Idéal-du-moi -
Identification - Imaginaire -
Impossible - Individu -
Inhibition - Interdit -
Interprétation -
Intersubjectivité - Intrusion -
Jalousie - Jeu -
Jouissance
IDEAL-DU-MOI
1953 - Les écrits techniques de Freud - 144 - deux narcissismes. Il y
a d'abord (..) un narcissisme qui se rapporte à l'image corporelle. - donne
sa forme à son Umwelt - [moi-idéal - par contre, la réflexion dans le miroir
manifeste une possibilité noétique originale, et introduit un second
narcissisme. Son pattern fondamental est tout de suite la relation à
l'autre. / L'autre a pour l'homme valeur captivante, de par l'anticipation
que représente l'image unitaire telle qu'elle est perçue soit dans le
miroir, soit dans toute réalité du semblable. - 145 - Le sujet voit son être
dans une réflexion par rapport à l'autre, cad par rapport à l'Ich-Ideal [idéal-du-moi]
-
1953 - Les écrits techniques de Freud - 154 - L'un [moi-idéal] est
sur le plan de l'imaginaire, et l'autre sur le plan du symbolique - puisque
l'exigence de l'Ich-Ideal prend sa place dans l'ensemble des exigences de la
loi.
1953 - Les écrits techniques de Freud - 145 - La stricte équivalence
de l'objet et de l'idéal du moi dans le rapport amoureux est une des notions
les plus fondamentales dans
l'œuvre de Freud. - 162 - L'amour est un phénomène qui se passe au niveau de
l'imaginaire, et qui provoque une véritable subduction du symbolique, une
sorte de d'annulation, de perturbation de la fonction d'idéal du moi. - 163
- L'Ich-Ideal , en tant que parlant, peut venir se situer dans le monde des
objets au niveau de l'Ideal-Ich - Vous pensez bien qu'au moment où cette
confusion se produit, il n'y a plus aucune espèce de régulation possible de
l'appareil. Autrement dit, quand on est amoureux, on est fou - coup de
foudre - coïncidence de l'objet avec l'image fondamentale
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 19/03/58 - il y a
toujours quelque chose qui impliquera ce facteur commun à l'incidence du
signifiant dans le désir, à ce qui le signifie, à ce qui en fait
nécessairement un désir signifié. Ce facteur commun, c'est précisément le
phallus. - ce facteur commun métonymique - ce qui se passe au niveau de
l'idéal du Moi consiste essentiellement à l'avoir au minimum, ce facteur
commun - L'idéal du Moi se constitue dans ce rapport avec le père, il
implique toujours le phallus. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 19/03/58 - nous avons
donc aussi bien chez le garçon que chez la fille à un moment donné, une
relation à un certain objet (...), objet d'ores et déjà constitué, (...) et
cet objet va devenir quelque chose qui est l'idéal du moi. Il va le devenir
pas ses insignes. - constitution de cet objet comme un certain signifiant
qui prend une certaine place, (...) qui devient une métaphore du sujet -
[par ex.] dans le cas où la fille s'identifie à son père - ce père qu'elle a
désiré et qui lui a refusé le désir de sa demande, devient quelque chose qui
est à sa place. Le caractère métaphorique de la formation de l'idéal du Moi
est un élément essentiel -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 19/03/58 - Ce qui est
interdit [comme objet] rejette le sujet dans quelque chose où il ne trouve
plus rien à se signifier. C'est ce qui en fait (...) le caractère
douloureux, et c'est pour autant que le Moi peut de la part de l'idéal-du-Moi
par exemple, à l'occasion se trouver dans cette position de rejet, que
s'établit l'état (...) mélancolique.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 19/03/58 - après le
refoulement du désir de l'Œdipe, le sujet sort nouveau, pourvu d'(...) un
idéal du moi. - identification
distincte de l'identification du Moi [rapport du sujet à l'image du
semblable] - l'idéal du Moi, (...) il intervient dans des fonctions qui sont
souvent dépressives, voire agressives, à l'égard du sujet. - [Freud] a
tendance à mettre toutes les dépressions au chef et au registre, non pas de
l'idéal du Moi, mais de quelque rapport vacillant, de quelque rapport
conflictuel entre le Moi et l'idéal du Moi.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 17/12/58 - idéal du moi en
tant qu'il est lui-même l'héritier d'un rapport premier du sujet (...) avec
le désir de sa mère, l'idéal prenant la place de ce qui, chez le sujet, a
été éprouvé comme le fait d'un enfant désiré
1960 - Remarque sur le rapport de Daniel Lagache - 671 - dans la
relation du sujet à l'autre de l'autorité, l'Idéal-du-Moi, suivant la loi de
plaire, mène le sujet à se déplaire au gré du commandement; le Moi Idéal, au
risque de déplaire, ne triomphe qu'à plaire en dépit du commandement. - l'Idéal-du-Moi
comme modèle, le Moi Idéal comme aspiration, ô combien, pour ne pas dire
plutôt rêve.
1960/61 - Le Transfert - 388 - On a dit, et très tôt - l'analyste
prend pour l'analysé la place de son idéal du moi. - Cela ne veut pas dire
du tout que cela épuise la question, ni que l'analyste puisse d'aucune façon
s'en satisfaire - 391 - [il faut voir] la communauté analytique en tant que
masse organisée par l'idéal du moi analytique -
1960/61 - Le Transfert - 397 - Le moi idéal, c'est le fils de
famille, au volant de sa petite voiture de sport. Avec ça, il va vous faire
voir du pays. Il va faire le malin. - si le gars se livre à ces exercices
scabreux, c'est pourquoi ? - pour attraper une gamine. - 398 - L'idéal du
moi, qui a le plus étroit rapport avec le jeu et la fonction du moi idéal,
est bel et bien constitué par le fait qu'au départ, s'il a sa petite voiture
de sport, c'est parce qu'il est le fils de famille, qu'il est le fils à
papa, et que, pour changer de registre, si Marie-Chantal, comme vous le
savez, s'inscrit au parti communiste, c'est pour faire chier père. - Mais
disons bien que l'une et l'autre, Marie-Chantal et le fils à papa au volant
de sa petite voiture, seraient tout simplement englobés dans le monde
organisé par le père, s'il n'y avait pas justement le signifiant père , qui
permet, si je puis dire, de s'en extraire pour s'imaginer le faire chier, et
même pour y arriver. C'est ce qu'on exprime en disant qu'il ou elle
introjecte en l'occasion l'image paternelle. - En somme, de ce signifiant
introjecté le sujet tombe sous un jugement qui le réprouve, il prend par là
la dimension du réprouvé, ce qui, comme chacun sait, n'a rien de
narcissiquement si désavantageux. - 407 - [la théorie classique assimile
l'idéal du moi à] l'introjection d'un objet impératif, interdictif,
essentiellement conflictuel. - c'est dans la mesure où cet objet - le père
par exemple (...) - aura été intériorisé, qu'il constituera le surmoi -
[ensuite sera l'] objet d'un investissement libidinal pour le sujet. - [et
enfin sera reprojeté sur un objet] comme investissement amoureux au premier
chef. - 411 - [En fait, au lieu de chercher l'origine de l'idéal du moi dans
le surmoi, par introjection du premier objet violent, il vaudrait mieux
expliquer le moi idéal par l'idéal du moi, et celui-ci par l'Autre :
l'enfant au miroir porté par l'adulte se mire tout en se retournant sans
cesse vers celui-ci, et dans ce va-et-vient réside toute la nuance entre moi
idéal et idéal du moi.] - 413 - l'identification se fait toujours par ein
einziger Sug . - 414 - [c'est là] le caractère ponctuel de la référence
originelle à l'Autre dans le rapport narcissique. - Ce regard de l'Autre,
nous devons le concevoir comme s'intériorisant par un signe. Ca suffit.
(...) Il n'y a pas besoin de tout un champ d'organisation et d'une
introjection massive. - Il y a lieu de distinguer radicalement l'idéal du
moi et le moi idéal. Le premier est une introjection symbolique, alors que
le second est la source d'une projection imaginaire.
1960/61 - Le Transfert - 457 - Prenez le schéma de la
Massenpsychologie par où freud nous origine l'identification de l'idéal du
moi. - Pour que tous les sujets aient collectivement, au moins un instant,
le même idéal, qui permet tout et n'importe quoi pendant un temps assez
court, il faut, explique-t-il, que tous ces objets extérieurs soient pris en
tant qu'ayant un trait commun, einziger Zug. - ce qui est vrai au niveau du
collectif l'est aussi au niveau de l'individuel. C'est autour de la fonction
de l'idéal que s'accommode le rapport du sujet aux objets extérieurs. - Dans
le monde d'un sujet qui parle, que l'on appelle le monde humain, c'est pure
et simple affaire d'essai métaphorique que de donner à tous les objets un
trait commun - 458 - hors de ce registre, il est impossible de concevoir ce
que veut dire Freud dans la psychologie du deuil et de la mélancolie. - -le
deuil consiste à identifier la perte réelle, pièce à pièce, morceau par
morceau, signe à signe, élément grand I à élément grand I, juqu'à
épuisement. Quand cela est fait, fini. - l'affaire ne commence à devenir
sérieuse qu'à partir du pathologique, cad de la mélancolie. L'objet y est,
chose curieuse, beaucoup moins saisissable pour être certainement présent,
et pour déclencher des effets infiniment plus catastrophiques, puisqu'ils
vont jusqu'au tarissement de ce que Freud appelle le sentiment le plus
fondamental, celui qui vous attache à la vie. - Quels traits se laissent-ils
voir d'un objet si voilé, masqué, obscur ? - nous pouvons en identifier
quelques-uns à travers ceux qu'il vise comme étant ses propres
caractéristiques à lui. - Remarquez qu'il ne s'agit jamais de l'image
spéculaire. Le mélancolique ne vous dit pas qu'il a mauvaise mine, ou qu'il
a une sale gueule, ou qu'il est tordu, mais qu'il est le dernier des
derniers, qu'il entraîne des catastrophes pour toute sa parente, etc. Dans
ses accusations, il est entièrement dans le domaine du symbolique. Ajoutez-y
l'avoir - il est ruiné. - 459 - Il s'agit de ce que j'appellerais, non pas
le deuil ni la dépression au sujet de la perte d'un objet, mais un remords
d'un certain type, déclenché par un dénouement qui est de l'ordre du suicide
de l'objet. Un remords donc, à propos d'un objet qui est entré à quelque
titre dans le champ du désir, et qui, de son fait, ou de quelque risque
qu'il a couru dans l'aventure, a disparu.
1961/62 - L'identification - 28/02/62 - [Ce que Freud appelle] narcissisme
des petites différences, c'est la même chose que ce que l'appelle la
fonction du trait unaire (...) ; c'est à partir de cette petite différence [cad
différence absolue], en tant qu'elle est la même chose que le grand I, l'Idéal-du-moi,
que peut s'accomoder toute visée narcissique
IDENTIFICATION
1936 - Au-delà du principe de réalité - 90 - Il faut distinguer (...)
deux usages du concept de libido (...) : comme concept énergétique , réglant
l'équivalence des phénomènes, comme hypothèse substantialiste , les référant
à la matière. - 91 - Comme concept énergétique (...) la libido n'est que la
notation symbolique de l'équivalence entre les dynamismes que les images
investissent dans le comportement. C'est la condition même de
l'identification symbolique et l'entité essentielle de l'ordre rationnel,
sans lesquelles aucune science ne saurait se constituer. -
1936 - Au-delà du principe de réalité - 88 - C'est dans cette réalité
spécifique des relations inter-humaines qu'une psychologie peut définir son
objet propre et sa méthode d'investigation. - l'usage génial que [Freud] a
su faire de la notion de l'image . - Cette fonction il l'a démontrée en
découvrant dans l'expérience le procès de l'identification : bien différent
de celui de l'imitation que distingue sa forme d'approximation partielle et
tâtonnante, l'identification s'y oppose non seulement comme l'assimilation
globale d'une structure, mais comme l'assimilation virtuelle du
développement qu'implique cette structure à l'état encore indifférencié. -
89 - Ce qui se transmet par cette voie psychique, ce sont ces traits qui
dans l'individu donnent la forme particulière de ses relations humaines,
autrement dit sa PERSONNALITÉ . - C'est par la voie du complexe [= ces
"relations psychiques fondamentales"] que s'instaurent dans le psychisme les
images qui informent les unités les plus vastes du comportement - la
fécondité PSYCHIQUE de toute insuffisance vitale.
