Langage - Lettre -
Liberté - Libido -
Logique - Mamme -
Manque - Masochisme -
Mélancolie - Mère -
Métalangage - Métaphore
- Métonymie - Moi -
Monde - Morale -
Mort - Mythe
LANGAGE
1936 - Au-delà du principe de réalité - 82 - [analyse] Le donné de
cette expérience est d'abord du langage, un langage c'est-à-dire un signe. -
le langage avant de signifier quelque chose, signifie pour quelqu'un. - 83 -
Par le seul fait qu'il [l'analyste] est présent et qu'il écoute, cet homme
qui parle s'adresse à lui, et puisqu'il impose à son discours de ne rien
vouloir dire, il y reste ce que cet homme veut lui dire . - Il [l'analyste]
y reconnaît alors une intention, parmi celles qui représentent une certaine
tension du rapport social - Cette intention (...) est exprimée, mais
incomprise du sujet, dans ce que le discours rapporte du vécu, et ceci aussi
loin que le sujet assume l'anonymat moral de l'expression : c'est la forme
du symbolisme ; [ou bien] elle est conçue, mais niée par le sujet, dans ce
que le discours affirme du vécu, et ceci aussi loin que le sujet systématise
sa conception : c'est la forme de la dénégation. Ainsi l'intention
s'avère-t-elle, dans l'expérience, inconsciente en tant qu'exprimée,
consciente en tant que réprimée. [suite à Image] -
1952/53 - L'Homme aux loups - Le langage n'est pas seulement un moyen
de communication, quand un sujet parle, une part de ce qu'il dit a part de
révélation pour un autre.
1953 - Discours du Congrès de Rome et réponse aux interventions - Et
pour nous acheminer du pôle du mot à celui de la parole, je définirai le
premier comme le point de concours du matériel le plus vide de sens dans le
signifiant avec l'effet le plus réel du symbolique, place que tient le mot
de passe, sous la double face du non-sens où la coutume le réduit, et de la
trêve qu'il apporte à l'inimitié radicale de l'homme pour son semblable.
Point zéro, sans doute, de l'ordre des choses, puisqu'aucune chose n'y
apparaît encore, mais qui déjà contient tout ce que l'homme peut attendre de
sa vertu, puisque celui qui a le mot évite la mort. -
1953 - Fonction et champ de la parole… - 161 - Le troisième paradoxe
de la relation du langage à la parole est celui du sujet qui perd son sens
dans les objectivations du discours. - Car c'est là l'aliénation la plus
profonde du sujet de la civilisation scientifique et c'est elle que nous
rencontrons d'abord quand le sujet commence à nous parler de lui - 162 - Ici
c'est un mur de langage qui s'oppose à la parole. - 163 - La ressemblance de
cette situation [terme déjà péjoratif chez Lacan] avec l'aliénation de la
folie (...) à savoir que le sujet y est parlé plutôt qu'il ne parle -
1953 - Le Symbolique, l'Imaginaire, le Réel - on ne peut pas nier que
le mot de passe n'ait les vertus les plus précieuses ; il sert tout
simplement à vous éviter d'être tué. - Né entre ces animaux féroces qu'ont
dû être les hommes primitifs (à en juger d'après les hommes modernes, ce
n'est pas invraisemblable), le mot de passe est justement ce à quoi non pas
"se reconnaissent les hommes de groupe", mais "se constitue le groupe". -
Dans ces deux exemples [le mot de passe, le mot d'amour], le langage est
particulièrement dépourvu de signification. Vous voyez là le mieux ce qui
distingue le symbole du signe, à savoir la fonction interhumaine du symbole.
- [ce] n'est pas autre chose qu'une certaine façon de se faire reconnaître -
[reconnaissance]
1953 - Fonction et champ de la parole… - 183 - La parole en effet est
don de langage, et le langage n'est pas immatériel. Il est corps subtil,
mais il est corps. Les mots sont pris dans toutes les images corporelles qui
captivent le sujet ; ils peuvent engrosser l'hystérique [etc.] -
1953 - Fonction et champ de la parole… - 203 - le moment où le désir
s'humanise est aussi celui où l'enfant naît au langage. - il y élève son
désir à une puissance seconde. Car son action détruit l'objet qu'elle fait
apparaître et disparaître [être/langage] dans la provocation anticipante de
son absence et de sa présence. Elle négative ainsi le champ de force du
désir pour devenir à elle-même son propre objet. - 204 - Fort! Da! - Ainsi
le symbole se manifeste d'abord comme meurtre de la chose, et cette mort
constitue dans le sujet l'éternisation de son désir.
1953 - Fonction et champ de la parole… - 180 - le langage humain
constituerait donc une communication où l'émetteur reçoit du récepteur son
propre message sous une forme inversée (...) à savoir que la parole inclut
toujours subjectivement sa réponse, que le "Tu ne me chercherais pas si tu
ne m'avais trouvé" ne fait qu'homologuer cette vérité, et que c'est la
raison pourquoi dans le refus paranoïaque de la reconnaissance, c'est sous
la forme d'une verbalisation négative que l'inavouable sentiment vient à
surgir dans l'"interprétation" persécutive. - Finalement c'est à
l'intersubjectivité du "nous" qu'il assume, que se mesure en un langage sa
valeur de parole. - 181 - Car la fonction du langage n'y est pas d'informer,
mais d'évoquer. Ce que je recherche dans la parole, c'est la réponse de
l'autre. Ce qui me constitue comme sujet, c'est ma question. Pour me faire
reconnaître de l'autre, je ne profère ce qui fut qu'en vue de ce qui sera.
Pour le trouver, je l'appelle d'un nom qu'il doit assumer ou refuser pour me
répondre. / Je m'identifie dans le langage, mais seulement à m'y perdre
comme un objet. Ce qui se réalise dans mon histoire, n'est pas le passé
défini de ce qui fut puisqu'il n'est plus, ni même le parfait de ce qui a
été dans ce que je suis, mais le futur antérieur de ce qu'aurais été pour ce
que je suis en train de devenir. - 182 - Si je presse sur un bouton
électrique et que la lumière se fasse, il n'y a de réponse que pour mon
désir. - Mais si j'appelle celui à qui je parle, par le nom quel qu'il soit
que je lui donne, je lui intime la fonction subjective qu'il reprendra pour
me répondre, même si c'est pour la répudier. / Dès lors apparaît la fonction
décisive de ma propre réponse et qui n'est pas comme on le dit d'être reçue
par le sujet comme approbation ou rejet de son discours, mais vraiment de le
reconnaître ou de l'abolir comme sujet. Telle est la responsabilité de
l'analyste chaque fois qu'il intervient par la parole. - la question de
l'exactitude [de l'interprétation] passe au second plan.
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 250 - Toute discussion sur
l'origine du langage est entaché d'une irrémédiable puérilité, et même d'un
crétinisme certain. On essaie à chaque fois de faire sortir le langage de je
ne sais quel progrès de la pensée. - Mais comment, s'il n'y a pas d'abord le
symbole, qui est la structure même de la pensée humaine ? / Penser, c'est
substituer aux éléphants le mot éléphant , et au soleil un rond. - Il ne
vaut que pour autant que ce rond est mis en relation avec d'autres
formalisations - Le symbole ne vaut que s'il s'organise dans un monde de
symboles.
1955 - La Chose freudienne - 414 - Le premier réseau, du signifiant,
est la structure synchronique du matériel du langage en tant que chaque
élément y prend son emploi exact d'être différent des autres -
1955 - La Chose freudienne - 414 - Le second réseau, du signifié, est
l'ensemble diachronique des discours concrètement prononcés, lequel réagit
historiquement sur le premier [signifiant], de même que la structure de
celui-ci commande les voies du second. Ici, ce qui domine, c'est l'unité de
signification, laquellle s'avère ne jamais se résoudre en une pure
indication du réel, mais toujours renvoyer à une autre signification. Cad
que la signification ne se réalise qu'à partir d'une prise des choses qui
est d'ensemble. - [Mais] Le signifiant seul garantit la cohérence théorique
de l'ensemble comme ensemble. -
1955/56 - Les psychoses - 44 - Il faut parler au patient son langage.
Sans doute ceux qui tiennent de tels propos doivent-ils être pardonnés comme
tous ceux qui ne savent pas ce qu'ils disent. - signe d'un retour précipité,
d'un repentir. On s'acquitte, on se met rapidement en règle, à ceci près
qu'on ne révèle que sa condescendance - Marquer cette distance, faire du
langage un pur et simple instrument, une façon de se faire comprendre
[compréhension] de ceux qui ne comprennent rien, c'est éluder complètement
ce dont il s'agit - la réalité de la parole. - 106 - Nous devons exiger,
avant de porter le diagnostic de psychose, la présence de ces troubles [de
l'ordre du langage].
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 497 - à la
dualité ethnographique de la nature et de la culture, est en passe de se
substituer une conception ternaire - nature, société, culture - de la
condition humaine, dont il se pourrait bien que le dernier terme se réduisît
au langage -
1957 - Entretien (L'Express) - à partir du fait qu'il se brûle, il
[l'enfant] est mis en face de quelque chose de beaucoup plus important que
la découverte du chaud et du froid. En effet, qu'il se brûle et il se trouve
toujours quelqu'un pour lui faire, là-dessus, tout un discours. L'enfant a
beaucoup plus d'effort à faire pour entrer dans ce discours dont on le
submerge, que pour s'habituer à éviter le poële. En d'autre termes, l'homme
qui naît à l'existence a d'abord affaire au langage ; c'est une donnée.
1961/62 - L'identification - 29/11/61 - Ma chienne à mon sens et sans
aucune ambiguïté, parle. Ma chienne a la parole sans aucun doute. Ceci est
important, car cela ne veut pas dire qu'elle ait totalement le langage. - Je
dis qu'elle parle, pour quoi ? Elle ne parle pas tout le temps, elle parle,
contrairement à beaucoup d'humains, uniquement dans les besoins [?] où elle
a besoin de parler. - il ne faut pas croire que tout soit centré sur le
besoin, il y a une certaine relation sans doute avec cet élément de
consommation, mais l'élément communicationnel du fait qu'elle consomme avec
les autres y est aussi présent. - [seulement] contrairement à ce qui se
passe chez l'homme en tant qu'il parle, elle ne me prend jamais pour un
autre. - Le sujet-pur-parlant comme tel, c'est la naissance même de notre
expérience, est amené (...) à vous prendre toujours pour un autre. - à vous
prendre pour un autre, le sujet vous met au niveau de l'Autre avec un grand
A. C'est justement cela qui manque à ma chienne : il n'y a pour elle que le
petit autre. - manque à ma chienne cette sorte de possibilité (...) qui
s'appelle la capacité de transfert - [et plus matériellement, manquent à la
chienne les] effets de langue : il n'y a rien qui fasse un claquement par
exemple, et encore bien moins qui fasse une occlusion ; il y a flottement,
frémissement, souffle (...) mais il n'y a pas d'occlusion. - [c'est]
justement ce qu'elle a de commun avec une activité parlante que vous
connaissez bien et qui s'appelle le chant. S'il arrive si souvent que vous
ne compreniez pas ce que jaspine la chanteuse, c'est justement parce qu'on
ne peut pas chanter les occlusives.
1962/63 - L'angoisse - 08/05/63 - le sujet, dès qu'il parle, est déjà
dans son corps, par cette parole impliquée. - il y a toujours dans le corps,
et du fait même de cet engagement de la dialectique signifiante, quelque
chose de séparé, quelque chose de statufié, quelque chose de, dès lors
inerte, il y a la livre de chair. - c'est toujours de notre chair que nous
devons solder la dette- [cf. les sources du sentiment anti-sémite] ce peuple
en tant qu'il se présente, en tant qu'il subsiste de lui-même dans la
fonction qu'à propos du (a), j'ai déjà articulé, d'un nom que j'ai appelé
celle du reste - [quant à la solution chrétienne, elle se présente comme
issue masochiste] dans ce rapport irréductible à l'objet de la coupure. Pour
autant que le chrétien a appris, à travers la dialectique de la rédemption,
à s'identifier idéalement à celui qui, un temps, s'est fait identique à cet
objet même, au déchet laissé par la vengeance divine.
