Ecriture - Enonciation -
Enseignement - Erotique
- Ethique - Etre -
Exclusion -
Exhibitionnisme - Expérience -
Fantasme - Fatigue -
Fécondité - Femme -
Fétichisme -
Fixation - Folie - Forclusion
- Frustration - Génitalité
- Guérison - Haine -
Hallucination - Histoire
- Homme - Homosexualité -
Hypnose - Hystérie
ECRITURE
1961/62 - L'identification
- 20/12/61 - [phonème] L'écriture comme matériel, comme bagage
attendait là (...), l'écriture attendait avant d'être
phonétisée et c'est dans la mesure où elle est vocalisée,
phonétisée comme d'autres objets, qu'elle apprend, l'écriture,
si je puis dire, à fonctionner comme écriture.
1961/62 - L'identification -
28/02/62 - [c'est avec la répétition de l'apparemment
identique] qu'est créé, dégagé, ce que j'appelle, non pas le
symbole, mais l'entrée dans le réel comme signifiant inscrit -
et c'est là ce que veut dire le terme de primauté de
l'écriture. L'entrée dans le réel, c'est la forme de ce trait
répété par le chasseur primitif de la différence absolue en
tant qu'elle est là.
ENONCIATION
1955/56 - Les psychoses
- 310 - le je n'est jamais là où il apparaît sous la forme
d'un signifiant particulier. - Le je est le je qui prononce le
discours. - C'est à l'intérieur de cette énonciation que le tu
apparaît. - 314 - la QUESTION que je me pose sur ce que je suis
(... - ...) affleure sous des formes qui n'ont rien
d'interrogatif, comme Puissé-je y arriver ! - toujours latente,
jamais posée - 315 - si elle surgit, c'est toujours en raison
d'un mode d'apparition de la parole que nous pouvons appeler de
différentes façons, la mission, le mandat, la délégation, ou
encore, la dévolution, par référence à Heidegger. C'est le
fondement de la parole fondatrice - tu es ceci, ma femme, mon
maître - [En effet] au tu es mon maître , répond un certain
que suis-je ? - Que suis-je pour l'être, si tant est que je le
sois ? Ce l apostrophe n'est pas le maître pris comme objet [ce
serait alors un "petit maître", un surmoi], c'est
l'énonciation totale [là est le sujet] de la phrase qui dit je
suis ton maître , comme si ton maître avait un sens par le seul
hommage que j'en reçoit. - Quelle est la différence entre tu es
celui qui me suivras partout [1] et tu es celui qui me suivra
partout [2] ? - 316 - Nous avons une principale à la deuxième
personne, tu es celui . Qui est l'écran? Va-t-il ou non laisser
passer dans la relation le tu ? - [1] est à tout le moins une
élection (...), une dévolution, une délégation, un
investissement. [2] est une constatation [plutôt navrée]. - Si
d'un côté ça verse au sacrement, de l'autre ça irait assez
vite du côté de la persécution - [ambiguïté en français du
verbe suivre. Au mieux] ça reste ouvert. -
c'est un nud,
un point de serrage dans un faisceau de significations, acquis ou
non par le sujet - La présence du tu dans le suivras intéresse
la personnaison du sujet auquel on s'adresse. - [tu es la femme
qui ne m'abandonnera pas // tu es la femme qui ne m'abandonneras
pas ] je manifeste, dans le premier cas, une beaucoup plus grande
certitude, et dans le second, une beaucoup plus grande
confiance.- 317 - [cf. également la "voix moyenne dans les
langues indo-européennes où] le sujet fait pour lui l'action
dont il s'agit. Il y a par exemple deux formes différentes pour
dire Je sacrifie , selon que c'est comme sacrificateur ou comme
celui qui offre le sacrifice. - le sujet se constitue comme tel
dans le procès ou l'état que le verbe exprime. - 318 - Tout
(...) change selon l'accent donné au signifiant - l'accent que
va prendre pour le sujet la première partie de la phrase, tu es
celui qui... , selon que la partie signifiante aura été par lui
conquise, et assumée, ou au contraire verworfen , rejetée.
[Dans l'écriture, le seul indice de changement, c'est la lettre,
le s] - 319 - Que se passe-t-il si manque le signifiant qui donne
à la phrase son poids, et son accent au tu ? Si ce signifiant
est entendu, mais si rien chez le sujet ne peut y répondre ? La
fonction de la phrase se réduit alors à la seule portée du tu
- Le tu est [tu es... : tuez] exactement celui auquel je
m'adresse, et rien d'autre. - C'est exactement ce qu'on observe
dans les phrases interrompues de Schreber, qui s'arrêtent
précisément au point où va surgir un signifiant qui reste
problématique, chargé d'une signification certaine, mais on ne
sait pas laquelle. - [Par rapport au schéma L qui est] celui de
la parole - le A est niveau du tu , le petit a' au niveau de qui
me , et le S au niveau de suivras . - 336 - tu n'a aucun sens
propre. - Il ne se confond nullement avec l'allocutaire, à
savoir celui à qui on parle. C'est évident, puisqu'il est très
souvent absent. - [Il est aussi bien dans] Au feu ! [puisque que]
ce n'est pas sans provoquer quelque réaction. - Le tu est
l'ameçonnage de l'Autre dans l'onde de la signification. / Ce
terme qui sert à identifier l'autre en un point de cette onde,
est en fin de compte (...) une ponctuation. - 338 - la
ponctuation est ce qui y joue ce rôle d'accrochage le plus
décisif. - que faut-il pour le promouvoir à la subjectivité ?
- 339 - Eh bien, je crois que c'est essentiellement quand il est
pris dans la fonction copulaire à l'état pur, et dans la
fonction ostensive. - [tu es celui qui me suivras doit se
traduire en c'est toi qui me suivra , où l'on retrouve la copule
et l'ostension. Bien entendu, cela peut déraper:] 340 - du même
coup, je sors l'autre de cet univers, je l'objective, je lui
désigne ses relations d'objet, pour peu qu'il ne demande que
ça, comme c'est le cas du névrosé. - 341 - [On retombe alors
sur] le plan du moi ou toi , l'un ou l'autre [rivalité
narcissique] - c'est le tu es celui qui me tues. [tu es celui qui
me...(forclusion) tu es celui etc = tu es celui qui me tu, qui me
tues] - ce que nous appellerons la tutoïté - [cf. Surmoi, Loi] -
343 - [Dans l'autre sens, au sens plein] C'est au tu lui-même
que nous nous adressons en tant qu'inconnu. C'est là ce qui fait
son aisance, sa force aussi, et aussi qu'il passe de tu es dans
le suivras de la seconde partie en y persistant. Il y persiste
précisément parce que dans l'intervalle il peut y défaillir.
Dans cette formule, ce n'est donc pas à un moi en tant que je le
fais voir, que je m'adresse, mais à tous les signifiants qui
composent le sujet auquel je suis opposé. Je dis tous les
signifiants qu'il possède, jusques et y compris ses symptômes.
C'est à ses dieux comme à ses démons que nous nous adressons -
et c'est pourquoi je pense que le terme d'invocation est propre
à désigner la forme la plus élevée de la phrase - Vous venez
de voir en quoi le tu dépend du signifiant comme tel.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 12/11/58 - le
procès de l'énonciation se superpose, se distingue de la
formule de l'énoncé, en exigeant comme tel quelque chose qui
est justement la prise du sujet, prise du sujet qui était
d'abord innocente [dans l'énoncé], mais qui ici (...) est
inconsciente dans l'articulation de la parole.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 14/01/92 -[la 2è
ligne de langage sur le graphe] elle est quelque chose sur quoi
le sujet a à faire un rapport, une énonciation, à se situer
par rapport à elle, à vous le faire passer justement avec tous
ces accents qu'il y a à y mettre de plus ou moins d'adhésion à
ce qu'il vous raconte. -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 10/12/58 - Le ne
[négation] à lui tout seul, livré à lui-même, exprime ce
qu'il [Pichon] appelle une discordance, (...) quelque chose qui
se situe entre le procès de l'énonciation et le procès de
l'énoncé. - je crains qu'il ne vienne. - [ici] le français
(...) saisit si je puis dire le ne quelque part au niveau si on
peut dire de son errance (...) où le "ne" porte sur
l'articulation de l'énonciation, porte sur le signifiant pur et
simple dit en acte. -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 03/12/58 - [cette
étape qui] consiste à ce que le sujet s'aperçoive qu'il y a
quelque chose qui cloche à la phrase : "j'ai trois frères,
Paul, Ernest et moi" [ça c'est pour le moins le vrai
discours de l'ics, le discours de l'autre, où l'enfant se dit de
la bouche même de ses parents. C'est pour les mêmes raisons que
jusqu'à un certain âge il croit que ses parents, ce lieu du
discours de l'autre pour lui, savent tout ce qu'il pense.] -
toute parole en tant que le sujet y est impliqué, est discours
de l'Autre. - [Et donc, par suite] Le pas suivant de ce par quoi
à l'origine le sujet se constitue dans le procès de la
distinction de ce je de l'énonciation d'avec le je de
l'énoncé, c'est la dimension du "n'en rien savoir"
(...), c'est dans la découverte que c'est un fait que l'autre
n'en sait rien de ses pensées
1961/62 - L'identification - 10/01/62 - ce point radical,
archaïque qu'il nous faut de toute nécessité supposer à
l'origine de l'inconscient, cad de ce quelque chose par quoi en
tant que le sujet parle, il ne peut faire que de s'avancer
toujours plus avant dans la chaîne, dans le redéroulement des
énoncés, mais que, se dirigeant vers les énoncés, de ce fait
même dans l'énonciation, il élide quelque chose qui est à
proprement parler ce qu'il ne peut pas savoir, à savoir le nom
de qu'il est en tant que sujet de l'énonciation. Dans l'acte de
l'énonciation, il y a cette nomination latente qui est
concevable comme étant le premier noyau, comme signifiant de ce
qui ensuite va s'organiser comme chaîne tournante, (...) ce
cur parlant du sujet que nous appelons l'ics.
1964 - Position de l'inconscient - 834 - la présence de
l'inconscient, pour se situer au lieu de l'Autre, est à chercher
en tout discours, en son énonciation.
1964 - Les quatres concepts
- 129 - La différence de
statut que donne au sujet la dimension découverte de l'ics
tient au désir, qui est à situer au niveau du cogito. Tout ce
qui anime, ce dont parle toute énonciation, c'est du désir.
1964 - Les quatre concepts
- 127 - Il est tout à fait faux
de répondre à ce je mens qui si tu dis je mens, c'est que tu
dis la vérité, et donc tu ne mens pas, ainsi de suite. - En
effet, le je qui énonce, le je de l'énonciation, n'est pas le
même que le je de l'énoncé -Dès lors, du point où je
l'énonce, il m'est parfaitement possible de formuler de façon
valable que le je - le je qui, à ce moment là, formule
l'énoncé - est en train de mentir - 128 - le mens [de
l'énoncé] est un signifiant, faisant partie, dans l'Autre, du
trésor du vocabulaire où le je, déterminé rétroactivement,
devient signification engendrée au niveau de l'énoncé, de ce
qu'il produit au niveau de l'énonciation - c'est un je te trompe
qui en résulte. [Voir schéma] Le je te trompe provient du point
d'où l'analyste attend le sujet, et lui renvoie (...) son propre
message dans sa signification véritable, cad sous une forme
inversée. Il lui dit - dans ce je te trompe, ce que tu envoie
comme message, c'est ce que moi je t'exprime, et ce faisant, tu
dis la vérité. - Dans le chemin de tromperie où le sujet
s'aventure, l'analyste est en posture de formuler ce tu dis la
vérité, et notre interprétation n'a jamais de sens que dans
cette dimension. - Reportons sur ce schéma le je pense
cartésien. - Disons que c'est de prendre sa place au niveau de
l'énonciation qui donne sa certitude au COGITO. Mais le statut
du je pense est aussi réduit, aussi minimal, aussi ponctuel
(...) que celui du je mens de tout à l'heure.
ENSEIGNEMENT
1962/63 - L'angoisse - 13/03/63 - le professeur est celui qui enseigne
sur les enseignements - il découpe dans les enseignements - si cette vérité
était mieux connue, ça leur permettrait d'y mettre un art plus consommé, dont
justement le collage - si ils faisaient leur collage d'une façon moins soucieuse
du raccord, moins tempérée, ils auraient quelque chance d'aboutir au même
résultat à quoi vise le collage, d'évoquer, proprement ce manque qui fait toute
la valeur de l'œuvre figurative elle-même, quand elle est réussie bien entendu.
EROTIQUE
1964 - Les quatre concepts
- 154 - Pourquoi les zones dites
érogènes ne sont-elles reconnues qu'en ces points qui se
différencient pour nous par leur structure de bord ? Pourquoi
parle-t-on de la bouche et non pas de l'sophage, ou de
l'estomac ? Ils participent tout autant de la fonction orale. -
Je dirai que, s'il y a quelque chose à quoi ressemble la
pulsion, c'est à un montage. - [Ça ne veut pas dire que toutes
les zones "de bord" soient érogènes. Les autres:] 157
- Nous considérons qu'elles interviennent dans cette zone de
chute que j'appelle désexualisation, et fonction de la
réalité. - C'est dans la fonction où l'objet sexuel file vers
la pente de la réalité, et se présente comme un paquet de
viande que surgit cette forme de désexualisation si manifeste
qu'elle s'appelle chez l'hystérique réaction de dégoût. -
C'est justement dans la mesure où des zones annexes, connexes,
sont exclues, que d'autres prennent leur fonction érogène,
qu'elles deviennent des sources spécifiées pour la pulsion.