1938 - Les complexes familiaux - 36 - [intrusion] la jalousie, dans
son fonds, représente non pas une rivalité vitale mais une identification
mentale. - 37 - dès ce stade s'ébauche la reconnaissance d'un rival, cad
d'un "autre" comme objet. - 38 - [nécessité d'] un écart d'âge très
étroitement limité - cette condition équivaut à l'exigence d'une similitude
entre les sujets. Il apparaît que l'imago de l'autre est liée [initialement,
au stade du miroir] à la structure du corps propre - [ensuite] [la psy] nous
montre dans le frère, au sens neutre, l'objet électif des exigences de la
libido qui, au stade que nous étudions, sont homosexuelles. - 39 - [dans la
jalousie amoureuse] On doit la reconnaître (...) dans le puissant intérêt [
bien qu'il s'affirme comme haine] que le sujet porte à l'image du rival -
Cet intérêt confond en lui l'identification et l'amour. - L'agressivité
maximum qu'on rencontre dans les formes psychotiques de la passion est
constituée bien plus par la négation de cet intérêt singulier que par la
rivalité qui paraît la justifier. Mais c'est tout spécialement dans la
situation fraternelle primitive que l'agressivité se démontre pour
secondaire à l'identification. - 40 -Au reste, la doctrine analytique, en
caractérisant comme sado-masochiste la tendance typique de la libido à ce
même stade, souligne certes que l'agressivité domine alors l'économie
affective, mais aussi qu'elle est toujours à la fois subie et agie, cad
sous-tendue par une identification à l'autre, objet de la violence.
1946 - Propos sur la causalité psychique - 188 - la causalité
psychique même : l'identification , laquelle est un phénomène irréductible,
et l'imago est cette forme définissable dans le complexe spatio-temporel
imaginaire qui a pour fonction de réaliser l'identification résolutive d'une
phase psychique, autrement dit une métamorphose des relations de l'individu
à son semblable. - 189 - [l'imago fonctionne aussi chez les animaux :] On
sait depuis longtemps que la femelle du pigeon, isolée de ses congénères,
n'ovule pas.
1948 - L'agressivité en psychanalyse - 117 - Nous indiquerons comment
nous en concevons la liaison [du narcissisme] avec la fonction du complexe
d'Œdipe. Celle-ci dans sa
normalité est de sublimation, qui désigne très exactement un remaniement
identificatoire du sujet, et, comme l'a écrit Freud dès qu'il eut ressenti
la nécessité d'une coordination "topique" des dynamismes psychiques, une
identification secondaire par introjection de l'imago du parent de même
sexe. L'énergie de cette identification est donnée par le surgissement
biologique de la libido génitale. Mais il est clair que l'effet structural
d'identification au rival ne va pas de soi, sinon sur le plan de la fable,
et ne se conçoit que s'il est préparé par une identification primaire qui
structure le sujet comme rivalisant avec soi-même. - Mais ce qui nous
intéresse ici, c'est la fonction que nous appellerons pacifiante de l'idéal
du moi , la connexion de sa normativité libidinale avec une normativité
culturelle, liée depuis l'orée de l'histoire à l'imago paternelle.
1953 - Les écrits techniques de Freud - 194 - Le moi, c'est un objet
fait comme un oignon, on pourrait le peler, et on trouverait les
identifications successives qui l'ont constitué.
1955/56 - Les psychoses - 247 - Sa gerbe n'était point avare, ni
haineuse - Victor Hugo. Voilà une métaphore. - Il n'y a pas comparaison,
mais identification.
1955/56 - Les psychoses - 197 - [hystérie] [Cette notion
d'identification est primordiale dans l'analyse. Freud se trompe sur Dora
car] Il se demande ce que Dora désire, avant de se demander qui désire dans
Dora. Et Freud finit par s'apercevoir que, dans ce ballet à quatre (...)
c'est Madame K. l'objet qui intéresse vraiment Dora, en tant qu'elle-même
est identifiée à Monsieur K. La question de savoir où est le moi de Dora est
ainsi résolue - le moi de Dora, c'est Monsieur K. - 196 - La topique
freudienne du moi nous montre comment [un ou une névrosée] (...) use de son
moi pour poser la question, cad justement pour ne pas le poser. La structure
d'une névrose est essentiellement une question - 200 - Devenir une femme et
s'interroger sur ce qu'est une femme sont deux choses essentiellement
différentes. Je dirai même plus - c'est parce qu'on ne le devient pas qu'on
s'interroge, et jusqu'à un certain point, s'interroger est le contraire de
la devenir. - 201 - Quand sa question prend forme sous l'aspect de
l'hystérie, il est très facile à la femme de la poser par la voie la plus
courte, à savoir l'identification au père. - 198 - la raison de la
dissymétrie se situe essentiellement au niveau symbolique - Il n'y a pas à
proprement parler, dirons-nous, de symbolisation du sexe de la femme comme
tel. - L'accès de la femme au complexe œdipien, son identification
imaginaire [finalement en tant que femme], se fait en passant par le père,
exactement comme chez le garçon, en raison de la prévalence de la forme
imaginaire du phallus - 199 - [Mais] Le fait ne peut s'interpréter que dans
la perspective où c'est l'ordonnance symbolique qui règle tout.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 19/03/58 - Que se
passe-t-il quand le sujet (...) féminin a pris une certaine position
d'identification au père ? - Si une femme dit : "je tousse comme mon père".
- Alors là ce n'est pas douteux. Ce sont des éléments signifiants. - Nous
les appellerons les "insignes" du père. - de la masculinité. - [par la
suite, dans la transformation du désir qui s'ensuit, s'insère] tout le
passé, toute la vicissitude des relations extrêmement complexes qui jusque
là ont modulé les rapports de l'enfant avec la mère (...) tout
particulièrement agressives - c'est dans la mesure où une femme fait une
identification à son père, que dans ses rapports avec son mari elle lui fait
tout le grief qu'elle avait fait à sa mère -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 04/06/58 - Pourquoi à un
moment, dans certains cas, et dans la forme du complexe d'Œdipe inversé
[homosexualité], l'objet [la Mère] qui est un objet d'attachement libidinal
devient-il objet d'identification? - c'est là la question essentielle, celle
du rapport entre l'amour pour un objet et l'identification - [Cela recoupe
la problématique phallique de l'être et de l'avoir,] la différence qu'il y a
entre l'attachement érotique libidinal à l'objet aimé [avoir] et
l'identification au même [être] [comment s'opère le passage et dans quelle
mesure parler de régression? Est-ce parce que, à la différence de
l'identification signifiante au père, nous aurions ici une identification
objectale à la mère ; ou bien est-ce le choix des signifiants qui tout
simplement est en cause? Il n'est pas contradictoire avec la nature
signifiante du phallus que de se faire objet cad le phallus pour le désir de
la mère. Simplement l'identification (homosexuelle) qui s'ensuit, résulte
d'une confusion entre la ligne de "suggestion" (la demande comme appel à la
satisfaction du besoin) et la ligne de "transfert" (la demande d'amour, où
le signifiant comme tel entre en jeu). Cette mise au point topique élimine à
proprement parler le problème de la régression.] - [Pour constituer l'autre
comme objet, voire pour se constituer comme objet pour le désir de l'autre,
et ensuite pour s'identifier à lui, il faut bien que l'autre comme tel soit
constitué cad symbolisé préalablement, et c'est là le fait de la demande
inconditionnelle d'amour.]
1961/62 - L'identification - 13/12/61 - Si j'identifie cette fonction
du trait unaire, si j'en fais la figure dévoilée de cet eirziger zug de
l'identification, (...) pointons qu'il s'agit de l'identification de la
deuxième espèce (...] [que Freud] appelle régressive, pour autant que c'est
lié à quelque abandon de l'objet qu'il définit comme l'objet aimé. Cet objet
aimé va de la femme aux livres rares.
1960/61 - Le Transfert - 397 - Le moi idéal, c'est le fils de
famille, au volant de sa petite voiture de sport. Avec ça, il va vous faire
voir du pays. Il va faire le malin. - si le gars se livre à ces exercices
scabreux, c'est pourquoi ? - pour attraper une gamine. - 398 - L'idéal du
moi, qui a le plus étroit rapport avec le jeu et la fonction du moi idéal,
est bel et bien constitué par le fait qu'au départ, s'il a sa petite voiture
de sport, c'est parce qu'il est le fils de famille, qu'il est le fils à
papa, et que, pour changer de registre, si Marie-Chantal, comme vous le
savez, s'inscrit au parti communiste, c'est pour faire chier père. - Mais
disons bien que l'une et l'autre, Marie-Chantal et le fils à papa au volant
de sa petite voiture, seraient tout simplement englobés dans le monde
organisé par le père, s'il n'y avait pas justement le signifiant père , qui
permet, si je puis dire, de s'en extraire pour s'imaginer le faire chier, et
même pour y arriver. C'est ce qu'on exprime en disant qu'il ou elle
introjecte en l'occasion l'image paternelle. - En somme, de ce signifiant
introjecté le sujet tombe sous un jugement qui le réprouve, il prend par là
la dimension du réprouvé, ce qui, comme chacun sait, n'a rien de
narcissiquement si désavantageux. - 407 - [la théorie classique assimile
l'idéal du moi à] l'introjection d'un objet impératif, interdictif,
essentiellement conflictuel. - c'est dans la mesure où cet objet - le père
par exemple (...) - aura été intériorisé, qu'il constituera le surmoi -
[ensuite sera l'] objet d'un investissement libidinal pour le sujet. - [et
enfin sera reprojeté sur un objet] comme investissement amoureux au premier
chef. - 411 - [En fait, au lieu de chercher l'origine de l'idéal du moi dans
le surmoi, par introjection du premier objet violent, il vaudrait mieux
expliquer le moi idéal par l'idéal du moi, et celui-ci par l'Autre :
l'enfant au miroir porté par l'adulte se mire tout en se retournant sans
cesse vers celui-ci, et dans ce va-et-vient réside toute la nuance entre moi
idéal et idéal du moi.] - 413 - l'identification se fait toujours par ein
einziger Sug . - 414 - [c'est là] le caractère ponctuel de la référence
originelle à l'Autre dans le rapport narcissique. - Ce regard de l'Autre,
nous devons le concevoir comme s'intériorisant par un signe. Ca suffit.
(...) Il n'y a pas besoin de tout un champ d'organisation et d'une
introjection massive. - Il y a lieu de distinguer radicalement l'idéal du
moi et le moi idéal. Le premier est une introjection symbolique, alors que
le second est la source d'une projection imaginaire.
1961/62 - L'identification - 20/06/62 - [3è identification où] le
sujet se constitue comme désir - le désir de l'homme se situe au lieu de
l'Autre - [comme il apparaît clairement pour l'hystérique, au point que l'on
peut donner à cette identification le nom d'id. hystérique. Cf; Marini,
présentation du Séminaire]
1961/62 - L'identification - 29/11/61 - si le A est A a constitué, si
je puis dire, la condition de tout un âge de la pensée dont l'exploration
cartésienne (...) est le terme - ce qu'on peut appeler l'âge théologique -
il n'en est pas moins vrai que l'analyse linguistique est corrélative à
l'avènement d'un autre âge, (...) je veux dire dans les mathématiques, d'un
usage étendu du signifiant. Nous pouvons dire nous apercevoir que c'est dans
la mesure où le A est A doit être mis en question que nous pouvons faire
avancer le problème de l'identification. - l'un comme tel est l'Autre. c'est
à partir de ceci, de cette foncière structure de l'un comme différence que
nous pouvons voir apparaître cette origine d'où l'on peut voir le signifiant
se constituer. - L'identification n'a rien à faire avec l'unification.
1962/63 - L'angoisse - 05/06/63 - [1ère identification]
l'identification par la voix - nous parlons d'incorporation.
1962/63 - L'angoisse - 29/11/61 - deux sortes d'identifications
imaginaires : 1) celle au "a" : i(a), image spéculaire (...), 2) celle plus
mystérieuse à (...) l'objet du désir comme tel.
1964/65 - Problèmes cruciaux pour la psychanalyse - 03/03/65 - la
nature foncière du corps a à voir avec [la libido]. - aussi bien ceci a
rapport à l'existence de la reproduction sexuelle mais n'y est point
identique puisque la première forme en est cette pulsion orale où s'opère
l'incorporation. - ceux qui consomment la victime primordiale, le père
démembré - c'est l'être de l'autre, l'essence d'une puissance primordiale
qui, ici à être consommée, est assimilée - c'est dans un second temps que
s'instaure (...) la dialectique de la demande et de la frustration à savoir
ce que Freud nous pose comme la seconde forme de l'identification, le fait
que, à partir du moment où s'introduit l'objet d'amour, c'est là que
s'introduit aussi la possibilité de par la frustration, de l'identification
à l'objet d'amour lui-même - alternance de l'objet à l'identification de
l'objet - alternance de l'âtre et de l'avoir. - Troisième terme, nous dit
Freud, c'est celle de l'identification, en quelque sorte directe, du désir
au désir - c'est l'hystérique qui nous en donne le modèle
1964/65 - Problèmes cruciaux pour la psychanalyse - 13/01.93 - la
demande est définie comme le discours qui vient expressément s'inscrire au
lieu de l'Autre - la demande progresse vers un point qui est celui que j'ai
désigné la dernière fois comme le point d'identification.
