejoint jamais, et que c'est pour cela qu'il est nécessaire qu'il ne peut faire autrement que d'atteindre son être dans cette métonymie de l'être dans le sujet qu'est le désir. Et pourquoi ? Parce qu'au niveau où le sujet est engagé, entré lui-même dans la parole et par là dans la relation à l'autre comme tel, comme lieu de la parole, il y a un signifiant qui manque toujours. Pourquoi ? Parce que c'est un signifiant, et ce signifiant est spécialement délégué au rapport du sujet avec le signifiant. Ce signifiant a un nom, c'est le PHALLUS. Le désir est est la métonymie de l'être dans le sujet ; le phallus est la métonymie du sujet dans l'être. - Le phallus, pour autant qu'il est élément signifiant soustrait à la chaîne de la parole -
1958 - La signification du phallus - 691 - La demande en soi porte sur autre chose que sur les satisfactions qu'elle appelle. Elle est demande d'une présence ou d'une absence. Ce que la relation primordiale à la mère manifeste, d'être grosse de cet Autre à situer en deça des besoins qu'elle peut combler. Elle le constitue déjà comme ayant le "privilège" de satisfaire les besoins, cad le pouvoir de les priver de cela seul par quoi ils sont satisfaits. Ce privilège de l'Autre dessine ainsi la forme radicale du don de ce qu'on n'a pas, soit ce qu'on appelle son amour. / C'est par là que la demande annule la particularité de tout ce qui peut être accordé en le transmuant en preuve d'amour, et les satisfactions même qu'elle obtient pour le besoin se ravalent à n'être plus que l'écrasement de la demande d'amour - Il y a donc une nécessité à ce que la particularité ainsi abolie reparaisse au-delà de la demande. Elle y reparaît en effet, mais conservant le structure que recèle l'inconditionné de la demande d'amour. Par un renversement qui n'est pas simple négation de la négation, la puissance de la pure perte surgit du résidu d'une oblitération. A l'inconditionné de la demande, le désir substitue la condition "absolue" : cette condition dénoue en effet ce que la preuve d'amour a de rebelle à la satisfaction d'un besoin. C'est ainsi que le désir n'est ni l'appétit de la satisfaction, ni la demande d'amour, mais la différence qui résulte de la soustraction du premier à la seconde, le phénomène même de leur refente.
1958 - La direction de la cure... - 623 - dans le rêve ne l'intéresse [Freud] que son élaboration. - ce que nous traduisons par sa structure de langage. - [Donc si] l'élaboration du rêve est nourrie par le désir - le désir (...) ne se saisit que dans l'interprétation.
1958 - La direction de la cure... - 629 - Il est moins passion pure du signifié que pure action du signifiant -
1958 - La direction de la cure... - 627 - Le désir est ce qui se manifeste dans l'intervalle que creuse la demande en deçà d'elle-même, pour autant que le sujet en articulant la chaîne signifiante, amène au jour le manque à être avec l'appel d'en recevoir le complément de l'Autre, si l'Autre, lieu de la parole, est aussi le lieu de ce manque. - ce qui est ainsi donné à l'Autre de combler et qui est proprement ce qu'il n'a pas, puisqu'à lui aussi l'être manque, est ce qui s'appelle l'amour, mais c'est aussi la haine et l'ignorance. - 628 - C'est l'enfant que l'on nourrit avec le plus d'amour qui refuse la nourriture et joue de son refus comme d'un désir (anorexie mentale). - En fin de compte, l'enfant en refusant de satisfaire à la demande de la mère, n'exige-t-il pas que la mère ait un désir en dehors de lui, parce que c'est là la voie qui lui manque vers le désir ?
1958 - La signification du phallus - 692 - Le phallus est le signifiant privilégié de cette marque où la part du logos [demande?] se conjoint à l'avènement du désir. / On peut dire que ce signifiant est choisi comme le plus saillant de ce qu'on peut attraper dans le réel de la copulation sexuelle, comme aussi le plus symbolique au sens littéral (typographique) de ce terme, puisqu'il équivaut à la copule (logique). On peut dire aussi qu'il est par sa turgidité l'image du flux vital en tant qu'il passe dans la génération. - 693 - Que le phallus soit un signifiant, impose que ce soit à la place de l'Autre que le sujet y ait accès. Mais ce signifiant n'y étant que voilé et comme raison du désir de l'Autre, c'est ce désir de l'Autre comme tel qu'il est imposé au sujet de reconnaître, cad l'autre en tant qu'il est lui-même sujet divisé de la Spaltung signifiante.