ETHIQUE
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 11 - la dimension
éthique (...) se situe au-delà du commandement, cad au-delà de
ce qui se présenter avec un sentiment d'obligation. - S'il y a
en effet quelque chose que l'analyse a pointé, c'est bien,
au-delà du sentiment d'obligation à proprement parler,
l'importance, l'omniprésence (...) du sentiment de culpabilité.
Ce faciès (...) désagréable de l'expérience morale -
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 364 - un jugement
éthique est possible - Avez-vous agi conformément au désir
qui vous habite ? - 363 - [Au contraire] La morale du pouvoir, du
service des biens, c'est - Pour les désirs, vous repasserez.
Qu'ils attendent. - 368 - Je propose que la seule chose dont on
puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique,
c'est d'avoir cédé sur son désir. - 370 - Ce que j'appelle
céder sur son désir s'accompagne toujours dans la destinée du
sujet (...) de quelque trahison. Ou le sujet trahit sa voie, se
trahit lui-même, et c'est sensible pour lui-même. Ou plus
simplement il tolère que quelqu'un avec qui il s'est plus ou
moins voué à quelque chose ait trahit son attente, n'ait pas
fait à son endroit ce que comportait le pacte - Quelque chose se
joue autour de la trahison, quand on la tolère, quand, poussé
par l'idée du bien (...) on cède au point de rabattre ses
propres prétentions
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 91 - Ainsi l'exigence
première qui nous a fait, à travers l'histoire, sillonner la
structuration du réel pour en faire la science, suprêmement
efficace, mais aussi suprêmement décevante, cette exigence
première qui est celle de das Ding - trouver ce qui se répète,
ce qui revient, et nous garantit de revenir toujours, à la même
place - nous a poussé jusqu'à l'extrême où nous sommes, où
nous pouvons mettre en question toutes les places, et où plus
rien dans cette réalité que nous avons appris à bouleverser si
admirablement ne répond à cet appel de la sécurité du retour.
- [L'éthique] commence au moment où le sujet pose la question
de ce bien qu'il avait cherché inconsciemment dans les
structures sociales - S'il ne découvre pas tout de suite ce
désir dernier que l'exploration freudienne a découvert sous le
nom de désir de l'inceste, il découvre ce qui articule sa
conduite d'une façon telle que l'objet de son désir soit
toujours maintenu pour lui à distance. - 93 - L'éthique
kantienne surgit au moment où s'ouvre l'effet désorientant de
la physique [newtonienne], parvenue à son point d'indépendance
par rapport à das Ding - cette morale qui se détache
expressément de toute référence à un objet quel qu'il soit de
l'affection, de toute référence à ce que Kant appelle
pathologisches Objekt - Nul Wohl , que ce soit le nôtre ou celui
de notre prochain, ne doit entrer comme tel dans la finalité de
l'action morale. - Fais en sorte que la maxime de ton action
puisse être prise comme une maxime universelle . - 95 - [Or
"face" à celà, remarquons à propos de
l'uvre
de Sade que] ce sont exactement les critères
kantiens qu'elle
met en avant pour justifier les positions de ce que l'on peut
appeler une sorte d'anti-morale. - 96 - Prenons comme maxime
universelle de notre action le droit de jouir d'autrui quel qu'il
soit, comme instrument de notre plaisir. - tout un chacun étant
sollicité de porter à son plus extrême les exigences de sa
convoitise, et de les réaliser. Si même ouverture est donnée
à tous, on verra ce que sera une société naturelle. - 97 -
[Or] Kant admet tout de même un corrélatif sentimental de la
loi morale dans sa pureté - ce n'est rien d'autre que la douleur
elle-même. - [Kant :] Par conséquent, nous pouvons voir a
priori que la loi morale, comme principe de détermination de la
volonté, par cela même qu'elle porte préjudice à toutes nos
inclinations, doit produire un sentiment qui peut-être appelé
de la douleur . - En somme, Kant est de l'avis de Sade. Car, pour
atteindre absolument das Ding , pour ouvrir toutes les vannes du
désir, qu'est-ce que Sade nous montre à l'horizon ?
Essentiellement, la douleur. La douleur d'autrui [Sade], et aussi
bien la douleur propre du sujet [Kant], car ce ne sont à
l'occasion qu'une seule et même chose. L'extrême du PLAISIR,
pour autant qu'il consiste à forcer l'accès à la CHOSE, nous
ne pouvons le supporter.
1964 - Les quatre concepts
- 32 - l'ordre de l'inconscient,
- c'est que ce n'est ni être, ni non-être, c'est du
non-réalisé. - 34 - Le statut de l'cis (...) est éthique. - 40
- Rien, en effet, ne peut être fondé sur le hasard - calcul de
chances, stratégies - qui n'implique au départ une
structuration limitée de la situation, et cela en termes de
signifiants. Quand la théorie moderne des jeux élabore la
stratégie des deux partenaires, ils se rencontrent avec les
chances maxima, chacun, de l'emporter à condition de, chacun,
raisonner comme l'autre. Qu'est-ce qui donne sa valeur à une
opération de cette espèce ? - sinon que, déjà, la carte est
faite, les points de repère signifiants du problème y sont
inscrits, et la solution ne les dépassera jamais. Eh bien ! pour
ce qui est de l'ics, Freud réduit tout ce qui vient à portée
de son écoute, à la fonction de purs signifiants. C'est à
partir de cette réduction que ça opère, et que peut apparaît,
dit Freud, un moment de conclure - un moment où il se sent le
courage de juger et de conclure. C'est là [dans cette
situation
logique] ce qui fait partie de ce que j'ai
appelé son témoignage éthique.
ETRE
1954 - Réponse au commentaire de Jean Hyppolite... - 382 - Cette
création du symbole, a-t-il souligné [J. Hyppolite], est à
concevoir comme un moment mythique [MYHTE], plutôt que comme un
moment génétique. Car on ne peut même la rapporter à la
constitution de l'objet, puisqu'elle concerne une relation du
sujet à l'être, et non pas du sujet au monde.
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 254 - l'être, le
verbe même, n'existe que dans le registre de la parole. La
parole introduit le creux de l'être dans la texture du réel
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 297 - Ce trou dans le
REEL s'appelle, selon la façon dont on l'envisage, l'être ou le
néant. Cet être et ce néant sont essentiellement liés au
phénomène de la parole. C'est dans la dimension de l'être que
se situe la tripartition du symbolique, de l'imaginaire et du
réel [R.S.I.] - c'est seulement dans la dimension de l'être, et
non pas dans celle du réel, que peuvent s'inscrire les trois
passions fondamentales - à la jonction du symbolique et de
l'imaginaire, cette cassure (...), cette ligne d'arête qui
s'appelle l'AMOUR - à la jonction de l'imaginaire et du réel,
la HAINE - à la fonction du réel et du symbolique, l'IGNORANCE.
- 298 - A mesure que la parole progresse (...) l'être se
réalise. - La parole incluse dans le discours se révèle grâce
à la loi de la libre association qui le met en doute, entre
parenthèses, en suspendant la loi de non-contradiction. Cette
révélation de la parole, c'est la réalisation de l'être.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 130 - L'être, du
point de vue scientifique, nous ne pouvons pas le saisir - Mais
la psychanalyse est quand même une expérience qui en désigne,
si l'on peut dire, le point de fuite. - Il y a toujours dans un
rêve, dit Freud, un point absolument insaisissable, qui est du
domaine de l'inconnu - il appelle cela l'ombilic du rêve. - le
point de surgissement du rapport du sujet au symbolique. Ce que
j'appelle l'être, c'est ce dernier mot qui ne nous est
certainement pas accessible -
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 516 - Je
pense donc je suis - 517 - [sujet] Il ne s'agit pas de savoir si
je parle de moi de façon conforme à ce que je suis, mais si,
quand j'en parle, je suis le même que celui dont je parle [si
c'est le même qui parle]. Et il n'y a ici aucun inconvénient à
faire intervenir le terme de pensée, car Freud désigne de ce
terme les éléments en jeu dans l'ics ; cad dans les mécanismes
signifiants - Il n'en reste pas moins que le cogito philosophique
est au foyer de ce mirage qui rend l'homme moderne si sûr
d'être soi dans ses incertitudes sur lui-même, voire à travers
la méfiance qu'il a pu apprendre dès longtemps à pratiquer
quant aux pièges de l'amour-propre. / Aussi bien si, retournant
contre la nostalgie qu'elle sert [puisqu'elle déduit de la
pensée l'existence], l'arme de la métonymie, je me refuse à
chercher aucun sens au-delà de la tautologie, et si, au nom de
"la guerre est la guerre" et "un sou est un
sou" [ou "je suis qui je suis"] , je me décide à
n'être que ce que je suis, comment ici me détacher de cette
évidence que je suis dans cet acte même ? / Non moins qu'à me
porter à l'autre pôle, métaphorique, de la quête signifiante
et me vouer à devenir ce que je suis, à venir à l'être, - je
ne puis douter qu'à m'y perdre même, j'y suis. / Or c'est sur
ces points mêmes, où l'évidence va être subvertie par
l'empirique, que gît le tour de la conversion freudienne. -
C'est-à-dire que c'est peu de ces mots dont j'ai pu interloquer
un instant mes auditeurs : je pense où je ne suis pas, donc je
suis où je ne pense pas. Mots qui à toute oreille suspendue
rendent sensible dans quelle ambiguïté de furet fuit sous nos
prises l'anneau du sens sur la ficelle verbale. / Ce qu'il faut
dire, c'est : je ne suis pas, là où je suis le jouet de ma
pensée [là où je crois penser vraiment]; je pense à ce que je
suis, là où je ne pense pas penser [par ex. dans mes
symptômes]. - 518 - le S et le s de l'algorithme saussurien ne
sont pas dans le même plan, et l'homme se leurrait à se croire
placé dans leur commun axe qui n'est nulle part.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 11/12/57 - ce
"je pense donc je suis", il est difficile de la saisir
à la pointe de son ressort, et il n'est peut-être d'ailleurs
qu'un trait d'esprit. Le cogito cartésien est effectivement
expérimenté dans la conscience de chacun de nous, non pas comme
un "je pense donc je suis", mais comme un "je suis
comme je pense" [métaphore et/ou métonymie, comme dans le
mot d'esprit], et bien entendu ceci suppose derrière un "je
pense comme je respire", naturellement.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 20/05/59 - [la
névrose c'est quand le sujet] est porté par la question sur ce
qu'il est - [il se trouve alors] au bord de cette nomination
défaillante - se rencontre avec le point suprême de l'effet
aliénant de son implication dans le logos
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 324 - Antigone
n'évoque aucun autre droit que ceci, qui surgit dans le langage
ineffaçable de ce qui est - ineffaçable à partir du moment où
le signifiant qui surgit l'arrête comme une chose fixe à
travers tout flux de transformations possibles. Ce qui est est,
et c'est à cela, à cette surface, que se fixe la position
imbrisable, infranchissable d'Antigone. - 325 - Il ne s'agit pas
d'en finir avec celui qui est un HOMME comme avec un chien. On ne
peut en finir avec ses restes en oubliant que le registre de
l'être de celui qui a pu être situé par un nom doit être
préservé par l'acte des funérailles. - 329 - Antigone mène
jusqu'à la limite l'accomplissement de ce que l'on peut appeler
le désir pur, le pur et simple de désir de mort comme tel. Ce
désir, elle l'incarne.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 15/04/59 - cet objet
imaginaire se trouve en quelque sorte en position de condenser
sur lui ce qu'on peut appeler les vertus ou la dimension de
l'être - il peut devenir ce véritable leurre de l'être - ce
caractère de fétiche qui est celui de l'objet du désir humain
-
1958/59 - Le désir et son interprétation - 27/05.59 - cet
avènement du sujet au niveau de la coupure a quelque chose qu'il
faut bien appeler un réel, mais qui n'est symbolisé par rien.
[bien que la coupure, elle, soit d'abord symbolique, puis au
niveau du fantasme] - point électif du rapport du sujet à ce
que nous pouvons ici appeler son être pur de sujet - j'ai pu
définir cette fonction remplie par le fantasme comme une
métonymie de l'être et identifier comme tel, à ce niveau, le
désir. [coupure "pure" = sujet réel; coupure fantasme
= être sujet ?]
1958/59 - Le désir et son interprétation - 03/06/59 - L'être,
nous dirons que c'est proprement le réel en tant qu'il se
manifeste au niveau du symbolique. - Cet être il n'est nulle
part ailleurs (...) que dans les intervalles, dans les coupures,
et là où à proprement parler il est le moins signifiant des
signifiants, à savoir la coupure.
1961/62 - L'identification - 27/06/62 - Le rapport de cet objet
["a"] à l'image du monde qui l'ordonne constitue ce
que Platon a appelé à proprement parler la dyade, à condition
que nous nous apercevions que dans cette dyade le sujet S barré
et le petit "a" sont du même côté [de l'autre :
i(a)] - Par rapport [cf. schéma p.441] au corrélatif petit
"a", à ce qui reste quand l'objet constitutif du
fantasme s'est séparé [du A], être et pensée sont du même
côté, du côté de ce petit "a". Petit "a",
c'est l'être en tant qu'il est essentiellement manquant au texte
du monde. - Toute métaphore, y compris celle du symptôme
cherche à faire sortir cet objet dans la signification, mais
toute la pullulation de sens qu'elle peut engendrer n'arrive pas
à étancher ce dont il s'agit dans ce trou d'une perte centrale.
- [autrement dit] "a" peut être abordé par cette voie
qui est ce que l'Autre (...) désire dans le sujet défaillant,
dans le fantasme, le S barré.