IMAGE…
1936 - Au-delà du principe de réalité - 83 - [analyse] Mais
poursuivons la décomposition de l'expérience. L'auditeur y entre donc en
situation d'interlocuteur . Ce rôle [pourtant] (…) le psychanalyste s'y
refuse patiemment. - 84 - Mais dans sa réaction même au refus de l'auditeur,
le sujet va trahir l'image qu'il lui substitue. Par son imploration, par ses
imprécations, par ses insinuations, par ses provocations et par ses ruses,
par les fluctuations de l'intention dont il le vise et que l'analyste
enregistre, immobile mais non impassible, il lui communique le dessin de
cette image. - 85 - Dès lors, en effet, l'analyste agit en sorte que le
sujet prenne conscience de l'unité de l'image qui se réfracte en lui - Il
opère sur les deux registres de l'élucidation intellectuelle par
l'interprétation , de la manœuvre affective par le transfert - Travail
d'illusionniste, nous dirait-on, s'il n'avait justement pour fruit de
résoudre une illusion. - un double mouvement par où l'image , d'abord
diffuse et brisée, est régressivement assimilée au réel, pour être
progressivement désassimilée du réel, c'est-à-dire restaurée dans sa réalité
propre. -
1953 - Les écrits techniques de Freud - 170 - l'homme, dans ses
premières phases, n'arrive pas d'emblée (...) à un désir surmonté. Ce qu'il
reconnaît et fixe dans cette image de l'autre, c'est un désir morcelé. - Ce
que le sujet trouve dans l'autre, c'est d'abord une série de plans
ambivalents, d'aliénations de son désir - d'un désir encore en morceaux.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 61 - L'image dans le
miroir, qu'est-ce que c'est ? - un phénomène de conscience comme tel. - 65 -
Toutes sortes de choses à l'intérieur du monde se comportent comme miroirs.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 132 - [dans la
première théorie de Freud, la conscience est] un appareil qui, du monde
extérieur, reflète non seulement les incitations, mais (...) la structure. -
[Or cette cs est bien structurante, et pourtant elle n'explique rien, à
défaut d'une théorie de l'imaginaire.] 133 - la mémoire est ici conçue comme
une suite d'engrammes, comme somme de séries de frayages, et cette
conception s'avère tout à fait insuffisante si nous n'y introduisons la
notion d'image. Si l'on pose qu'une série de frayages (...) fait surgir une
image dans un appareil psychique conçu comme une simple plaque sensible, il
va de soi que, dès que la même série est réactivée par une nouvelle
excitation (...), la même image se reproduit. Autrement dit, toute
stimulation tend à produire une HALLUCINATION. - Voilà ce que veut dire
processus primaire . - Le problème est alors celui du rapport de
l'hallucination avec la réalité.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 18/12/57 - rapport très
intense, très serré entre les phénomènes du rire et la fonction chez l'homme
de l'imaginaire, nommément le caractère captivant de l'image - Si quelqu'un
nous fait rire quand il tombe simplement par terre, c'est [non pas à cause
du "mécanique plaqué sur du vivant", comme si le vivant n'était pas
mécanique] en fonction de l'image plus ou moins tendue, plus ou moins
pompeuse à laquelle même nous ne faisions pas tellement attention auparavant
[mais qu'il nous donnait de lui] - C'est pour autant (...) que le personnage
imaginaire continue sa démarche plus ou moins apprêtée, dans notre
imagination, alors que ce qui le supporte de réel est là planté et répandu
par terre, c'est dans cette mesure que le rire éclate. C'est toujours par
quelque chose qui est une libération de l'image. - [au double sens où]
quelque chose est libéré de la contrainte de l'image, et que l'image aussi
va se promener toute seule. - c'est bien pour cela aussi que le comique va
entrer quelque part en connexion avec le risible -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 05/02/58 - [cf. Schéma R]
- Que se passe-t-il au niveau du stade du miroir ? - la rencontre du sujet
avec quelque chose qui est proprement une réalité, et en même temps qui ne
l'est pas, à savoir une image virtuelle - l'image a cette propriété (...)
d'être ce signal captivant qui s'isole dans la réalité [une limite?], qui
attire de la part du sujet cette capture d'une certaine libido [i(a)] - Nous
assistons à (...) un double mouvement, mouvement par quoi l'expérience de la
réalité a introduit sous la forme de l'image du corps, un élément illusoire
et leurrant comme fondement essentiel du repérage du sujet par rapport à la
réalité, et dans toute cette mesure, dans la mesure de cet espace, de cette
marge (...), la possibilité dans une direction contraire pour ses premières
identifications du moi, d'entrer dans un autre champ [symbolique]
1960 - Remarque sur le rapport de Daniel Lagache - 674 spéculaire (schémas)
1960/61 - Le Transfert - 286 - - Dans le tableau, c'est Psyché qui
est éclairée, et comme je vous l'enseigne depuis longtemps concernant la
forme gracile de la féminité [femme], à la limite du pubère et de
l'impubère, c'est elle qui est pour nous l'image phallique. Et du coup se
trouve incarné que ce n'est pas la femme (...) [le phallus] c'est l'image
elle-même, en tant qu'elle est reflétée - reflétée sur la forme narcissique
du corps. - D'où ce conflit proprement imaginaire, qui consiste à se voir
soi-même comme privé, ou non privé, de cet appendice.
1961/62 - L'identification - 22/11/61 - nous définissons l'image
comme tout arrangement physique qui a pour résultat entre deux systèmes de
constituer une concordance biunivoque.
1961/62 - L'identification - 30/05/62 - l'objet du fantasme "a",
l'objet du désir na pas d'image et (...) l'impasse du fantasme du névrosé
c'est que, dans sa quête de "a", il rencontre i de "a". - l'image spéculaire
est une erreur, elle n'est pas simplement une illusion, un leurre de la
Gestalt captivante dont l'agressivité ait marqué l'accent, elle est
foncièrement une erreur en tant que le sujet s'y méconnaît (...), en tant
que l'origine du moi et sa méconnaissance sont ici rassemblées - [si le
sujet] savant, ce qui est la simple vérité, qu'il n'y a que les rapports les
plus déformés d'aucune façon identifiables, entre son côté droit et son côté
gauche, il ne songerait pas à s'identifier à l'image du miroir.
1962/63 - L'angoisse - 09/01/63 - Qu'est-ce qui fait qu'une image
spéculaire est distincte de ce qu'elle représente ? c'est que la droite
devient la gauche et inversement. - Une surface à une seule face ne peut pas
être retournée. - [Ainsi une bande de Mœbius] si vous en retournez une sur
elle-même, elle sera toujours identique à elle-même.
C'est ce que j'appelle n'avoir pas d'image spéculaire.
1962/63 - L'angoisse - 23/01/63 - C'est avec l'image réelle ici constituée,
quand elle émerge, comme i(a), qu'on prend ou non dans l'encolure de cette
image ce qui reste, la multiplicité des objets "a" représentés dans mon
schéma par les fleurs réelles - C'est pourquoi nous devons saisir qu'avant
le stade du miroir ce qui sera i(a) est là dans le désordre des petits "a"
dont il n'est pas question encore de les avoir ou pas. Et c'est à cela que
répond le vrai sens, le sens le plus profond à donner au terme
d'auto-érotisme, c'est qu'on manque de soi, si je puis dire, du tout au
tout. Ce n'est pas du monde extérieur qu'on manque, comme on l'exprime
improprement, c'est de soi-même.
1962/63 - L'angoisse - 15/05/63 - Cette image i(a), image spéculaire,
objet caractéristique du stade du miroir, a plus d'une séduction qui n'est
pas seulement liée à la structure de chaque sujet mais aussi à la fonction
de la connaissance : elle est formée, j'entends dire, close, elle est
gestaltique, cad marquée par la prédominance d'une bonne forme -
1964 - Les quatre concepts… - 81 - La vision s'ordonne sous un mode
qu'on peut appeler en général la fonction des images. Cette fonction se
définit par une correspondance point par point de deux unités dans l'espace.
Quels que soient les intermédiaires optiques pour établir leur relation,
qu'une image soit virtuelle, qu'elle soit réelle, la correspondance point
par point est essentielle. Ce qui est du mode de l'image dans le champ de la
vision est donc réductible à ce schéma si simple qui permet d'établir
l'anamorphose, cad au rapport d'une image, en tant qu'elle est liée à une
surface, avec un certain point que nous appellerons point géométral. Pourra
s'appeler image quoi que ce soit qui est déterminé par cette méthode - c'est
autour des recherches sur la perspective que se centre un intérêt privilégié
pour le domaine de la vision [rapport avec le cogito de Descartes comme
point de perspective] -
IMAGINAIRE
1946 - Propos sur la causalité psychique - 188 - la causalité
psychique même : l'identification , laquelle est un phénomène irréductible,
et l'imago est cette forme définissable dans le complexe spatio-temporel
imaginaire qui a pour fonction de réaliser l'identification résolutive d'une
phase psychique, autrement dit une métamorphose des relations de l'individu
à son semblable. - 189 - [l'imago fonctionne aussi chez les animaux :] On
sait depuis longtemps que la femelle du pigeon, isolée de ses congénères,
n'ovule pas.
1953 - Le Symbolique, l'Imaginaire, le Réel - Ainsi nous posons qu'un
comportement peut être imaginaire quand son aiguillage sur des images de sa
propre valeur d'image pour un autre sujet le rendent susceptible de
déplacement hors du cycle qui assure la satisfaction d'un besoin naturel. -
[par exemple chez le fétichiste que la pantoufle soit ] le déplacement de
l'organe féminin -
1953 - Les écrits techniques de Freud - 134 - Dans la méconnaissance,
le refus, le barrage opposé à la réalité par le névrotique, nous constatons
un recours à la fantaisie. - Freud souligne qu'il n'y a rien de semblable
dans la psychose. Le sujet psychotique, s'il perd la réalisation du réel, ne
retrouve, lui, aucune substitution imaginaire. - Une des conceptions les
plus répandues, c'est que le sujet délirant rêve, qu'il est en plein dans
l'imaginaire. Il faut donc que, dans la conception de Freud, la fonction de
l'imaginaire ne soit pas la fonction de l'irréel. - 135 - Nous verrons que
ce pourrait être dans un irréel symbolique, ou un symbolique marqué
d'irréel, que se situe la structure propre du psychotique. - Pour Yung, les
deux domaines du symbolique et de l'imaginaire sont là complètement
confondues - [Lacan veut montrer que la conception freudienne de la libido ,
surtout avec la notion problématique d'auto-érotisme, suppose non seulement
de distinguer entre libido d'objet et libido égoïste, mais aussi nettement
que possible les trois domaines distincts du réel, de l'imaginaire et du
symbolique - afin d'éviter tout nivellement à la Jung.]
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 284 - le moi est une
construction imaginaire. Cela ne lui retire rien, à ce pauvre moi, le fait
qu'il soit imaginaire - je dirais même que c'est ce qu'il a de bien. S'il
n'était pas imaginaire, nous ne serions pas des hommes, nous serions des
lunes. Ce qui ne veut pas dire qu'il suffit que nous ayons ce moi imaginaire
pour être des hommes. Nous pouvons être encore cette chose intermédiaire qui
s'appelle un fou. Un fou est justement celui qui adhère à cet imaginaire,
purement et simplement. [psychose]
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 133 - il comporte
comme tel une intervention des Gestalten , prédisposant le sujet vivant à un
certain rapport avec une forme typique qui lui répond spécialement, il
suppose un couplage biologique de l'individu avec une image de sa propre
espèce -
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 196 - C'est l'image de
son corps qui est le principe de toute unité qu'il [l'homme] perçoit dans
les objets. Or, de cette image même, il ne perçoit l'unité qu'au-dehors
[qu'au lieu de l'autre], et d'une façon anticipée. Du fait de cette relation
double qu'il a avec lui-même, c'est toujours autour de l'ombre errante de
son propre moi que se structureront tous les objets de son monde. - Le désir
a un caractère radicalement déchiré. L'image même de l'homme y apporte une
médiation, toujours imaginaire, toujours problématique - Si l'objet perçu
au-dehors a sa propre unité, celle-ci met l'homme qui la voit en état de
tension, parce qu'il se perçoit lui-même comme désir, et désir insatisfait.
Inversement, quand il saisit son unité, c'est le monde au contraire qui pour
lui se décompose, perd son sens - 199 - oscillation imaginaire - la seconde
partie du rêve de l'injection d'Irma met en évidence ces composés
fondamentaux du monde perceptif que constitue le rapport narcissique. - Le
reflet du sujet (...) se retrouve toujours quelque part dans tout tableau
perceptif - l'objet n'est jamais appréhendé qu'à travers la grille du
rapport narcissique.
1955/56 - Les psychoses - 65 - Que la signification soit de la nature
de l'imaginaire n'est pas douteux. Elle est, comme l'imaginaire, toujours en
fin de compte évanescente, car elle est strictement liée à ce qui vous
intéresse, cad ce en quoi vous êtes pris.