1958 - La direction de la cure... - 622 - [Pour la belle bouchère] le saumon fumé, objet du désir de son amie, est tout ce qu'elle a à offrir, Freud en posant que le saumon fumé est ici substitué au caviar qu'il tient d'ailleurs pour le signifiant du désir de la patiente, nous propose le rêve comme métaphore du désir. - le désir d'avoir un désir insatisfait [en l'occurrence] - [Mais ce désir] s'il est signifié [métaphoriquement] comme insatisfait, l'est par le signifiant : caviar, en tant que le signifiant le symbolise comme inaccessible, mais que, dès lors qu'il se glisse comme désir dans le caviar, le désir du caviar est sa métonymie : rendue nécessaire par le manque à être où il se tient. / La métonymie est (...) cet effet rendu possible de ce qu'il n'est nulle signification qui ne renvoie à une autre signification, et où se produit leur plus commun dénominateur, à savoir le peu de sens (communément confondu avec l'insignifiant), (...) qui s'avère au fondement du désir, et lui confère l'accent de perversion qu'il est tentant de dénoncer dans l'hystérie présente. / Le vrai de cette apparence est que le désir est la métonymie du manque à être.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 12/11/58 - si en effet le désir semble entraîner avec soi un certain quantum d'amour, c'est justement et très précisément, et très souvent d'un amour qui se présente (...) comme conflictuel -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 19/11/58 - "vous êtes belle", autour de quoi se fixent, se condensent toutes ces images énigmatiques dont le flot s'appelle pour moi mon désir, à savoir : je vous désire parce que vous êtes l'objet de mon désir, autrement dit vous êtes le commun dénominateur de mes désirs. - Dire à quelqu'un : je vous désire, c'est très précisément lui dire, mais cela ce n'est pas l'expérience qui le donne toujours, sauf pour les braves et instructifs petits pervers, petits et grands, c'est dire : je vous implique dans mon fantasme fondamental. -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 17/12/58 - Ce à quoi le désir a à s'affronter, c'est à cette crainte qu'il ne se maintienne pas - le sujet redoute [parfois] la satisfaction de son désir comme le faisant dépendre désormais justement de celui ou de celle qui va le satisfaire, à savoir de l'autre. [d'où l'impuissance] - C'est qu'il faut que le désir subsiste dans cette occasion, dans une certaine rétention de l'objet comme nous disons, en faisant intervenir la métaphore anale. Mais c'est pour autant que cet objet retenu n'est lui-même l'objet d'aucune autre jouissance, que cette rétention sert de support du désir - il est tout à fait concevable [en effet] humainement d'avoir un bien dont on ne jouisse pas, et que ça soit un autre qui en jouisse. - [ici l'objet sert de gage du désir, pour ne pas dire d'otage]
1958/59 - Le désir et son interprétation - 07/01/59 - [chez l'homme] le désir se trouve au delà de la relation amoureuse de la part de L'HOMME. J'entends pour autant que la femme symbolise le phallus, que l'homme y retrouve le complément de son être - ce que la FEMME trouve dans l'homme, c'est le phallus réel, et donc son désir y trouve toujours sa satisfaction. Mais justement c'est dans la mesure où la satisfaction se produit sur le plan réel que ce que la femme effectivement aime, et non pas désire, c'est (…) l'homme en tant qu'il est privé de phallus, en tant précisément que de par sa nature d'être achevé, d'être parlant, il est châtré.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 20/05/59 - ("Wo Es war, soll Ich werden") qu'est-ce qui nous désigne la place de ce je qui doit advenir au jour ? - très exactement ce dont il s'agit, du désir - 03/06/59 - il n'y a rien qui constitue plus le dernier terme de la présence du sujet (...) que le désir. - nous dirons qu'au niveau du désir le sujet se compte. Il se compte (...) sur la langue - il y a quand même un moment où il faut payer comptant. Si les gens viennent nous trouver, c'est en général pour cela, c'est parce que ça ne marche pas au moment de payer comptant, de quoi qu'il s'agisse, du désir sexuel, ou de l'action au sens plein et au sens le plus simple
1958/59 - Le désir et son interprétation - 03/06/59 - la comédie est un très curieux attrape-désir - le désir, dans la comédie, est démasqué, mais non réfuté. - [Alors que] la tragédie finit avec le nom et avec la totale identification du héros. Hamlet est Hamlet, il est tel nom. C'est même parce que son père était déjà Hamlet qu'en fin de compte tout se résout là, à savoir qu'Hamlet est définitivement aboli dans son désir.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 10/06/59 - Le désir, de toutes les demandes, se distingue en ceci qu'il est une demande soumise à la loi.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 17/06/59 - au-delà de toutes les sublimations de l'amour, le désir a un rapport à l'être même sous sa forme la plus limitée, la plus bornée, la plus fétichiste [cad se rapporte à un objet dans le fantasme] et, pour tout dire, la plus stupide. - si un homme désire une autre femme, elle [sa femme, la légitime] sait que même si ce que l'homme aime c'est son soulier, ou le bas de sa robe ou la peinture qu'elle a sur le visage, c'est néanmoins de ce côté-là que l'hommage à l'être se produit. -01/07/59 - le désir n'a pas d'autre objet que le signifiant de sa RECONNAISSANCE. Le caractère de l'objet en tant qu'il est l'objet du désir, nous devons donc aller le chercher là où l'expérience humaine nous le désigne (...) le fétiche.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 01/07/59 - [analyse] Nous nourrissons le désir du sujet pour un autre que nous, nous nous trouvons dans cette situation paradoxale d'être les entremetteurs, les accoucheurs [cf. Socrate!], ceux qui président à l'avènement du désir.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 279 - le beau a pour effet de suspendre, d'abaisser, de désarmer, dirai-je, le désir. La manifestation du beau intimide, interdit le désir.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 364 - un jugement éthique est possible - Avez-vous agi conformément au désir qui vous habite ? - 363 - [Au contraire] La morale du pouvoir, du service des biens, c'est - Pour les désirs, vous repasserez. Qu'ils attendent. - 368 - Je propose que la seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c'est d'avoir cédé sur son désir. - 370 - Ce que j'appelle céder sur son désir s'accompagne toujours dans la destinée du sujet (...) de quelque trahison. Ou le sujet trahit sa voie, se trahit lui-même, et c'est sensible pour lui-même. Ou plus simplement il tolère que quelqu'un avec qui il s'est plus ou moins voué à quelque chose ait trahit son attente, n'ait pas fait à son endroit ce que comportait le pacte - Quelque chose se joue autour de la trahison, quand on la tolère, quand, poussé par l'idée du bien (...) on cède au point de rabattre ses propres prétentions
1960 - Subversion du sujet et dialectique du désir - 814 - le désir de l'homme est le désir de l'Autre, où le de donne la détermination dite par les grammairiens subjective, à savoir que c'est en tant qu'Autre qu'il désire - là se voit que la nescience où reste l'homme de son désir est moins nescience de ce qu'il demande, qui peut après tout se cerner, que nescience d'où il désire.