EXCLUSION
1955 - La Chose freudienne - 430 - Dans cette partie à quatre,
l'analyste agira sur les résistances significatives qui lestent,
freinent et dévient la parole, en apportant lui-même dans le
quatuor le signe primordial de l'exclusion connotant l'ou bien -
ou bien - de la présence ou de l'absence, qui dégage
formellement la mort incluse dans la Bildung narcissique. - Ceci
veut dire que l'analyste intervient concrètement dans la
dialectique de l'analyse en faisant le mort, en cadavérisant sa
position comme disent les Chinois, soit par son silence là où
il l'autre avec un grand A, soit en annulant sa propre
résistance là où il l'autre avec un petit a . Dans les deux
cas et sous les incidences respectives du symbolique et de
l'imaginaire, il présentifie la mort.
1955 - La Chose freudienne - 428 - Mais la signification
décisive pour nous de l'aliénation constituante de l'Urbild du
moi, apparaît dans la relation d'exclusion qui structure dès
lors dans le sujet la relation duelle de moi à moi. -
l'identification précipitée du moi à l'autre dans le sujet a
pour effet que cette répartition ne constitue jamais une
harmonie même cinétique, mais s'institue sur "toi ou
moi" permanent d'une guerre - [narcissisme]
1961/62 - L'identification - 07/03.62 - pourquoi ne pas voir que,
dans la structure de la classe elle-même comme telle, un nouveau
départ nous est offert si, au rapport d'inclusion, nous
substituons un rapport d'exclusion comme le rapport radical ? -
le vrai fondement de la classe n'est ni son extension, ni sa
compréhension - Autrement dit les mammifères, par exemple (...)
c'est ce qu'on exclut des vertébrés par le trait unaire
"mamme". - Cela veut dire que le fait primitif est que
le trait unaire peut manquer, qu'il y a d'abord absence de mamme
et qu'on dit : il peut se faire que la mamme manque, voilà ce
qui constitue la classe des mammifères.
EXHIBITIONNISME
1958/59 - Le désir et son interprétation - 03/06/59 - C'est là
d'ailleurs la nécessité du lieu public : c'est qu'on soit bien
sûr qu'on soit dans le cadre du symbolique. - il arrive que les
petites filles, surtout si elles sont plusieurs, s'amusent
beaucoup pendant ce temps là. Cela fait même partie du plaisir
de l'exhibitionniste. C'est une variante. Le désir de l'autre
est donc là comme élément essentiel en tant qu'il est surpris,
qu'il est intéressé au-delà de la pudeur, qu'il est à
l'occasion complice. - [L'exh.] ce qu'il montre est plus ou moins
glorieux ; mais ce qu'il montre est une redondance qui cache,
plutôt qu'elle ne dévoile ce dont il s'agit. - [ce dont il
s'agit] est essentiellement constitué par ceci que j'ai
souligné de l'aperçu dans l'inaperçu, que j'ai appelé tout
crûment un pantalon qui s'ouvre et se ferme, et pour tout dire
ce que nous pouvons appeler la fente dans le désir. - Et il n'y
a pas d'érection si réussie qu'on la suppose, qui supplée à
ce qui est l'élément essentiel dans la structure de la
situation, à savoir cette fente comme telle [fentasme !]. C'est
là aussi où le sujet comme tel se désigne. -
EXPERIENCE
1936 - Au-delà du principe de réalité - 81 - [analyse] Si l'on
veut reconnaître une réalité propre aux réactions psychiques,
il ne faut pas commencer par choisir entre elles, il faut
commencer par ne plus choisir. - Ainsi se constitue ce qu'on peut
appeler l'expérience analytique : sa première condition se
formule en une loi de non-omission , (...) incomplète sans la
seconde, ou loi de non-systématisation , qui, posant
l'incohérence comme condition de l'expérience, accorde une
présomption de signification à tout un rebour de la vie mentale
- 82 - ces deux lois (...) apparaissent chez Freud (...) comme
loi de s'association libre -
FANTASME
1956/57 - La relation d'objet -652 - [fantasme des deux girafes]
(...) une symbolisation du phallus maternel [la petite girafe],
c'est à savoir que c'est le terme IMAGINAIRE [et non le terme
réel que veut lui faire entendre le père et Freud] qui va
devenir pour lui l'élément symbolique (...).
1956/57 - La relation d'objet - 708 - Anna (...), l'autre terme
inassimilable de la situation [le 1er étant son pénis]. (...)
restituer cet élément intolérable du réel au registre de
l'imaginaire [à l'aide des fantasmes : il fait de Anna quelque
chose de toujours-déjà-là : elle vivait dans un "petit
coffre arrière de la voiture"!] (...) cette soeur qui
devient son moi supérieur à partir du moment où elle est une
image (...) ; il va pouvoir commencer à dominer la situation, à
partir du moment où la petite soeur aura chevauché suffisamment
longtemps le cheval redoutable. - 788 - [Anna, sorte d'idéal du
moi dont il se sert pour dompter le cheval, pour le cravacher -
pour autant que cette petite soeur devient la maitresse du
signifiant, qu'elle vient à le chevaucher.]
1958/59 - Le désir et son interprétation - [perversion] le
sujet se réduit lui-même à l'artifice de la fente comme tel. -
en tant qu'il est dans le fantasme il est la fente. - quelque
chose dans le réel à la fois trou et éclair - il ne réalise
pas la fonction de la coupure qui l'abolit dans un automatisme
clandestin - Il ne connaît lui que cette manuvre d'animal
honteux, cette manoeuvre oblique (...) qui l'expose aux horizons.
Pourtant cette fente, (...) volet ou télescope, ou n'importe
quel écran, cette fente c'est là ce qui le fait entrer dans le
désir de l'autre. - ici le "a" est [véritablement,
par delà les objets partiels] le désir de l'autre - [si la
névrose est désir , mais suspendu comme tel, du désir de
l'autre, la perversion est jouissance (arrêtée comme telle) au
désir de l'autre ?] - La solution perverse à ce problème de la
situation du sujet dans le fantasme est justement celle-ci :
c'est de viser le désir de l'autre et de croire y voir un objet.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 21/05/58 - Le
fantasme, nous le définirons si vous voulez, comme l'imaginaire
qui est pris dans un certain usage de signifiant. - [et de plus]
le sujet se met lui-même en jeu [en scène] dans ce scénario. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 11/06/58 - nous avons
[au désir] son répondant, son support, le point où il se fixe
sur son objet qui est bien loin d'être un objet en quelque sorte
naturel, [mais] est un objet toujours constitué par une certaine
position prise du sujet par rapport à l'autre. - relation
fantasmatique dans son essence. - Il s'agit toujours de pulsions
-
1958/59 - Le désir et son interprétation - 19/11/58 -
"vous êtes belle", autour de quoi se fixent, se
condensent toutes ces images énigmatiques dont le flot s'appelle
pour moi mon désir, à savoir : je vous désire parce que vous
êtes l'objet de mon désir, autrement dit vous êtes le commun
dénominateur de mes désirs. - Dire à quelqu'un : je vous
désire, c'est très précisément lui dire, mais cela ce n'est
pas l'expérience qui le donne toujours, sauf pour les braves et
instructifs petits pervers, petits et grands, c'est dire : je vous
implique dans mon fantasme fondamental. -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 10/06/59 - [la
structure du fantasme] il est bien entendu que c'est un temps
suspendu - ce n'est pas en tant qu'aphanisis du désir, c'est en
tant qu'à la pointe du désir il y a aphanisis du sujet -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 26/11/58 - C'est
pour autant que l'événement évoqué dans la mémoire est un
événement récité (...) que nous pouvons parlé à ce niveau
de contiguïté. [La métaphore est] un effet de substitution
dans la chaîne signifiante [Ex. la cerise et la lèvre : dans la
métaphore la cerise et comme une lèvre, mais ça n'empêche pas
ces termes d'intervenir dans une relation de contiguïté, de
récit, de métonymie donc : la cerise entre les lèvres, par
ex.] Si un instant nous arrêtons cette cerise au contact de la
lèvre, c'est en fonction d'un flash qui est précisément le
flash du récit, où c'est la phrase [ce qui se passe : le
rapport de deux êtres et non plus l'être du rapport
(métaphore)], où ce sont les mots qui un instant suspendent
cette cerise entre les lèvres, et c'est d'ailleurs précisément
parce qu'il existe cette dimension du récit en tant qu'elle
institue le flash, qu'inversement cette image en tant qu'elle est
créée par la suspension du récit, devient effectivement à
l'occasion un des stimulants du désir, (...) cette suspension
qui prend la valeur du fantasme, qui a signification érotique
dans le détour de l'acte.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 29/01/59 - le
fantasme a toujours cette structure ; il n'est pas simplement
relation d'objet. Le fantasme est quelque chose qui coupe, un
certain évanouissement, une certaine syncope signifiante du
sujet en présence d'un objet. -24/06/59 - dans le fantasme le
sujet est présent comme sujet du discours ics - il est
représenté (...) par la fonction de coupure.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 17/06/59 - au-delà
de toutes les sublimations de l'amour, le désir a un rapport à
l'être même sous sa forme la plus limitée, la plus bornée, la
plus fétichiste [cad se rapporte à un objet dans le fantasme]
et, pour tout dire, la plus stupide. - si un homme désire une
autre femme, elle [sa femme, la légitime] sait que même si ce
que l'homme aime c'est son soulier, ou le bas de sa robe ou la
peinture qu'elle a sur le visage, c'est néanmoins de ce
côté-là que l'hommage à l'être se produit. -01/07/59 - le
désir n'a pas d'autre objet que le signifiant de sa
RECONNAISSANCE. Le caractère de l'objet en tant qu'il est
l'objet du désir, nous devons donc aller le chercher là où
l'expérience humaine nous le désigne (...) le fétiche.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 13/05/59 - le
l'appelle ici fondamental : cela ne veut rien dire d'autre si ce
n'est dans la perspective synchronique qui assure la structure
minimum à ce qui doit être le support du désir.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 15/04/59 - la
perversion se caractérise en ceci que tout l'accent du fantasme
est mis du côté du corrélatif proprement imaginaire de
l'autre, "a" - [dans la formule S barré poinçon a] -
la névrose se situe par un accent mis sur l'autre terme du
fantasme, cad au niveau du S barré. - le fantasme de la
perversion (...) est appelable, il est dans l'espace, il suspend
je ne sais quelle relation essentielle. Il n'est pas à
proprement parler intemporel, il est hors du temps. Le rapport du
sujet au temps, dans la névrose, est justement ce quelque chose
dont on parle trop peu - Dans la névrose l'objet se charge de
cette signification qui est cherchée dans ce que j'appellerais
l'heure de la vérité. L'objet y est toujours à l'heure
d'avant, ou à l'heure d'après. Si l'hystérie se caractérise
par la fondation d'un désir en tant qu'insatisfait,
l'obsessionnel se caractérise par la fonction d'un désir
impossible. - l'obsessionnel (...) anticipe toujours trop tard.
De même que pour l'hystérique il y a qu'il répète toujours ce
qu'il y a d'initial dans son trauma, à savoir un certain trop
tôt, une immaturation fondamentale. - le fondement d'un
comportement névrotique (...) est que dans son objet le sujet
cherche toujours à lire son heure - [Ainsi chez Hamlet, comme
chez tout névrosé] de même que le premier terme, le premier
facteur était la dépendance par rapport au désir de l'autre,
au désir de la mère, voici le second caractère - [:] Hamlet
est toujours suspendu à l'heure de l'autre, et ceci jusqu'à la
fin. - C'est en ceci que la résonance du personnage et du drame
d'H est la résonance même métaphysique de la question du
héros moderne, pour autant qu'en effet quelque chose pour lui a
changé dans son rapport à son destin. - ce qui distingue Hamlet
d'dipe, c'est que lui Hamlet sait. [Il sait quoi ? Il en
sait suffisamment pour se poser la question " être ou ne
pas être " ?] - Shakespeare a choisi le sujet d'un héros
contraint pour poursuivre les cheminements qui l'amèneront au
terme de son geste à faire le fou. Ceci est une dimension
proprement moderne. Celui qui sait est dans une position si
dangereuse comme tel, tellement désigné pour l'échec et le
sacrifice, que son cheminement doit être, comme quelque part le
dit Pascal, d'être fou avec les autres. - [Mais pour ce qui
regarde l'objet du fantasme du névrosé] dans le cas d'Hamlet
(...) Ophélie est complètement dissoute en tant qu'objet
d'amour. "I did you love", je vous aimais autrefois dit
Hamlet. - Pour le sujet il apparaît si je puis dire au dehors -
[et en tant qu'il est dehors, rejeté, il apparaît comme ce
qu'il est : phallus] En quoi Ophélie est à ce moment là le
phallus, c'est en ceci, et pour autant qu'ici le sujet
extériorise le phallus en tant que symbole signifiant de la vie
et que comme tel il le rejette. - 10/06/59 - L'objet du fantasme,
pour autant qu'il débouche sur le désir de l'autre, il s'agit
de ne pas l'approcher. - il y a plusieurs solutions. Nous avons
vu celle qui est liée à la promotion de l'objet phobique
[phobie], à l'objet d'interdiction. D'interdiction de quoi ? en
fin de compte d'une jouissance qui est dangereuse parce qu'elle
ouvre devant le sujet l'abîme du désir comme tel. - le désir
du sujet, le sujet peut le soutenir devant le désir de l'autre.