1964 - Position de l'inconscient - 835 - L'effet de langage, c'est la
cause introduite dans le sujet. Par cet effet il n'est pas cause de
lui-même, il porte en lui le ver de la cause qui le refend. Car sa cause,
c'est le signifiant sans lequel il n'y aurait aucun sujet dans le réel. Mais
ce sujet, c'est ce que le signifiant représente, et il ne saurait rien
représenter que pour un autre signifiant: à quoi dès lors se réduit le sujet
qui écoute. Le sujet donc, on ne lui parle pas. Ça parle de lui, et c'est là
qu'il s'appréhende, et ce d'autant plus forcément qu'avant que du seul fait
que ça s'adresse à lui, il disparaisse comme sujet sous le signifiant qu'il
devient, il n'était absolument rien. Mais ce rien se soutient de son
avènement, maintenant produit par l'appel fait dans l'Autre au deuxième
signifiant. Effet de langage en ce qu'il naît de cette refente originelle,
le sujet traduit une synchronie signifiante en cette primordiale pulsation
temporelle qui est le fading constituant de son identification. C'est le
premier mouvement. Mais au second, le désir faisant son lit de la coupure
signifiante où s'effectue la métonymie, la diachronie (dite "histoire") qui
s'est inscrite dans le fading, fait retour à la sorte de fixité que Freud
décerne au vœu inconscient (dernière phrase de la Traumdeutung). Ce
subornement second ne boucle pas seulement l'effet du premier en projetant
la topologie du sujet dans l'instant du fantasme ; il le scelle, en refusant
au désir qu'il se sache effet de parole, soit ce qu'il est de n'être autre
que le désir de l'Autre.
LETTRE
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud - 231 - [Elle est le 4ème
personnage après le roi, la reine et le ministre dans la première scène] -
231 - tout nous permet de l'identifier au schéma-clé que nous avons trouvé,
à la fin du rêve de l'injection d'Irma, dans la formule de la
triméthylamine. / la lettre est ici synonyme du sujet initial, radical. Il
s'agit du symbole se déplaçant à l'état pur, auquel on ne peut pas toucher
sans être aussitôt pris dans son jeu. - à chaque étape de la transformation
symbolique de cette lettre, ils [les personnages] seront définis uniquement
par leur position envers ce sujet radical - Cette position n'est pas fixe. -
pour chacun la lettre est son ics. - 240 - A chaque instant chacun est
défini, et jusque dans son attitude sexuelle, par le fait qu'une lettre
arrive toujours à destination [parce que justement, comme sujet, elle
transcende les "moi" destinataires ? Lequel moi serait le roi, puisque selon
Lacan (P. 239) elle lui est destinée (celui que "ça l'intéresse")] -
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud - 232 - Avez-vous réfléchi
qu'une lettre, c'est justement une parole qui vole ? S'il peut y avoir une
lettre volée, c'est qu'une lettre est une feuille volante. - 233 - Dès lors
que c'est une parole - Elle a la fonction d'un certain pacte, d'une certaine
confidence - [Peu importe laquelle] - Elle est là, dissimulée dans une
espèce de présence-absence. Elle n'est là dans sa valeur propre que par
rapport à tout ce qu'elle menace, à tout ce qu'elle viole, à tout ce qu'elle
bafoue, à tout ce qu'elle met en danger ou en suspens. / C'est une vérité
qui n'est pas bonne à publier - 236 - La police croyant à la force, et du
même coup au réel, cherche la lettre. Comme ils le disent - On a cherché
partout . Et ils n'ont pas trouvé, parce qu'il s'agit d'une lettre, et
qu'une lettre [comme le sujet] est justement nulle part. - Ils l'on vue. -
Mais ils ne l'ont pas reconnue. - Vous voyez bien qu'il ne peut y avoir
quelque chose de caché que dans la dimension de la vérité. Dans le réel,
l'idée même d'une cachette est délirante - C'est la vérité qui est cachée,
ce n'est pas la lettre. -
1956/66 - Le séminaire sur "La Lettre volée" - 26 - Si l'on pouvait
dire qu'une lettre a comblé son destin après avoir rempli sa fonction, la
cérémonie de rendre les lettres serait moins admise à servir de clôture à
l'extinction des feux des fêtes de l'amour. Le signifiant n'est pas
fonctionnel. Et aussi bien la mobilisation du joli monde dont nous suivons
ici les ébats [dans le conte de Poe], n'aurait pas de sens, si la lettre,
elle, se contentait d'en avoir un. - 28 - cette lettre est le symbole d'un
pacte [pacte qu'elle met en jeu, entre le Roi et la Reine, qui ne connote
pas seulement l'offense personnelle à sa majesté, mais aussi la plus haute
trahison à l'Etat] - [dès lors] la propriété de la lettre n'est pas moins
contestable à sa destinataire qu'à n'importe qui elle puisse venir entre les
mains - 29 - [Elle] est le sujet véritable du conte - 30 - A tomber en
possession de la lettre - admirable ambiguïté du langage, - c'est son sens
qui les possède [les personnages]. - 32 - la lettre n'existe comme moyen de
pouvoir que par les assignations ultimes du pur signifiant, soit : prolonger
son détour - [Mais à ce petit jeu c'est la lettre qui a tout pouvoir et ceux
qui croient s'en servir (en la gardant) en sont les premières victimes, pris
qu'ils sont eux-mêmes dans les (dé-)filets du signifiant.] - 34 - Tel
l'homme qui s'est retiré dans une île pour oublier, quoi ? il a oublié, -
tel le ministre à ne pas faire usage de la lettre, en vient à l'oublier. -
Mais la lettre, pas plus que l'ics du névrosé, ne l'oublie. Elle l'oublie si
peu qu'elle le transforme de plus en plus à l'image de celle qui l'a offerte
à sa surprise, et qu'il va maintenant la céder à son exemple à une surprise
semblable. - 37 - [Quant à Dupin, on pourrait croire qu'il se retire du
circuit de la lettre lorsque, tel le psychanalyste, il l'échange contre de
l'argent:] nous qui nous faisons les émissaires de toutes les lettres volées
qui pour un temps au moins seront chez nous en SOUFFRANCE dans le transfert.
Et n'est-ce pas la responsabilité que leur transfert comporte, que nous
neutralisons en la faisant équivaloir au signifiant le plus annihilant qui
soit de toute signification, à savoir L'ARGENT. / Mais ce n'est pas tout. Ce
bénéfice si allègrement tiré par Dupin de son exploit (...) n'en rend que
plus paradoxale, voire choquante, la prise à partie, et disons le coup en
dessous, qu'il se permet soudain à l'endroit du ministre - [Incapable de
s'en défaire] Il est donc bien partie prenante dans la triade
intersubjective, et comme tel dans la position médiane qu'ont occupée
précédemment le Reine et le Ministre. - 38 - S'il a réussi à remettre la
lettre dans son droit chemin, il reste à la faire parvenir à son adresse. -
le Roi, puisque c'est là qu'elle devait rentrer dans l'ordre de la Loi. -
[Mais] ni le Roi, ni la Police qui l'a relayé à cette place, n'étaient
capables de la lire parce que cette place comportait l'aveuglement . [Roi
névrosé ?] - 39 - [Dupin est finalement aussi joueur que le ministre] Il ne
lui reste justement plus qu'à répondre à cette question même, de ce qu'il
reste d'un signifiant quand il n'a plus de signification. - Car la passion
du joueur n'est autre que cette question posée au signifiant, que figure l'automaton
du hasard. - figure du dé - [=] présence de la mort - 40 - ... Un destin si
funeste, / S'il n'est digne d'Atrée, est digne de Thyeste. - 41 - C'est
ainsi que ce que veut dire "la lettre volée", voire "en souffrance", c'est
qu'une lettre arrive toujours à destination. [? commande toujours au destin
?]
1957 - Dialogue avec les philosophes français - [Signorelli] c'est le
côté "machine à sous" de cette présentation qui me comble -
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 495 - Nous désignons par
lettre ce support matériel que le discours concret emprunte au langage.
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 501 - nous
appelons la lettre, à savoir la structure essentiellement localisée du
signifiant.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 08/01/58 - Il peut y
avoir dans la chaîne des signifiants un signifiant ou une lettre qui manque
- L'espace du signifiant, l'espace de l'ics est un espace typographique.
1958 - La jeunesse de Gide... - 762 - cet échange fatidique par où la
lettre vient à prendre la place même d'où le désir s'est retiré; -
1960/61 - Le Transfert - 317 - l'intérêt des formules, c'est qu'on
peut les prendre au pied de la lettre, c'est à savoir aussi bêtement que
possible, et qu'elles doivent vous mener quelque part.
LIBERTE
1946 - Propos sur la causalité psychique - 176 - le risque de la
folie se mesure à l'attrait même des identifications où l'homme engage à la
fois sa vérité et son être. Loin donc que la folie soit le fait contingent
des fragilités de son organisme, elle est la virtualité permanente d'une
faille ouverte dans son essence. Loin qu'elle soit pour la liberté "une
insulte", elle est sa plus fidèle compagne, elle suit son mouvement comme
une ombre. Et l'être de l'homme, non seulement ne peut être compris sans la
folie, mais il ne serait pas l'être de l'homme s'il ne portait en lui la
folie comme la limite de sa liberté. - Ne devient pas fou qui veut. -
n'atteint pas qui veut, les risques qui enveloppent la folie. [On n'est pas
libre d'être fou, mais on est fou d'être libre.]
LIBIDO
1936 - Au-delà du principe de réalité - 90 - Il faut distinguer (...)
deux usages du concept de libido (...) : comme concept énergétique , réglant
l'équivalence des phénomènes, comme hypothèse substantialiste , les référant
à la matière. - 91 - Comme concept énergétique (...) la libido n'est que la
notation symbolique de l'équivalence entre les dynamismes que les images
investissent dans le comportement. C'est la condition même de
l'identification symbolique et l'entité essentielle de l'ordre rationnel,
sans lesquelles aucune science ne saurait se constituer. -
1951 - Quelques réflexions sur l'Ego - La libido (...), entrant dans
l'identification narcissique, révèle là sa signification. sa dimension
caractéristique est l'agressivité. / [Ne surtout pas ramener l'agressivité à
la capacité à l'agression :] - ils peuvent représenter deux contraires.
1953 - Les écrits techniques de Freud - 140 - Quel est le ressort
concret qui détermine la mise en fonction de l'énorme mécanique sexuelle ? -
Ce n'est pas la réalité du partenaire sexuel, la particularité d'un
individu, mais quelque chose qui a le plus grand rapport avec ce que je
viens d'appeler le type, à savoir une image. - 141 - La pulsion libidinale
est centrée sur la fonction de l'imaginaire. [Lacan veut apporter ici une
détermination qui est aussi une limitation. Il ne veut pas noyer ses
catégories dans la seule notion de libido...]
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud - 260 - La libido permet de
parler du désir en des termes qui comportent une objectivation relative. -
la notion de libido est une forme d'unification du champ des effets
psychanalytiques. [mais tout de même peut-être liée à l'introduction du
narcissisme : 1915, quelque chose de plus précis] - son usage se situe dans
la ligne traditionnelle de toute théorie comme telle, qui tend à aboutir à
un monde. - [Or] Rien n'est plus éloigné de l'expérience freudienne. - 261 -
Le monde freudien n'est pas un monde des choses, c'est un monde du désir en
tant que tel. - Le désir est un rapport d'être à manque. Ce manque est
manque d'être à proprement parler. Ce n'est pas manque de ceci ou de cela -
La libido, mais non plus dans son usage théorique en tant que quantité, est
le nom de ce qui anime le conflit foncier qui est au
cœur de l'action humaine. - 263 - le désir sexuel n'a rien d'objectivé dans
notre expérience. Ce n'est pas une abstraction, ni un x épuré, comme est
devenue la notion de force en physique. - Mais ce à quoi nous avons à faire,
c'est à un sujet qui est là, qui est vraiment désirant, et le désir dont il
s'agit est préalable à toute espèce de conceptualisation - toute
conceptualisation sort de lui. [cf. Freud : la théorie sort de la libido ;
elle-même n'est pas théorique, au sens de totale]
1956-57 - La relation d'objet - (3) C'est une notion qui tout comme
l'énergie est entièrement abstraite et consiste uniquement à pouvoir poser,
et encore d'une façon virtuelle, dans l'analyse une simple pétition de
principe destinée à permettre un certain jeu de la pensée, l'énergie
strictement de celle qu'a introduit la notion d'équivalence, cad la notion
d'une commune mesure entre des manifestations qui se présentent comme
qualitativement fort différentes. (...) il n'y a qu'une seule et unique
libido.