1960/61 - Le Transfert - 14 - au mieux, l'acte ne présente au désir que son exploit, sa geste héroïque
1960-61 - Le Transfert - 46 - Il y a deux choses dans mon discours passé que j'ai notées concernant l'amour, et je vous les rappelle. La première est que l'amour est un sentiment comique [le tragique renverrai à une conception de l'amour divin, plato et néoplatonicien]. - La seconde (...) c'est que l'amour, c'est de donner ce qu'on a pas. [exit la complémentarité] - l'amour grec nous permet de dégager dans la relation de l'amour les deux partenaires au neutre. Il s'agit de ce quelque chose de pur qui s'exprime naturellement au genre masculin - saisir le moment de bascule, de retournement où de la conjonction du désir avec son objet en tant qu'inadéquat, doit surgir cette signification qui s'appelle l'amour - [l'amour surgit comme signification parce qu'il est transfert de a à z, cad comme métaphore, simple 'transport' ou substitut de ce qu'il en est réellement du désir et qui ne peut qu'échouer à son objet] -
1960/61 - Le Transfert - 229 - Du seul fait qu'il y a transfert, nous sommes impliqués dans la position d'être celui qui contient l'agalma - C'est un effet légitime du transfert. Il n'est pas besoin de faire intervenir pour autant le contre-transfert, comme s'il s'agissait de quelque chose qui serait la part propre, et bien plus encore, la part fautive de l'analyste. Seulement, pour le reconnaître, il faut que l'analyste sache certaines choses. Il faut qu'il sache en particulier que le critère de sa position correcte n'est pas qu'il comprenne ou qu'il ne comprenne pas. Il n'est pas absolument essentiel qu'il comprenne. [Ce n'est pas quand il ne comprend pas, c'est quand l'analyste cherche à comprendre que se produit le contre-transfert.] - 230 - C'est seulement en tant, certes, qu'il sait ce que c'est que le désir, mais qu'il ne sait pas ce que ce sujet, avec lequel il est embarqué dans l'aventure analytique, désire, - qu'il est en position d'en avoir en lui, de ce désir, l'objet. - [Et lorsque l'analysant comprend que l'analyste "ne sait pas vraiment, alors il le désire en fin comme désirant, cad qu'enfin il désire le désir.]
1960-61 - Le Transfert - 79 - après toutes les belles choses qu'Agathon à son tour aura dites de l'amour - D'un seul trait, Socrate sape tout cela à la base, en ramenant les choses à leur racine, qui est ceci - Amour ? Amour de quoi ? De l'amour nous passons ainsi au désir, et la caractéristique du désir, (...) en tant qu'Eros désire, c'est que ce dont il s'agit, c'est-à-dire ce qu'il est censé porter avec lui, le beau lui-même, il en manque. - il est identique par lui-même au manque. - 141 - Oui ou non l'amour est-il amour de quelque chose ou de rien ? - Il ne s'agit pas de savoir de quoi l'amour descend, de qui, de quel dieu - Non, il s'agit de savoir, sur le plan de l'interrogation du signifiant, de quoi, comme signifiant, l'amour est le corrélatif. - 142 - [ex.] quand on parle d'un père, on parle obligatoirement d'un fils. - Nous sommes là sur le terrain propre de la dialectique socratique, qui consiste à interroger le signifiant sur la cohérence du signifiant. Là, Socrate est fort. - S'il passe la parole à Diotime, pourquoi ne serait-ce pas parce que, concernant l'amour, les choses ne sauraient aller plus loin avec la méthode proprement socratique ? -
1960/61 - Le Transfert - 152 - [Diotime] introduit la thématique de l'amour et du beau. 153 - Le beau est le mode d'une sorte d'accouchement (...) de la pénible menée de tout ce qui est mortel vers ce à quoi il aspire, c'est-à-dire l'immortalité. - 154 - S'il y a deux désirs chez l'homme, qui le captent, d'une part dans le rapport à l'éternité, et d'autre part, dans le rapport de génération, avec la corruption et la destruction qu'il comporte, c'est le désir de mort en tant qu'inapprochable, que le beau est destiné à voiler. - Le désir de beau, désir en tant qu'il s'attache à ce mirage, qu'il y est pris, est ce qui répond à la présence cachée du désir de mort. Le désir du beau, c'est ce qui, inversant cette fonction, fait le sujet choisir sa trace, les appels, de ce que lui offre l'objet, ou certains entre les objets.