- il le soutient [parfois] comme désir insatisfait [= hystérie,
cf. la belle bouchère] - C'est elle qui est l'obstacle. C'est
elle qui ne veut pas. Cad que dans ce rapport du sujet à l'objet
dans le fantasme elle vient occuper cette position tierce qui
était tout à l'heure dévolue au signifiant phobique
[intériorisation de l'interdit] - Et sa jouissance est
d'empêcher justement le désir dans les situations qu'elle trame
elle-même - empêcher le désir de venir à terme pour en rester
elle-même l'enjeu. - La différence de l'obsessionnel par
rapport à l'hystérique est de rester lui hors du jeu. - [il]
n'est jamais véritablement là à la place où quelque chose est
en jeu qui pourrait être qualifié son désir. Là où il risque
le coup, apparemment, ce n'est pas là où il est. C'est de cette
disparition même du sujet, le S barré, au point d'approche du
désir, qu'il fait si l'on peut dire son arme et sa cachette. -
il ne le peut qu'en (...) temporalisant cette relation, en
remettant toujours au lendemain son engagement dans ce vrai
rapport du désir. - Ce n'est pas à dire qu'en attendant ce
terme il n'engage rien ; bien loin de là, il fait ses preuves.
Bien plus il peut aller jusqu'à considérer ces preuves, ce
qu'il fait, comme un moyen de s'acquérir des mérites. -
qu'est-ce que nous voyons poindre dans cette position névrotique
? - l'appel au secours du sujet pour soutenir son désir, pour le
soutenir en présence et en face du désir de l'autre - dans
chaque cas il appelle à l'aide une chose qui se présente dans
une position tierce par rapport à ce désir de l'autre, quelque
chose où il puisse se placer pour que la relation aspirante,
évanouissante de l'S barré devant le "a" soit
tenable. -[ce quelque chose, c'est le symptôme ?] -
1960/61 - Le transfert - 300 - [C'est] quand il s'avance sur le
chemin de ce qui s'appelle, quelle qu'en soit la forme, réaliser
son fantasme , c'est bien là qu'il convient d'employer le terme
d'aphanisis . - [d'abord] le pouvoir limité qu'a le sujet de
tenir l'érection. - Pourtant, dans l'ensemble, mon Dieu,
l'obsessionnel n'est pas pourvu de plus ni de moins que ce que
nous appellerons une génitalité fort ordinaire, plutôt même
assez douillette ai-je cru remarquer - 301 - Ce dont il s'agit se
situe donc bien ailleurs, (...) au niveau du discord entre son
fantasme, pour autant qu'il est justement lié à la fonction du
phallicisme, et l'acte où il aspire à l'incarner, et qui, par
rapport au fantasme, tourne toujours trop court.
1960/61 - Le Transfert - 315 - le fantasme est le seul
équivalent de la découverte personnelle par où il soit
possible que le sujet désigne la place de la réponse, le S(A
barré) qu'il attend du TRANSFERT, et que fasse sens S(A barré).
Dans le fantasme, le SUJET se saisit comme défaillant devant un
objet privilégié, qui est dégradation imaginaire de l'Autre en
ce point de défaillance; - il faut que, d'une certaine façon
[nous analystes], nous soyons vraiment ce S barré, que nous
soyons au dernier terme celui qui voit petit a (...), qui peut
voir l'objet du désir de l'Autre -
1961/62 - L'identification - 09/05/62 - Ce que veut dire d'abord
formellement la conjonction S barré et petit a, c'est que dans
le fantasme (...) le sujet se fait ( - a), absence de a, et rien
que cela devant le petit a au niveau si vous voulez de ce que
j'ai appelé l'identification au trait unaire [où sujet = racine
de - 1].
1962/63 - L'angoisse - 05/12/62 - [le fantasme, dans un sens,
c'est] un vu, et même, comme tous les vux, aussi
naïf. - je dirai que S barré désir de a, formule du fantasme,
ça peut se traduire (...) que l'Autre s'évanouisse, se pâme,
dirais-je, devant cet objet que je suis, déduction faite de ce
que je me vois. - C'est pourquoi l'on peut dire que le sujet
pervers (...) s'offre loyalement à la jouissance de l'Autre.
Seulement nous n'en aurions jamais rien su, s'il n'y avait pas
les névrosés pour qui le fantasme n'a absolument pas le même
fonctionnement. - il se sert de ce fantasme à des fins
particulières. - c'est ce qui lui sert le mieux, à lui
[névrosé], à se défendre contre l'angoisse, à recouvrir
l'angoisse. - cet objet "a" qu'il se fait être dans
son fantasme, le névrosé, eh bien je dirai qu'il lui va à peu
près comme des guêtres à un lapin. C'est bien pourquoi le
névrosé de son fantasme n'en fait jamais grand'chose. - [c'est]
ce qui leur sert de défense pour eux contre leur angoisse [et
aussi], contre toute attente, l'appât avec lequel ils tiennent
l'autre. - La réalité qu'il y a derrière cet usage de fallace
de l'objet dans le fantasme du névrosé a un nom très simple :
c'est la demande. Le vrai objet que cherche le névrosé, c'est
une demande : il veut qu'on lui demande, il veut qu'on le
supplie. La seule chose qu'il ne veut pas c'est payer le prix. -
[l'oblativité:] ce qu'il faudrait lui apprendre à donner au
névrosé, c'est cette chose qu'il n'imagine pas, c'est rien,
c'est justement son angoisse. - Le névrosé ne donnera pas son
angoisse. - toute la chaîne de l'analyse consiste en ceci qu'au
moins, il en donne l'équivalent, qu'il commence par donner un
peu son symptôme.
1962/63 - L'angoisse - 15/05/63 - cet objet central (a), en tant
qu'il est, non seulement séparé mais élidé, toujours ailleurs
(...), ce caractère d'élusion n'est nulle part plus manifeste
qu'au niveau de la fonction de l'il [regard], et c'est en
quoi le support le plus satisfaisant de la fonction du désir, le
fantasme, est toujours marqué d'une parenté avec les modèles
visuels où il fonctionne communément -
1962/63 - L'angoisse - 29/05/63 - ce qui apparaît à l'homme aux
loups - [la fenêtre, le cadre du fantasme] - l'essentiel n'y est
pas de savoir où est le phallus, il y est, si je puis dire,
partout, identique à ce que je pourrais appeler une catatonie de
l'image, l'arbre, les loups perchés - une catatonie qui n'est
point autre chose que celle même du sujet, de l'enfant médusé
- au point que, ce qui, dans la scène le regarde, et qui est en
quelque sorte invisible d'être partout, nous pouvons bien le
concevoir comme une image qui, ici n'est rien d'autre que la
transposition de son état d'arrêt, de son propre corps, ici
transformé dans cet arbre - le sujet n'est plus qu'érection
dans cette prise qui le fait phallus, l'arborifie [arb-horrifie],
le fige tout entier.
1964 - Les quatre concepts
- 41 - Le réel supporte le
fantasme, le fantasme protège le réel. - 58 - La place du
réel, qui va du trauma au fantasme - en tant que le fantasme
n'est jamais que l'écran qui dissimule quelque chose de tout à
fait premier -
FATIGUE
1958/59 - Le désir et son interprétation - 20/05/59 - [dans
l'effort, comme dans toute expérience de la tumescence (voir le
niveau phallique du fantasme)] le sujet s'éprouve, sans jamais
pourtant pouvoir se saisir, puisqu'aussi bien ici il n'y a pas à
proprement parler de marque possible, de coupure [signifiante]
possible - inversement il semble que ce quelque chose dont vous
savez le caractère de mirage, le caractère inobjectivable au
niveau de l'expérience névrotique, qui s'appelle la fatigue du
névrotique (...) est en quelque sorte l'inverse, la séquelle,
la trace d'un effort que j'appellerai de significantité.
["avoir le visage marqué", "les traits
tirés", etc]
FECONDITE
1961/62 - L'identification - 06/12/61 - Cette fécondité, cette
sorte de détermination qui est suspendue à ce signifié du
"A est A" ne saurait reposer sur sa vérité
puisqu'elle n'est pas vraie, cette affirmation. - le signifiant
[est fécond] de ne pouvoir être identique à
lui-même.[différence] - il n'y a pas de tautologie dans le fait
de dire que "la guerre est la guerre". Tout le monde
sait cela.
FEMME
1951 - Intervention sur le transfert - 222 - le problème de sa
condition est au fond de s'accepter comme objet du désir de
l'homme
1955/56 - Les psychoses - 193 - la femme s'interroge sur ce que
c'est qu'être une femme, de même que le sujet mâle s'interroge
sur ce que c'est qu'être une femme. [hystérie]
1956/57 - La relation d'objet - 9 - Ce fétiche, ce n'est pas
n'importe quel pénis, pour tout dire ce n'est pas le pénis
réel, c'est le pénis en tant que précisément la femme l'a,
c'est-à-dire en tant exactement qu'elle ne l'a pas. - c'est un
phallus symbolique - en fin de compte dans l'acte d'amour il est
clair que c'est la femme qui reçoit réellement, elle reçoit
bien plus qu'elle ne donne - si ceci est renversé dans
l'affirmation contraire que la femme se donne, c'est
précisément dans la mesure où symboliquement il doit en être
ainsi, à savoir qu'elle doit donner quelque chose en échange de
ce qu'elle reçoit, cad du phallus symbolique - [pour preuve]
c'est toujours le garçon qui est le fétichiste et jamais la
fille -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 12/03/58 - ce qui
s'articule à la base de cette relation dipienne [chez la
fille], c'est que la femme doit se proposer ou plus exactement
s'accepter elle-même comme un élément de ce type des échanges
[élémentaires, cf. Lévi-Strauss] - y devenir elle-même cet
objet d'échange. - nécessité pour une partie, une moitié
effectivement de l'humanité de devenir le signifiant de
l'échange. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 19/03/58 - Que se
passe-t-il quand le sujet (...) féminin a pris une certaine
position d'identification au père ? - Si une femme dit :
"je tousse comme mon père". - Alors là ce n'est pas
douteux. Ce sont des éléments signifiants. - Nous les
appellerons les "insignes" du père. - de la
masculinité. - [par la suite, dans la transformation du désir
qui s'ensuit, s'insère] tout le passé, toute la vicissitude des
relations extrêmement complexes qui jusque là ont modulé les
rapports de l'enfant avec la mère (...) tout particulièrement
agressives - c'est dans la mesure où une femme fait une
identification à son père, que dans ses rapports avec son mari
elle lui fait tout le grief qu'elle avait fait à sa mère -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 04/02/59 - [comme au
jeu d'échec, on peut dire du sujet névrosé] que le sujet ne
veux pas perdre sa dame. - [car] le partenaire féminin en tant
qu'autre est justement ce qui représente pour le sujet ce qu'il
y a en quelque sorte de plus tabou dans sa puissance - c'est
parce que sa femme est son phallus - On a au contraire tout
avantage en l'occasion à sacrifier sa dame. C'est ce que ne veux
en aucun cas faire le sujet parce que le signifiant phallus est
ce qui pour lui est identique à tout ce qui s'est produit dans
la relation à sa mère.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 17/06/59 - s'il y a
moins de perversion chez les femmes que chez les hommes, c'est
qu'elles satisfont en général leur ardeur perverse avec leurs
enfants [!]
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 254 - Si cette idée
incroyable a pu venir, de mettre la femme à la place de l'être,
cela ne la concerne pas en tant que femme, mais en tant qu'objet
du désir. - avec ce fait manifeste , que l'être auquel le
désir s'adresse n'est rien d'autre qu'un être de signifiant.
1960 - Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité
féminine - 735 - Bien loin que réponde en effet à ce désir la
passivité de l'acte, la sexualité féminine apparaît comme
l'effort d'une jouissance enveloppée dans sa propre contiguïté
(dont peut-être toute circoncision indique-t-elle la rupture
symbolique) pour se réaliser à l'envi du désir que la
castration libère chez le mâle en lui donnant son signifiant
dans le phallus. Est-ce alors ce privilège de signifiant que
Freud vise en suggérant qu'il n'y a peut-être qu'une libido et
qu'elle est marquée du signe mâle ?
1962/63 - L'angoisse - 20/03/63 - dans la règle de l'homme [dans
sa sexualité] il y a toujours la présence de quelque imposture.
Dans celle de la femme (...) c'est la mascarade, mais - La femme,
dans l'ensemble, est beaucoup plus réelle et beaucoup plus vraie
en ceci qu'elle sait ce que vaut l'homme
1962/63 - L'angoisse - 20/03/63 - Ce domaine, le domaine de la
jouissance, c'est le point où (...) la femme s'avère
supérieure - ce sont les femmes qui jouissent. - son lien au
nud du désir est beaucoup plus lâche. Ce manque, ce signe
moins, dont est marqué la fonction phallique pour L'HOMME, qui
fait que, pour lui, sa liaison à l'objet doit passer par cette
négativation du phallus par le complexe de castration, cette
nécessité qui est le statut du [moins phi] au centre du désir
de l'homme, voilà ce qui, pour la femme, n'est pas un nud
nécessaire [puisque le phallus est "réellement"
manquant]. - [ce rapport simplifié avec le désir de l'autre,
c'est ce qui permet aux femmes analystes, dit Lacan, d'éviter
les pièges du contre-transfert]
1962/63 - L'angoisse - 26/03/63 - bien sûr que pour elle il y a
aussi constitution de l'objet (a) du désir, puisqu'il se trouve
que les femmes parlent, elles aussi. On peut le regretter, mais
c'est un fait. - L'insatisfaction foncière dont il s'agit dans
la structure du désir est, si je puis dire, pré-castrative. -
c'est initialement ce qu'elle n'a pas comme tel qui va devenir,
constitue au départ l'objet de son désir ; alors qu'au départ
pour l'homme c'est ce qu'il n'est pas, c'est là où il
défaille. - Le fantasme de DON JUAN - et c'est en cela qu'il est
un fantasme féminin - c'est ce vu chez la femme d'une
image qui joue sa fonction (...) qu'il y en a un, d'homme, qui
l'a d'abord (...), l'a toujours (...), ne peut le perdre - aucune
femme ne peut le lui prendre (...) c'est ce qu'il a dans cette
occasion de commun avec la femme à qui, bien sûr, on ne peut
pas le prendre, puisqu'elle ne l'a pas.