1964 - Position de l'inconscient - 845-848 - Considérons cet œuf dans
le ventre vivipare où il n'a pas besoin de coquille, et rappelons que chaque
fois que s'en rompent les membranes, c'est une partie de l'œuf qui est
blessée, car les membranes sont, de l'œuf fécondé, filles au même titre que
le vivant qui vient au jour par leur perforation. D'où il résulte qu'à la
section du cordon, ce que perd le nouveau-né, ce n'est pas, comme le pensent
les analystes, sa mère, mais son complément anatomique. Ce que les
sages-femmes appellent le délivre. Eh bien! imaginons qu'à chaque fois que
se rompent les membranes, par la même issue un fantôme s'envole, celui d'une
forme infiniment plus primaire de la vie, et qui ne serait guère prête à
redoubler le monde en microcosme. A casser l'œuf se fait l'Homme, mais aussi
l'Hommelette. Supposons-la, large crêpe à se déplacer comme l'amibe,
ultra-plate à passer sous les portes, omnisciente d'être menée par le pur
instinct de la vie, immortelle d'être scissipare. Voilà quelque chose qu'il
ne serait pas bon de sentir se couler sur votre visage, sans bruit pendant
votre sommeil, pour le cacheter. - lnutile d'ajouter que la lutte serait
vite engagée contre un être aussi redoutable, mais qu'elle serait difficile.
Car on peut supposer que l'absence d'appareil sensoriel chez l'Hommelette ne
lui laissant pour se guider que le pur réel, elle en aurait avantage sur
nous, hommes, qui devons toujours nous fournir d'un homuncule dans notre
tête, pour faire du même réel une réalité. Il ne serait pas facile en effet
d'obvier aux chemins de ses attaques, au reste impossibles à prévoir,
puisque aussi bien elle n'y connaîtrait pas d'obstacles. Impossible de
l'éduquer, de la piéger pas plus. - A son nom près que nous allons changer
pour celui plus décent de lamelle (dont le mot omelette au reste n'est
qu'une métastase). Cette image et ce mythe nous paraissent assez propres à
figurer autant qu'à mettre en place, ce que nous appelons la libido. L'image
nous donne la libido pour ce qu'elle est, soit un organe, à quoi ses mœurs
l'apparentent bien plus qu'à un champ de forces. Disons que c'est comme
surface qu'elle ordonne ce champ de forces. Cette conception se met à
l'épreuve, à reconnaitre la structure de montage que Freud a conférée à la
pulsion et à l'y articuler.
1964 - Position de l'inconscient - 845-848 - Notre lamelle représente
ici cette part du vivant qui se perd à ce qu'il se produise par les voies du
sexe. - De ce qui s'en représente dans le sujet, ce qui frappe, c'est la
forme de coupure anatomique (ranimant le sens étymologique du mot :
anatomie) où se décide la fonction de certains objets dont il faut dire non
pas qu'ils sont partiels, mais qu'ils ont une fonction bien à part. - Car à
se souvenir de la relation de parasitisme où l'organisation mammifère met le
petit, de l'embryon au nouveau-né, à l'endroit du corps de la mère, le sein
apparaîtra comme la même sorte d'organe, à concevoir comme ectopie d'un
individu sur un autre, que le placenta réalise aux premiers temps de la
croissance d'un certain type d'organisme, lequel reste spécifié de cette
intersection.
1964 - Les quatre concepts… - 187 - La poursuite du complément, le
mythe d'Aristophane noue l'image de façon pathétique, et leurrante, en
articulant que c'est l'autre, que c'est sa moitié sexuelle, que le vivant
cherche dans l'amour. A cette représentation mythique du mystère de l'amour,
l'expérience analytique substitue la recherche par le sujet, non du
complément sexuel, mais de la part à jamais perdue de lui-même, qui est
constituée du fait qu'il n'est qu'un vivant sexué, et qu'il n'est plus
immortel. Dès lors, vous comprenez que - pour la même raison qui fait que
c'est par le leurre que le vivant sexué est induit à sa réalisation sexuelle
- la pulsion, la pulsion partielle, est foncièrement pulsion de mort, et
représente en elle-même la part de la mort dans le vivant sexué. - La libido
est l'organe essentiel à comprendre la nature de la pulsion. Cet organe est
irréel. Irréel n'est point imaginaire. L'irréel se définit de s'articuler au
réel d'une façon qui nous échappe, et c'est justement ce qui nécessite que
sa représentation soit mythique, comme nous la faisons. Mais d'être irréel,
cela n'empêche pas un organe de s'incarner. Je vous en donne tout de suite
la matérialisation. Une des formes les plus antiques à incarner, dans le
corps, cet organe irréel, c'est le tatouage, la scarification. L'entaille a
bel et bien la fonction d'être pour l'Autre, d'y situer le sujet, marquant
sa place dans le champ des relations du groupe, entre chacun et tous les
autres. Et, en même temps, elle a de façon évidente une fonction érotique,
que tous ceux qui en ont approché la réalité ont perçue. J'ai montré encore
que, dans le rapport foncier de la pulsion, le mouvement est essentiel par
quoi la flèche qui part vers la cible ne remplit sa fonction qu'à réellement
en émaner, pour revenir sur le sujet. Le pervers, en ce sens, est celui qui,
en court-circuit, plus directement qu'aucun autre, réussit son coup -
LOGIQUE
1945 - Le nombre treize et la forme logique de la suspicion - [La
"position par trois-et-un comme base d'une logique de la différence (ou de
la collection, ou des individus) pure (cad non spécifiée).] C'est ce qu'on
met en évidence, si, restant donné que l'individu porteur de la différence
ambiguë est unique, on supprime la donnée de son existence dans la
collection, pour la remplacer par l'appoint d'un individu étalon, donné hors
de la collection.
1945 - Le temps logique… - 204 - [sujet] La modulation du temps dans
le mouvement du sophisme : l'instant du regard, le temps pour comprendre et
le moment de conclure. - y révélant une discontinuité tonale - 1° A être en
face de deux noirs, on sait qu'on est un blanc . - valeur instantanée de son
évidence - 205 - "A être…, alors seulement on sait qu'on est…" - 2° Si
j'étais un noir, les deux blancs que je vois ne tarderaient pas à se
reconnaître pour être des blancs . - L'évidence de ce moment suppose la
durée d'un temps de médiation que chacun des deux blancs doit constater chez
l'autre. -Mais, ce temps ainsi objectivé dans son sens, comment mesurer sa
limite ? - Seul subsiste son sens avec la forme qu'il engendre de sujets
indéfinis sauf par leur réciprocité . - 206 - 3° Je me hâte de m'affirmer
pour être un blanc, pour que ces blancs, par moi ainsi considérés, ne me
devancent pas à se reconnaître pour ce qu'ils sont . C'est là l'ASSERTION
sur soi , par où le sujet conclut le mouvement logique dans la décision d'un
jugement . - Passé le temps pour comprendre le moment e conclure, c'est le
moment de conclure le temps pour comprendre . - c'est sous l'urgence du
mouvement logique que le sujet précipite à la fois son jugement et son
départ (...), la tête en avant - 207 - Progressant sur les relations
propositionnelles des deux premiers moments, apodose et hypothèse , la
conjonction ici manifestée se noue en une motivation de la conclusion, "pour
qu'il n'y ait pas" (de retard qui engendre l'erreur), où semble affleurer la
forme ontologique de l'angoisse, curieusement reflétée dans l'expression
grammaticale équivalente, "de peur que" (le retard n'engendre l'erreur)… -
[Dans cette "assertion subjective"] le jugement qui conclut le sophisme ne
peut être porté que par le sujet qui en a formé l'assertion sur soi (...) au
contraire des relations du sujet impersonnel et du sujet indéfini réciproque
des deux premiers moments - Le "je" , sujet de l'assertion conclusive,
s'isole par un battement de temps logique d'avec l'autre, cad avec la
relation de réciprocité. - De même que (...) le "je" psychologique se dégage
d'un transitivisme spéculaire indéterminé, par l'appoint d'une tendance
éveillée comme jalousie, le "je" dont il s'agit ici se définit par la
subjectivation d'une concurrence avec l'autre dans la fonction du temps
logique. - 209 - si le doute, depuis Descartes, est intégré à la valeur du
jugement, (...) [ici] cette valeur tient moins au doute qui la suspend qu'à
la certitude anticipée qui l'a introduite.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 20/11/57 - j'avais dit un
jour que ce que je cherchais à faire à votre usage ici (...) c'était de
forger une logique en caoutchouc. - une structuration topique qui
quelquefois forcément laisse des béances parce qu'elle est constituée par
des ambiguïtés. - car certaines ambiguïtés sont irréductibles au niveau de
la structure du langage - ou le méta-langage a des exigences formelles qui
sont telles qu'elles déplacent tout le phénomène de structuration où il doit
se situer ; ou bien le méta-langage lui-même doit conserver des ambiguités
du langage. - il n'y a pas de méta-langage, il y a des formalisations, soit
au niveau de la logique, soit au niveau de cette structure signifiante dont
j'essaye de vous dégager le niveau autonome. Il n'y a pas de méta-langage au
sens où il voudrait dire par exemple mathématisation complète du phénomène
du langage, et ceci précisément parce qu'il n'y a pas moyen ici de
formaliser au-delà de ce qui est donné comme structure primitive du langage.
/ Néanmoins cette formalisation est non seulement exigible, mais elle est
nécessaire. [pour l'enseignement surtout ?]
1961/62 - L'identification - 21/02/62 - Ce que nous faisons (...)
c'est une logique (...) une sorte de logique élastique. - une logique du
fonctionnement du signifiant [capable de faire la critique de la logique
transcendantale au sens kantien]. -
1964/65 - Problèmes cruciaux pour la psychanalyse - 24/02/65 -
l'ordre de difficulté que le logicien rencontre pour placer sa science, dans
la hiérarchie, dans la classification des sciences, sont vraiment analogues
(...) aux difficultés que peut avoir de même l'analyste. - La psychanalyse
est une logique et inversement (...) la logique a beaucoup à s'éclairer de
certaines questions radicales qui sont posées dans la psy. [paradoxes,
oppositions, contradictions, etc. ?]
LOI
1953 - Les écrits techniques de Freud - 154 - L'un [moi-idéal] est
sur le plan de l'imaginaire, et l'autre [idéal-du-moi] sur le plan du
symbolique - puisque l'exigence de l'Ich-Ideal prend sa place dans
l'ensemble des exigences de la loi.