1960/61 - Le Transfert - 238 - toute demande, du fait qu'elle est parole, tend à se structurer en ceci, qu'elle appelle de l'autre sa réponse inversée. - C'est de cela qu'il s'agit chaque fois qu'il éclate le moindre conflit dans ce rapport entre l'enfant et la mère - Qu'y a-t-il qui réponde mieux, en apparence, à la demande d'être nourri que celle de se laisser nourrir ? Nous savons pourtant que c'est dans le mode même de confrontation des deux demandes que gît cet infime gap , cette béance, cette déchirure, où s'insinue d'une façon normale la discordance, l'échec préformé de la rencontre. - il se manifeste que cette demande, un désir la déborde - qu'elle ne saurait être satisfaite sans que ce désir s'y éteigne - que c'est pour que ce désir qui déborde la demande ne s'éteigne pas, que le sujet qui a faim, de ce qu'à sa demande d'être nourri répond la demande de se laisser nourrir, et refuse en quelque sorte de disparaître comme désir du fait d'être satisfait comme demande - que l'extinction ou l'écrasement de la demande dans la satisfaction ne saurait se produire sans tuer le désir. - 239 - Ce désir, qu'est-ce que c'est ? - La demande orale [oralité] a un autre sens que la satisfaction de la faim. Elle est demande sexuelle - cannibalisme, et le cannibalisme a un sens sexuel. - ce n'est pas seulement du pain du bon vouloir de l'Autre que le sujet primitif a à se nourrir, mais bel et bien du corps de celui qui le nourrit. - 240 - du seul fait que la tendance de la bouche qui a faim s'exprime par cette même bouche en une chaîne signifiante, entre en elle cette possibilité de désigner la nourriture, qui est le désir. Quelle nourriture ? La première chose qui en résulte, c'est qu'elle peut dire, cette bouche - Pas celle-là. La négation, l'écart, le j'aime ça et pas autre chose du désir -
1960/61 - Le Transfert - 234 - C'est dans la mesure où nous croyons pouvoir répondre à sa demande, que nous sommes dans le sentiment de comprendre [un sujet] - 246 - ce qu'il y a de plus important à comprendre dans la demande de l'analysé, c'est ce qui est au-delà de cette demande. C'est la marge de l'incompréhension qui est celle du désir. -
1960/61 - Le Transfert - 312 - il y a cette supposition [inconscient] - que le désir ne se présente pas à visage découvert [comme dans la philosophie] - les désirs sont partout, et au cœur même de nos efforts pour nous en rendre maîtres. Bien loin de là, même à les combattre, nous ne faisons guère plus que d'y satisfaire. Je dis y et non les , car dire les satisfaire serait encore trop, ce serait les tenir pour saisissable - Y satisfaire se dit ici comme on dit, dans le sens opposé, y couper , ou n'y pas couper - à mesure même d'un dessein fondamental, justement, d'y couper. - 313 - l'accent y est mis sur une extension (...) de la méconnaissance fondamentale
1960/61 - Le Transfert - 424 - Dans (...) la détresse, le sujet est purement et simplement chaviré, débordé par une situation éruptive à laquelle il ne peut faire face d'aucune façon. Entre cela et prendre la fuite (...) il y a une autre solution, et c'est ce que Freud nous pointe en soulignant dans l'angoisse son caractère d'Erwartung . - Quand nous en sommes là, l'angoisse est le dernier mode, mode radical, sous lequel le sujet continue de soutenir, même si c'est d'une façon insoutenable, le rapport au désir. - 425 - [Alors que dans l'hystérie et l'obsession il faut en passer par la métaphore de l'autre] au point où le sujet se voit comme castré, confronté au grand Autre [ainsi M.K. pour Dora, dans la phobie la place de l'objet visée par l'angoisse est plus nette, si l'on peut dire, puisque remplie par Grand Phi. Tout ce qui peut métaphoriser le grand Autre, d'une manière générale, peut aussi communiquer l'angoisse:] - 426 - L'angoisse à laquelle votre névrosé a affaire, l'angoisse comme énergie, est une angoisse qu'il a la grande habitude d'aller chercher à la louche, à droite ou à gauche, chez tel ou tel des grand A auxquels il a affaire. - 428 - le désir présente en lui-même un caractère dangereux, menaçant - [d'où] la petite levée d'angoisse qui se produit chaque fois qu'il s'agit véritablement du désir du sujet.