1962/63 - L'angoisse - 19/06/63 - Le fait que le désir mâle
rencontre sa propre chute, avant l'entrée dans la jouissance du
partenaire féminin, et même, si l'on peut dire, que la
jouissance de la femme "s'écrase" (...) dans la
nostalgie phallique (...) est dès lors nécessité [pour elle]
à n'aimer l'autre mâle qu'en un point situé au-delà de ce qui
(...) l'arrête comme désir. [amour] - La jouissance de la femme
est en elle-même et ne se conjoint pas à l'Autre.
FETICHISME / FETICHE
1956/57 - La relation d'objet - Le sujet qui finalement trouve
son objet, et son objet exclusif, et il le dit lui-même,
d'autant plus exclusif et d'autant plus parfaitement satisfaisant
qu'il est inanimé, du moins comme cela il sera bien tranquille
de ne pas avoir de déception, de sa part, quand le sujet aime
une pantoufle voilà le sujet qui vraiment on peut le dire
l'objet de ses désirs à sa portée, c'est plus sûr (...). (4)
1956/57 - La relation d'objet - 9 - Ce fétiche, ce n'est pas
n'importe quel pénis, pour tout dire ce n'est pas le pénis
réel, c'est le pénis en tant que précisément la femme l'a,
c'est-à-dire en tant exactement qu'elle ne l'a pas. - c'est un
phallus symbolique - en fin de compte dans l'acte d'amour il est
clair que c'est la femme qui reçoit réellement, elle reçoit
bien plus qu'elle ne donne - si ceci est renversé dans
l'affirmation contraire que la femme se donne, c'est
précisément dans la mesure où symboliquement il doit en être
ainsi, à savoir qu'elle doit donner quelque chose en échange de
ce qu'elle reçoit, cad du phallus symbolique - [pour preuve]
c'est toujours le garçon qui est le fétichiste et jamais la
fille -
1956/57 - La relation d'objet - 9 - l'objet est cet au-delà qui
n'est rien - Mais dès que se place le rideau, sur ce rideau peut
se peindre quelque chose qui dit : l'objet est au-delà - Cette
projection dans la fonction du voile de la position (...) de
l'objet, c'est de cela qu'il s'agit. - (...), le quelque chose
de symbolique, à savoir précisément dans la dimension
historique qui fixe le fétiche, qui le projette sur le voile,
c'est ce quelque chose qui est le moment de l'histoire où
l'image s'arrête. - il n'y a aucun autre sens à donner au terme
de souvenir-écran - cette image (...) est le signe, elle est le
repère du point de refoulement. - Pourquoi le voile est-il plus
précieux à l'homme [fétichiste] que la réalité? - par
exemple ce point saisissant du souvenir-écran et de l'arrêt au
bas de la robe de la mère, voire de son corset - On voit la
fonction particulièrement satisfaisante d'un objet de lui-même
inerte, et pleinement à la merci du sujet pour la manoeuvre de
ses relations érotiques. - Freud nous dit : le fétichisme c'est
une défense contre l'homosexualité. - [il s'agit de fait d'une]
identification à la femme comme affrontée à ce pénis
destructeur , ou inversement de l'identification à ce phallus
imaginaire de la part du sujet, qui le fait être pour la femme
un pur objet [alternance par ex. de fétichisme et
d'exhibitionnisme, fluctuation de toute façon qui marque
l'insuffisante de la position tierce, celle de l'au-delà][ex.
d'exhibitionnisme réactionnel, proche du fétichisme, en ce
qu'il semble être une solution de rechange, ou simplement
"montrer" que cette solution il la cherche...: actes
délinquants, cleptomanie]
1958 - La direction de la cure... - 610 - distinguer l'objet
phobique en tant que signifiant à tout faire pour suppléer au
manque de l'Autre, et le fétiche fondamental de toute perversion
en tant qu'objet aperçu dans la coupure du signifiant.
FIXATION
1932 - Thèse - 257 - le rôle capital des fixations libidinales
dans l'élaboration du monde des objets au sens le plus
général. La fonction du "contact avec le réel"
rentrait ainsi dans l'énergétique générale de la libido. -
[tableau d'Abraham : 1) stade oral primaire : autoérotisme a-objectal = shizophrénie) 2) stade oral tardif (cannibalisme) :
narcissisme primaire (fixation au corps propre comme objet) =
groupe maniaque-dépressif, 3) stade sadique anal primaire :
narcissisme secondaire (à la fois réincorporation au moi d'une
partie de la libido, et projection sur les objets parentaux,
d'où le début de formation des mécanismes autopunitifs et de
surmoi (principe moral au-delà du principe de réalité) = forme
pathologique : paranoïa, 4) stade sadique anal secondaire =
névrose obsessionnelle, 5) Stade génital primaire (phallique) =
hystérie, 6) stade d'achèvement génital : normalité] - 255 -
[Lacan oppose cette conception du réel - objectal - à deux
doctrines psychologiques, d'ailleurs opposées. L'une situera le
trouble morbide dans la perte du sentiment du réel , cad
seulement le rendement social du sujet (Janet), son efficacité
dans l'action] - D'autres invoqueront encore la notion d'un
contact avec la réalité , mais cette fois il s'agira d'un
contact de nature vitale [contact ineffable fait d'] un échange
d'effusions et d'infusions affectives avec un état du réel que
l'on peut qualifier de primordial -
1932 - Thèse - 349 - A mesure qu'on appliquera notre méthode à
des psychoses plus discordantes , on révèlera des processus
organiques plus évidents, des réactions aux conflits vitaux de
moins en moins compréhensibles, mais l'importance des fixations
évolutives, de plus en plus archaïques, restera essentielle ;
pour ces fixations qui se rapportent au stade du narcissisme
primaire, nous proposons (...) le titre d'anomalies affectives pré-personnelles. - 340 - Il y a là une zone de phénomènes
où se fait le joint du plan vital individuel et du plan social
personnel -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 04/06/58 - ce pour
quoi une névrose est construite comme elle est construite (...),
c'est pour maintenir quelque chose d'articulé qui s'appelle le
désir. - [il ne faut dès lors pas] s'imaginer la fixation comme
quelque chose qui est arrivé en un point où le sujet a mis le
pied dans un pot de colle ; la fixation, c'est évidemment autre
chose. Si ça ressemble à quelque chose, c'est plutôt à des
piquets destinés à maintenir quelque chose qui autrement se
sauverait. [le désir] -
FOLIE
1946 - Propos sur la causalité psychique - 170 - il convient de
remarquer que si un homme qui se croit un roi est fou, un roi qui
se croit un roi ne l'est pas moins. - 171 - Le moment du virage
est ici donné par la médiation ou l'immédiateté de
l'identification, et pour dire le mot, par l'infatuation du
sujet. - Il "se croit" comme on dit en français -
[croyance]
1946 - Propos sur la causalité psychique - 176 - le risque de la
folie se mesure à l'attrait même des identifications où
l'homme engage à la fois sa vérité et son être. Loin donc que
la folie soit le fait contingent des fragilités de son
organisme, elle est la virtualité permanente d'une faille
ouverte dans son essence. Loin qu'elle soit pour la liberté
"une insulte", elle est sa plus fidèle compagne, elle
suit son mouvement comme une ombre. Et l'être de l'homme, non
seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait
pas l'être de l'homme s'il ne portait en lui la folie comme la
limite de sa liberté. - Ne devient pas fou qui veut. - n'atteint
pas qui veut, les risques qui enveloppent la folie.
1946 - Propos sur la causalité psychique - 186 - Cette tendance
suicide qui représente à notre avis ce que Freud a cherché à
situer dans sa métapsychologie sous le nom d'instinct de mort ou
encore de masochisme primordial , dépend pour nous du fait que
la mort de l'homme, bien avant qu'elle se reflète, de façon
d'ailleurs toujours si ambiguë, dans sa pensée, est par lui
éprouvée dans la phase de misère originelle qu'il vit, du
traumatisme de la naissance jusqu'à la fin des six premiers mois
de prématuration physiologique , et qui va retentir ensuite dans
le traumatisme du sevrage . - 187 - Au départ de ce
développement, voici donc liés le Moi primordial comme
essentiellement aliéné et le sacrifice primitif comme
essentiellement suicidaire : C'est-à-dire la structure
fondamentale de la folie. Ainsi cette discordance primordiale
entre le Moi et l'être serait la note fondamentale qui irait
retentir en toute une gamme harmonique - 188 - cette passion
d'être un homme, dirai-je, qui est la passion de l'âme par
excellence, le narcissisme , lequel impose sa structure à tous
ses désirs, fût-ce aux plus élevés. -
1955/56 - Les psychoses - 23 - Authentifier ainsi tout ce qui dans le
sujet est de l'ordre de l'imaginaire [comme étant du réel], c'est à proprement
parler faire de l'analyse l'antichambre de la folie, et nous n'avons qu'à
admirer que cela ne mène pas à une aliénation plus profonde - sans doute, ce
fait indique-t-il assez que, pour être fou, il y faut quelque prédisposition,
sinon quelque condition. - 24 - Ne devient pas fou qui veut .
FORCLUSION
1954 - Réponse au commentaire de Jean Hyppolite... - 391 - On
pourrait dire que le sentiment du déjà vu vient à la rencontre
de l'hallucination erratique, que c'est l'écho imaginaire qui
surgit en réponse à un point de la réalité qui appartient à
la limite où il a été retranché du symbolique. - 392 - [Bien
différent le phénomène hallucinatoire] à se heurter au
symbole qu'il a à l'origine retranché de sa Bejahung . Car ce
symbole ne rentre pas pour autant dans l'imaginaire [comme
précédemment ; d'où une opposition frontale réel/symbolique].
Il constitue, nous dit Freud, ce qui proprement n'existe pas ; et
c'est comme tel qu'il ek-siste - Le contenu de l'hallucination,
si massivement symbolique, y doit son apparition dans le réel à
ce qui n'existe pas pour le sujet. Tout indique en effet que
celui-ci [le petit garçon au doigt "coupé", incapable
d'en dire quelque chose] reste fixé dans son ics à une position
féminine imaginaire qui ôte tout sens à sa mutilation
hallucinatoire.
1955/56 - Les psychoses - 327 - La différence qu'il y a entre la grand'route et le sentier des éléphants, c'est que nous, nous
nous y arrêtons (...), au point de nous agglomérer - la
grand-route est un site, autour de quoi non seulement
s'agglomèrent toutes sortes d'habitations, de lieux de séjour,
mais aussi qui polarise, en tant que signifiants [points de
capiton], les significations. - les villes se sont formées (...)
au nud des routes. - 329 - Quel est le signifiant qui est
mis en suspens dans sa crise inaugurale [de Schreber] ? C'est le
signifiant procréation - la sommation de ces faits - copuler
avec une femme, qu'elle porte ensuite quelque chose pendant un
certain temps dans son ventre, que ce produit finisse par être
éjecté - n'aboutira jamais à constituer la notion de ce que
c'est qu'être père . Je ne parle même pas de tout le faisceau
culturel [imaginaire] impliqué dans le terme. - 330 - Le
signifiant être père est ce qui fait la grand route entre les
relations sexuelles avec une femme. Si la grand-route n'existe
pas, on se trouve devant un certain nombre de petits chemins
élémentaires, copuler et ensuite la grossesse d'une femme. -
Cad que, là où le signifiant ne fonctionne pas, ça se met à
parler tout seul au bord de la route, des mots écrits
apparaissent sur des écriteaux. [hallucination]
1955/56 - Les psychoses - 21 - Freud admet un phénomène
d'exclusion pour lequel le terme de Verwerfung paraît valable,
et qui se distingue de la Verneinung , laquelle se produit à une
étape très ultérieure. Il peut se faire qu'un sujet refuse
l'accession, à son monde symbolique, de quelque chose que
pourtant il a expérimenté, et qui n'est rien d'autre en cette
occasion que la menace de castration. Toute la suite du
développement du sujet montre qu'il n'en veut rien savoir, Freud
le dit textuellement au sens du refoulé . - Ce qui tombe sous le
coup du refoulement fait retour, car le refoulement et le retour
du refoulé ne sont que l'endroit et l'envers d'une même chose.
- Par contre, ce qui tombe sous le coup de la Verwerfung a un
sort tout à fait différent. - tout ce qui est refusé dans
l'ordre symbolique, au sens de la Verwerfung , reparaît dans le
réel. - [Cf. l'hallucination infantile de l'Homme aux loups,
manifestant le refus de l'accession à la castration : se coupant
le bout du doigt, il s'assoit sur un banc, incapable d'en parler
même à sa nourrisse .] - 170 - A propos de la Verwerfung ,
Freud dit que le sujet ne voulait rien savoir de la castration,
même au sens du refoulement . En effet, au sens du refoulement,
on sait encore quelque chose de ce dont même on ne veut, d'une
certaine façon, rien savoir, et c'est toute l'analyse de nous
avoir montré qu'on le sait fort bien.
1955/56 - Les psychoses - 171 - Il s'agit du rejet d'un
signifiant primordial dans les ténèbres extérieures,
signifiant qui manquera dès lors à ce niveau. - Il s'agit d'un
processus primordial d'exclusion d'un dedans primitif, qui n'est
pas le dedans du corps, mais celui d'un premier corps de
signifiant. / C'est à l'intérieur de ce corps primordial que
Freud suppose se constituer le monde de la réalité, comme
déjà ponctué, déjà structuré en termes de signifiants. - La
première appréhension de la réalité par le sujet [selon
Freud], c'est le jugement d'existence, qui consiste à dire -
Ceci n'est pas mon rêve ou mon hallucination ou ma
représentation, mais un objet. / Il s'agit (...) d'une mise à
l'épreuve de l'extérieur par l'intérieur, de la constitution
de la réalité du sujet dans une retrouvaille de l'objet.