1955/56 - Les psychoses - 311 - Le tu n'est pas toujours le tu plein
dont on fait si grand état [cf. Sujet…] - [Il est aussi dans l'emploi du On
dépersonnalisant : "On ne marche pas sur les pelouses".- En fait, ce tu
qu'on tue là, c'est celui que nous connaissons parfaitement par la
phénoménologie de la psychose, et par l'expérience commune, c'est le tu qui
nous dit tu - 312 - Nous reconnaissons ici notre bon vieil ami le surmoi,
qui nous apparaît tout d'un coup sous sa forme phénoménale, plutôt que sous
d'aimables hypothèses génétiques. Ce surmoi est bien quelque chose comme la
loi, mais c'est une loi sans dialectique, et ce n'est pas pour rien qu'on le
reconnaît, plus ou moins justement, dans l'impératif catégorique, avec ce
que j'appellerai sa neutralité malfaisante - il est aussi là comme un
observateur - il voit tout, entend tout, note tout. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 22/01/58 - un monde où
règne la parole, c'est qu'il soumet le désir de chacun à la loi du désir de
l'autre (...) en tant que [le sujet] franchit plus ou moins heureusement
cette ligne de la chaîne signifiante [par la demande] - La loi de la mère,
c'est, bien entendu, le fait que la mère est un être parlant et cela suffit
à légitimer que je dise "la loi de la mère". Néanmoins, cette loi est, si je
puis dire, une loi incontrôlée. Cette loi est aussi bien, en tout cas pour
le sujet [enfantin], simplement le fait qu'il y ait "loi", cad que quelque
chose de son désir est complètement dépendant de quelque chose - cette loi
est tout entière dans le sujet qui la supporte, à savoir dans le bon ou le
mauvais vouloir de la mère, la bonne ou la mauvaise mère. - L'enfant
s'ébauche, s'ébauche comme "assujet" ; c'est un assujet parce qu'il
s'éprouve et se sent d'abord comme profondément assujetti au caprice de ce
dont il dépend, même si ce caprice est un caprice articulé. - [La loi du
père, quand elle intervient, est essentiellement une limitation de cette loi
anarchique ; elle n'est pas plus contraignante ; et pourtant c'est elle qui
régit déjà le désir de la mère... Le père interdit donc beaucoup plus
l'enfant à la mère que la mère à l'enfant. C'est aussi en cela que la loi
préexiste à tout interdit, tout interdit "direct", que le surmoi n'est pas
premier, etc.] - [Le moment de cette nouvelle loi] concerne les rapports non
pas simplement de la personne de la mère avec la personne du père, mais de
la mère avec la parole du père, avec le père en tant que ce qu'il dit n'est
pas absolument équivalent à rien. - le père donc en tant que nom du père
(...) à savoir comme étroitement lié à cette énonciation de la loi - [Déjà
le fait que l'enfant s'identifie primitivement au phallus prouve sa
primauté:] c'est l'étape, si je puis dire, phallique primitive, celle où la
métaphore paternelle agit en soi -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 10/06/59 - Le désir, de
toutes les demandes, se distingue en ceci qu'il est une demande soumise à la
loi.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 89 - Das Ding se présente au
niveau de l'expérience ics comme ce qui déjà fait loi. - C'est une loi de
caprice, d'arbitraire, d'oracle aussi, une loi de signes où le sujet n'est
garanti par rien - Encore faut-il dire que das Ding n'est pas à ce niveau
distingué comme mauvais. Le sujet n'a au mauvais objet pas la moindre
approche, puisque déjà, par rapport au bon, il se tient à distance. Il ne
peut pas supporter l'extrême du bien que peut lui apporter das Ding - 101 -
Est-ce que la Loi est la Chose ? Que non pas. Toutefois je n'ai eu
connaissance de la Chose que par la Loi. En effet je n'aurais pas eu l'idée
de la convoiter si la Loi n'avait dit - Tu ne la convoiteras pas. - car sans
la Loi la Chose est morte. Or, moi j'étais vivant jadis, sans la Loi. Mais
quand le commandement est venu, la Chose a flambé, est venue à nouveau,
alors que moi, j'ai trouvé la mort. Et pour moi, le commandement qui devait
mener à la vie s'est trouvé mener à la mort, car la Chose trouvant
l'occasion m'a séduit grâce au commandement, et par lui m'a fait désir de
mort. - à une toute petite modification près - Chose à la place de péché -,
ceci est le discours de Saint Paul concernant les rapports de la loi et du
péché - Le rapport dialectique du désir et de la Loi fait notre désir ne
flamber que dans un rapport à la Loi , par où il devient désir de mort. -
l'éthique psy nous laisse-t-elle devant cette dialectique ? Nous avons à
explorer ce qu'au cours des âges l'être humain a été capable d'élaborer qui
transgresse cette Loi, le mette dans un rapport au désir qui franchisse ce
lien d'interdiction, et introduise, au-dessus de la morale, une érotique.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 228 - [surmoi] c'est pour
autant que le sujet retourne l'agressivité contre lui qu'en provient
l'énergie dite du surmoi. Freud prend soin d'ajouter (...) qu'une fois entré
dans cette voie, une fois amorcé le processus, il n'y a plus de limite - il
engendre une agression toujours plus lourde du moi. Il l'engendre à la
limite, à savoir pour autant que vient à manquer la médiation qui est celle
de la Loi. De la Loi, pour autant qu'elle proviendrait d'ailleurs - mais de
cet ailleurs où vient à faire défaut son répondant, celui qui la garantit, à
savoir Dieu lui-même.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 222 - [cf. l'historiette de
Kant concernant] le personnage mis en posture d'être à la sortie exécuté,
s'il veut aller trouver la dame qu'il désire illégalement - Là-dessus, Kant,
le cher Kant dans toute son innocence, sa rouerie innocente, nous dit que
(...) tout un chacun, tout homme de bon sens, dira non. Personne n'aura la
folie, pour passer une nuit avec sa belle, de courir à une issue fatale,
puisqu'il ne s'agit pas seulement d'une lutte, mais d'une exécution au
gibet. Pour Kant, la question ne fait pas un pli. - Mais remarquez ceci - il
suffit que, par un effort de conception, nous fassions passer la nuit avec
la dame de la rubrique du plaisir à celle de la jouissance, en tant que la
jouissance - nul besoin de sublimation pour cela - implique précisément
l'acceptation de la mort [y compris d'autrui...], pour que l'exemple soit
anéanti. Autrement dit, il suffit que la jouissance soit un mal pour que la
chose change complètement de face, et que le sens de la loi morale soit dans
l'occasion complètement changé. Tout un chacun s'apercevra en effet que, si
la loi morale est susceptible de jouer ici quelque rôle, c'est précisément à
servir d'appui à cette jouissance, à faire que le péché devienne ce que
saint Paul appelle démesurément pécheur [? cannibalisme : surmoi/voix ->
jouissance/bouche]. Voilà ce qu'en cette occasion Kant ignore simplement.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 82 - Freud désigne dans
l'interdiction de l'inceste le principe de la loi primordiale (...) et en
même temps, il identifie l'inceste au désir le plus fondamental. - Il est
important qu'il y ait eu un homme qui, à un moment donné de l'histoire, se
soit levé pour dire - C'est là le désir essentiel. - pourquoi le père
n'épouse pas sa fille [là on connaît la réponse] - il faut que les filles
soient échangées. Mais pourquoi le fils ne couche-t-il pas avec sa mère ?
Là, quelque chose reste voilé. - 83 - Ce que nous trouvons dans la loi de
l'inceste se situe comme tel au niveau du rapport ics avec das Ding , la
Chose. Le désir pour la mère ne saurait être satisfait parce qu'il est la
fin, le terme, l'abolition de tout le monde de la demande, qui est celui qui
structure le plus profondément l'ics de l'homme [le langage]. - 84 - [les
fameux 10 commandements] ne sont peut-être que les commandements de la
parole, je veux dire qu'ils explicitent ce sans quoi il n'y a pas de parole
- je n'ai pas dit de discours - possible. - dans ces dix commandements nulle
part il n'est signalé qu'il ne faut pas coucher avec sa mère.- ne
pourrions-nous (...) les interpréter comme quelque chose de fort proche de
ce qui fonctionne effectivement dans le refoulement de l'ics ? Les dix
commandements sont interprétables comme destinés à tenir le sujet à distance
de toute réalisation de l'inceste, à une condition et à une seule, c'est que
nous nous apercevions que l'interdiction de l'inceste n'est pas autre chose
que la condition pour que subsiste la parole. - [parole et non discours. De
même] que personne, je vous en prie, ne s'arrête à l'idée que les dix
commandements seraient la condition de toute vie sociale. Car à la vérité
comment, sous un autre angle, ne pas s'apercevoir (...) qu'ils sont en
quelque sorte le catalogue et le chapitre de nos transactions de chaque
instant ? Ils étalent la dimension de nos actions en tant que proprement
humaines. En d'autres termes, nous passons notre temps à violer les dix
commandements, et c'est bien pour cela qu'une société est possible. - 85 -
Eh bien, le pas fait, au niveau du principe du plaisir, par Freud, est de
nous montrer que qu'il n'y a pas de Souverain Bien - que le Souverain Bien,
qui est das Ding , qui est la mère, l'objet de l'inceste, est un bien
interdit, et qu'il n'y a pas d'autre bien. Tel est le fondement, renversé
chez Freud, de la loi morale.
1960 - Remarque sur le rapport de Daniel Lagache - 684 - Or sur ces
tables [de la Loi], rien n'est écrit pour qui sait lire hormis les lois de
la Parole même.
1962/63 - L'angoisse - 19/12/62 - le désir et la loi, ce qui paraît
s'opposer dans un rapport d'antithèse, ne sont qu'une seule et même barrière
pour nous barrer l'accès de la chose.
1962/63 - L'angoisse - 27/02/63 - la loi morale est hétéronome ;
c'est pourquoi j'insiste sur ceci qu'elle provient de ce que j'appelle le
réel en tant qu'il intervient (...) en élidant le sujet, en déterminant de
par son intervention même ce qu'on appelle le refoulement - non pas
l'effacement des traces, mais le retour du signifiant à l'état de traces,
l'abolition de ce passage de la trace au signifiant qui est constitué par
(...) un soulignage, un barrage, une marque de la trace. - Le réel renvoyant
le sujet à la trace, abolit le sujet aussi du même coup ; car il n'y a de
sujet que par le signifiant, que par ce passage au signifiant -
1964 - Du "Trieb" de Freud… - 852 - Freud nous révèle que c'est grâce
au Nom-du-Père que l'homme ne reste pas attaché au service sexuel de la
mère, que l'agression contre le Père est au principe de la Loi et que la Loi
est au service du désir qu'elle institue par l'interdiction de l'inceste.
[La Chose est impossible, mais c'est le désir qui est interdit.]
MAMME
1960/61 - Le Transfert - 444 - [comme les génitoires] Le bout de SEIN
est aussi en position d'isolement sur un fond, et, de ce fait, il est en
position d'exclusion au regard de ce rapport profond avec la mère qui est
celui du nourrisson. S'il n'en était pas ainsi, on n'aurait peut-être pas si
souvent tant de mal à le lui faire attraper, au nourrisson, le bout dont il
s'agit. - 445 - l'objet phallique, émergeant comme d'un plan en avant de
l'image du corps. - 448 - celui qui introduit la notion d'objet partiel,
Karl Abraham, entend par là de la façon la plus formelle un amour de l'objet
dont une partie est exclue. C'est l'objet moins cette partie. - 453 - le
phallus s'incarne justement dans ce qui manque à l'image. -
1961/62 - L'identification - 24/01.62 - la mamme, voilà la métaphore
dans laquelle, disons-nous, sont prises toutes les identifications
articulées de la demande du sujet - [mais] parmi ces un de la demande, dont
nous avons révélé la signifiance, est-ce qu'il y a ou non le SEIN lui-même ?
- Il est bien évident qu'il ne l'est pas parce que vos oraux qui adorent les
seins, ils adorent les seins parce que ces seins sont aussi phallus. - La
chose s'inscrit ainsi : S barré/sein -> sein (a)/phallus.
1962/63 - L'angoisse - 15/05/63 - la lèvre, elle-même incarnation, si
l'on peut dire d'une coupure (...) nous évoque singulièrement ce qu'il y
aura (...) au niveau de l'articulation signifiante, au niveau des phonèmes -
Il y a derrière la lèvre ce qu'Homère appelle "l'enclos des dents" et la
morsure. C'est là autour que nous faisons jouer (...) sa thématique
agressive, l'isolation fantasmatique de l'extrémité du sein - un objet non
seulement partiel mais sectionné - [mais la vraie coupure est ailleurs] elle
n'est pas conditionnée par l'agression sur le corps maternel - la coupure
est intérieure à l'unité individuelle primordiale telle qu'elle se présente
au niveau de la naissance, où la coupure se fait entre ce qui va devenir
l'individu jeté dans le monde extérieur et ses enveloppes qui sont parties
de lui-même - l'œuf, dans sa position intra-utérine, se présente dans une
relation semi-parasitaire à l'organisme de la mère. - je dirai que la mamme
se présente comme quelque chose d'intermédiaire et que c'est entre la mamme
et l'organisme maternel qu'il nous faut concevoir que réside la coupure - la
mamme est en quelque sorte plaquée, implantée sur la mère, c'est cela qui
permet à la mamme de fonctionner structuralement au niveau du (a). C'est
parce que le (a) est quelque chose dont l'enfant est séparé d'une façon en
quelque sorte interne (...) qu'il est bel et bien le (a).
MANIE
1962/63 - L'angoisse - 03/07/63 - dans la manie, c'est la
non-fonction de (a) [objet] et non pas simplement sa méconnaissance [cf.
mélancolie] qui est en cause. C'est le quelque chose par quoi le sujet n'est
pas lesté par aucun (a) qui le livre, quelque fois sans aucune possibilité
de liberté, à la métonymie infinie et ludique, pure de la chaîne
signifiante.
MANQUE
1956/57 - La relation d'objet - (2) [objet] Nous dirons que la
privation c'est essentiellement quelque chose qui dans sa nature de manque
est un manque réel, c'est un trou, [en revanche] la notion que nous avons de
la frustration (...) c'est la notion d'un dam. C'est une lésion, un dommage
(...) il ne s'agit jamais que d'un dam imaginaire. La frustration est par
essence le domaine de la revendication (...) L'objet de la frustration c'est
moins l'objet que le don - la castration est quelque chose qui ne peut que
se classer dans la catégorie de la dette symbolique. (...) ce qui manque au
niveau de la castration (...) il est tout à fait clair que dans notre
expérience analytique ce n'est pas un objet réel, il n'y a que dans les lois
de Manou qu'on dit que celui qui aura couché avec sa mère se coupe les
génitoires, et les tenant dans sa main s'en aille tout droit vers l'ouest
jusqu'à ce que mort s'ensuive (...) [ici] l'objet est imaginaire (...). Par
contre l'objet de la frustration est bel et bien, tout imaginaire que soit
la frustration, dans sa nature un objet réel (...). (...) il est bien clair
que l'objet de la privation, lui, n'est jamais qu'un objet symbolique. (...)