1960/61 - Le transfert - 344 - Le père est venu au début de la pensée analytique sous une forme dont la comédie est bien faite pour nous faire ressortir tous les traits scandaleux - sa consubstantialité avec la mise en valeur, la mise en œuvre, de la dimension du désir. - 345 - l'objet de son manque, au désir - puisque le désir est manque -, est (...) identique à l'instrument même du désir, le phallus. - cad cet instrument en tant qu'il est porté à la fonction du signifiant. - Quelle est-elle, cette place [symbolique] ? Eh bien, elle est justement la place du point mort occupé par le père en tant que déjà mort. Je veux dire que, du seul fait que le père est celui qui articule la loi, la voix ne peut que défaillir derrière. Aussi bien, ou bien il fait défaut comme présence, ou bien, comme présence, il n'est que trop là. - 346 - L'explosion au bout de quoi se réalise la configuration du désir se décompose en trois temps, et vous pouvez le voir marqué dans les générations. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas besoin, pour situer la configuration du désir chez un sujet, de remonter dans une récurrence à perpète jusqu'au père Adam. Trois générations suffisent.
1960/61 - Le transfert - 453 - Tout cela, en effet, serait fort joli s'il était si simple de penser le désir à partir du sujet, et que nous devions retrouver au niveau du désir le mythe qui s'est développé au niveau de la connaissance, pour en faire une sorte de vaste toile jetée sur le monde, tout entière tirée du ventre de l'araignée-sujet. Ne serait-il pas plus simple que le sujet dise Je désire ? Mais le dire n'est pas si simple. C'est beaucoup moins simple, vous le savez de votre expérience, que de dire j'aime , océaniquement -
1961/62 - L'identification - 09/05/62 - le sujet, en tant qu'il se constitue comme dépendance du signifiant, comme au-delà de la demande, c'est le désir.
1962/63 - L'angoisse - 03/07/63 - le père, dans la manifestation de son désir sait, lui, à quel (a) ce désir se réfère. Le père n'est pas causa sui selon le mythe religieux mais sujet qui a été assez loin dans la réalisation de son désir, pour le réintégrer à sa cause quelle qu'elle soit, à ce qu'il y a d'irréductible dans cette fonction du (a). - il n'est aucun sujet humain qui n'ait à se poser comme un objet et un objet fini auquel sont appendus des désirs finis.
1961/62 - L'identification - 21/02/62 - ce que cherche le désir c'est moins dans l'autre le désirable que le désirant, c'est-à-dire ce qui lui manque - Je désire l'autre comme désirant, et quand je dis comme désirant, je n'ai même pas dit, je n'ai pas expressément dit comme "me" désirant : car c'est moi qui désire, et désirant le désir, ce désir ne saurait être désir de moi que si je me trouve à ce tournant-là où je suis bien sûr, c'est-à-dire si je m'aime dans l'autre, autrement dit si c'est moi que j'aime.
1961/62 - L'identification - 14/03.62 - l'objet lui-même comme tel, en tant qu'objet du désir, est l'effet de l'impossibilité de l'Autre de répondre à la demande - quelque soit son désir [du sujet], l'Autre ne saurait y suffire
1961/62 - L'identification - 14/03/62 - le petit enfant en proie à la passion jalouse devant son frère qui pour lui, en image, fait surgir la possession de cet objet, le sein nommément qui jusqu'alors n'a été que l'objet sous-jacent élidé (...) l'objet métonymique de chacun de ses recours ; le voici soudain pour lui produit dans l'éclairage aux effets pour nous signalés par sa pâleur mortelle, l'éclairage de ce quelque chose de nouveau qui est le désir : le désir de l'objet comme tel en tant qu'il retentit jusqu'au fondement même du sujet (...) comme révélant son manque fondamental, et ceci sous la forme de l'Autre comme mettant au jour, à la fois la métonymie et la perte qu'elle conditionne. - dimension de perte essentielle à la métonymie, perte de la chose dans l'objet (...) [comme aussi] perte de quelque chose d'essentiel dans l'image, dans cette métonymie qui s'appelle le moi - Là est la révélation imaginaire, et c'est le sens et la fonction de la frustration (...) comme la seconde source de l'expérience [la première étant la privation]. -
1961/62 - L'identification - 09/05/62 - le désir, c'est ce qui supporte le mouvement, sans doute circulaire, de la demande toujours répétée, mais dont un certain nombre de répétitions peuvent être conçues - c'est là l'usage de la topologie du tore - comme achevant quelque chose. Le mouvement de bobine de la répétition de la demande se boucle quelque part même virtuellement, définissant une autre boucle qui s'achève par cette répétition même et qui désigne quoi ? L'objet du désir. - c'est que cet objet ne reste pas objet du besoin - C'est justement parce que l'objet devient reconnaissable comme signifiant d'une demande latente qu'il prend valeur d'un désir qui est d'un autre registre.
1962/63 - L'angoisse - 21/11/61 - je t'identifie, toi à qui je parle, toi-même, à l'objet qui te manque à toi-même, c'est-à-dire que par ce circuit où je suis obligé pour atteindre l'objet de mon désir, j'accomplis justement pour lui [toi] ce qu'il cherche. - 13/03/63 - seul l'amour permet à la JOUISSANCE de condescendre au désir - l'amour est la sublimation du désir -
1962/63 - L'angoisse - 27/02/63 - Le désir de l'Autre ne me reconnaît pas, comme le croit Hegel, ce qui rend la question bien facile. Car s'il me reconnaît, comme il ne me reconnaîtra jamais suffisamment, je n'ai qu'à user de la violence. - Il me met en cause, m'interroge à la racine même de mon désir à moi comme "a", comme cause de ce désir - C'est cette dimension temporelle qui est l'angoisse, et c'est cette dimension temporelle qui est celle de l'analyse. C'est parce que le désir de l'analyste suscite en moi cette dimension de l'attente - Seulement pour cela, il faut savoir ce que c'est que le désir et voir sa fonction, non pas seulement sur le plan de la lutte, mais là où Hegel (...) n'a pas voulu aller le chercher, sur le plan de l'amour. - le désir ne concerne pas l'objet aimé.