L'objet est retrouvé dans une quête, et on ne retrouve
d'ailleurs jamais le même objet. [Mais, y a-t-il forclusion avec
le jugement d'inexistence (ce qui paraîtrait logique) ou
d'existence (puisque poser l'existence de l'objet c'est nier,
rejeter le fait qu'il s'agit d'une représentation ?] - [Quand au
refoulement , il apparaît avec le jugement d'attribution : c'est
ou ce n'est pas le même objet. Même remarque : il y a alors un
refoulement originaire, puisque ce n'est jamais le même objet.]
1957 - D'une question préliminaire à tout traitement possible
de la psychose - 577 - Pour que la psychose se déclenche, il
faut que le Nom--du-Père, verworfen , forclos, cad jamais venu
à la place de l'Autre, y soit appelé en opposition symbolique
au sujet. / C'est le défaut du Nom-du-Père à cette place qui,
par le trou qu'il ouvre dans le signifié amorce la cascade des
remaniements du signifiant d'où procède le désastre croissant
de l'imaginaire, jusqu'à ce que le niveau soit atteint où
signifiant et signifié se stabilisent dans la métaphore
délirante. - 578 - Pour aller maintenant au principe de la
forclusion du Nom-du-Père, il faut admettre que le Nom-du-Père
redouble à la place de l'Autre le signifiant lui-même du
ternaire symbolique, en tant qu'il constitue la loi du
signifiant.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 08/01/58 - [psychose]
Il s'agit de voir pourquoi (...) ce dont il s'agit par
l'exclusion de ce qui se passe entre le message et l'Autre
[code], va avoir pour résultat [voix et d'hallucinations] - un
message qui comme tel, n'est pas possible à entériner, un
message qui se manifeste aussi dans la dimension pure et brisée
du signifiant - il ne peut arriver au niveau du message qu'entant
que message interrompu.
FRUSTRATION
1956/57 - La relation d'objet - (39) - [La frustration est le dam
imaginaire d'un objet réel (sein), dont l'agent est la mère
symbolique (absence/présence). Mais] La mère [devient] réelle,
justement pour autant qu'elle frustre cet amour [et aussi pour
autant qu'elle devient, elle, l'objet (réel) de cet amour : soit
l'amour incarné. C'est par rapport au sein qu'elle est dite
symbolique].
1956/57 - La relation d'objet (résumé par Pontalis) - Ce n'est
pas la non satisfaction d'un besoin qui l'engendre, mais le refus
d'un don. Comment comprendre autrement que le désir refoulé
[refoulement] soit indestructible ? - Rappelons que pour Freud la
frustration n'est jamais que Versagung, cad promesse et rupture
de promesse.
1956/57 - La relation d'objet - la frustration de l'amour
[absence/présence de la mère] et la frustration de la
jouissance sont deux choses, parce que la F de l'amour est en
elle-même grosse de toutes les relations intersubjectives - ce
n'est pas la frustration de la jouissance qui engendre la
réalité - aucune espèce de constitution d'objet quel qu'il
soit - ce n'est pas simplement parce que l'enfant est privé du
SEIN de la mère qu'il en fomente l'image fondamentale, ni non
plus aucune espèce d'image, il est nécessaire que cette image
en elle-même soit prise comme une dimension originale, cette
pointe du sein qui est absolument essentielle, c'est à lui
[elle] que se substituera et se superposera le phallus. - ce qui
succède à la frustration de l'objet de jouissance chez
l'enfant, c'est quelque chose qui se maintient dans le sujet à
l'état de relation imaginaire [cad que toutes les images sont
référées à une image fondamentale, qui rapport avec l'image
du corps]
1956/57 - La relation d'objet - (5) l'objet de la frustration
c'est moins l'objet que le don. - (10) - Chaque fois qu'il y a
frustration d'amour, la frustration se compense par la
satisfaction du besoin ; c'est pour autant que la mère manque à
l'enfant qui l'appelle, qui s'accroche, qui s'accroche à son
sein et qui en fait quelque chose de plus significatif que tout -
Dés lors la valeur prévalente que prend l'objet (...) est
précisément fondée sur ceci : qu'un objet réel prend sa
fonction en tant que partie de l'objet d'amour, il prend sa
signification en tant que symbolique, il devient comme objet
réel une partie de l'objet symbolique - L'enfant donc dans la
satisfaction, écrase l'inassouvissement fondamental de cette
relation [d'amour], dans la saisie orale avec laquelle il endort
le jeu [absence/présence] - c'est précisément parce qu'elle
est entrée dans cette dialectique de substitution de la
satisfaction ou exigence d'amour, qu'elle est bien une activité
érotisée [cad qu'entre-temps, le besoin est devenu pulsion] - le
terme de régression est applicable à ce qui se passe quand
l'objet réel, et du même coup l'activité qui est faite pour le
saisir, vient se substituer à l'exigence symbolique -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 18/06/58 - le
problème essentiel, c'est de savoir comment l'enfant sort de la
satisfaction, et non pas de la frustration, pour se construire un
monde. - un monde s'articule pour le sujet humain, qui comporte
un au-delà de la demande, quand la demande est satisfaite, et
non quand elle est frustrée, c'est cela qu'il [Winicott] appelle
les objets transitionnels -
1961/62 - L'identification - 14/03/62 - le petit enfant en proie
à la passion jalouse devant son frère qui pour lui, en image,
fait surgir la possession de cet objet, le sein nommément qui
jusqu'alors n'a été que l'objet sous-jacent élidé (...)
l'objet métonymique de chacun de ses recours ; le voici soudain
pour lui produit dans l'éclairage aux effets pour nous signalés
par sa pâleur mortelle, l'éclairage de ce quelque chose de
nouveau qui est le désir : le désir de l'objet comme tel en
tant qu'il rententit jusqu'au fondement même du sujet (...) comme révélant son
manque fondamental, et ceci sous la forme de l'Autre comme mettant au jour, à la
fois la métonymie et la perte qu'elle conditionne. - dimension de perte
essentielle à la métonymie, perte de la chose dans l'objet (...) [comme aussi]
perte de quelque chose d'essentiel dans l'image, dans cette métonymie qui
s'appelle le moi - Là est la révélation imaginaire, et c'est le sens et la
fonction de la frustration (...) comme la seconde source de l'expérience [la
première étant la privation].
GENITALITE
1956/57 - La relation d'objet - Freud pose (...) que la première
maturité du stade à proprement parler génital qui se produit
avant le développement complet de d'oedipe, est la phase dite
phallique (...) [cad] qu'il y a une seule représentation
imaginaire primitive de l'état et du stade génital, c'est le
phallus en tant que tel (...) l'image érigée du phallus (...),
il n'y a pas d'autre choix qu'une image virile ou la castration.
1960/61 - Le Transfert - 258 - [phallus] La thématique de
l'avoir, je vous l'annonce depuis longtemps par des formules
telles que - l'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas. - 259 - Ce
qu'il n'a pas [le sujet entrant dans la phase phallique] (...)
n'est rien d'autre que son acte. Il n'a rien qu'une traite sur
l'avenir. - 272 - Cela concerne d'abord les paradoxes de la
situation de l'enfant, à savoir qu'il s'agit chez lui d'un
désir en encore fragile, incertain, prématuré, anticipé .
Mais cette observation nous masque en fin de compte ce dont il
s'agit - c'est tout simplement la réalité du désir sexuel à
quoi n'est pas adaptée, si l'on peut dire, l'organisation
psychique en tant qu'elle est psychique, et ce, à quelque niveau
que ce soit. Car l'organe n'est apporté et abordé que transformé en signifiant,
et pour être transformé en signifiant, il est tranché. [cf. les histoires de
plomberie du petit Hans]
GUERISON
1932 - Thèse - 275 - L'évolution et le pronostic de la psychose
comportent non la guérison, mais la curabilité . Les guérisons
spontanées sont en effet incontestables. - Mais une condition
interne est à la base première de ces guérisons : c'est la
satisfaction de la pulsion autopunitive. - 276 - la répression pénitentière , appliquée avec le bénéfice de l'atténuation
maximum, nous semble avoir une valeur thérapeutique égale à la
prophylaxie asilaire - 278 - C'est pourquoi il nous semble que ce
type de sujet doit trouver le plus grand bienfait à une
intégration, conforme à ses capacités personnelles, dans une
communauté de nature religieuse. Il y trouvera en outre une
satisfaction, soumise à des règles, de ses tendances
autopunitives. - 250 - [suite à son internement, Aimée] La
malade a "réalisé" son châtiment : elle a éprouvé
la compagnie où elle est réduite de délinquants divers, par
une brutale prise de contact avec leurs faits - Ce qu'elle
"réalise" encore, c'est qu'elle s'est frappée
elle-même , et paradoxalement c'est alors seulement qu'elle
éprouve le soulagement affectif (pleurs) et la chute brusque du
délire
HAINE
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 305 - nous
connaissons moins de nos jours le sentiment de la haine que dans
des époques où l'homme était plus ouvert à sa destinée. -
306 - Et pourquoi ? Parce que nous sommes déjà très
suffisamment une civilisation de la haine. - Peut-être est-ce
cet état de floculation diffuse de la haine qui sature en nous
l'appel à la destruction de l'être. Comme si l'objectivation
[connaissance] de l'être humain dans notre civilisation
correspondait exactement à ce qui, dans la structure de l'ego,
est le pôle de la haine.
1956 - Situation de la psychanalyse et formation du psychanalyste
en 1956 - 479 - ce sentiment est connaissance, en lui l'on
communie sans communiquer -
HALLUCINATION
1933 - Sur le problème des hallucinations - [D'après H. Maier]
Il faut désormais étudier l'hallucination non comme un
phénomène isolé ou comme une entité psychologique, mais dans
ses rapports avec la PERSONNALITÉ totale et les altérations de
celle-ci. [Maier distingue 1) les h catathymiques (= formation
des complexes associatifs sous l'influence de facteurs affectifs)
ou psychogènes, 2) les h à la fois catathymiques et organiques
(psychogènes quant au contenu, mais résulte d'un
affaiblissement pathologique du système nerveux), 3) les h
d'origine toxique, intoxications [creuser par ailleurs le concept
d'infection] exogènes (alcool etc) ou endogènes (délire
uréliques, etc)
1933 - Sur le problème des hallucinations - l'hallucination est
(...) essentiellement croyance en l'objet sans l'objet, fondée
sur une perception (...) ou sans perception - On opposera aux
hallucinations ainsi définies les HALLUCINOSES comme des
symptômes sensoriels isolés, ayant fréquemment un caractère
perceptif, mais sans croyance en la réalité de l'objet, sans
DÉLIRE. Or, l'hallucinose se manifeste en clinique comme ayant
un rapport symptomatique direct avec une lésion neurologique -
1954 - Réponse au commentaire de Jean Hyppolite... - 391 - On
pourrait dire que le sentiment du déja vu vient à la rencontre
de l'hallucination erratique, que c'est l'écho imaginaire qui
surgit en réponse à un point de la réalité qui appartient à
la limite où il a été retranché du symbolique. - 392 - [Bien
différent le phénomène hallucinatoire] à se heurter au
symbole qu'il a à l'origine retranché de sa Bejahung . Car ce
symbole ne rentre pas pour autant dans l'imaginaire [comme
précédemment ; d'où une opposition frontale réel/symbolique].
Il constitue, nous dit Freud, ce qui proprement n'existe pas ; et
c'est comme tel qu'il ek-siste - Le contenu de l'hallucination,
si massivement symbolique, y doit son apparition dans le réel à
ce qui n'existe pas pour le sujet. Tout indique en effet que
celui-ci [le petit garçon au doigt "coupé", incapable
d'en dire quelque chose] reste fixé dans son ics à une position
féminine imaginaire qui ôte tout sens à sa mutilation
hallucinatoire.
1955/56 - Les psychoses - 55 - Quand nous parlons de névrose,
nous faisons jouer un certain rôle à une fuite, à un
évitement, ou un conflit avec la réalité quelque part. - 56 -
[il s'agit d'] une partie de la réalité psychique .[souligne
Freud] - Cette partie est oubliée, mais continue à se faire
entendre - d'une façon symbolique. - A quoi il oppose la
psychose, où c'est avec la réalité extérieure qu'un moment il
y a eu trou, rupture - un trou, que viendra ensuite combler le
monde fantastique. - 57 - [pour expliquer la pièce rapportée du
fantasme psychotique] Nous avons à notre disposition le
mécanisme de la projection. - [Mais qui ne convient pas
vraiment] - Bien plutôt nous devons dire que ce qui est rejeté
(...) revient de l'extérieur . - 59 - [Ex. Je viens de chez le
charcutier [pour dire : "cochon!"]. Réponse du berger
à la bergère : Truie . Or ce n'est justement pas le même
message sous sa forme inversée, comme il est patent dans la
parole, qui va de a à A . Ici c'est son propre message, qui va
de a à a' .] - 62 - Qui est-ce qui parle ? Puisqu'il y a
hallucination, c'est la réalité qui parle. [soit petit a . Car
] quand l'Autre avec un grand A parle, ce n'est pas purement et
simplement la réalité devant laquelle vous êtes, à avoir
l'individu qui articule. L'Autre est au-delà de cette réalité.