L'absence de quelque chose dans le réel est une chose purement symbolique,
cad pour autant que nous définissons par la loi que ça devrait être là,
c'est qu'un objet manque à sa place (...). Ces trois éléments que nous
appellerons les trois termes de référence du manque de l'objet [: castration
= manque symbolique d'un objet imaginaire (phallus), dont l'agent serait le
Père réel ; frustration = manque imaginaire d'un objet réel (sein, pénis),
dont l'agent serait la Mère ou le Père symboliques ; privation : manque réel
d'un objet symbolique (enfant-phallus), dont l'agent serait le Père
imaginaire (voir tableau p.43)]. (2) - dans le monde humain la structure, le
départ de l'organisation objectale, c'est le manque de l'objet - (3)
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 18/06/58 - ce qui sert de
support à l'action symbolique propre qui s'appelle castration, est une image
(...) choisie dans le système imaginaire - quelque chose dans l'image de
l'autre est choisi pour porter la marque d'un manque qui est ce manque même
par où le vivant s'aperçoit, parce qu'il est humain, cad parce qu'il est en
rapport avec le langage, s'aperçoit comme exclu de l'omnitude des désirs,
comme quelque chose de limité, de local, comme créature - nous sommes déjà
morts par rapport (...) au mouvement lui-même de la vie, qu'à cause du
langage nous sommes capables de projeter dans sa totalité, et même plus,
dans sa totalité comme parvenue à sa fin. - système signifiant qui lui
permet de dominer son immanence de vivant, et de s'apercevoir comme déjà
mort. [Il n'y a pas d'autre explication à l'"instinct de mort"]. - Il n'y a
pas d'expérience de la mort, bien entendu, qui puisse y répondre, et c'est
bien pour cela que c'est symbolisé d'une autre façon. C'est symbolisé sur ce
point et cet organe précis où apparaît de la façon la plus sensible, ce qui
est la poussée de la vie. [phallus]
1958/59 - Le désir et son interprétation - 29/04/92 - Il n'y a (...)
dans le réel aucune espèce de faille ou de fissure. Tout manque est manque à
sa place, mais manque à sa place est manque symbolique. - le réel, en tant
que tel, se définit comme toujours plein. [il n'y a de privation réelle
(trou) que d'un objet symbolique] - nous appelons cela "moins phi" (...)
comme étant l'essentiel de la marque sur l'homme de son rapport au logos,
cad la castration - cette connotation "moins phi" nous servira à définir
(...) l'objet "a".
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 341 - C'est dans le
signifiant et pour autant que le sujet articule une chaîne signifiante,
qu'il touche du doigt qu'il peut manquer à la chaîne de ce qu'il est -
[mort]
1960-61 - Le Transfert - 79 - après toutes les belles choses qu'Agathon
à son tour aura dites de l'amour - D'un seul trait, Socrate sape tout cela à
la base, en ramenant les choses à leur racine, qui est ceci - Amour ? Amour
de quoi ? De l'amour nous passons ainsi au désir, et la caractéristique du
désir, (...) en tant qu'Eros désire, c'est que ce dont il s'agit,
c'est-à-dire ce qu'il est censé porter avec lui, le beau lui-même, il en
manque. - il est identique par lui-même au manque. - 141 - Oui ou non
l'amour est-il amour de quelque chose ou de rien ? - Il ne s'agit pas de
savoir de quoi l'amour descend, de qui, de quel dieu - Non, il s'agit de
savoir, sur le plan de l'interrogation du SIGNIFIANT, de quoi, comme
signifiant, l'amour est le corrélatif. - 142 - [ex.] quand on parle d'un
père, on parle obligatoirement d'un fils. - Nous sommes là sur le terrain
propre de la dialectique socratique, qui consiste à interroger le signifiant
sur la cohérence du signifiant. Là, Socrate est fort. - S'il passe la parole
à Diotime, pourquoi ne serait-ce pas parce que, concernant l'amour, les
choses ne sauraient aller plus loin avec la méthode proprement socratique ?
-
1962/63 - L'angoisse - 05/12/62 - l'angoisse n'est pas le signal d'un
manque, mais (...) le défaut de cet appui du manque. - ce n'est pas la
nostalgie de ce qu'on appelle le sein maternel qui engendre l'angoisse,
c'est son imminence, c'est tout ce qui nous annonce quelque chose qui nous
permettrait d'entrevoir qu'on va y rentrer. Qu'est-ce qui provoque
l'angoisse ? ce n'est (...) le rythme ni l'alternance de la présence-absence
de la mère. Et ce qui le prouve, c'est que ce jeu présence-absence l'enfant
se complaît à le renouveler - ce rapport est le plus perturbé quand il n'y a
pas de possibilité de manque, quand la mère est tout le temps sur son dos et
spécialement à lui torcher le cul, modèle de la demande -
1962/63 - L'angoisse - 30/01/63 - Nous ne sommes en deuil que de
quelqu'un dont nous pouvons dire "j'étais son manque". Nous sommes en deuil
de personnes que nous avons ou bien ou mal traitées et vis à vis de qui nous
ne savions pas que nous remplissions cette fonction d'être à la place de son
manque. - [Mais] nous croyons pouvoir la traduire maintenant en ceci que
nous lui avons manqué, alors que c'était justement en cela que nous lui
étions précieux et indispensable.
1962/63 - L'angoisse - 30/01/63 - Le manque est radical. Il est
radical à la constitution même de la subjectivité - Ce que, si vous le
voulez, j'aimerait énoncer en cette formule: "Dès que ça se sait, que
quelque chose du réel vient au savoir, il y a quelque chose de perdu; et la
façon la plus certaine d'approcher ce que chose de perdu, c'est de le
concevoir comme un morceau du corps". - c'est un manque auquel le symbole ne
supplée pas - Ce n'est pas non plus une annulation, ni une dénégation; car
annulation et dénégation, formes constituées de ce rapport que le symbole
permet d'introduire dans le réel, à savoir la définition de l'absence -
C'est tenter de rejoindre sa fonction de signe; c'est ce à quoi pour au
force, s'exténue l'obsessionnel. Annulation et dénégation visent donc ce
point de manque, mais ne le rejoignent pas pour autant; car elles ne font,
comme Freud l'explique, que redoubler la fonction du signifiant en se
l'appliquant à elles-mêmes, et plus je dis que ça n'est pas là, plus ça est
là.
1964 - Position de l'inconscient - 837 - les énoncés hégéliens (...)
sont propices à dire toujours Autre-chose. Autre-chose qui en corrige le
lien de synthèse fantasmatique, tout en conservant leur effet de dénoncer
les identifications dans leurs leurres. C'est notre Aufhebung. à nous, qui
transforme celle de Hegel, son leurre à lui, en une occasion de relever, au
lieu et place des sauts d'un progrès idéal, les avatars d'un manque.
1964 - Les quatre concepts… - 194 - [La séparation, c'est le second
moment après l'aliénation. Celui-ci est fondé sur la structure de
l'intersection.] elle surgit du recouvrement de deux manques. Un manque est,
par le sujet, rencontré dans l'Autre, dans l'intimation même que lui fait
l'Autre par son discours. Dans les intervalles du discours de l'Autre,
surgit [la question] (...) : il me dit ça, mais qu'est-ce qu'il veut ? -
Dans cet intervalle coupant des signifiants (...) est le gîte de (...) la
métonymie. C'est là que rampe, c'est là que glisse, c'est là que fuit, tel
le furet, ce que nous appelons le désir. Le désir de l'Autre est appréhendé
par le sujet dans ce qui ne colle pas, dans les manques du discours de
l'Autre, et tous les pourquoi ? de l'enfant témoignent moins d'une avidité
de la raison des choses, qu'ils ne constituent une mise à l'épreuve de
l'adulte, un pourquoi est-ce que tu me dis ça ? toujours re-suscité de son
fonds, qui est l'énigme du désir de l'adulte. Or, à répondre à cette prise,
le sujet, tel Gribouille, apporte la réponse du manque antécédent, de sa
propre disparition, qu'il vient ici situer au point du manque aperçu dans
l'Autre. Le premier objet qu'il propose à ce désir parental dont l'objet est
inconnu, c'est sa propre perte - Veut-il me perdre ? - 195 - Le fantasme de
sa mort, de sa disparition, est le premier objet que le sujet a à mettre en
jeu dans cette dialectique, et il le met en effet - (...) ne serait-ce que
par l'anorexie mentale. - Un manque recouvre l'autre. Dès lors la
dialectique des objets du désir, en tant qu'elle fait le joint du désir du
sujet au désir de l'Autre (...) par par ceci, qu'il n'y est pas répondu
directement. C'est un manque engendré du temps précédent qui sert à répondre
au manque suscité par le temps suivant. - la non-réciprocité et la torsion
dans le retour
1964/65 - Problèmes cruciaux pour la psychanalyse - (Résumé publié) -
De là on aperçoit que l'être du sujet est la suture d'un manque. Précisément
du manque qui, se dérobant dans le nombre, le soutient de sa récurrence, -
mais en ceci ne le supporte que d'être ce qui manque au signifiant pour être
l'Un du sujet : soit ce terme que nous avons appelé dans un autre contexte
le trait unaire, la marque d'une identification primaire qui fonctionnera
comme idéal. Le sujet se refend d'être à la fois effet de la marque et
support de son manque. - 03/03/65 - [Du sujet entre le zéro et le un.] les
pots de moutarde sont distincts mais je pose la question, le creux, le vide
qui constitue le pot de moutarde, est-ce que c'est le même vide ou est-ce
que ce sont des vides différents ? Ces vides en effet, sont tellement un
seul vide qu'ils ne commencent à se distinguer qu'à partir du moment où on
en remplit un, et que la récurrence commence parce qu'il y aura un vide de
moins. Telle est l'institution inaugurale du sujet. - il y a toujours un
reste, (...) la division du sujet entre le zéro et le un, aucun comblement
de l'un ni au niveau de la demande de l'avoir, ni au niveau de l'être du
transfert, ne la réduit totalement ; l'effet de l'opération n'est jamais un
pur et simple zéro - le point zéro d'origine n'existe pas - Dans le jeu
d'identification de la privation primordiale, il n'y a pas seulement comme
effet la manifestation d'un pur creux, d'un zéro initial de la réalité du
sujet s'incarnant dans le pur manque ; il y a toujours (...) et spécialement
surgissant de l'expérience frustrative quelque chose qui échappe à sa
dialectique, un résidu quelque chose qui manifeste qu'au niveau logique où
apparaît le zéro, l'expérience subjective fait apparaître ce quelque chose
que nous appelons l'objet (a) -
MASOCHISME
1953 - Les écrits techniques de Freud - 195 - [L'issue masochiste,
comme pulsion de mort] - quand Freud a isolé le masochisme primordial, il
l'a incarné précisément dans un jeu de l'enfance - Ce jeu de la bobine
s'accompagne d 'une vocalisation [fort/da] - Dans cette opposition
phonématique, l'enfant transcende, porte sur un plan symbolique, le
phénomène de la présence et de l'absence. Il se rend maître de la chose,
pour autant que, justement, il la détruit. [il "se" la détruit, d'où le
masochisme] - 196 - le masochisme primordial est à situer autour de cette
première négativation, de ce meurtre originaire de la chose.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 17/06/59 - l'essentiel de
la jouissance masochiste ne saurait dépasser une certaine limite de sévices.
- [nous devons reconnaître] le rapport du sujet à quelque chose d'essentiel,
quelque chose qui est à proprement parler le discours de l'autre. - [la]
jouissance masochiste est liée à cette sorte de passivité particulière
qu'éprouve (...) le sujet à se représenter son sort comme se jouant
au-dessus de sa tête, entre un certain nombre de gens qui sont là autour de
lui, et littéralement sans tenir compte de sa présence - [que ce discours]
le tienne lui sujet pour néant
1962/63 - L'angoisse - 27/02/63 - ce qui échappe au masochiste et qui
le met dans le même cas que tous les pervers, c'est qu'il croit, bien sûr,
que ce qu'il cherche, c'est la jouissance de l'autre ; mais justement, parce
qu'il le croit, ce n'est pas cela qu'il cherche. Ce qui lui échappe à lui,
encore que ce soit vérité sensible (...) c'est qu'il cherche l'angoisse de
l'autre.
1962/63 - L'angoisse - 06/03/63 - cette angoisse qui est la visée
aveugle du masochiste car son fantasme la lui masque, elle n'en est pas
moins ce que nous pourrions appeler l'angoisse de Dieu - celui pour lequel
est instauré le sacrifice, cad au niveau du père -
1964 - Les quatre concepts - au départ de la pulsion sado-masochiste,
la douleur n'est pour rien - il s'agit d'une violence faite (...) à des fins
de maîtrise, à lui-même. - 167 - [Quand alors seulement voyons-nous
s'introduire la possibilité de la douleur ?] - au moment où la boucle s'est
refermée, (...) où l'autre est entré en jeu, où le sujet s'est pris pour
terme, terminus de la pulsion. A ce moment là, la douleur entre en jeu en
tant que le sujet l'éprouve de l'autre [sinon elle n'a aucun intérêt !] - Ce
dont il s'agit [par l'autre] dans la pulsion se révèle enfin ici - le chemin
de la pulsion est la seule forme de transgression qui soit permise au sujet
par rapport au principe du plaisir. - C'est pour autant que la pulsion
témoigne du forçage du principe du plaisir qu'il nous est témoigné
qu'au-delà du Real-Ich, une autre réalité intervient -
MELANCOLIE
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 19/03/58 - Ce qui est
interdit [comme objet] rejette le sujet dans quelque chose où il ne trouve
plus rien à se signifier. C'est ce qui en fait (...) le caractère
douloureux, et c'est pour autant que le Moi peut de la part de l'idéal-du-Moi
par exemple, à l'occasion se trouver dans cette position de rejet, que
s'établit l'état (...) mélancolique.