1962/63 - L'angoisse - 21/11/61 - [Chez Hegel] j'ai à faire (...) à l'Autre comme conscience. - Pour Lacan (...) l'Autre est là comme inconscience constituée comme telle, et il n'intéresse mon désir que dans la mesure de ce qui lui manque et qu'il ne sait pas. - Le désir de désir, au sens hégélien (...) est désir d'un désirant. Ce désirant qui est l'Autre, pourquoi en a-t-il besoin ? - il en a besoin pour que l'Autre le reconnaisse. - L'Autre comme tel va instituer quelque chose "a" [l'objet de son désir] (...) en exigeant d'être reconnu par lui. [Or] Là où je suis reconnu comme objet puisque cet objet dans son essence est une conscience, il n'y a plus d'autre médiation que celle de la violence. - il faut donc à tout prix qu'on en tranche entre nos deux consciences. [formule : d(a) : d(A) < a] - le désir de désir au sens lacanien ou analytique, est le désir de l'Autre d'une façon beaucoup plus principiellement ouverte à une sorte de médiation. - [formule : d(a) < i(a) : d(A barré)]. - je dis donc que ce désir est désir en tant que son image support est l'équivalent (...) du désir de l'Autre - [contrairement à Hegel] à cause de l'existence de l'inconscient, nous pouvons être cet objet affecté du désir. - C'est même en tant que marqués ainsi de finitude que nous, sujets de l'ics, notre manque peut-être désir, désir fini - La dimension, je dirais classique, moraliste (...) de l'infinitude du désir est, dans cette perspective, tout à fait à réduire. - Il y a un reste - Ce reste, cet autre dernier, cet irrationnel, cette preuve et seule garantie en fin de compte de l'altérité de l'Autre, c'est le "a".
1962/63 - L'angoisse - 15/05/63 - Le désir reste illusoire. Pourquoi ? Parce qu'il s'adresse toujours ailleurs, à un reste. A un reste constitué par la relation du sujet à l'autre qui vient s'y substituer. Mais ceci laisse ouvert le lieu où peut être trouvé ce que nous désignons du nom de certitude [= angoisse]. Nul phallus à demeure, nul phallus tout puissant n'est de nature à clore la dialectique du rapport du sujet à l'autre et au réel par quoi que ce soit qui soit d'un ordre apaisant.
1962/63 - L'angoisse - 15/05/63 - Freud nous dit : "l'anatomie, c'est le destin". - [dans son sens strict :] ana-tomie, la fonction de la coupure - le destin, c'est-à-dire le rapport de l'homme à cette fonction qui s'appelle le désir.
1962/63 - L'angoisse - 12/06/63 - [Par rapport à la cause impliquée dans la question du symptôme] le symptôme n'est pas l'effet. Il en est le résultat. L'effet c'est le désir, mais c'est un effet unique et tout à fait étrange - c'est que l'effet primordial de cette cause, (a) (...) c'est un effet qui n'a rien d'effectué. Le désir (...) se situe en effet essentiellement comme un manque d'effet. La cause, ainsi, se constitue, comme supposant des effets, de ce fait que primordialement l'effet y fait défaut. - Le hiatus entre la cause et l'effet, à mesure qu'il est comblé, c'est bien cela qui s'appelle (...) le progrès de la science, fait s'évanouir la fonction de la cause - l'explication de quoi que ce soit aboutit à mesure qu'elle s'achève à n'y laisser que des connexions signifiantes, à volatiliser ce qui l'animait (...) cad la béance effective - 19/06/63 - [ex.] L'excrément ne joue pas le rôle d'effet de ce que nous situons comme désir anal , il en est la cause.
1962/63 - L'angoisse - 26/06/63 - [l'acte] une manifestation signifiante où s'inscrit, ce qu'on pourrait appeler l'état du désir
1962/63 - L'angoisse - 03/07/63 - je suis à jamais l'objet cessible (...) et cet objet est le principe qui me fait désirer, qui me fait le désirant d'un manque, qui n'est pas un manque du sujet, mais un défaut fait à la jouissance qui se situe au niveau de l'autre. C'est en cela que toute fonction du (a) ne se réfère qu'à cette béance centrale qui sépare, au niveau sexuel, le désir du lieu de la jouissance, qui nous condamne à cette nécessité qui veut que la jouissance ne soit pas de nature, pour nous, promise au désir, que le désir ne peut faire que d'aller à sa rencontre -
1964 - Du "Trieb" de Freud… - 852 - Freud nous révèle que c'est grâce au Nom-du-Père que l'homme ne reste pas attaché au service sexuel de la mère, que l'agression contre le Père est au principe de la Loi et que la Loi est au service du désir qu'elle institue par l'interdiction de l'inceste. [La Chose est impossible, mais c'est le désir qui est interdit.]