1955/56 - Les psychoses - 185 - le préverbal (...) est, dans la
doctrine analytique, essentiellement lié au préconscient. -participe ainsi
de ce que nous pouvons appeler une Gestalt intramondaine. - chatoiement
innombrable de la grande signification affective. - L'universelle
équivalence est la loi de ce monde-là. - 186 - on peut dire que les
idées-schèmes de Kant se situent à l'orée de ce domaine -
1955/56 - Les psychoses - 100 - [psychose] Que se passe-t-il donc au
moment où ce qui n'est pas symbolisé apparaît dans le réel ? - ce qui
apparaît, apparaît sous le registre de la signification, et d'une s. qui ne
vient de nulle part, et qui ne renvoie à rien, mais une s. essentielle, par
laquelle le sujet est concerné. A ce moment, se met certainement en branle
ce qui intervient chaque fois qu'il y a conflit d'ordres, à savoir du
refoulement. Mais pourquoi le refoulement ne colle-t-il pas, cad n'aboutit
pas à ce qui se produit quand il s'agit d'une névrose ? - Ce qui se produit
alors a le caractère d'être absolument exclu [forclusion] du compromis
symbolisant de la névrose, et se traduit dans un autre registre, par une
véritable réaction en chaîne au niveau de l'imaginaire, soit dans la
contre-diagonale de notre petit carré magique. - Le sujet, (...) faute de
pouvoir faire une quelconque médiation symbolique entre ce qui est nouveau
et lui-même, entre dans un autre mode de médiation, (...) substituant à la
médiation symbolique un fourmillement, une prolifération imaginaire. - 101 -
Le signifiant lui-même subit de profonds remaniements [mais subsiste : cf.
la langue fondamentale de Schreber]. Le rapport du sujet au monde est une
relation en miroir. Le monde du sujet va se composer essentiellement avec
cet être qui est pour lui l'autre, cad [pour Schreber] Dieu lui-même.
Quelque chose est prétendument réalisé, de la relation d'homme à femme. [En
réalité ces deux termes se décomposent tous deux en une multitudes d'êtres
imaginaires qui évoquent le corps morcelé, pré-moïque.]
1956/57 - La relation d'objet - 451 - [Si Hans est si excité par
cette idée de faire des enfants un peu partout, c'est parce que si sa mère
est comme lui, si elle a le pénis, il n'y a pas de raison pour que lui ne
puisse pas enfanter.] C'est (...) le jeu de leurre avec la mère qu'il
prolonge [par cette identification à la mère.] - 512 - il lui faut [Hans]
que sa mère ait un phallus, ce qui ne veut pas dire (...) quelque chose de
réel, à tout instant au contraire éclate dans son propos l'ambiguïté que
fait apparaître ce rapport dans une perspective de jeu imaginaire]
1956/57 - La relation d'objet - 470 - [cf. la parabole des "lions"]
[symbolique] C'est parce que les hommes ne savent pas beaucoup mieux compter
que le lion, à savoir que ce nombre trois n'est jamais complètement intégré,
qu'il est seulement articulé, que le conflit existe, parce que le lion bien
entendu, le maintien de la relation duelle fondamentalement animale, ne
continue pas moins à prévaloir dans une certaine zone [zoone...], celle
précisément de l'imaginaire. (...) Si ce n'était pas si difficile d'arriver
jusqu'à articuler le nombre trois, il n'y aurait pas ce gap entre le
pré-œedipien et l'œdipien.
1956/57 - La relation d'objet - 536 - [Ce jeu imaginaire par
excellence de Hans et sa mère, jeu "scoptophillique" de voir et d'être vu :
chercher le phallus? Relation imaginaire qui n'est cependant pas la relation
imaginaire primitive de capture mère-enfant (animale) toute bête..., où la
bête couve, menace...du regard, ou se fait voir, comme à la parade. Là il
s'agit de chercher à voir], à épier comme on dit, ce qui à la fois y est et
n'y est pas. (...) Quelque chose qui est là en tant qu'il reste voilé.
[Degré supérieur] non pas seulement du voir et de l'être vu, mais de donner
à voir et de l'être surpris.
1957 - D'une question préliminaire à tout traitement possible de la
psychose - 552 - C'est (...) par la béance qu'ouvre cette prématuration
dans l'imaginaire et où foisonnent les effets du stade du miroir, que
l'animal humain est capable de s'imaginer mortel, non qu'on puisse dire
qu'il le pourrait sans sa symbiose avec le symbolique, mais plutôt que sans
cette béance qui l'aliène à sa propre image, cette symbiose avec le
symbolique n'aurait pu se produire, où il se constitue comme sujet à la
mort.
1957 - D'une question préliminaire à tout traitement possible de la
psychose - 552 - [cf. schéma R p.553] - Le troisième terme du ternaire
imaginaire, celui où le sujet d'identifie à l'opposé avec son être de
vivant, n'est rien d'autre que L'IMAGE phallique. - 552 - C'est ainsi qu'à
considérer les sommets du triangle symbolique : I comme l'idéal du moi, M
comme le signifiant de l'objet primordial, et P comme la position en A du
Nom-du-Père, on peut saisir comment l'épinglage homologique de la
signification du sujet S sous le signifiant du phallus peut retentir sur le
soutien du champ de la réalité [cf. commentaire de J.-A. Miller p.905, où il
parle plutôt du Réel], délimité par le quadrangle Mim I. Les deux autres
sommets de celui-ci, i et m , représentant les deux termes imaginaires de la
relation narcissique, soit le moi et l'image spéculaire. - On peut ainsi
situer de i à M, soit en a , les extrémités des segments Si, Sa1, SA2, SAn,
SM, où placer les figures de l'autre imaginaire dans les relations
d'agression érotique où elles se réalisent, - de même de m à I, soit en a' ,
les extrémités de segments Sm, Sa'1, Sa'2, Sa'n, SI, où le moi s'identifie,
depuis son Urbild spéculaire jusqu'à l'identification paternelle de l'idéal
du moi. [Notes de Lacan en 1966 :] - 553 - ce que le schéma R étale, c'est
un plan projectif. - la seule coupure valable sur ce schéma (soit la coupure
mi , MI), indiquent assez que cette coupure isole dans le champ une bande de
Mœbius. - 554 - de pouvoir y détacher ces deux éléments hétérogènes que sont
(...) : le S barré de la bande ici à attendre où elle vient en effet, cad
recouvrant le champ R de la réalité, et le [petit]a qui correspond aux
champs J et S. -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 15/04/59 - "a" [objet] ,
cet autre imaginaire, qu'est-ce que cela veut dire ? cela veut dire que
quelque chose de plus ample qu'une personne peut s'y inclure, toute une
chaîne, tout un scénario - ce que nous pouvons appler le bordel diffus pour
autant qu'il devient la cause de ce qu'on appelle chez nous le sacro saint
génital. -
1960/61 - Le Transfert - 278 - Le petit phi désigne le phallus
imaginaire en tant qu'intéressé concrètement dans l'économie psychique au
niveau du complexe de castration (...), là où le névrosé le vit d'une façon
qui représente son mode particulier d'opérer et de manœuvrer, avec cette
difficulté radicale que j'essaye
d'articuler devant vous par l'usage que je donne au symbole grand Phi .
1961/62 - L'identification - 13/06/62 - Il y a donc deux imaginaires,
le vrai et le faux ; et le faux ne se soutient dans cette sorte de substance
à laquelle restent attachés tous les mirages du "mé-connaître" - Cette
relation du miroir pour être comprise comme telle, doit être située sur une
base de cette relation à l'Autre qui est fondement du sujet, tant que notre
sujet est le sujet du discours, le sujet du langage. C'est en situant ce
qu'est S barré coupure de "a" par rapport à la déficience fondamentale de
l'Autre comme lieu de la parole, par rapport à ce qui est la seule réponse
définitive au niveau de l'énonciation, le signifiant de A barré, du témoin
universel en tant qu'il fait défaut et qu'à un moment donné il n'a plus
qu'une fonction de faux témoin, c'est en situant la fonction de "a" en ce
point de défaillance, en montrant le support que trouve le sujet dans ce "a"
qui est ce que nous visons dans l'analyse comme objet qui n'a rien de commun
avec l'objet de l'idéalisme classique, qui n'a rien de commun avec l'objet
du sujet hégélien.
1962/63 - L'angoisse - 28/11/62 - [Notre dialectique part d'un] sujet
dont le modèle nous est donné par la conception classique du sujet à cette
seule condition que nous le limitions au fait qu'il parle, et, dès qu'il
parle, il se produit quelque chose. Dès qu'il commence à parler, le trait
unaire entre en jeu. L'identification primaire à ce point de départ que
constitue le fait de pouvoir dire un et un, et encore un, et encore un et
que c'est toujours d'un un qu'il faut qu'on parte, c'est à partir de là
(...) que s'institue la possibilité de la reconnaissance [imaginaire, mais
donc d'abord symbolique] comme telle de l'unité appelée i(a). Cet i(a) est
donné dans l'expérience spéculaire ; mais, comme je vous l'ai dit, cette
expérience spéculaire est authentifiée par l'Autre -
1962/63 - L'angoisse - 29/11/61 - deux sortes d'identifications imaginaires
: 1) celle au "a" : i(a), image spéculaire (...), 2) celle plus mystérieuse
à (...) l'objet du désir comme tel.
IMPOSSIBLE
1961/62 - L'identification - 21/03.62 - L'Autre ne répond donc rien
si ce n'est que rien n'est sûr, mais ceci n'a qu'un sens : c'est qu'il y a
quelque chose dont il ne veut rien savoir et très précisément de cette
question. A ce niveau l'impuissance de l'Autre s'enracine dans un impossible
qui est bien le même sur la voie duquel nous avait déjà conduit la question
du sujet. Pas possible était ce vide où venait surgir dans sa valeur
divisante le trait unaire. - le désir se constitue d'abord de sa nature
comme ce qui est caché à l'Autre par structure ; c'est l'impossible à
l'Autre justement qui devient le désir du sujet. Le désir se constitue comme
la partie de la demande qui est cachée à l'Autre. Cet Autre qui ne garantit
rien justement en tant qu'Autre, en tant que lieu de la parole, c'est là
qu'il prend son incidence édifiante. Il devient le voile, la couverture, le
principe d'occultation de la place même du désir et c'est là que l'objet va
se mettre à couvert - l'objet du désir existe comme ce rien même dont
l'Autre ne peut savoir que c'est tout ce en quoi il consiste -
1964 - Les quatre concepts… - 152 - Le chemin du sujet [dans la
satisfaction] (...) passe entre deux murailles de l'impossible. -
l'impossible n'est pas forcément [négatif] le contraire du possible, ou bien
alors, puisque l'opposé du possible, c'est assurément le réel, nous serons
amenés à définir le réel comme l'impossible. - dans Freud, c'est sous cette
forme qu'apparaît le réel, à savoir l'obstacle au principe du plaisir. Le
réel, c'est le heurt, c'est le fait que ça ne s'arrange pas tout de suite,
comme le veut la main qui se tend vers les objets extérieurs. - [il
apparaît] par sa désexualisation - Mais l'impossible est présent aussi dans
l'autre champ - 153 - L'idée que la fonction du principe du plaisir est de
se satisfaire par l'hallucination, est là pour l'illustrer - La pulsion
saisissant son objet apprend en quelque sorte que ce n'est justement pas par
là qu'elle est satisfaite. [Car si on distingue au départ la pulsion du
besoin] c'est justement parce qu'aucun objet d'aucun Not, besoin, ne peut
satisfaire la pulsion.
INCONSCIENT…
1953 - Discours du Congrès de Rome et réponse aux interventions - Il
ne s'agit pas de passer d'un étrange ics plongé dans l'obscur, à l'étage
conscient, siège de la clarté, par je ne sais quel mystérieux ascenseur.
C'est bien là l'objectivation, par quoi le sujet tente ordinairement
d'éluder sa responsabilité, et c'est là aussi où les pourfendeurs habituels
de l'intellectualisation, manifestent leur intelligence en l'en engageant
plus encore. / Il s'agit en effet non pas de passage à la conscience, mais
de passage à la parole, n'en déplaise à ceux qui s'obstinent à lui rester
bouchés, et il faut que la parole soit entendue par quelqu'un là où elle ne
pouvait même être lue par personne : message dont le chiffre est perdu ou le
destinataire mort./ La lettre du message est ics l'important.
1953 - Fonction et champ de la parole… - 136 - [discours] L'ics est ce
chapitre de mon histoire qui est marqué par un blanc ou occupé par un
mensonge : c'est le chapitre censuré. Mais la vérité peut être retrouvée ;
le plus souvent déjà elle est inscrite ailleurs. A savoir : - dans les
monunemnts : et ceci est mon corps (...) où le symptôme hystérique montre la
structure d'un langage et se déchiffre comme une inscription qui, une fois
recueillie, peut sans perte grave être détruite ; - dans les documents
d'archives aussi : et ce sont les souvenirs de mon enfance (...) ; - dans
l'évolution sémantique : et ceci répond au stock et aux acceptions du
vocabulaire qui m'est particulier (...) ; - dans les traditions aussi (...)
qui sous une forme héroïsée, véhiculent mon histoire ; - dans les traces,
enfin, qu'en conservent inévitablement les distorsions, nécessitées par le
raccord du chapitre adultéré dans les chapitres qui l'encadrent -
1953 - Fonction et champ de la parole… - 139 - Ce que nous apprenons
au sujet à reconnaître comme son ics, c'est son histoire, - cad que nous l'aidonà
à parfaire l'historisation actuelle des faits qui ont déterminé déjà dans
son existence - Mais s'ils ont eu ce rôle, c'est déjà en tant que faits
d'histoire, cad en tant que reconnus dans un certain sens ou censurés dans
un certain ordre. Ainsi toute fixation à un prétendu stade instinctuel est
avant tout stigmate historique : page de honte qu'on oublie ou qu'on annule,
ou page de gloire qui oblige. - Pour dire bref, les stades instinctuels sont
déjà quand ils sont vécus, organisés en subjectivité. - subjectivité de
l'enfant qui enregistre en victoires et en défaites le geste de l'éducation
de ses sphincters, y jouissant de la sexualisation imaginaire de ses
orifices cloacaux, faisant agression de ses expulsion sexcrémentielles,
séduction de ses rétentions, et symboles de ses relâchements
1953 - Fonction et champ de la parole… - 143 - [la télépathie montre
bien que] l'ics du sujet soit le discours de l'autre - Coincidence des
propos du sujet avec des faits dont il ne peut être informé, mais qui se
meuvent toujours dans les liaisons d'une autre expérience où le
psychanalyste est interloculeur - coïncidence aussi bien le plus souvent
constituée par une convergence toute verbale, voire homonymique -
1953 - Les écrits techniques de
Freud - 100 - l'inconscient est le discours de l'autre . / Voilà un cas
où c'est absolument manifeste. Il n'y a aucune espèce d'ics dans le sujet.