1960/61 - Le Transfert - 457 - Prenez le schéma de la
Massenpsychologie par où Freud nous origine l'identification de l'idéal du
moi. - Pour que tous les sujets aient collectivement, au moins un instant,
le même idéal, qui permet tout et n'importe quoi pendant un temps assez
court, il faut, explique-t-il, que tous ces objets extérieurs soient pris en
tant qu'ayant un trait commun, einziger Zug. - ce qui est vrai au niveau du
collectif l'est aussi au niveau de l'individuel. C'est autour de la fonction
de l'idéal que s'accommode le rapport du sujet aux objets extérieurs. - Dans
le monde d'un sujet qui parle, que l'on appelle le monde humain, c'est pure
et simple affaire d'essai métaphorique que de donner à tous les objets un
trait commun - 458 - hors de ce registre, il est impossible de concevoir ce
que veut dire Freud dans la psychologie du deuil et de la mélancolie. - -le
deuil consiste à identifier la perte réelle, pièce à pièce, morceau par
morceau, signe à signe, élément grand I à élément grand I, juqu'à
épuisement. Quand cela est fait, fini. - l'affaire ne commence à devenir
sérieuse qu'à partir du pathologique, cad de la mélancolie. L'objet y est,
chose curieuse, beaucoup moins saisissable pour être certainement présent,
et pour déclencher des effets infiniment plus catastrophiques, puisqu'ils
vont jusqu'au tarissement de ce que Freud appelle le sentiment le plus
fondamental, celui qui vous attache à la vie. - Quels traits se laissent-ils
voir d'un objet si voilé, masqué, obscur ? - nous pouvons en identifier
quelques-uns à travers ceux qu'il vise comme étant ses propres
caractéristiques à lui. - Remarquez qu'il ne s'agit jamais de l'image
spéculaire. Le mélancolique ne vous dit pas qu'il a mauvaise mine, ou qu'il
a une sale gueule, ou qu'il est tordu, mais qu'il est le dernier des
derniers, qu'il entraîne des catastrophes pour toute sa parente, etc. Dans
ses accusations, il est entièrement dans le domaine du symbolique. Ajoutez-y
l'avoir - il est ruiné. - 459 - Il s'agit de ce que j'appellerais, non pas
le deuil ni la dépression au sujet de la perte d'un objet, mais un remords
d'un certain type, déclenché par un dénouement qui est de l'ordre du suicide
de l'objet. Un remords donc, à propos d'un objet qui est entré à quelque
titre dans le champ du désir, et qui, de son fait, ou de quelque risque
qu'il a couru dans l'aventure, a disparu.
MERE
1946 - La psychiatrie anglaise et la guerre - 304 - l'effet macérant
pour l'homme d'une prédominance psychique des satisfactions familiales, et
cet inoubliable défilé (...) de sujets mal réveillés de la chaleur des jupes
de la mère et de l'épouse -
1956/57 - La relation d'objet - 705 - [antériorité de la castration
par la mère] en tant qu'elle implique pour l'enfant la possibilité de la
dévoration et de la morsure (...). La castration paternelle en est un
substitut [mais extrêmement fécond, parce que susceptible d'une suite, d'un
développement dialectique : il y a toujours la possibilité de tuer ou d'évirer
le père, tandis que la mère c'est pas possible!] [les fantasmes - en
l'absence du rôle du père - de la baignoire et du perçoir sont là pour
essayer de dépasser la situation primitive de pure menace de dévoration
totale par la mère.]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 02/07/58 - [le surmoi
maternel] C'est [ce] premier autre en tant qu'il est le support pur et
simple des premières demandes (...) émergentes (...) innocentes (...)
vagissantes - Nous avons [là] ce que l'on a appelé dépendance. - Mais c'est
parce que le premier rapport de dépendance est lié à cette menace qui
s'appelle perte d'amour [2ème ligne de la demande sur le graphe] - ce qui
dans la suite s'organisera, s'articulera dans la perspective des lois de la
parole. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 14/05/58 - Il n'y a pas
seulement de petits frotti-frotta, les soins à l'eau de Cologne à donner au
nourrisson pour constituer un rapport à la mère, il faut que la mère lui
parle. Chacun sait cela.
1961/62 - L'identification - 27/06/62 - [analyste] l'impasse de la
relation analytique, et tout spécialement dans la transmission de la vérité
analytique telle qu'elle se fait, l'analyse didactique. C'est qu'il est
impossible d'y introduire la relation au père, qu'on n'est pas le père de
son analysé. J'en ai assez dit et assez fait pour que personne n'ose plus,
au moins dans un entourage voisin du mien, risquer d'avancer qu'on peut en
être la mère. C'est pourtant de cela qu'il s'agit.
METALANGAGE
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 20/11/57 - j'avais dit un
jour que ce que je cherchais à faire à votre usage ici (...) c'était de
forger une logique en caoutchouc. - une structuration topique qui
quelquefois forcément laisse des béances parce qu'elle est constituée par
des ambiguïtés. - car certaines ambiguïtés sont irréductibles au niveau de
la structure du langage - ou le méta-langage a des exigences formelles qui
sont telles qu'elles déplacent tout le phénomène de structuration où il doit
se situer ; ou bien le méta-langage lui-même doit conserver des ambiguités
du langage. - il n'y a pas de méta-langage, il y a des formalisations, soit
au niveau de la logique, soit au niveau de cette structure signifiante dont
j'essaye de vous dégager le niveau autonome. Il n'y a pas de méta-langage au
sens où il voudrait dire par exemple mathématisation complète du phénomène
du langage, et ceci précisément parce qu'il n'y a pas moyen ici de
formaliser au-delà de ce qui est donné comme structure primitive du langage.
/ Néanmoins cette formalisation est non seulement exigible, mais elle est
nécessaire. [pour l'enseignement surtout ?]
METAPHORE
1953 - Fonction et champ de la parole… - 140 - l'analogie n'est pas
la métaphore, et le recours qu'y ont trouvé les philosophes de la nature,
exige le génie d'un Gœthe dont
l'exemple même n'est pas encourageant.
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 262 - La comparaison n'est
qu'un développement secondaire de la première émergence à l'être du rapport
métaphorique - Du seul fait que j'ai formulé ce rapport, c'est moi, mon
être, mon aveu, mon invocation, qui entre dans le domaine du symbole.
[symbolique]
1955/56 - Les psychoses - 247 - cet envahissement du signifiant [dans
le délire] qui va à se vider du signifié à mesure qu'il occupe plus de place
- même quand les phrases peuvent avoir un sens, on n'y rencontre jamais rien
qui ressemble à une métaphore.
1955/56 - Les psychoses - 247 - Sa gerbe n'était point avare, ni
haineuse - Victor Hugo. Voilà une métaphore. - Il n'y a pas comparaison,
mais identification.
1955/56 - Les psychoses - 250 - [La métonymie] Elle concerne la
substitution à quelque chose qu'il s'agit de nommer - nous sommes en effet
au niveau du nom - . On nomme une chose par une autre qui en est le
contenant, ou la partie, ou qui est en connexion avec. - 251 - ce que Freud
a mis originellement au premier plan dans les mécanismes de la névroses [ou
du rêve, etc.], ce n'est ni la dimension métaphorique, ni l'identification.
C'est le contraire. - 259 - la métonymie est au départ, et c'est elle qui
rend possible la métaphore. Mais la métaphore est d'un autre degré
[subjectif] que la métonymie. - Anna Freud endormie (...) - Grosses fraises,
framboises, flans, bouillies. - c'est la forme la plus schématique, la plus
fondamentale, de la métonymie. - Qu'ils [ces éléments] soient là,
juxtaposées, coordonnés dans la nomination articulée, tient à la fonction
positionnelle qui les met en position d'équivalence. - nous sommes sur le
plan de (...) l'articulation signifiante comme telle. C'est seulement à
l'intérieur de ce cadre [métonymique] qu'est possible le transfert de
signification [métaphore] - C'est le cœur de la pensée freudienne. L'œuvre
commence par le rêve, ses mécanismes de condensation et déplacements, de
figuration, ils sont tous de l'ordre de l'articulation métonymique, et c'est
sur ce fondement que la métaphore peut intervenir. - 260 - Ma grosse fille
pleine de fesses et de muscles . ÷ ce langage, n'est évidemment pas le même
que celui de Sa gerbe n'était point avare, ni haineuse. - 261 - De même que
s'opposent métaphore et métonymie, de même s'opposent les fonctions
fondamentales de la parole - la parole fondatrice et les mots de passe. -
[Opposition entre : Mon homme /Ma femme. - Ou bien : La merde [pour eau
sale] sortait des tuyaux / Ce type n'est qu'une merde, une loque : c'est la
place, cad le statut grammatical e position de sujet qui fait la métaphore]
1955/56 - Les psychoses - 248 - Sans la structure signifiante, cad
sans l'articulation prédicative, sans la distance maintenue entre le sujet
et ses attributs, on ne pourrait qualifier la gerbe d'avare et de haine.
C'est parce qu'il y a une syntaxe, un ordre primordial de signifiant - Cette
phase du symbolisme qui s'exprime dans la métaphore suppose la similarité,
laquelle est manifestée uniquement par la position [et non le sens]. C'est
par le fait que la gerbe est le sujet de avare et de haineuse , qu'elle peut
être identifiée à Booz dans son manque d'avarice et de générosité. - [La
syntaxe est d'ordre plutôt métonymique, mais c'est le fait de tenir compte
de cet ordre qui permet l'émergence de la métaphore, le fait que "gerbe"
soit à la place de "Booz": émergence d'une signification] - 257 -J'admets
très bien que quelqu'un m'objecte que la gerbe de Booz est métonymique -
Mais ce n'est pas cela qui fait la vertu métaphorique de cette gerbe, c'est
qu'elle est mise en position de sujet dans la proposition, à la place de
Booz. - 256 - L'important est l'opposition entre deux sortes de liens qui
sont eux-mêmes internes au signifiant. / D'abord le lien positionnel, qui
est le fondement [métonymique] du lien que j'ai appelé tout à l'heure
propositionnel. - l'ordre des mots. - coexistence synchronique des termes. -
257 - [A l'opposé on trouve un] lien de similarité [métaphore] (...) lié à
la possibilité indéfinie de la fonction de substitution, [mais] laquelle
n'est concevable que sur le fondement de la relation positionnelle.
1957 - D'une question préliminaire à tout traitement possible de la
psychose - 557 - formule de la métaphore, ou de la substitution
signifiante : S/S. S'/x => S(1/s), où les grands S sont des signifiants, x
la signification inconnue et s le signifié induit par la métaphore, laquelle
consiste dans la substitution dans la chaîne signifiante de S à S'.
L'élision de S', ici représenté par sa rature, est la condition de la
résussite de la métaphore.
1957 - D'une question préliminaire à tout traitement possible de la
psychose - 557 - la métaphore du Nom-du-Père, soit la métaphore qui
substitue ce Nom à la place premièrement symbolisée par l'opération de
l'absence de la mère. Nom-du-Père/Désir de la Mère . Désir de la
Mère/Signifié au sujet => Nom-du-Père (A/Phallus).
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 508 - L'amour est
un caillou riant dans le soleil. - On voit que la métaphore se place au
point précis où le sens se produit dans le non-sens, cas à ce passage dont
Freud a découvert que, franchi à rebours [= par la lecture du symptôme], il
donne lieu [au mot d'esprit] (...), et où se touche que c'est sa destinée
même que L'HOMME met au défi par la dérision du signifiant. / [Inversement]
que trouve l'homme dans la METONYMIE, si ce doit être plus que le pouvoir de
tourner les obstacles de la censure sociale ? Cette forme qui donne son
champ à la vérité dans son oppression, ne manifeste-t-elle pas quelque
servitude inhérente à sa présentation?
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 518 - Le
mécanisme à double détente de la métaphore est celui-Là même où se détermine
le symptôme au sens analytique. Entre le signifiant énigmatique du trauma
sexuel et le terme à quoi il vient se substituer dans une chaîne signifiante
actuelle, passe l'étincelle, qui fixe dans un symptôme, - métaphore où la
chair ou bien la fonction sont prises comme élément signifiant, - la
signification inaccessible au sujet conscient où il peut se résoudre. [cf.