1964 - Les quatre concepts… - 220 - Comprenez que l'objet du désir, c'est la cause du désir, et cet objet cause du désir, c'est l'objet de la pulsion - cad l'objet autour de quoi tourne la pulsion.
1964 - Les quatre concepts… - 129 - La différence du statut que donne au sujet la dimension découverte de l'ics tient au désir, qui est à situer au niveau du cogito. Tout ce qui anime, ce dont parle toute énonciation, c'est du désir.
1964 - Les quatre concepts… - 247 - il y en a peu assurément pour ne pas succomber à la fascination [fascisation, ici, littéralement] du sacrifice en lui-même - le sacrifice signifie que, dans l'objet de nos désirs, nous essayons de trouver le témoignage de la présence du désir de cet Autre que j'appelle ici le Dieu obscur. - [la loi morale] n'est rien d'autre que le désir à l'état pur, celui-là même qui aboutit au sacrifice, à proprement parler, de tout ce qui est l'objet de l'amour dans sa tendresse humaine - je dis bien, non seulement au rejet de l'objet pathologique, mais bien à son sacrifice et à son meurtre. C'est pourquoi j'ai écrit Kant avec Sade.
1964 - Les quatre concepts… - 141 - le désir se situe dans la dépendance de la demande - laquelle, de s'articuler en signifiants, laisse un reste métonymique qui court sous elle, élément qui n'est pas indéterminé, qui est une condition à la fois absolue et insaisissable, élément nécessairement en impasse, insatisfait, impossible, méconnu, élément qui s'appelle le désir. - La fonction du désir est résidu dernier de l'effet du signifiant dans le sujet. Desidera c'est le cogito freudien.


 

DESIR-DE-LA-MERE



1956/57 - La relation d'objet - 441 - l'enfant éprouve le phallus comme étant le centre du désir de la mère et (...) il se situe lui-même (...) comme étant ce quelque chose qui lui offre le phallus en lui-même. -448 - [Hans] il est mis à ce point de rencontre de la pulsion réelle et de ce jeu de leurre imaginaire phallique, et ceci par rapport à sa mère (...). Il se trouve dans ce désarroi de ne plus suffire. A ce moment là la régression se produit [béance , première manifestation de la phobie : angoisse d'être "dévoré par la mère", cf. le cheval qui mord] - 476 - [Hans fait un rêve où il se voit "tout seul" avec la petite Marilla, donc, traduisons, avec sa mère sans sa petite soeur. Mais, en fait, dit Lacan, au point où en est le petit Hans, il n'est plus seul avec la mère : il y a lui, la mère, et ce qu'il représente pour la mère, soit le phallus. Il y va, ici, quant à la place substitutive de l'enfant par rapport à la mère, de la métonymie : l'enfant est la métonymie de son désir du phallus. Ce n'est pas la même chose quand, pour une mère, l'enfant est la métaphore de son amour pour le père.] - 480 - [Métaphore ça voudrait dire que la mère prend "ce petit bout de machin que l'enfant lui sort" pour l'objet de son désir. Or justement la mère de Hans n'y touche pas : ] Ca n'est pas en tant que phallophore qu'il est métonymique, c'est en tant que totalité [c'est "lui-même"].
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 15/01/58 - [dans le complexe d'œdipe] le père n'est pas un objet réel - le père est une métaphore. - un signifiant substitué à un signifiant, cad au premier signifiant introduit dans la symbolisation, le signifiant maternel. - la mère étant déjà liée à quelque chose qui était x, cad quelque chose qui était le signifié dans le rapport de l'enfant à la mère [cf. schéma]. - [Dans un sens, ce signifié du désir de la mère, c'est l'enfant, mais ce n'est pas si simple précisément parce que le signifié est flottant, il n'y a pas un signifié pour un signifiant:] où est le signifié? qu'est-ce qu'elle veut celle-là, je voudrais bien que ce soit moi qu'elle veuille, mais il est bien clair qu'il n'y a pas que moi qu'elle veut, il y a autre chose qui la travaille. - Ce signifié des allées et venues de la mère, c'est le phallus. L'enfant, avec plus ou moins d'astuce, plus ou moins de chance, peut arriver très tôt à se faire phallus, une fois qu'il a compris. Mais la voie imaginaire n'est pas la voie normale, c'est d'ailleurs pour cela qu'elle entraîne ce qu'on appelle des fixations. - [Le père symbolique vient justement métaphoriser cela.]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 22/01/58 - la forme du ternaire imaginaire qui est (...) de la relation de l'enfant à la mère, en tant que l'enfant se trouve dépendre du désir de la mère, de la première symbolisation de la mère comme telle (...)[qui] consiste simplement à la poser comme cet être primordial qui peut être là, ou n'être pas là - Dans cette première symbolisation, le désir de l'enfant s'affirme (...) [comme] désir du désir de la mère [à ne pas confondre avec l'objet de ce désir de l'enfant qui est d'être tout entier l'objet du désir de la mère] - de ce fait, quelque chose s'ouvre, par quoi virtuellement ce que la mère désire objectivement elle-même [peut se transférer au désir de l'enfant. Il est clair qu'] Il y a chez elle le désir d'autre chose que de "satisfaire à moi, qui commence à palpiter à la vie, mon désir". - Ce quelque chose de plus, c'est précisément l'existence derrière elle de tout cet ordre symbolique, dont elle dépend - "phallus" est au point sommet du ternaire imaginaire (...), de même que (...) "père" est au point sommet du ternaire symbolique - [entre les deux il y a une liaison qui est d'ordre métaphorique.] - la position du signifiant du père dans le symbole est fondatrice de la position du phallus dans le plan imaginaire - l'enfant [lui-même, comme anticipant] a un certain rapport avec cet objet au-delà du désir de la mère [qui est rapport d'identification] - 25/06/58 - là où le nom du père manque [=] - Je ne peux pas arriver à faire venir [= symboliser] au jour ceci qui fait désigner le X, à savoir le désir de la mère comme étant à proprement parler le signifiant phallus