C'est le discours de Mélanie Klein qui greffe brutalement sur l'inertie
moïque initiale de l'enfant les premières symbolisations de la situation
œdipienne.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud - 245 - l'ics d'Œdipe,
c'est bien ce discours fondamental qui fait que depuis longtemps, depuis
toujours, l'histoire d' Œdipe est là écrite, que nous la connaissons, et
qu'Œdipe l'ignore totalement, encore qu'il soit joué par elle depuis le
début. - [Œdipe à Colone ] Vous y verriez que le dernier mot du rapport de
l'homme à ce discours qu'il ne connaît pas, c'est la mort.
1955 - La Chose freudienne - 432 - dans cet ics (...) il [Freud] a
reconnu l'instance des lois où se fondent l'alliance de la parenté, en y
installant dès la Traumdeutung le complexe d'Œdipe comme sa motivation
centrale. Et c'est ce qui me permet maintenant de vous dire pourquoi les
motifs de l'ics se limitent (...) au désir sexuel. C'est essentiellement en
effet sur la liaison sexuelle, et en l'ordonnant à la loi des alliances
préférentielles et des relations interdites, que la première combinatoire
des échanges de femmes entre les lignées nominales prend son appui -
1955/56 - Les psychoses - 127 - [l'ics] cette phrase, cette
construction symbolique, recouvre de sa trame tout le vécu humain - 128 - Ce
monologue soi-disant intérieur est en parfaite continuité avec le dialogue
extérieur, et c'est bien pour cette raison que nous pouvons dire que l'ics
est ausi le discours de l'autre. - la phrase évangélique ils ont des
oreilles pour ne point entendre est à prendre au pied de la lettre. C'est
une fonction du moi que nous n'avons pas perpétuellement à entendre cette
articulation qui organise nos actions comme des actions parlées. - 129 - Dès
lors, nous n'avons pas de raison de nous refuser de reconnaître ses voix [du
psychotique : HALLUCINATION] au moment où le sujet nous en témoigne comme de
quelque chose qui fait partie du texte même de son vécu.
1955/56 - Les psychoses - 149 - le psychotique est un martyr de
l'inconscient, en donnant au terme de martyr son sens, qui est celui d'être
témoin. Il s'agit d'un temoignage ouvert. Le névrotique aussi est un témoin
de l'existence de l'ics, il donne un témoignage couvert qu'il faut
déchiffrer.
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 522 - L'ics n'est
ni le primordial, ni l'instinctuel, et d'élémentaire il ne connaît que les
éléments du signifiant.
1957 - D'une question préliminaire à tout traitement possible de la
psychose - 548 - Ça pense plutôt mal, mais ça pense ferme : car c'est en
ces termes qu'il [Freud] nous annonce l'ics -
1957 - La psychanalyse et son enseignement - 439 - L'ics est ce
discours de l'Autre où le sujet reçoit, sous la forme inversée qui convient
à la promesse, son propre message oublié.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 25/06/58 - ce désir du
sujet rencontré comme l'au-delà de la demande, est ce qui le fait opaque à
notre demande, et ce qui aussi installe son propre discours comme quelque
chose qui est absolument nécessaire à notre structure, mais qui nous est par
certains côtés impénétrable, qui en fait un discours inconscient [1° car
au-delà de la demande (consciente), 2° car c'est le désir de l'autre] -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 08/01/58 - Il peut y
avoir dans la chaîne des signifiants un signifiant ou une lettre qui manque
- L'espace du signifiant, l'espace de l'ics est un espace typographique.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 20/11/57 - ce n'est pas
simplement le genre ou la classe particulière, mais même l'exemple
particulier [individu] qui nous permet de saisir les propriétés les plus
significatives [de l'ics].
1958/59 - Le désir et son interprétation - 20/05/59 - le sujet y est
intéressé [inter-esse entre deux signifiants au moins] - le sujet y est
comme étant dans l'intervalle, comme étant ce qui est dans l'intervalle du
discours de l'inconscient, comme étant à proprement parler la métonymie de
cet être qui s'exprime dans la chaîne ics.
1961 - Maurice Merleau-Ponty - 251 - c'est l'inconscient dont je
démontre le statut quand je m'emploie à y faire concevoir le sujet comme
rejeté de la chaîne signifiante, qui du même coup se constitue comme refoulé
primordial.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 247 - la raison, le
discours, l'articulation signifiante comme telle, est là au départ, ab ovo ,
elle est là à l'état ics, avant la naissance de toute chose pour ce qui est
de l'expérience humaine, elle est là enfouie, inconnue, non maîtrisée, non
sue par celui-là même qui en est le support. - La prise de l'homme de l'ics
a un caractère primitif, fondamental. Or ce champ, en tant qu'il est d'ores
et déjà logiquement organisé, comporte une Spaltung , qui se maintient dans
toute la suite du développement, et c'est par rapport à cette Spaltung que
doit être articulé dans sa fonction le DÉSIR comme tel.
1960-61 - Le Transfert - 51 - Celui qui vient nous trouver, par
principe de cette supposition qu'il ne sait pas ce qu'il a - déjà là est
toute l'implication de l'inconscient, du il ne sait pas fondamental. C'est
par là que s'établit le pont qui peut relier notre science nouvelle à toute
la tradition du connais-toi toi-même [à ceci près, donc, que la formule
socratique, avec la philosophie, sous-entend la connaissance (et forcément
aussi l'inconnaissance) de L'ÊTRE alors que l'analytique parle du non savoir
de l'AVOIR (du non s'a-voir) : autrement dit je vais voir le psy parce que
je ne sais décidément pas ce que j'ai (parce que je ne suis pas bien) ;
alors que je cherche ce que je suis où qui je suis dans la philosophie (où
il me semble que j'ai le bien, à portée de main)]
1960-61 - Le Transfert - 216 - c'est à la communication des ics qu'en
fin de compte il faudrait se fier pour que se produisent au mieux chez
l'analyste les aperceptions décisives. - on pourrait même concevoir un
inconscient réserve [dont le sujet averti] (...) par l'expérience de
l'analyse didactique, sache, en quelque sorte, en jouer comme d'un
instrument, comme de la caisse du violon dont par ailleurs il possède les
cordes. Ce n'est tout de même pas d'un ics brut, qu'il s'agit chez lui, mais
d'un ics assoupli, d'un ics plus l'expérience de cet ics. - Ce n'est pas
qu'il soit accessible aux hommes de bonne volonté - il ne l'est pas. C'est
dans des conditions strictement limitées que l'on peut l'atteindre, par un
détour, le détour de l'Autre, qui rend nécessaire l'analyse, et réduit de
façon infrangible les possibilités de l'auto-analyse - 218 - Toute
découverte de son propre ics se présente comme un stade de la traduction en
cours d'un ics qui est d'abord ics de l'Autre.
1960/61 - Le Transfert - 312 - il y a cette supposition - que le
désir ne se présente pas à visage découvert [comme dans la philosophie] -
les désirs sont partout, et au cœur même de nos efforts pour nous en rendre
maîtres. Bien loin de là, même à les combattre, nous ne faisons guère plus
que d'y satisfaire. Je dis y et non les , car dire les satisfaire serait
encore trop, ce serait les tenir pour saisissable - Y satisfaire se dit ici
comme on dit, dans le sens opposé, y couper , ou n'y pas couper - à mesure
même d'un dessein fondamental, justement, d'y couper. - 313 - l'accent y est
mis sur une extension (...) de la méconnaissance fondamentale
1961/62 - L'identification - 13/12/61 - le problème de l'inconscient
pour nous, c'est [celui] de l'autonomie du sujet pour autant qu'elle n'est
pas seulement préservée, qu'elle est accentuée comme jamais elle ne le fut
dans notre champ, et précisément de ce paradoxe que ces cheminements que
nous y découvrons ne sont point concevables si à proprement parler ce n'est
le sujet qui en est le guide et de façon d'autant plus sûre que c'est sans
le savoir, sans en être complice, si, je puis dire : "conscius", parce qu'il
ne peut progresser vers rien ni en rien qu'à ne le repérer qu'après-coup,
car rien qui ne soit par lui engendré justement qu'à mesure de le méconaître
d'abord. - De cette permanence du sujet, je vous montre la référence et non
la presence -
1964 - Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse - 25 -
Elle [la cause] se distingue de ce qu'il y a de déterminant dans une chaîne,
autrement dit de la loi. Pour l'exemplifier, pensez à ce quis 'image dans la
loi de l'action et de la réaction. Il n'y a ici, si vous voulez, qu'un seul
tenant. l'un ne va pas sans l'autre. - Au contraire, chaque fois que nous
parlons de cause, il y a toujours quelque chose d'anticonceptuel,
d'indéfini. Les phases de la lune sont la cause des marées - ça, c'est
vivant, nous savons à ce moment-là que le mot cause est bien employé. Ou
encore, les miasmes sont la cause de la fièvre - ça aussi, ça ne veut rien
dire, il y a un trou, et quelque chose qui vient osciller dans l'intervalle.
Bref, il n'y a de cause que ce qui cloche. Eh bien ! l'ics freudien, c'est à
ce point que j'essaie de vous faire viser par approximation qu'il se situe,
à ce point où, entre la cause et ce qu'elle affecte, il y a toujours la
clocherie. L'important n'est pas que l'ics détermine la névrose - là-dessus
Freud a très volontiers le geste pilatique de se laver les mains. Un jour ou
l'autre, on trouvera peut-être quelque chose, des déterminants humoraux, peu
importe - ça lui est égal. car l'ics nous montre la béance par où la névrose
se raccorde à un réel - réel qui peut bien, lui, n'être pas déterminé. - et
qu'est-ce qu'il trouve, dans le trou, dans la fente, dans la béance
caractéristique de la cause ? Quelque chose de l'ordre du non-réalisé. On
parle de refus. C'est aller trop vite en la matière - L'ics, d'abord, se
manifeste à nous comme quelque chose qui se tient en attente dans l'aire,
dirai-je, du non-né. Que le refoulement y déverse quelque chose, n'est pas
étonnant. - ces actifs orthopédeutes qe sont dévenus les analystes de la
seconde et de la troisième génération, (...) se sont employés, en
psychologisant la théorie analytique, à suturer cette béance. - Achoppement,
défaillance, fêlure. Dans une phrase prononcée, écrite, quelque chose vient
à trébucher. - Là, quelque chose d'autre demande à se réaliser - qui
apparaît comme intentionnel, certes, mais d'une étrange temporalité. Ce qui
se produit dans cette béance, au sens plein du terme se produire, se
présente comme la trouvaille. - Or cette trouvaille, dès qu'elle se
présente, est retrouvaille, et qui plus est, elle est toujours prête à se
dérober à nouveau, instaurant la dimension de la perte.
1964 - Les quatre concepts… - 116 - L'ics est la somme des effets de
la parole sur un sujet, à ce niveau où le sujet se constitue des effets du
signifiant.
1964 - Les quatre concepts… - 32 - l'ordre de l'ics, - c'est que ce
n'est ni être, ni non-être, c'est du non-réalisé. - 34 - Le statut de l'cis
(...) est éthique. - 40 - Rien, en effet, ne peut être fondé sur le hasard -
calcul de chances, stratégies - qui n'implique au départ une structuration
limitée de la situation, et cela en termes de signifiants. Quand la théorie
moderne des jeux élabore la stratégie des deux partenaires, ils se
rencontrent avec les chances maxima, chacun, de l'emporter à condition de,
chacun, raisonner comme l'autre. Qu'est-ce qui donne sa valeur à une
opération de cette espèce ? - sinon que, déjà, la carte est faite, les
points de repère signifiants du problème y sont inscrits, et la solution ne
les dépassera jamais. Eh bien ! pour ce qui est de l'ics, Freud réduit tout
ce qui vient à portée de son écoute, à la fonction de purs signifiants.
C'est à partir de cette réduction que ça opére, et que peut apparaît, dit
Freud, un moment de conclure - un moment où il se sent le courage de juger
et de conclure. C'est là [dans cette situation… logique] ce qui fait partie
de ce que j'ai appelé son témoignage éthique.