- 63 - En d'autres termes, quand une marionnette parle [ce qu'est
tout individu, comme tel], ce n'est pas elle qui parle, c'est
quelqu'un derrière.- [Ici] Notre patiente ne dit pas quelqu'un
d'autre derrière lui qui parle - sa propre parole est dans
l'autre qui est elle-même - Truie est donné du tac au tac, et
on ne sait plus quel est le premier tac. / Que la parole
s'exprime dans le réel veut dire qu'elle s'exprime dans la
marionnette. - Le petit a , c'est le monsieur qu'elle rencontre
dans le couloir, et il n'y a pas de grand A. petit a' , c'est ce
qui dit Je viens de chez le charcutier Et de qui dit-on Je viens
de chez le charcutier ? De S. Petit a lui a dit Truie . - 64 - Il
n'y a que deux façons de parler ce S, de ce sujet que nous
sommes radicalement, c'est - soit de s'adresser vraiment à
l'Autre, grand A, et d'en recevoir le message qui vous concerne
sous une forme inversée, - soit d'indiquer sa direction, son
existence, sous la forme de l'allusion. Si cette femme est (...)
une paranoïaque, c'est que le cycle, pour elle, comporte une
exclusion du grand Autre. Le circuit se referme sur les deux
petits autres - Elle parle tellement bien par allusion qu'elle ne
sait pas ce qu'elle en dit. - Moi la truie, je viens de chez le
charcutier, je suis déjà disjointe, corps morcelé, (...),
délirante, et mon monde s'en va en morceaux, comme moi-même. -
1955/56 - Les psychoses - 182 - la relation d'écho intérieur
où le sujet est par rapport à son propre discours. - 33 - [dans
l'h.] le sujet articule ce qu'il dit entendre. [ici, lorsque le
sujet parle, il ne s'entend pas, au sens de se reconnaître,
lui-même.] [reconnaissance]
1955/56 - Les psychoses - 154 - [Le sujet entend peut-être ce
qu'il articule, mais au fond c'est le cas de tout le monde.
L'halluciné attribue ce discours à un Autre, à son usage.] -
160 - Ce qui signe l'hallucination, c'est ce sentiment
particulier du sujet, à la limite du sentiment de réalité et
du sentiment d'irréalité, sentiment de proche naissance, de
nouveauté, et pas n'importe laquelle, de nouveauté à son usage
faisant irruption dans le monde extérieur. Ce n'est pas du même
ordre que ce qui apparaît en rapport avec la signification et la
signifiance. - 156 - [Par ex.] Vous êtes au déclin d'une
journée d'orage et de fatigue, vous considérez l'ombre qui
commence d'envahir ce qui vous entoure, et quelque chose vous
vient à l'esprit, qui s'incarne dans la formulation la paix du
soir. - surpris que nous sommes par cette formulation plus ou
moins endophasique, plus ou moins inspirée, qui nous vient comme
un murmure de l'extérieur. - 157 - limite où le discours, s'il
débouche sur quelque chose au-delà de la signification, c'est
sur du signifiant dans le réel. - une certaine façon de prendre
ce moment du soir comme signifiant - 158 - S'il y a quelque chose
par quoi la parole vient se combiner avec une fonction vocale
absolument a-signifiante, et qui contient pourtant tous les
signifiants possibles, c'est bien ce qui nous fait frissonner
dans le hurlement du chien devant la lune.- le hurlement est un
pur signifiant [sans signification], tandis que l'appel à l'aide
a une signification
1957 - D'une question préliminaire à tout traitement possible
de la psychose - 560 - [voici ce qui se produit selon Schreber
dans cet] effort de réplique à quoi donc le sujet est ainsi
suspendu (...) : 1. Ce qu'il appelle le miracle du hurlement
(...), cri tiré de sa poitrine et qui le surprend [comme un
signifiant dans le réel] au-delà de tout avertissement, qu'il
soit seul ou devant une assistance horrifiée par l'image qu'il
lui offre de sa bouche soudain béante sur l'indicible vide, et
qu'abandonne le cigare qui s'y fixait l'instant d'avant ; 2.
L'appel au secours (...), émis par des "nerfs divins
détachés de la masse", et dont le ton plaintif se motive
du plus grand éloignement où Dieu se retire ; (...) 3.
L'éclosion prochaine (...) dans la chambre voisine, dans le
couloir, de manifestations qui, sans être extraordinaires,
s'imposent au sujet comme produites à son intention ; 4.
L'apparition à l'échelon suivant du lointain, soit hors de la
prise des sens, dans le parc, dans le réel , de créations
miraculeuses, cad nouvellement créées (...) oiseaux ou
insectes. / Ces derniers météores du délire n'apparaissent-ils
pas comme la trace d'un sillage, ou comme un effet de frange,
montrant les deux temps où le signifiant qui s'est tu dans le
sujet, fait, de sa nuit, d'abord jaillir une lueur de
signification à la surface du réel, puis fait le réel
s'illuminer d'une fulgurance projetée du dessous de son
soubassement de néant ?
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 25/06/58 - pour le
psychotique la parole de l'Autre ne passe nullement dans son ics ; l'Autre lui
parle sans cesse [dans le réel], l'Autre en tant que lieu de la parole. - c'est
là que ça parle, et que ça retentit de tous côtés
1958/59 - Le désir et son interprétation - 26/11/58 - si une
hallucination nous pose des problèmes qui lui sont propres,
c'est parce qu'il s'agit de signifiants et non pas d'images, ni
de choses, ni de perceptions, enfin de fausses perceptions du
réel comme on s'exprime.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 03/12/92 - Le
processus primaire signifie la présence du désir, (...) du
désir là où il se présente comme le plus morcelé - Le
processus primaire quand il est seul en jeu, aboutit à
l'hallucination (...) par un procès de régression - C'est
toujours quand [selon Freud] l'issue vers la motilité de
l'incitation est pour une raison quelconque barrée - le
résultat du processus primaire, c'est qu'en quelque sorte sur ce
circuit quelque chose s'allume. - ceci ne répond nullement au
principe du besoin, car bien entendu aucun besoin n'est satisfait
par une satisfaction hallucinatoire. Le besoin exige, pour être
satisfait, l'intervention du processus secondaire - [les besoins]
sont soumis au principe de réalité. - En fin de compte selon
Freud la réalité humaine se construit sur un fond
d'hallucination préalable, lequel est l'univers du plaisir - Le
processus primaire ne vise pas la recherche d'un objet nouveau,
mais d'un objet à retrouver, et ceci par la voie d'une
Vorstellung réévoquée, parce que (...) correspondant à un
premier frayage alors que l'allumage de cette lampe donne droit
à une prime (...), et c'est cela le principe de plaisir. Mais
pour que cette prime soit honorée, il faut qu'il y ait une
certaine réserve de sous dans la machine, et la réserve de sous
dans la machine dans l'occasion elle est vouée à ce second
système de processus qui s'appelle les processus secondaires. En
d'autres termes, l'allumage de la lampe n'est une satisfaction
qu'à l'intérieur de la convention totale de la machine en tant
que cette machine est celle du joueur, à partir du moment où il
joue.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 66 - En fin de compte,
sans quelque chose qui l'hallucine en tant que système de
référence, aucun monde de perception n'arrive à s'ordonner de
façon valable, à se constituer de façon humaine. Le monde de
la perception nous est donné par Freud comme dépendant de cette
hallucination fondamentale [de la CHOSE ?] sans laquelle il n'y
aurait aucune attention disponible.
1964 - Les quatre concepts
- 138 - La réalité de
l'inconscient, c'est - vérité insoutenable - la réalité
sexuelle. - 140 - nous devons considérer l'ics comme une
rémanence de cette jonction archaïque de la pensée avec la
réalité sexuelle. - 142 - Seule la présence du sujet qui
désire, et qui désire sexuellement, nous apporte cette
dimension de métaphore naturelle, d'où se décide la prétendue
identité de la perception [caractérisant l'ics selon Freud]. -
Ce n'est qu'en raison de la sexualisation de ces objets que
l'hallucination du rêve est possible - car, vous pouvez le
remarquer, la petite Anna n'hallucine que les objets interdits. -
la dimension de signification est absolument essentielle à
repérer dans toute hallucination pour nous permettre de saisir
ce dont il s'agit dans le principe du plaisir.
HISTOIRE
1950 - Intervention au 1er congrès mondial de psychiatrie - nous
ne pouvons pas (...) cesser de la soutenir [la notion de
vérité] dans sa vigueur socratique : cad oublier que la
vérité est un mouvement du discours, qui peut valablement
éclairer la confusion d'un passé qu'elle élève à la dignité
de l'histoire, sans en épuiser l'impensable réalité. - La
vérité qui fera son salut [de l'analysant], il n'est pas en
votre pouvoir de la lui donner, car elle n'est nulle part, ni
dans sa profondeur, ni dans quelque besace, ni devant lui, ni
devant vous. Elle est, quand il la réalise, et si vous êtes là
pour lui répondre quand elle arrive, vous ne pouvez la forcer en
prenant la parole en sa place.
1953 - Fonction et champ de la parole
- 139 - Ce que nous apprenons
au sujet à reconnaître comme son inconscient, c'est
son histoire, - cad que nous l'aidons à parfaire
l'historisation actuelle des faits qui ont déterminé déjà
dans son existence - Mais s'ils ont eu ce rôle, c'est déjà en
tant que faits d'histoire, cad en tant que reconnus dans un
certain sens ou censurés dans un certain ordre. Ainsi toute
fixation à un prétendu stade instinctuel est avant tout
stigmate historique : page de honte qu'on oublie ou qu'on annule,
ou page de gloire qui oblige. - Pour dire bref, les stades
instinctuels sont déjà quand ils sont vécus, organisés en
subjectivité. - subjectivité de l'enfant qui enregistre en
victoires et en défaites le geste de l'éducation de ses
sphincters, y jouissant de la sexualisation imaginaire de ses
orifices cloacaux, faisant agression de ses expulsion
sexcrémentielles, séduction de ses rétentions, et symboles de
ses relâchements -
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 18 - Le progrès de
Freud, sa découverte, est dans la façon de prendre un cas dans
sa singularité . - la dimension propre de l'analyse, c'est la
réintégration par le sujet de son histoire - 19 - L'histoire
est le passé pour autant qu'il est historisé dans le présent -
20 - en fin de compte, ce dont il s'agit, c'est moins de se
souvenir que de réécrire [reconstruire] l'histoire. - 29 -
L'analyse est une expérience du particulier.
1957 - Entretien (L'Express) - Ce n'est pas d'effets instinctuels
à leur puissance première que Freud traite. Ce qui est
analysable l'est pour autant qu'il est déjà articulé dans ce
qui fait la singularité de l'histoire du sujet. Si le sujet peut
s'y reconnaître, c'est dans la mesure où la psychanalyse permet
le "transfert" de cette articulation.
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 518 -
[Transfert] C'est dans une mémoire, comparable à ce qu'on
dénomme de ce nom dans nos modernes machines-à-penser (fondées
sur une réalisation électronique de la composition
signifiante), que gît cette chaîne qui insiste à se reproduire
dans le transfert, et qui est celle d'un désir MORT. / C'est la
vérité de ce que ce désir a été dans son histoire, que le
sujet crie par son symptôme - 519 - C'est aussi pourquoi la
psychanalyse seule permet de différencier, dans la mémoire, la
fonction de remémoration. Enracinée dans le signifiant, elle
résout, par l'ascendant de l'histoire dans l'homme, les apories
platoniciennes de la réminiscence.
1964 - L'éthique de la psychanalyse - 151- Comme dans Sade, la
notion de la pulsion de mort est une sublimation créationniste,
liée à cet élément structural qui fait que, dès lors que
nous avons affaire à quoi que ce soit dans le monde qui se
présente sous la forme de la chaîne signifiante, il y a quelque
part, mais assurément hors du monde de la nature, l'au-delà de
cette chaîne, l'ex-nihilo sur lequel elle se fonde et s'articule
comme telle. - 252 - cela revient en fin de compte - et c'est
ainsi que nous lisons l'Au-delà du principe du plaisir - à
substituer à la Nature un sujet. - Je vous montre la nécessité
d'un point de création ex-nihilo dont naît ce qui est
historique [histoire] dans la pulsion [et qui fait que
l'évolutionnisme et Freud, cela fait deux]. Au commencement
était le Verbe, ce qui veut dire le signifiant.
HOMME
1946 - La psychiatrie anglaise et la guerre - 304 - l'effet
macérant pour l'homme d'une prédominance psychique des
satisfactions familiales, et cet inoubliable défilé (...) de
sujets mal réveillés de la chaleur des jupes de la mère et de
l'épouse -
1953 - Fonction et champ de la parole
- 155 - L'homme parle
donc, mais c'est parce que le symbole l'a fait homme.
1957 - Entretien (L'Express) - à partir du fait qu'il se brûle,
il [l'enfant] est mis en face de quelque chose de beaucoup plus
important que la découverte du chaud et du froid. En effet,
qu'il se brûle et il se trouve toujours quelqu'un pour lui
faire, là-dessus, tout un discours. L'enfant a beaucoup plus
d'effort à faire pour entrer dans ce discours dont on le
submerge, que pour s'habituer à éviter le poële. En d'autre
termes, l'homme qui naît à l'existence a d'abord affaire au
langage ; c'est une donnée.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 18/06/58 - la
dimension qu'on peut appeler la dimension de l'hystérie latente
à toute espèce d'être humain dans le monde, à savoir tout ce
qui peut se présenter comme question sur son propre désir.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 150 - Il s'agit en
effet de la Chose en tant qu'elle est définie par ceci qu'elle
définit l'humain [ "en fonction de médium entre le réel
et le signifiant" p.155] - encore que justement, l'humain
nous échappe. En ce point, ce que nous appelons l'humain ne
serait pas défini autrement que de la façon dont j'ai défini
tout à l'heure la Chose, à savoir ce qui du réel pâtit du
signifiant.