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 29/01.58 - Vous avez donc, dans un premier temps la relation de l'enfant, non pas comme on le dit à la mère, mais au désir de la mère, désir de désir. [Désir du désir de la mère en tant que c'est l'enfant-phallus qui en est l'objet] - il est le phallus : le phallus en tant que désiré par la mère - C'est un objet métonymique - [Pour l'enfant, sa satisfaction est liée au fait de tenir cette place du phallus, puisque son objet métonymie à lui n'est pas encore constitué. - Pour autant que l'enfant assume le désir de la mère, on dira qu'il lui est] assujet. -
1957/58 - Les formation de l'inconscient - 29/01.58 - en tant qu'interdicteur [le père](...) va apparaître. Où? dans le discours de la mère. - C'est un message sur un message [celui qui signifie à l'enfant qu'il est "assujet" = le phallus pour la mère]. - [Plus profondément que "tu ne coucheras pas avec ta mère", c'est, à la mère:] "tu ne réintègreras pas ton produit". [comme il se produit chez certains animaux] - [or il y a déjà une triplicité implicite] dans le rapport de l'enfant à la mère, puisque ce n'est pas elle qu'il désire, mais son désir [il désire être désiré par elle, et c'est là que son propre désir s'ouvre à ce que le désir de la mère soit beaucoup plus ambigü, ouvert sur le père. Et alors là il peut devenir autre chose.]
1958/59 - Le désir et son interprétation - 17/12/58 - idéal du moi en tant qu'il est lui-même l'héritier d'un rapport premier du sujet (...) avec le désir de sa mère, l'idéal prenant la place de ce qui, chez le sujet, a été éprouvé comme le fait d'un enfant désiré




DESTIN



1960-61 - Le Transfert - 372 - la seule chose qu'il y a pour lui [l'analysant] à trouver, à proprement parler, c'est le trope par excellence, le trope des tropes, et ce qu'on appelle son destin. - 275 - nous permet d'obtenir quoi ? - disons, le moins de drame possible. - voir dans les symptômes une figure qui a rapport à la figure du destin. Le fait de savoir ou de ne pas SAVOIR est donc essentiel à la figure du destin. - 376 - Des rapports du sujet avec un signifiant quelconque, il se développe des figures où se constatent des points nécessaires, des points irréductibles -




DETRESSE



1958/59 - Le désir et son interprétation - 12/11/58 - dans la présence primitive du désir de l'autre comme opaque, comme obscure, le sujet est sans recours. - cela s'appelle la détresse du sujet. C'est là le fondement de ce qui, dans l'analyse, a été exploré, (...) situé comme l'expérience traumatique. -[Rien à voir avec l'expérience existentielle de l'angoisse.] L'angoisse est un signal. - ce n'est pas au niveau du désir que se produit l'angoisse. [C'est plutôt] l'élément imaginaire de la relation du moi à l'autre comme étant ce qui va permettre au sujet de parer à cette détresse dans la relation du désir de l'autre - [graphe p.31] - avec son moi il se défend contre cette détresse
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 351 - la fonction du désir doit rester dans un rapport fondamental avec la mort. Je pose la question - la terminaison de l'analyse, la véritable, j'entends celle qui prépare à devenir analyste, ne doit-elle pas à son terme affronter celui qui la subit à la réalité de la condition humaine ? - la détresse, où l'homme dans ce rapport à lui-même qui est sa propre mort - mais au sens où je vous ai appris à la dédoubler cette année -, n'a à attendre d'aide de personne.




DEUIL

1958/59 - Le désir et son interprétation - 22/04/59 - Qu'est-ce que c'est que cette incorporation de l'objet perdu ? En quoi consiste le travail du deuil ? - [Il s'agit d'] un trou dans le réel provoqué par une perte - De même que ce qui est rejeté dans le symbolique reparaît dans le réel [dans la verwerfung, ici c'est l'inverse] ce trou dans le réel (...) se trouve (...) offrir la place où se projette précisément ce signifiant manquant [car c'est le signifiant du manque] - qui est essentiellement le phallus sous le voile. C'est parce que ce signifiant trouve là sa place, et en même temps ne peut la trouver, parce que ce signifiant ne peut pas s'articuler au niveau de l'autre, que viennent, comme dans la psychose (...) pulluler à sa place toutes les images sont se lèvent les phénomènes de deuil - Qu'est-ce que c'est que les rites funéraires ? les rites par quoi nous satisfai