1964 - Les quatre concepts… - 138 - La réalité de l'ics, c'est -
vérité insoutenable - la réalité sexuelle. - 140 - nous devons considérer l'ics
comme une rémanence de cette jonction archaïque de la pensée avec la réalité
sexuelle. - 142 - Seule la présence du sujet qui désire, et qui désire
sexuellement, nous apporte cette dimension de métaphore naturelle, d'où se
décide la prétendue identité de la perception [caractérisant l'ics selon
Freud]. - Ce n'est qu'en raison de la sexualisation de ces objets que
l'hallucination du rêve est possible - car, vous pouvez le remarquer, la
petite Anna n'hallucine que les objets interdits. - la dimension de
signification est absolument essentielle à repérer dans toute hallucination
pour nous permettre de saisir ce dont il s'agit dans le principe du plaisir.
1964 - Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse - 28 -
Vous m'accorderez que le un qui est introduit par l'expérience de l'ics,
c'est le un de la fente, du trait, de la rupture. - Où est le fond ? Est-ce
l'absence ? Non pas. La rupture, la fente, le trait de l'ouverture fait
surgir l'absence - comme le cri non pas se profile sur fond de silence, mais
au contraire le fait surgir comme silence. - Voilà où nous retrouvons la
structure basale, qui rend possible, de façon opératoire, que quelque chose
prenne la fonction de barrer, de rayer, une autre chose. Niveau plus
primordial, structuralement, que le refoulement dont nous parlerons plus
tard. Eh bien, cet élément opératoire de l'effacement, c'est ce que Freud
désgine, dès l'origine, dans la fonction de la CENSURE. - c'est bien là ce
sur quoi porte, de la façon la plus efficiente, le dynamisme de
l'inconscient.
1964 - Position de l'inconscient - 830 - L'ics n'est pas une espèce
définissant dans la réalité psychique le cercle de ce qui n'a pas l'attribut
(ou la vertu) de la conscience. - l'ics d'avant Freud n'est pas purement et
simplement - L'ics avant Freud n'est rien de plus consistant que cet in-noir,
soit l'ensemble de ce qu'on ordonnerait aux sens divers du mot noir - 832 -
La seule fonction homogène de la conscience est dans la capture imaginaire
du moi par son reflet spéculaire et dans la fonction de méconnaissance qui
lui en reste attachée.
1964 - Position de l'inconscient - 839 - Le sujet, le sujet
cartésien, est le présupposé de l'ics - L'Autre est la dimension exigée de
ce que la parole s'affirme en vérité. L'ics est entre eux leur coupure en
acte.
1964 - Position de l'inconscient - 830 - L'ics est un concept forgé
sur la trace de ce qui opère pour constituer le sujet.
1964 - Position de l'inconscient - 834 - la présence de l'ics, pour
se situer au lieu de l'Autre, est à chercher en tout discours, en son
énonciation.
INDIVIDU…
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 17 - le sujet est
décentré par rapport à l'individu. C'est ce que veut dire Je est un autre .
1961/62 - L'identification - 20/12/61 - C'est donc dans cet
accolement structural de quelque chose d'inséré radicalement dans cette
individualité vitale avec cette fonction signifiante, que nous sommes dans
l'expérience analytique - Où est le sujet là-dedans ? Il est dans
l'individualité radicale, réelle, dans le patient pur de cette capture, dans
l'organisme dès lors aspiré par les effets du "ça parle" - Est-il, à l'autre
extrême identifiable au jeu même du signifiant ? - Notre effort cette année,
s'il a un sens, justement c'est de montrer comment s'articule la fonction du
sujet ailleurs que dans l'un ou l'autre de ces pôles, jouant entre les deux.
INHIBITION
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 133 - Freud est amené
à restaurer le système de la conscience et son autonomie paradoxale du point
de vue énergétique. Si l'enchaînement des expériences a des effets
hallucinatoires, il faut un appareil correcteur, un test de la réalité. - A
quelles hypothèses supplémentaires est-il conduit ? - 135 - inhibition et
information. - il faut que le moi (...) inhibe au maximum les passages
d'énergie dans ce système. - 137 - Jugement, pensée, etc., sont des
décharges énergétiques en tant qu'inhibées. - 144 - [Dans la Science des
rêves, la théorie de Freud, remaniée, s'oppose à un nouveau paradoxe : ] le
paradoxe du système de la cs - il faut qu'il soit là et qu'il ne soit pas
là. - 169 - la façon dont le schéma est construit a la singularité de
représenter comme dissociés, aux deux points terminaux de la circulation
orientée par l'élaboration psychique, l'envers et l'endroit d'une même
fonction, à savoir la perception et la cs.
INTERDIT
1956/57 - La relation d'objet - 472 - [Le cheval c'est d'abord la
Mère phallique, dévoreuse, "au très grand fait pipi", c'est ensuite le père
en tant qu'interdicteur. Mais justement, si phobie il y a, c'est que la
castration (a priori indépendante de l'interdit) n'a pas eu lieu. Elle n'a
pas eu lieu, parce qu'en l'espèce la mère maintient le jeu du leurre, et
parce que le père est complice de ce jeu en... ne l'interdisant pas (mais ce
n'est que la conséquence de l'absence de désir entre les deux époux). Et
alors, l'interdit, soit maintenant la "crainte" de la castration est vécue
névrotiquement, soit précisément sous la forme de l'interdit qui n'est que
refoulement de la véritable castration dont le sujet ne veut rien savoir.
Plutôt l'interdit, plutôt le cheval, ses crocs, et l'angoisse, que de
reconnaître l'absence de pénis chez la mère.] [PHOBIE]
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 354 - il est plus commode de
subir l'interdit que d'encourir la castration.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 207 - non seulement le
meurtre du père n'ouvre pas la voie à la jouissance que la présence de
celui-ci était censée interdire, mais il en renforce l'interdiction. -
L'obstacle étant exterminé sous la forme du meurtre, la jouissance n'en
reste pas moins interdite, et bien plus - 208 - tout ce qui est viré de la
jouissance à l'interdiction va dans le sens d'un renforcement toujours
croissant de l'interdiction. Quiconque s'applique à se soumettre à la loi
morale voit toujours se renforcer les exigences toujours plus minutieuses,
plus cruelles, de son surmoi. - [inversement, quiconque s'avance dans la
voie de la jouissance sans frein (...) rencontre des obstacles - C'est au
point que nous arrivons à la formule qu'une transgression est nécessaire
pour accéder à cette jouissance, et que (...) c'est très précisément à cela
que sert la Loi. - Si les voies vers la jouissance ont en elles-mêmes
quelque chose qui s'amortit, qui tend à être impraticable, c'est
l'interdiction qui lui sert, si je puis dire, de véhicule tout terrain,
d'autochenille, pour sortir de ces boucles qui ramènent toujours l'homme,
tournant en rond, vers l'ornière d'une satisfaction courte et piétinée.
INTERPRETATION…
1932 - Thèse - 291 - [délire] pour Kraepelin, "l'ordre logique est
conservé dans les pensées, les actes et le vouloir". Ces affirmations
répondent assurément [et seulement] au caractère clinique, par lequel les
délires paranoïaques sont des délires compréhensibles . [? des délires
paraphréniques] - [or] la perception, tout d'abord, n'apparaît plus être
exacte [mécanismes oniroïdes, psychasthénie] - 293 - [certes les délires ont
un sens , une "clarté significative ", dit Lacan, parfaitement congruente,
mais] Qu'y deviennent les principes logiques fondamentaux de la
contradiction, de la localisation spatiale et temporelle, de la causalité? -
[sens du délire:] On peut dire que, contrairement aux rêves, qui doivent
êtres interprétés , le délire est par lui-même une activité interprétative
de l'inconscient. - Qu'on interroge cependant le malade sur les origines
historiques de ses convictions délirantes, alors apparaîtra le second trait
caractéristique du délire, à savoir son imprécision logique . - Nous avons
parlé d'amnésie élective - Il ne s'agit aucunement de troubles de la
remémoration - Il s'agit en réalité d'un trouble de la croyance . - 294 -
Pour que le malade adjoigne en effet à l'image évoquée par les associations
délirantes le coefficient de croyance ["je nie que l'homme reste sans rien
affirmer pour autant qu'il imagine", Spinoza, cité par Lacan en note] qui en
fait une image intégrée à son passé [alors qu'elle n'y est pas], une
image-souvenir , il faut qu'il ne s'embarrasse d'aucune référence à ce
système cohérent (...) des principes de lieu, de temps, de cause et
d'identité . En fait, l'image ne se présente pas à lui autrement que dans le
cas idéal forgé par James, selon lequel "Tout objet (imaginatif) qui ne
rencontre pas de contradiction devient ipso facto un objet de croyance et
est posé comme une réalité absolue." Ce que nous trouvons dans la genèse du
délire, c'est donc une déficience du principe de CONTRADICTION, pris dans
son sens le plus général [c'est-à-dire le LANGAGE] - 295 - il exprime
clairement des tendances psychiques dont seule l'expression logique normale
est refoulée. - 297 - [structure conceptuelle propre au système du délire:
1) clarté significative, 2) Imprécision logique, 3) Valeur de réalité d'un
complexe ou d'un conflit, ignoré par le sujet, 4) organisation de ces
conceptions par un principe prélogique d'identification itérative (thème du
double, de l'éternel retour, etc.) -
1933 - "Le problème du style..." (Thèse) - 386 - [délire] D'une part
(...) le champ de la perception est empreint chez ces sujets [délirants]
d'un caractère immanent et imminent de "signification personnelle" (symptôme
dit "interprétation") et ce caractère est exclusif de cette neutralité
affective de l'objet qu'exige au moins virtuellement la connaissance
rationnelle. D'autre part, l'altération, notable chez eux, des intuitions
spacio-temporelles modifie la portée de la conviction de réalité (illusions
du souvenir, croyances délirantes).
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud - 266 - la résistance,
c'est l'état actuel d'une interprétation du sujet. - un point idéal
abstrait. - C'est vous qui appelez ça résistance [effectivement : "ça
résiste", ça ne va pas tout seul]. Ça veut simplement dire qu'il ne peut pas
avancer plus vite, et vous n'avez rien à dire à ça. - 267 - [il y a donc une
contradiction à poser cette résistance comme un point mort par rapport à une
force, et ensuite demander sa suppression ("liquider" comme on dit). - Il
n'y a qu'une seule résistance, c'est la résistance de l'analyste. L'analyste
résiste quand il ne comprend pas à quoi il a affaire. Il ne comprend pas à
quoi il a affaire quand il croit qu'interpréter, c'est montrer au sujet ce
qu'il désire, c'est tel objet sexuel. Il se trompe. -
1955/56 - Les psychoses - 30 - la difficulté d'aborder le problème de
la paranoïa tient précisément à ce qu'elle se situe justement sur le plan de
la compréhension. - le phénomène élémentaire, irréductible, est ici au
niveau de l'interprétation. - En d'autres termes, il [le paranoïaque]
symbolise ce qui se passe en termes de signification. [C'est ce qui a pu
entretenir l'idée que la paranoïa manifestait un comble de logique, voire
d'intelligence] [l'illusion pour l'analyste serait, à son tour, de vouloir
comprendre, du style : Le sujet a voulu dire ça . ] 31 - [Il se peut qu'il y
ait] en effet un noyau complètement compréhensible, si vous y tenez. Ça n'a
strictement aucun intérêt qu'il le soit. Ce qui est par contre tout à fait
frappant, c'est qu'il est inaccessible, inerte, stagnant par rapport à toute
dialectique. [et tout dialogue] -
1958 - La direction de la cure... - 623 - dans le rêve ne l'intéresse
[Freud] que son élaboration. - ce que nous traduisons par sa structure de
langage. - [Donc si] l'élaboration du rêve est nourrie par le désir - le
désir (...) ne se saisit que dans l'interprétation.
1964 - Les quatre concepts… - 224 - il s'agit, dans la métaphore, de
marquer l'effet de sens - 225 - ce qui se passe est qu'un signifiant
substitutif est venu à la place d'un autre signifiant, constituer l'effet de
métaphore. Il renvoie ailleurs le signifiant qu'il a chassé. Si on veut
justement conserver la possibilité d'un maniement de type fractionnel, on
mettra le signifiant disparu, le signifiant refoulé, au-dessous de la barre
principale - Par conséquent, il est faux qu'on puisse dire que
l'interprétation (...) est ouverte à tout sens sous prétexte qu'il ne s'agit
que de la liaison d'un signifiant à un signifiant, et par conséquent d'une
liaison folle. - 226 - L'interprétation est une signification qui n'est pas
n'importe laquelle. Elle vient à la place du s , et renverse le rapport qui
fait que le signifiant a pour effet, dans le langage, le signifié. Elle a
pour effet de faire surgir un signifiant irréductible. - Elle est une
interprétation significative, et qui ne doit pas être manquée. Cela
n'empêche pas que ce n'est pas cette signification qui est, par l'avènement
du sujet, essentielle. Ce qui est essentiel, c'est voir, au-delà de cette
signification, à quel signifiant (...) il est, comme sujet, assujetti. - à
savoir dans quelque chose d'irréductible, de non-sensical qui fonctionne
comme signifiant originellement refoulé - cf. schéma p.226 - En tant que le
signifiant primordial est pur non-sens, il devient porteur de
l'infinitisation de la valeur du sujet, non point ouverte à tous les sens,
mais les abolissant tous, ce qui est différent.