Perversion/ Métonymie]
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 506 - Disons que
la poésie moderne et l'école surréaliste nous ont faire faire ici un grand
pas, en démontrant que toute conjonction de deux signifiants serait
équivalente pour constituer une métaphore, si la condition du plus grand
disparate des images signifiées n'était exigée pour la production de
l'étincelle poétique, autrement dit pour que la création métaphorique ait
lieu.
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 528 - si le
symptôme est une métaphore, ce n'est pas une métaphore que de la dire, non
plus que de dire que le désir de l'homme est une métonymie.
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 507 - L'étincelle
créatrice de la métaphore ne jaillit pas de la mise en présence de deux
images, cad de deux signifiants également actualisés. Elle jaillit entre
deux signifiants dont l'un s'est substitué à l'autre en prenant sa place
dans la chaîne signifiante, le signifiant occulté [refoulé? il y aurait
refoulement par la métaphore dans la névrose, et forclusion de toute
métaphore dans la psychose cad la métonymie]. - Un mot pour un autre, telle
est la formule de la métaphore.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 13/11/57 - [cf. l'exemple
de Freud : familionnaire avec millionnaire + familier, à la place de
familier] il y a quelque chose qui est tombé, qui est éludé - [et] quelque
chose est resté - [ce qui est refoulé, comme le "Signor" de Freud, va se
mettre à tourner en rond entre le code et le message] - quelque chose s'est
produit qui a comprimé, embouti l'un dans l'autre, le familier et le
millionnaire - Il y a donc là quelque chose qui est une sorte de cas
particulier de la fonction de substitution, cas particulier dont il reste en
quelque sorte des traces. La condensation (...) est une forme particulière
de ce qui peut se produire au niveau de la fonction de substitution. - [A la
formation du mot d'esprit, il y a un endroit et un envers, métaphore et
métonymie. Pour pouvoir reconnaître une métaphore, il faut considérer deux
choses : 1) le centre du phénomène, à savoir ce qui s'est produit au niveau
de la création signifiante, 2) son essence qui est la sanction donnée par
l'Autre à cette création elle-même.] - C'est en cela qu'est la distinction
du trait d'esprit par rapport à ce qui est pur et simple phénomène, relation
de symptôme par exemple, c'est dans le passage à la fonction seconde [cette
sanction de l'Autre] que gît le trait d'esprit lui-même. - [Dans le cad de "familionnaire",
la métaphore, le trait d'esprit dont réussis. Il n'empêche qu'il reste un
résidu, disons le déchet même de la création métaphorique, savoir ce qui se
ballade quelque part entre code et message, le mot "familier" bien sûr.] -
27/11/57 - [le mot d'esprit n'est tout de même pas identique à la métaphore]
[dans l'ex. donné par Lacan du "veau d'or", l'esprit consiste au contraire]
à subvertir toutes les références où ce veau d'or est son expression
métaphorique - c'est à deux dimensions différentes de quelque chose (...)
que l'expérience du trait d'espeit se réfère - quelque chose qui paraît
escamotage, tour de passe-passe, faute de pensée, c'est le trait commun [du
trait d'esprit] -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 20/11/57 - Il faut que
nous considérions toutes les significations humaines comme ayant été à
quelque moment métaphoriquement engendrées par des conjonctions signifiantes
-
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 13/11/57 - la métaphore
n'est pas une injection de sens comme si c'était possible, comme si les sens
étaient quelque part, où que ce soit dans un réservoir. Le mot "atterré"
n'apporte pas le sens en tant qu'il a une signification, mais en tant que
signifiant, cad qu'ayant le phonème "ter", il a le même phonème qui est dans
"terreur". C'est par la voie signifiante, c'est par la voie de l'équivoque,
c'est par la voie de l'homophonie, cad de la chose la plus non-sens qui
soit, qu'il vient engendrer cette nuance de sens - cette nuance (...)
implique une certaine domination et un certain apprivoisement de la terreur.
- la terreur n'y est pas complète. - la terreur est dans une demie ombre à
cette occasion. - disons le mot : le signifiant est refoulé [refoulement] à
proprement parler. Dans tous les cas, dès que s'est établi dans sa nuance
actuelle l'usage du mot "atterré", le modèle, sauf recours au dictionnaire,
au discours savant, n'est plus à votre disposition. A propos du mot
"atterré" il est comme "terre", "terra", refoulé. C'est dans le rapport
S/S', cad d'un signifiant à un signifiant, que va s'engendrer un certain
rapport S/s, cad signifiant sur signifié. - [c'est avec] la réserve
homonymique avec laquelle travaille, que nous le voyions ou que nous ne le
voyions pas, la métaphore.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 19/03/58 - nous avons
donc aussi bien chez le garçon que chez la fille à un moment donné, une
relation à un certain objet (...), objet d'ores et déjà constitué, (...) et
cet objet va devenir quelque chose qui est l'idéal du moi. Il va le devenir
pas ses insignes. - constitution de cet objet comme un certain signifiant
qui prend une certaine place, (...) qui devient une métaphore du sujet -
[par ex.] dans le cas où la fille s'identifie à son père - ce père qu'elle a
désiré et qui lui a refusé le désir de sa demande, devient quelque chose qui
est à sa place. Le caractère métaphorique de la formation de l'idéal du Moi
est un élément essentiel
1960/61 - Le Transfert - C'est en tant que la fonction de l'érastès,
de l'aimant, pour autant qu'il est le sujet du manque, vient à la place, se
substitue à la fonction de l'éroménos, l'objet aimé, que se produit la
signification de l'amour. - 67 [et] quand c'est vous qui étiez d'abord l'éroménos,
l'objet aimé, et que soudain vous devenez l'érastès, celui qui désire. - 68
- Aussi bien cette symétrie n'en est pas une, car en tant que la main se
tend [désirante], c'est vers un objet. La main qui apparaît de l'autre côté
est le miracle [de l'amour] - [il en résulte que même si l'amour apporte en
quelque sorte une "réponse" au DÉSIR, la structure de l'amour est bien
initialement de désir] - 179 - [Dès l'entrée d'Alcibiade] il va être
question de faire l'ÉLOGE, épaïnos , de l'autre, et c'est précisément en
cela, quant au dialogue, que réside le passage de la métaphore. L'éloge de
l'autre se substitue non pas à l'éloge de l'amour, mais à l'amour lui-même
[faire l'éloge c'est faire l'amour, c'est déjà aimer] - 183 - le fait que
Socrate se refuse à entrer lui-même dans le jeu de l'amour est étroitement
lié à ceci (...) que, pour lui, il n'y a rien en lui qui soit aimable. Son
essence est ce vide, ce creux - [au contraire d'Agathon qui, lui, est
"plein"... comme un œuf] A savoir que, sauf concernant les choses de
l'amour, il ne sait rien. - 190 - [Accessoirement - et c'est là qu'il faut
interpréter - Alcibiade s'est
tourné vers Agathon et le met en garde contre Socrate ; mais l'on voit que
tel est le but, depuis le départ, d'Alcibiade : draguer Agathon ; il aura
fallu pour cela que Socrate fasse l'éloge d'Agathon - c'est cela le "désir
de l'analyste" - afin de] faire passer [c'est cela le transfert], moi
Socrate, l'image de toi aimant, c'est par là que tu vas entrer dans la voie
des identifications supérieures que trace le chemin de la beauté. Ce serait
oublier que] le désir dans sa racine et son essence, c'est le désir de
l'Autre, et c'est ici à proprement parler qu'est le ressort de la naissance
de l'amour, si l'amour, c'est ce qui se passe dans cet objet vers lequel
nous tendons la main par notre propre désir, et qui, au moment où notre
désir fait éclater son incendie, nous laisse apparaître un instant cette
réponse, cette autre main qui se tend vers nous comme son désir.
1961 - La métaphore du sujet - 890 - Il y a bien, si l'on veut,
quatre termes dans la métaphore, mais leur hétérogénéité passe par une ligne
de partage : trois contre un, et se distingue d'être celle du signifiant au
signifié.
METONYMIE
1955/56 - Les psychoses - 250 - [La métonymie] Elle concerne la
substitution à quelque chose qu'il s'agit de nommer - nous sommes en effet
au niveau du nom - . On nomme une chose par une autre qui en est le
contenant, ou la partie, ou qui est en connexion avec. - 251 - ce que Freud
a mis originellement au premier plan dans les mécanismes de la névroses [ou
du rêve, etc.], ce n'est ni la dimension métaphorique, ni l'identification.
C'est le contraire. - 259 - la métonymie est au départ, et c'est elle qui
rend possible la métaphore. Mais la métaphore est d'un autre degré
[subjectif] que la métonymie. - Anna Freud endormie (...) - Grosses fraises,
framboises, flans, bouillies. - c'est la forme la plus schématique, la plus
fondamentale, de la métonymie. - Qu'ils [ces éléments] soient là,
juxtaposées, coordonnés dans la nomination articulée, tient à la fonction
positionnelle qui les met en position d'équivalence. - nous sommes sur le
plan de (...) l'articulation signifiante comme telle. C'est seulement à
l'intérieur de ce cadre [métonymique] qu'est possible le transfert de
signification [métaphore] - C'est
le cœur de la pensée freudienne. L'œuvre commence par le rêve, ses
mécanismes de condensation et déplacements, de figuration, ils sont tous de
l'ordre de l'articulation métonymique, et c'est sur ce fondement que la
métaphore peut intervenir. - 260 - Ma grosse fille pleine de fesses et de
muscles . ÷ ce langage, n'est évidemment pas le même que celui de Sa gerbe
n'était point avare, ni haineuse. - 261 - De même que s'opposent métaphore
et métonymie, de même s'opposent les fonctions fondamentales de la parole -
la parole fondatrice et les mots de passe. - [Opposition entre : Mon homme
/Ma femme. - Ou bien : La merde [pour eau sale] sortait des tuyaux / Ce type
n'est qu'une merde, une loque : c'est la place, cad le statut grammatical e
position de sujet qui fait la métaphore]
1955/56 - Les psychoses - 249 - opposition entre, d'une part, les
rapports de similarité ou de substitution, ou de choix, et aussi de
sélection ou de concurrence, bref de tout ce qui est de l'ordre du synonyme,
et d'autre part les rapport de contiguïté, d'alignement, d'articulation
signifiante, de coordination syntaxique. Dans cette perspective,
l'opposition classique des aphasies sensorielles et des aphasies motrices
(...) se coordonne - 255 - [Dans la première] il y a là un trouble de la
similarité - le sujet est incapable de la métaphrase, et ce qu'il a à dire
est tout entier dans le domaine de la paraphrase. - [L'autre] commence par
les troubles de l'agrammatisme (...) et va jusqu'à une réduction extrême du
stock verbal [il s'agit là d'un trouble de la contiguïté, de la métonymie,
beaucoup plus radical:] C'est ici essentiellement l'articulation, la syntaxe
du langage, qui, progressivement (...) se dégrade, au point de les rendre
incapables d'articuler dans une phrase composée ce qu'ils peuvent pourtant
correctement nommer. - 256 - Le déficit (...) a deux versants. / Le premier,
c'est la dissolution du lien de la signification intentionnelle à l'appareil
du signifiant. Celui-ci reste globalement au sujet, qui néanmoins n'arrive
plus à le maîtriser en fonction de son intention. Le second, c'est la
dissolution du lien interne au signifiant.
1955/56 - Les psychoses - 248 - Sans la structure signifiante, cad
sans l'articulation prédicative, sans la distance maintenue entre le sujet
et ses attributs, on ne pourrait qualifier la gerbe d'avare et de haine.
C'est parce qu'il y a une syntaxe, un ordre primordial de signifiant - Cette
phase du symbolisme qui s'exprime dans la métaphore suppose la similarité,
laquelle est manifestée uniquement par la position [et non le sens]. C'est
par le fait que la gerbe est le sujet de avare et de haineuse , qu'elle peut
être identifiée à Booz dans son manque d'avarice et de générosité. - [La
syntaxe est d'ordre plutôt métonymique, mais c'est le fait de tenir compte
de cet ordre qui permet l'émergence de la métaphore, le fait que "gerbe"
soit à la place de "Booz": émergence d'une signification] - 257 -J'admets
très bien que quelqu'un m'objecte que la gerbe de Booz est métonymique -
Mais ce n'est pas cela qui fait la vertu métaphorique de cette gerbe, c'est
qu'elle est mise en position de sujet dans la proposition, à la place de
Booz. - 256 - L'important est l'opposition entre deux sortes de liens qui
sont eux-mêmes internes au signifiant. / D'abord le lien positionnel, qui
est le fondement [métonymique] du lien que j'ai appelé tout à l'heure
propositionnel. - l'ordre des mots. - coexistence synchronique des termes. -
257 - [A l'opposé on trouve un] lien de similarité [métaphore] (...) lié à
la possibilité indéfinie de la fonction de substitution, [mais] laquelle
n'est concevable que sur le fondement de la relation positionnelle.