1962/63 - L'angoisse - 05/12/62 - L'homme trouve sa maison en un
point situé dans l'Autre, au-delà de l'image dont nous sommes
faits et cette place représente l'absence où nous sommes.
HOMOSEXUALITE
1957/58 - Les formation de l'inconscient - 29/01.58 - ce qu'il y
a de plus formidable, c'est qu'on ne les guérit pas, malgré
qu'ils soient absolument guérissables. - [c'est] très proprement
une inversion quant à l'objet qui se (...) structure au niveau
d'un dipe plein et achevé - sous une forme quelconque
c'est la mère qui (...) fait la loi au père. - [Il y a le cas
du père trop interdicteur, mais aussi les] cas où le père aime
trop la mère - [s'il est vrai que, aimer c'est donner ce qu'on
n'a pas, si le père aime trop il fait par trop visiblement la
preuve de son manque qui est perçu comme faiblesse.] - [Donc le
ressort de l'homosexualité n'est pas un rapport à la mère mais
bien un rapport avec ce qui devrait être le message de la loi,
c'est-à-dire du père, et qui est actuellement détenu par la
personne de la mère.] -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 04/06/58 - Pourquoi
à un moment, dans certains cas, et dans la forme du complexe d'dipe inversé, l'objet [la Mère] qui est un objet
d'attachement libidinal devient-il objet d'identification? -
c'est là la question essentielle, celle du rapport entre l'amour
pour un objet et l'identification - [Cela recoupe la
problématique phallique de l'être et de l'avoir,] la
différence qu'il y a entre l'attachement érotique libidinal à
l'objet aimé [avoir] et l'identification au même [être]
[comment s'opère le passage et dans quelle mesure parler de
régression? Est-ce parce que, à la différence de
l'identification signifiante au père, nous aurions ici une
identification objectale à la mère ; ou bien est-ce le choix
des signifiants qui tout simplement est en cause? Il n'est pas
contradictoire avec la nature signifiante du phallus que de se
faire objet cad le phallus pour le désir de la mère. Simplement
l'identification (homosexuelle) qui s'ensuit, résulte d'une
confusion entre la ligne de "suggestion" (la demande
comme appel à la satisfaction du besoin) et la ligne de
"transfert" (la demande d'amour, où le signifiant
comme tel entre en jeu). Cette mise au point topique élimine à
proprement parler le problème de la régression.] - [Pour
constituer l'autre comme objet, voire pour se constituer comme
objet pour le désir de l'autre, et ensuite pour s'identifier à
lui, il faut bien que l'autre comme tel soit constitué cad
symbolisé préalablement, et c'est là le fait de la demande
inconditionnelle d'amour.]
1960 - Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité
féminine - 735 - Si plus qu'un autre un tel amour [femme] se
targue d'être celui qui donne ce qu'il n'a pas, c'est bien là
ce que l'homosexuelle excelle à faire pour ce qui lui manque. -
il ne va rien de moins qu'à se donner les gants de l'amour
courtois.
HYPNOSE
1962/63 - L'angoisse - 16/01/63 - [dans l'hypnose] C'est que le
sujet dans le miroir de l'Autre est capable de lire tout ce qui
est là au niveau de ce petit vase pointillé : tout ce qui est spécularisable, on y va. - La seule chose qu'on ne voit pas dans
l'hypnose, c'est justement le bouchon de la carafe lui-même, ni
le regard de l'hypnotiseur qui est la cause de l'hypnose.
1964 - Les quatre concepts
- 243 -
l'opération et la
manuvre du transfert sont à régler d'une façon qui
maintienne la distance entre le point d'où le sujet se voit
aimable, - et cet autre point où le sujet se voit causé comme
manque par "a", et où "a" vient boucher la
béance que constitue la division inaugurale du sujet. - 244 [cf.
schéma] - Toute analyse que l'on doctrine comme devant se
terminer par l'identification à l'analyste révèle (...) que
son véritable moteur est élidé. Il y a un au-delà à cette
identification, et cet au-delà est défini par la rapport et la
distance de l'objet petit "a" au grand I idéalisant de
l'identification. - Freud donne ainsi son statut à l'hypnose en
superposant à la même place l'objet "a" comme tel et
ce repérage signifiant qui s'appelle l'idéal du moi. - 245 -
l'objet y est (...) le regard de l'hypnotiseur. - [D'une façon
générale, cf. ] la fonction du regard, de ses relations fondamentales à la tache,
du fait qu'il y a déjà dans le monde quelque chose qui regarde avant qu'il y ait
une vue pour le voir - Vous saisissez du même coup la fonction du regard dans
l'hypnose, qui peut être remplie en somme par un bouchon de cristal, ou
n'importe quoi, pour peu que ça brille. Définir l'hypnose par la confusion, en
un point, de signifiant idéal où se repère le sujet avec le "a", c'est la
définition structurale la plus assurée qui ait été avancée. Or, qui ne sait que
c'est en se distinguant de l'hypnose que l'analyse s'est instituée ? car le
ressort fondamental de l'opération analytique, c'est le maintien de la distance
entre le I et le "a". si le T est ce qui, de la pulsion, écarte la demande, le
désir de l'analyste est ce qui l'y ramène. Et par cette voie, il isole le "a",
il le met à la plus grande distance possible du I que lui, l'analyste, est
appelé par le sujet à incarner. C'est de cette idéalisation que l'analyste a à
déchoir pour être le support de l'"a" séparateur, dans la mesure où son désir
lui permet, dans une hypnose à l'envers, d'incarner, lui, l'hypnotisé. - C'est
au-delà de la fonction du "a" que la courbe [de l'analyse] se referme - A
savoir, après le repérage du sujet par rapport au "a", l'expérience du fantasme
fondamental devient la pulsion. - 246 - Comment un sujet qui a traversé le
fantasme fondamental peut-il vivre la pulsion ?
HYSTERIE
1955/56 - Les psychoses - 193 - la femme s'interroge sur ce que
c'est qu'être une femme, de même que le sujet mâle s'interroge
sur ce que c'est qu'être une femme.
1955/56 - Les psychoses - 197 - [Cette notion d'identification
est primordiale dans l'analyse. Freud se trompe sur Dora car] Il
se demande ce que Dora désire, avant de se demander qui désire
dans Dora. Et Freud finit par s'apercevoir que, dans ce ballet à
quatre (...) c'est Madame K. l'objet qui intéresse vraiment
Dora, en tant qu'elle-même est identifiée à Monsieur K. La
question de savoir où est le moi de Dora est ainsi résolue - le
moi de Dora, c'est Monsieur K. - 196 - La topique freudienne du
moi nous montre comment [un ou une névrosée] (...) use de son
moi pour poser la question, cad justement pour ne pas le poser.
La structure d'une névrose est essentiellement une question -
200 - Devenir une femme et s'interroger sur ce qu'est une femme
sont deux choses essentiellement différentes. Je dirai même
plus - c'est parce qu'on ne le devient pas qu'on s'interroge, et
jusqu'à un certain point, s'interroger est le contraire de la
devenir. - 201 - Quand sa question prend forme sous l'aspect de
l'hystérie, il est très facile à la femme de la poser par la
voie la plus courte, à savoir l'identification au père. - 198 -
la raison de la dissymétrie se situe essentiellement au niveau
symbolique - Il n'y a pas à proprement parler, dirons-nous, de
symbolisation du sexe de la femme comme tel. - L'accès de la
femme au complexe dipien, son identification imaginaire
[finalement en tant que femme], se fait en passant par le père,
exactement comme chez le garçon, en raison de la prévalence de
la forme imaginaire du phallus - 199 - [Mais] Le fait ne peut
s'interpréter que dans la perspective où c'est l'ordonnance
symbolique qui règle tout.
1955/56 - Les psychoses - 199 - Là où il n'y a pas de matériel
symbolique, il y a obstacle, défaut, à la réalisation de
l'identification essentielle à la réalisation de la sexualité
du sujet. - 202 - [Or par ailleurs, c'est bien parce que le
symbolique règle tout, mais parce qu'il est également synonyme
de castration (incomplétude) que le sujet est amené à se poser
la question névrotique (le symbolique est la condition de la
névrose) : car malgré la "valeur explicative
fondamentale" du signifiant] Il y a tout de même une chose
qui échappe à la trame symbolique , c'est la procréation dans
sa racine essentielle - qu'un être naisse d'un autre. La
procréation est, dans l'ordre symbolique, couverte par l'ordre
instauré de cette succession entre les êtres. Mais le fait de
leur individuation, le fait qu'un être sorte d'un être, rien ne
l'explique dans le symbolique. Tout le symbolique est là pour
affirmer que la créature n'engendre pas la créature, que la
créature est impensable sans une fondamentale création. [Mais
la création - qui va du signifiant à la réalité - est bien,
comme telle, de l'ordre du symbolique, c'est pour cela qu'il ne
l'explique pas.] - Il y a en effet quelque chose de radicalement
inassimilable au signifiant. C'est tout simplement l'existence
singulière du sujet. - Le signifiant est incapable de lui donner
la réponse, pour la bonne raison qu'il le met justement au-delà
de la mort. Le signifiant le considère comme mort. -
[Ambiguïté ici entre S (mort/inexistence) et A
(mort/existence)] Comme telle, la question de la mort est un
autre mode de la création névrotique de la question, son mode
obsessionnel. [qu'est-ce qu'une femme, donnant la vie, donnant la
mort ?] - 215 - l'hystérie est une question centrée autour d'un
signifiant qui reste énigmatique quant à sa signification. La
question de la mort [obsession], celle de la naissance
[hystérie], sont en effet les deux dernières qui n'ont
justement pas de solution dans le signifiant. C'est ce qui donne
au névrosés leur valeur existentielle. - L'hystérique se la
pose de tout son être - comment peut-on ou être mâle ou être
femelle ? Ce qui implique bien que l'hystérique en a tout de
même la référence - avec son identification fondamentale à
l'individu du sexe opposé au sien, par où son propre sexe est
interrogé. A la façon hystérique de questionner ou... ou...,
s'oppose la réponse de l'obsessionnel, la dénégation,
ni...ni..., ni mâle, ni femelle.
1956/57 - La relation d'objet - 8 - l'hystérique est quelqu'un
qui aime par procuration - quelqu'un dont l'objet est homosexuel
et qui aborde cet objet homosexuel par identification avec
quelqu'un de l'autre sexe [puisqu'elle s'identifie au pénis
imaginaire] - Dora est une hystérique (...) : c'est que son
père à elle, contrairement au père de l'homosexuelle [qui
s'identifie, elle, franchement au père imaginaire], est
impuissant - [schémas p. 104-105] - [L'hystérique reste
bloquée à ce stade où, normalement la petite fille joue à la
maman protectrice, cad mère phallique, mère-au-pénis, avec
l'enfant que lui donne le père à défaut d'autre chose. L'H en
reste là, parce qu'en l'occurrence, elle dénie l'impuissance du
père. Dénégation qui est l'effet de l'amour que,
compensatoirement, la fille éprouve pour le père d'autant plus
qu'il est impuissant (rappelons-nous que la cause de l'amour est
le manque, ce que l'on ne peut donner)]
1957 - La psychanalyse et son enseignement - 452 - Car cet autre
réel, elle ne peut le trouver que de son propre sexe, parce que
c'est dans cet au-delà qu'elle appelle ce qui peut lui donner
corps, ce pour n'avoir pas su prendre corps en-deça. Faute de
réponse de cet autre, elle lui signifiera une contrainte par
corps en le faisant saisir par les offices d'un homme de paille,
substitut de l'autre imaginaire en qui elle s'est moins aliénée
qu'elle n'est restée devant lui en souffrance. / C'est ainsi que
l'hystérique s'éprouve dans les hommages adressés à une
autre, et offre la femme en qui elle adore son propre mystère à
l'homme dont elle prend le rôle sans pouvoir en jouir [pas de
l'homme, du rôle].
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 09/04/58 - [le désir
hystérique est un désir fondamentalement insatisfait] on peut
dire que l'hystérique est suspendue à cette première étape,
à ce clivage nécessaire (...) entre la demande et le désir. -
[Cf. le rêve de la belle bouchère] - Cette malade très éprise
de son mari, que demande-t-elle ? C'est l'amour, et les
hystériques comme tout le monde, à ceci près que chez elles
c'est plus encombrant - Que désire-t-elle ? Elle désire du
caviar. - Et que veut-elle ? Elle veut qu'on ne lui donne pas de
caviar. [comme son amie, à qui elle s'identifie, pour ne pas
grossir et ainsi satisfaire son mari]. - elle veut qu'il ne lui
donne pas de caviar pour qu'on puisse continuer à s'aimer à la
folie, cad à se taquiner, se faire des misères à perte de vue.
- Le désir dont le sujet fait état, c'est aussi [donc] le
désir préféré [mais interdit] de l'autre, et même il ne lui
reste que cela au moment où elle ne va pas pouvoir donner un
dîner - En d'autres termes, c'est pour autant que le désir de
l'autre est barré, qu'il [le sujet] va reconnaître son désir
barré, son désir insatisfait à lui - l'hystérie dans le
rapport de l'homme au signifiant, est une structure tout à fait
primordiale - cad qu'il y a quelque chose toujours qui reste
au-delà de ce qui peut se satisfaire [bien que l'hystérique
refuse en même temps cette satisfaction]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 07/05/58 - s'il faut
que ce que l'on n'est pas [le phallus] soit ce qu'on est [dans
l'hystérie], il reste à ne pas être [à (