1964 - Les quatre concepts… - 188 - Plus d'un élément de rêve,
presque tous, peuvent être le point où nous le situerons [le sujet]
diversement dans l'interprétation. - [Mais] L'interprétation n'est pas
pliable à tout sens. Elle ne désigne qu'une seule suite de signifiants. Mais
le sujet peut en effet occuper diverses places, selon qu'on le met sous l'un
ou l'autre de ces signifiants. - 190 - Le petit v de la moitié inférieure du
losange, disons ici que c'est le vel constitué de la première opération [:
aliénation ; l'autre est la séparation : cf.] - 191 - [ce vel] condamne le
sujet à n'apparaître que dans cette division [à savoir que] (...) que, s'il
apparaît d'un côté comme sens, produit par le signifiant, de l'autre il
apparaît comme aphanisis. - [cela correspond] à la forme logique de la
réunion [? addition : la réunion ne compte pas deux fois les mêmes éléments]
- il y a, dans la réunion, un élément qui comporte que, quelque soit le
choix qui s'opère, il a pour conséquence un ni l'un ni l'autre. Le choix n'y
est donc que de savoir si l'on entend garder une des parties, l'autre
disparaissant en tout cas. [ex. :] La bourse ou la vie ! Si je choisis la
bourse, je perds les deux. Si je choisis la vie, j'ai la vie sans la bourse,
à savoir, une vie écornée. - 193 -[dans la liberté ou la mort, c'est
différent] parce que la mort entre en jeu - C'est que, dans les deux cas,
j'aurai les deux - 192 - Illustrons-le par ce qui nous intéresse, l'être du
sujet, celui qui est là sous le sens. Nous choisissions l'être, le sujet
disparaît, il nous échappe, il tombe dans le non-sens - nous choisissons le
sens, et le sens ne subsiste qu'écorné de cette partie de non-sens qui est
(...) l'ics. En d'autres termes, il est de la nature de ce sens tel qu'il
vient à émerger au champ de l'Autre, d'être dans une grande partie de son
champ, éclipsé par la disparition de l'être, induite par la fonction même du
signifiant. [cf. schéma] - L'interprétation ne vise pas tellement le sens
que de réduire les signifiants dans leur non-sens pour que nous puissions
retrouver les déterminants de toute la conduite du sujet.
INTERSUBJECTIVITE
1953 - Fonction et champ de la parole… - 180 - le langage humain
constituerait donc une communication où l'émetteur reçoit du récepteur son
propre message sous une forme inversée (...) à savoir que la parole inclut
toujours subjectivement sa réponse, que le "Tu ne me chercherais pas si tu
ne m'avais trouvé" ne fait qu'homologuer cette vérité, et que c'est la
raison pourquoi dans le refus paranoïaque de la reconnaissance, c'est sous
la forme d'une verbalisation négative que l'inavouable sentiment vient à
surgir dans l'"interprétation" persécutive. - Finalement c'est à
l'intersubjectivité du "nous" qu'il assume, que se mesure en un langage sa
valeur de parole. - 181 - Car la fonction du langage n'y est pas d'informer,
mais d'évoquer. Ce que je recherche dans la parole, c'est la réponse de
l'autre. Ce qui me constitue comme sujet, c'est ma question. Pour me faire
reconnaître de l'autre, je ne profère ce qui fut qu'en vue de ce qui sera.
Pour le trouver, je l'appelle d'un nom qu'il doit assumer ou refuser pour me
répondre. / Je m'identifie dans le langage, mais seulement à m'y perdre
comme un objet. Ce qui se réalise dans mon histoire, n'est pas le passé
défini de ce qui fut puisqu'il n'est plus, ni même le parfait de ce qui a
été dans ce que je suis, mais le futur antérieur de ce qu'aurais été pour ce
que je suis en train de devenir. - 182 - Si je presse sur un bouton
électrique et que la lumière se fasse, il n'y a de réponse que pour mon
désir. - Mais si j'appelle celui à qui je parle, par le nom quel qu'il soit
que je lui donne, je lui intime la fonction subjective qu'il reprendra pour
me répondre, même si c'est pour la répudier. / Dès lors apparaît la fonction
décisive de ma propre réponse et qui n'est pas comme on le dit d'être reçue
par le sujet comme approbation ou rejet de son discours, mais vraiment de le
reconnaître ou de l'abolir comme sujet. Telle est la responsabilité de
l'analyste chaque fois qu'il intervient par la parole. - la question de
l'exactitude [de l'interprétation] passe au second plan.
1956 - Situation de la psychanalyse et formation du psychanalyste en 1956
- 472 - [la psy comme science conjecturale] car la conjecture n'est pas
l'improbable : la stratégie peut l'ordonner en certitude. De même le
subjectif n'est-il pas la valeur de sentiment avec quoi on le confond : les
lois de l'intersubjectivité sont mathématiques.
1960/61 - Le Transfert - 20 - l'Intersubjectivité n'est-elle pas ce
qui est le plus étranger à la rencontre analytique ? Y pointerait-elle que
nous nous y dérobons, sûrs qu'il faut l'éviter. - 21 - éviter toute attitude
qui prête à imputation de réconfort, a fortiori de séduction. - 21 - Le
patient lui-même le sait, il l'appelle, il se veut surpris ailleurs.
[analyse]
INTRUSION
1938 - Les complexes familiaux - 36 - la jalousie, dans son fonds,
représente non pas une rivalité vitale mais une identification mentale. - 37
- dès ce stade s'ébauche la reconnaissance d'un rival, cad d'un "autre"
comme objet. - 38 - [nécessité d'] un écart d'âge très étroitement limité -
cette condition équivaut à l'exigence d'une similitude entre les sujets. Il
apparaît que l'imago de l'autre est liée [initialement, au stade du miroir]
à la structure du corps propre - [ensuite] [la psy] nous montre dans le
frère, au sens neutre, l'objet électif des exigences de la libido qui, au
stade que nous étudions, sont homosexuelles. - 39 - [dans la jalousie
amoureuse] On doit la reconnaître (...) dans le puissant intérêt [ bien
qu'il s'affirme comme haine] que le sujet porte à l'image du rival - Cet
intérêt confond en lui l'identification et l'amour. - L'agressivité maximum
qu'on rencontre dans les formes psychotiques de la passion est constituée
bien plus par la négation de cet intérêt singulier que par la rivalité qui
paraît la justifier. Mais c'est tout spécialement dans la situation
fraternelle primitive que l'agressivité se démontre pour secondaire à
l'identification. - 40 -Au reste, la doctrine analytique, en caractérisant
comme sado-masochiste la tendance typique de la libido à ce même stade,
souligne certes que l'agressivité domine alors l'économie affective, mais
aussi qu'elle est toujours à la fois subie et agie, cad sous-tendue par une
identification à l'autre, objet de la violence.
1938 - Les complexes familiaux - 46 - Le moi se constitue en même
temps que l'autrui dans le drame de la jalousie - Elle implique
l'introduction d'un tiers objet qui, à la confusion affective, comme à
l'ambiguïté spectaculaire, substitue la concurrence d'une situation
triangulaire. - Ainsi le sujet (...) ou bien il retrouve l'objet maternel et
va s'accrocher au refus du réel et à la destruction de l'autre ; ou bien,
conduit à quelque autre objet, il le reçoit (...) comme objet communicable,
puisque concurrence implique à la fois rivalité et accord ; mais en même
temps il reconnaît l'autre avec lequel s'engage la lutte ou le contrat - [la
jalousie] se révèle comme l'archétype des sentiments sociaux. -
1938 - Les complexes familiaux - 40 - Rappelons que (...) c'est
l'énigme que constitue le masochisme dans l'économie des instincts vitaux
qui a conduit Freud à affirmer un instinct de mort .- 41 - cette joie de la
première enfance de rejeter un objet du champ de son regard, puis, l'objet
retrouvé, d'en renouveler inépuisablement l'exclusion, signifie bien que
c'est le pathétique du sevrage que le sujet s'inflige à nouveau (...), mais
dont il triomphe maintenant qu'il est actif dans sa reproduction. [Or] Le
dédoublement ainsi ébauché, c'est l'identification au frère qui lui permet
de s'achever : elle fournit l'image qui fixe l'un des pôles du masochisme
primaire. Ainsi la non-violence du suicide primordial engendre la violence
du meurtre imaginaire du frère. L'image du frère non sevré n'attire une
agression [agressivité] spéciale que parce qu'elle répète dans le sujet
l'imago de la situation maternelle et avec elle le désir de la mort. Ce
phénomène est secondaire à l'identification.
1938 - Les complexes familiaux - 43 - [stade du miroir] le phénomène
reçoit [son sens] des conditions libidinales qui entourent son apparition.
Ces conditions ne sont que les tensions psychiques issues des mois de
prématuration - d'une part, l'intérêt psychique se trouve déplacé sur des
tendances visant à quelque recollement du corps propre ; d'autre part, la
réalité, soumise d'abord à un morcellement perceptif (...) s'ordonne en
reflétant les formes du corps, qui donnent en quelque sorte le modèle de
tous les objets. - 44 - La tendance par où le sujet restaure l'unité perdue
de soi-même prend place dès l'origine au centre de la conscience. -
prédominance des fonctions visuelles - [la forme "la plus intuitive" de
cette unité] en est donnée, à cette phase, par l'image spéculaire. Ce que le
sujet salue en elle, c'est l'unité mentale qui lui est inhérente. Ce qu'il y
reconnaît, c'est l'idéal de l'imago du double. - Le monde propre à cette
phase est donc un monde narcissique. - 45 - le sujet ne se distingue pas de
l'image elle-même. Appelons-là intrusion narcissique : l'unité qu'elle
introduit dans les tendances contribuera pourtant à la formation du moi. -
[en attendant cette image] l'aliène primordialement.
1938 - Les complexes familiaux - 48 - Les connexions de la paranoïa
avec le complexe fraternel se manifestent par la fréquence des thèmes de
filiation, d'usurpation, de spoliation, comme sa structure narcissique se
révèle dans les thèmes plus paranoïdes de l'intrusion, de l'influence, du
dédoublement, du double et de toutes les transmutations délirantes du corps.
Ces connexions s'expliquent en ce que le groupe familial, réduit à la mère
et à la fratrie, dessine un complexe psychique où la réalité tend à rester
imaginaire -
JALOUSIE
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 25/06/58 - Freud dit :
"ce n'est pas moi qu'il aime, c'est elle". Qu'est-ce que cela veut dire, si
ce n'est précisément que le délire de jalousie, pour autant qu'il fait
obstacle à ce pur et simple déchaînement de la parole [en limitant les
hallucinations au délire] (...) est justement ce quelque chose qu'il essaye
de restaurer, de restituer, le désir de l'Autre ; la structure du désir de
jalousie, c'est justement d'attribuer à l'Autre un désir qui est cette sorte
de désir esquissé, ébauché dans l'imaginaire, qui est celui du sujet. -
[ébauché mais non réalisé chez le psychotique car] nulle part ne s'est
produit cette métaphore essentielle qui donne au désir de l'Autre ce
signifiant primordial [qu'est le phallus] -
JEU
1964 - Les quatre concepts… - 59 - il ne s'agit dans Freud d'aucune
répétition qui s'assoie dans le naturel, d'aucun retour du besoin. - Tout ce
qui, dans la répétition, se varie, se module, n'est qu'aliénation de son
sens. L'adulte, voire l'enfant plus avancé, exigent dans leurs activités,
dans le jeu, du nouveau. Mais ce glissement voile ce qui est le vrai secret
du ludique, à savoir la diversité plus radicale que constitue la répétition
en elle-même. Voyez-la chez l'enfant, dans son premier mouvement, au moment
où il se forme comme être humain, se manifester comme exigence que le conte
soit toujours le même, que sa réalisation racontée soit ritualisée, cad
textuellement la même.
JOUISSANCE
1958/59 - Le désir et son interprétation - 10/06/59 - [masturbation]
la jouissance masturbatoire n'est pas la solution du désir, elle en est
l'écrasement, exactement comme l'enfant à la mamelle dans la satisfaction du
nourrissage écrase la demande d'amour à l'endroit de la mère. - Et toute
perspective à proprement parler hédoniste participe de cette position
d'exclusion - [comme] Diogène le cynique affichait, au point de le faire en
public à la manière d'un acte démonstratoire, et non pas exhibitionniste,
que la solution du problème du désir était, si je puis dire, à la portée de
la main de chacun, et il le démontrait brillamment en se masturbant.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 235 - [sadisme] [Freud nous
avertit] qu'il n'y a pas de commune mesure entre la satisfaction que donne
une jouissance à son état premier et celle qu'elle donne dans les formes
détournées, voire sublimées, dans lesquelles l'engage la civilisation. - 237
- Quand on avance dans la direction de ce vide central [de cette jouissance
première] (...) le corps du prochain se morcelle. Doctrinant la loi de la
jouissance comme pouvant fonder je ne sais quel système de société
idéalement utopique, Sade s'exprime ainsi (...) : Prêtez-moi la partie de
votre corps qui peut me satisfaire, et jouissez, si cela vous plaît, de
celle du mien qui peut veux être agréable. - 238 - dans l'énoncé de cette
loi fondamentale [on trouve ] (...) la première manifestation articulée de
ce à quoi nous nous sommes, comme psy, arrêtés sous le nom d'objet partiel.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 207 - non seulement le
meurtre du père n'ouvre pas la voie à la jouissance que la présence de
celui-ci était censée interdire, mais il en renforce l'interdiction. -
L'obstacle étant exterminé sous la forme du meurtre, la jouissance n'en
reste pas moins interdite, et bien plus - 208 - tout ce qui est viré de la
jouissance à l'interdiction va dans le sens d'un renforcement toujours
croissant de l'interdiction. Quiconque s'applique à se soumettre à la loi
MORALE voit toujours se renforcer les exigences toujours plus minutieuses,
plus cruelles, de son surmoi. - [inversement, quiconque s'avance dans la
voie de la jouissance sans fein (...) rencontre des obstacles - C'est au
point que nous arrivons à la formule qu'une transgression est nécessaire
pour accèder à cette jouissance, et que (...) c'est très précisément à cela
que sert la LOI. - Si les voies vers la jouissance ont en elles-mêmes
quelque chose qui s'amortit, qui tend à être impraticable, c'est
l'interdiction qui lui sert, si je puis dire, de véhicule tout terrain,
d'autochenille, pour sortir de ces boucles qui ramènent toujours l'homme,
tournant en rond, vers l'ornière d'une satisfaction courte et piétinée.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 217 - [selon Freud] la
jouissance est un mal. - elle est un mal parce qu'elle comporte le mal du
prochain. - c'est ce que l'on appelle l'au-delà du principe du plaisir - 219
- [Il en est de même avec le commandement de l'amour du prochain, car] ce
qui surgit, c'est cette méchanceté foncière qui habite en ce prochain [et en
moi-même] - 229 - Je recule à aimer mon prochain comme moi-même, pour autant
qu'à cet horizon il y a quelque chose qui participe de je en sais quelle
intolérable cruauté.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 222 - [cf. l'historiette de
Kant concernant] le personnage mis en posture d'être à la sortie exécuté,
s'il veut aller trouver la dame qu'il désire illégalement - Là-dessus, Kant,
le cher Kant dans toute son innocence, sa rouerie innocente, nous dit que
(...) tout un chacun, tout homme de bon sens, dira non. Personne n'aura la
folie, pour passer une nuit avec sa belle, de courir à une issue fatale,
puisqu'il ne s'agit pas seulement d'une lutte, mais d'une exécution au
gibet. Pour Kant, la question ne fait pas un pli. - Mais remarquez ceci - il
suffit que, par un effort de conception, nous fassions passer la nuit avec
la dame de la rubrique du plaisir à celle de la jouissance, en tant que la
jouissance - nul besoin de sublimation pour cela - implique précisément
l'acceptation de la mort [y compris d'autrui...], pour que l'exemple soit
anéanti. Autrement dit, il suffit que la jouissance soit un mal pour que la
chose change complètement de face, et que le sens de la loi morale soit dans
l'occasion complètement changé. Tout un chacun s'apercevra en effet que, si
la loi morale est susceptible de jouer ici quelque rôle, c'est précisément à
servir d'appui à cette jouissance, à faire que le péché devienne ce que
saint Paul appelle démesurément pécheur [? cannibalisme : surmoi/voix ->
jouissance/bouche]. Voilà ce qu'en cette occasion Kant ignore simplement.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 247 - [le jouissance] se
présente comme enfouie dans un champ central, avec des caractères
d'inaccessibilité, d'obscurité et d'opacité (...) peut-être pour autant que
la jouissance se présente non purement et simplement comme la satisfaction
d'un besoin, mais comme la satisfaction d'une pulsion [cad possession de
l'objet, et non simple appréciation plaisante d'une qualité] - [La pulsion]
n'est pas réductible à la complexité de la tendance (...) au sens de
l'énergétique. Elle comporte une dimension historique - Cette dimension se
marque à l'insistance avec laquelle elle se présente, en tant qu'elle se
rapporte à quelque chose de mémorable parce que mémorisé [idée du retour].
C'est aussi là (...) qu'entre dans le registre de l'expérience, la
destruction [de la Chose parce qu'inaccessible ? parce que sujette au
signifiant ?]
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 371 - Manger le livre [cf.
st Paul], c'est bien là où nous touchons du doigt ce que veut dire Freud
quand il parle de la sublimation comme d'un changement non d'objet, mais de
but. - La faim dont il s'agit, la faim sublimée, tombe dans l'intervalle
entre les deux, parce que ce n'est pas le livre que nous remplit l'estomac.
Quand j'ai mangé le livre, je ne suis pas pour autant devenu livre, pas plus
que le livre n'est devenu chair. Le livre me devient si je puis dire. Mais
pour que cette opération puisse se produire (...) il faut bien que je paie
quelque chose. - Sublimez tout ce que vous voudrez, il faut le payer avec
quelque chose. Ce quelque chose s'appelle la jouissance. Cette opération
mystique, je la paie avec une livre de chair. Voilà l'objet, le bien, que
l'on paie pour la satisfaction du désir. - C'est là (...) que gît
l'opération religieuse - Ce qui est sacrifié pour le bien du désir - (...)
ce qui est perdu de désir pour le bien -, cette livre de chair, c'est
justement ce que la religion se fait office et emploi de récupérer. C'est le
seul trait commun à toutes les religions -
1961/62 - L'identification - 14/03.62 - que la visée de la jouissance
subsiste et est en un certain sens réalisée dans toute activité de
sublimation, qu'il n'y a pas de refoulement, qu'il n'y a pas effacement,
qu'il n'y a même pas compromis avec la jouissance, qu'il y a paradoxe, qu'il
y a détour, que c'est par les voies en apparence contraires à la jouissance
que la jouissance est obtenue.
1960 - Subversion du sujet et dialectique du désir - 818 - [S(A
barré)=] signifiant d'un manque dans l'Autre - 819 - [Conformément à la
définition du signifiant] Ce signifiant sera donc le signifiant pour quoi
tous les autre signifiants représentent le sujet : c'est dire que faute de
ce signifiant, tous les autres ne représentent rien. - Or la batterie des
signifiants, en tant qu'elle est, étant par là même complète, ce signifiant
ne peut être qu'un trait qui se trace de son cercle sans pouvoir y être
compté. Symbolisable par l'inhérence d'un (-1) à l'ensemble des signifiants.
- C'est ce qui manque au sujet pour se penser épuisé par son cogito , à
savoir ce qu'il est d'impensable. Mais d'où provient cet être qui apparaît
en quelque sorte en défaut dans la mer des noms propres ? - cette place fait
languir l'Etre lui-même. Elle s'appelle la jouissance, et c'est elle dont le
défaut rendrait vain l'univers. - 820 - Cette jouissance dont le manque fait
l'Autre inconsistant, est-elle donc la mienne ? L'expérience prouve qu'elle
m'est ordinairement interdite - 821 - Ce à quoi il faut se tenir, c'est que
la jouissance est interdite à qui parle comme tel, ou encore qu'elle ne
puisse être dite qu'entre les lignes pour quiconque est sujet de la Loi,
puisque la Loi se fonde de cette interdiction même. La Loi en effet
commanderait-elle : Jouis, que le sujet ne pourrait y répondre que par un :
J'ouïs, où la jouissance ne serait plus que sous-entendue.
1960 - Subversion du sujet et dialectique du désir - 825 - disons que
le pervers s'imagine être l'Autre pour assurer sa jouissance, et que c'est
ce que révèle le névrosé en s'imaginant être un pervers : lui pour s'assurer
de l'Autre. - 826 - Chez le névrosé, le (- phi) se glisse sous le S barré du
fantasme, favorisant l'imagination qui lui est propre, celle du moi. Car la
castration imaginaire, le névrosé l'a subie au départ, c'est elle qui
soutient ce moi fort, qui est le sien, si fort, peut-on dire, que son nom
propre l'importune, que le névrosé est au fond un Sans-Nom. Oui, ce moi que
certains analystes choisissent de renforcer encore, c'est ce sous quoi le
névrosé couvre la castration qu'il nie. Mais cette castration, contre cette
apparence, il y tient. Ce que le névrosé ne veut pas, ce qu'il refuse avec
acharnement jusqu'à la fin de l'analyse, c'est de sacrifier sa castration à
la jouissance de l'Autre, en l'y laissant servir. Et bien sûr n'a-t-il pas
tort, car encore qu'il se sente au fond ce qu'il y a de plus vain à exister,
un Manque-à-être ou un En-Trop, pourquoi sacrifierait-il sa différence (tout
mais pas ça) à la jouissance d'un Autre qui, ne l'oublions pas, n'existe
pas. Oui, mais si par hasard il existait, il en jouirait. Et c'est cela que
le névrosé ne veut pas. Car il se figure que l'Autre demande sa castration.
1960 - Subversion du sujet et dialectique du désir - 827 - La
castration veut dire qu'il faut que la jouissance soit refusée, pour qu'elle
puisse être atteinte sur l'échelle renversée de la Loi du désir.
1960 - Subversion du sujet et dialectique du désir - 822 - C'est la
seule indication de cette jouissance dans son infinitude qui comporte la
marque de son interdiction, et pour constituer cette marque, implique un
sacrifice : celui qui tient en un seul et même acte avec le choix de son
symbole, le phallus. Ce choix a permis de ce que le phallus, soit l'image du
pénis, destine le phallus à donner corps à la jouissance, dans la
dialectique du désir. - C'est ainsi que l'organe érectile vient à symboliser
la place de la jouissance, non pas en tant que lui-même, ni même en tant
qu'image, mais en tant que partie manquante à l'image désirée.
1960 - Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine -
735 - Bien loin que réponde en effet à ce désir la passivité de l'acte, la
sexualité féminine apparaît comme l'effort d'une jouissance enveloppée dans
sa propre contiguïté (dont peut-être toute circoncision indique-t-elle la
rupture symbolique) pour se réaliser à l'envi du désir que la castration
libère chez le mâle en lui donnant son signifiant dans le phallus. Est-ce
alors ce privilège de signifiant que Freud vise en suggérant qu'il n'y a
peut-être qu'une libido et qu'elle est marquée du signe mâle ?
1961/62 - L'identification - 04/04/62 - Si c'est le fait que la
jouissance en tant que jouissance de la chose, est interdite en son accès
fondamental (...), nous pouvons formuler que l'Autre (...), en tant que son
support c'est le signifiant pur, le signifiant de la loi, que l'Autre se
présente ici comme métaphore de cette interdiction. Dire que l'Autre c'est
la loi ou que c'est la jouissance en tant qu'interdite, c'est la même chose.
- le seul Autre réel, puisqu'il n'y a nul Autre de l'Autre, rien qui
garantisse la vérité de la loi, le seul Autre réel étant ce dont on pourrait
jouir sans la loi. Cette virtualité définit l'Autre comme lieu, la chose en
somme élidée, réduite à son lieu.
1962/63 - L'angoisse - 03/07/63 - je suis à jamais l'objet cessible
(...) et cet objet est le principe qui me fait désirer, qui me fait le
désirant d'un manque, qui n'est pas un manque du sujet, mais un défaut fait
à la jouissance qui se situe au niveau de l'autre. C'est en cela que toute
fonction du (a) ne se réfère qu'à cette béance centrale qui sépare, au
niveau sexuel, le désir du lieu de la jouissance, qui nous condamne à cette
nécessité qui veut que la jouissance ne soit pas de nature, pour nous,
promise au désir, que le désir ne peut faire que d'aller à sa rencontre -
1962/63 - L'angoisse - 27/02/63 - [le désir pervers] est en fait bel et bien
le support d'une loi. S'il y a quelque chose que nous savons maintenant du
pervers, c'est que ce qui apparaît du dehors comme satisfaction sans frein
est défense, est bel et bien mise en jeu, en exercice d'une loi en tant
qu'elle freine, qu'elle suspend, qu'elle arrête précisément sur ce chemin de
la jouissance. La volonté de jouissance chez le pervers comme chez tout
autre, est volonté qui échoue, qui rencontre sa propre limite, son propre
freinage, dans l'exercice même comme tel du désir pervers. Pour tout dire,
le pervers (...) ne sait pas au service de quelle jouissance s'exerce son
activité. Ce n'est en tous les cas pas au service de la sienne.
1962/63 - L'angoisse - 19/06/63 - Le fait que le désir mâle rencontre
sa propre chute, avant l'entrée dans la jouissance du partenaire féminin, et
même, si l'on peut dire, que la jouissance de la femme "s'écrase" (...) dans
la nostalgie phallique (...) est dès lors nécessité [pour elle] à n'aimer
l'autre mâle qu'en un point situé au-delà de ce qui (...) l'arrête comme
désir. [amour] - La jouissance de la femme est en elle-même et ne se
conjoint pas à l'Autre.
1962/63 - L'angoisse - 13/03/63 - [objet] la jouissance ne connaîtra
pas l'autre A, sinon par ce reste (a) [et donc par le sujet barré, dans le
fantasme] - je pourrais suggérer que (a) vient à prendre une sorte de
fonction de métaphore, du sujet de la jouissance - ça ne serait juste que si
(a) est assimilable à un signifiant, et justement, c'est ce qui résiste à
cette assimilation à la fonction du signifiant, c'est bien pour cela que (a)
symbolise, ce que, dans la s