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 518 - les énigmes
que propose le désir à toute "philosophie naturelle", sa frénésie mimant le
gouffre de l'infini (...) ne tiennent à nul autre dérèglement de l'instinct
qu'à sa prise dans les rails, - éternellement tendus vers le désir d'autre
chose -, de la métonymie. D'où sa fixation "perverse" au même point de
suspension de la chaîne signifiante où le souvenir-écran s'immobilise, où
l'image fascinante du fétiche se statufie.
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 505 - trente
voiles. - le mot bateau qui s'y cache [puisque ici les deux termes sont
toujours "en rapport" ; l'autre y est toujours implicitement] - La partie
prise pour le tout (...) ne nous laisse guère d'idée de ce qu'il faut
entendre de l'importance de la flotte que ces trente voiles pourtant sont
censée évaluer : qu'un navire n'ait qu'une voile est en effet le cas le
moins commun [la métonymie n'indique donc rien de la signification à
apporter]. 506 - A quoi se voit que la connexion du navire et de la voile
n'est pas ailleurs que dans le signifiant, et que c'est dans le mot à mot de
cette connexion que s'appuie la métonymie.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 27/11/57 - à l'opposé de
la dimension du sens, cad dans la diversité de ces objets déjà constitués
par le langage - qui est la dimension de la valeur. - [Cf. Le 1er livre du
Capital] - institution de cette sorte d'équivalence fondamentale. - [ex.]
quelque chose doit se structurer dans l'équivalence toile-vêtement, à savoir
que des vêtements peuvent représenter la valeur de la toile - le vêtement
peut devenir le signifiant de la valeur de la toile. - en d'autres termes,
l'équivalence qui s'appelle valeur, tient proprement à l'abandon [PERTE] de
la part d'un ou de deux des deux termes, d'une partie également très
importante de leur sens. - une perspective qui (...) nous permet de
rejoindre le plan de l'inconscient. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 27/11/57 - ces voiles
sont là quelque chose qui n'entrent pas avec leur plein droit de voiles, qui
n'entrent pas à toutes voiles dans l'usage que nous en faisons - quelque
chose de réduit dans leur portée et dans leur signe - sans aucun doute vous
direz que là c'est une référence de sens qu'en fin de compte je m'en remets
pour faire la différence. Je ne le crois pas, et je vous ferai remarquer que
ce dont je suis parti, c'est que la métonymie est la structure fondamentale
dans laquelle peut se produire ce quelque chose de nouveau et de créatif qui
est la métaphore ; que même si quelque chose de métonymique est placé en
position de substitution, comme c'est le cas dans les trente voiles, c'est
quelque chose d'autre -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 27/11/57 - [perversion]
la chaîne métonymique (...) est l'essence de toute espèce de déplacement
fétichiste du désir, autrement dit de fixation du désir quelque part avant,
après ou à côté, de toutes façons à la porte de son objet naturel -
1958 - La direction de la cure... - 622 - [Pour la belle bouchère] le
saumon fumé, objet du désir de son amie, est tout ce qu'elle a à offrir,
Freud en posant que le saumon fumé est ici substitué au caviar qu'il tient
d'ailleurs pour le signifiant du désir de la patiente, nous propose le rêve
comme métaphore du désir. - le désir d'avoir un désir insatisfait [en
l'occurrence] - [Mais ce désir] s'il est signifié [métaphoriquement] comme
insatisfait, l'est par le signifiant : caviar, en tant que le signifiant le
symbolise comme inaccessible, mais que, dès lors qu'il se glisse comme désir
dans le caviar, le désir du caviar est sa métonymie : rendue nécessaire par
le manque à être où il se tient. / La métonymie est (...) cet effet rendu
possible de ce qu'il n'est nulle signification qui ne renvoie à une autre
signification, et où se produit leur plus commun dénominateur, à savoir le
peu de sens (communément confondu avec l'insignifiant), (...) qui s'avère au
fondement du désir, et lui confère l'accent de perversion qu'il est tentant
de dénoncer dans l'hystérie présente. / Le vrai de cette apparence est que
le désir est la métonymie du manque à être.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 26/11/58 - C'est pour
autant que l'événement évoqué dans la mémoire est un événement récité (...)
que nous pouvons parlé à ce niveau de contiguïté. [La métaphore est] un
effet de substitution dans la chaîne signifiante [Ex. la cerise et la lèvre
: dans la métaphore la cerise et comme une lèvre, mais ça n'empêche pas ces
termes d'intervenir dans une relation de contiguïté, de récit, de métonymie
donc : la cerise entre les lèvres, par ex.] Si un instant nous arrêtons
cette cerise au contact de la lèvre, c'est en fonction d'un flash qui est
précisément le flash du récit, où c'est la phrase [ce qui se passe : le
rapport de deux êtres et non plus l'être du rapport (métaphore)], où ce sont
les mots qui un instant suspendent cette cerise entre les lèvres, et c'est
d'ailleurs précisément parce qu'il existe cette dimension du récit en tant
qu'elle institue le flash, qu'inversement cette image en tant qu'elle est
créée par la suspension du récit, devient effectivement à l'occasion un des
stimulants du désir, (...) cette suspension qui prend la valeur du fantasme,
qui a signification érotique dans le détour de l'acte.
MOI
1938 - Les complexes familiaux - 98 - Pour le symptôme obsessionnel
(...) il prend son sens du déplacement de l'affect dans la représentation -
99 - se manifestent trop comme la caricature des formes mêmes de la
connaissance, pour qu'on ne cherche pas l'origine de cette névrose dans les
premières activités d'identification du moi - Ce sont donc les
superstructures de la personnalité qui sont utilisées ici pour mystifier
l'angoisse. L'effort de restauration du moi se traduit dans le destin de
l'obsédé par une poursuite totalisante de sentiment de son unité.
1949 - Le stade du miroir… - 99 - toute notre expérience (...) nous
détourne de concevoir le moi comme centré sur le système
perception-conscience , comme organisé par le "principe de réalité" où se
formule le préjugé scientiste le plus contraire à la dialectique de la
connaissance, - pour nous indiquer de partir de la fonction de
méconnaissance qui le caractérise
1951 - Quelques réflexions sur l'Ego - C'est en fait, la jalousie
primitive qui instaure le stade sur lequel la relation triangulaire entre
l'Ego, l'objet et "quelqu'un d'autre" commence à être. - L'objet du désir de
l'homme est essentiellement un objet désiré par quelqu'un d'autre -
1951 - Quelques réflexions sur l'Ego - Ce que nous avons été capables
d'observer dans cette voie privilégiée [du langage] par laquelle une
personne s'exprime en tant qu'Ego : c'est précisément cela - Verneinung
- le déni. / - lorsque quelqu'un dit "ce n'est pas ainsi" c'est parce que
c'est ainsi ; et quand il dit "ce n'est pas cela que je veux dire", il dit
vraiment. - la paranoïa [délire] ne peut être comprise qu'en de tels termes
- les persécuteurs (...) identiques aux images du moi idéal - [sorte de
dénégation, donc]
1951 - Quelques réflexions sur l'Ego - C'est la stabilité de la
station verticale, le prestige de la taille, la solennité des statues qui
fournissent le modèle à l'identification dans laquelle l'Ego trouve son
point de départ et laissent leur empreinte pour toujours. - [chez
l'obsessionnel] on rencontre souvent des rêves dans lesquels l'Ego du rêveur
est représenté comme un stade ou un autre espace clos abandonné à la
compétition pour le prestige. - Cette illusion d'unité, dans laquelle un
être humain se réjouit toujours de sa propre maîtrise, comporte un danger
constant de reglisser en arrière dans le chaos duquel il est parti, il
surplombe l'abîme d'un assentiment vertigineux dans lequel on peut peut-être
voir l'essence même de l'Anxiété.
1953 - Discours du Congrès de Rome et réponse aux interventions - Le
moi pourtant n'est jamais qu'une moitié du sujet, vérité première de la
psychanalyse ; encore cette moitié n'est-elle pas la bonne, ni celle qui
détient le fil de sa conduite, de sorte que dudit fil il reste à retordre,
et pas seulement un peu. -[être] [Lacan rappelle ici que l'homme du temps de
Villon disait : "Ce suis-je", alors que l'homme moderne dit : "C'est moi".
De même que dans l'Exode, Dieu dit à Moïse : "Je suis celui qui suis"] -
1953 - Les écrits techniques de Freud - 194 - Le moi, c'est un objet
fait comme un oignon, on pourrait le peler, et on trouverait les
identifications successives qui l'ont constitué.
1953 - Les écrits techniques de Freud - 174 - [image] ce caractère
partiellement décomposable, démontable, du moi humain, si imprécis quant à
ses limites. Les fausses dents assurément ne font pas partie de mon moi,
mais jusqu'à quel point mes vraies dents en font-elles partie ?
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 64 - Je ne dis pas l'ego
dans la psychologie, où il est fonction de synthèse, mais l'ego dans
l'analyse, fonction dynamique. L'ego s'y manifeste comme défense, refus - la
fonction fondamentale de l'ego, la méconnaissance.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - le moi est une forme
tout à fait fondamentale pour la constitution des objets. En particulier,
c'est sous la forme de l'autre spéculaire qu'il voit celui (...) que nous
appelons son semblable. [a'] - le moi (...), l'autre, le semblable, tous ces
imaginaires sont des objets.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 60 - Sans doute le
vrai je n'est pas le moi. Mais ce n'est pas assez, car on peut toujours se
mettre à croire que le moi n'est qu'une erreur du je , un point de vue
partiel, dont une simple prise de conscience suffirait à élargir la
perspective - L'important est la réciproque (...) - le moi n'est pas le je ,
n'est pas une erreur - Il est autre chose - un objet particulier à
l'intérieur de l'expérience du sujet. Littéralement, le moi est un objet -
un objet qui remplit une certaine fonction (...) imaginaire.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 284 - le moi est une
construction imaginaire. Cela ne lui retire rien, à ce pauvre moi, le fait
qu'il soit imaginaire - je dirais même que c'est ce qu'il a de bien. S'il
n'était pas imaginaire, nous ne serions pas des hommes, nous serions des
lunes. Ce qui ne veut pas dire qu'il suffit que nous ayons ce moi imaginaire
pour être des hommes. Nous pouvons être encore cette chose intermédiaire qui
s'appelle un fou. Un fou est justement celui qui adhère à cet imaginaire,
purement et simplement. [psychose]
1955 - La Chose freudienne - 416 - "Wo Es war' soll Ich werden." /
[sujet] Formule où la structuration signifiante montre assez sa prévalence.
- [Ce n'est pas : là où le Ça était, le Moi doit advenir. - 417 -
Contrairement à la forme que ne peut éviter la traduction anglaise : "Where
the id was, there the ego shall be", freud n'a pas dit : das Es , ni : das
Ich , comme il le fait habituellement pour désigner ces instances où il a
ordonné alors depuis dix ans sa nouvelle topique - il apparaît ici que c'est
au lieu : Wo , où Es , sujet dépourvu d'aucun das ou autre article
objectivant, war , était, c'est d'un lieu d'être qu'il s'agit, et qu'en ce
lieu : soll , c'est un devoir au sens moral qui là s'annonce (...), Ich ,
je, là dois-je (comme on annonçait : ce suis-je, avant qu'on dise : c'est
moi), werden , devenir, cad non pas survenir, ni même advenir, mais venir au
jour de ce lieu même en tant qu'il est lieu d'être. - [C'est donc du sujet
qu'il retourne - lequel se "retourne" - dans les deux parties de la phrases
:] Ainsi l'c' élidé qui va apparaître (...) nous suggère-t-il la production
d'un verbe : s'être, où s'exprimerait le mode de la subjectivité absolue, en
tant que Freud l'a proprement découverte dans son excentricité radicale :
"là où c'était, peut-on dire, là où s'était, voudrions-nous faire qu'on
entendît, c'est mon devoir que je vienne à être." [Et non pas comme dans
cette traduction idiote : "le moi doit déloger le ça."]
1955 - La Chose freudienne - 427 - c'est morcelé qu'il porte la
parole, et c'est entier qu'il sert à ne pas l'entendre. / C'est en effet
dans la désagrégation de l'unité imaginaire que constitue le moi, que le
sujet trouve le matériel signifiant de ses symptômes.
1955 - La Chose freudienne - 425 - [dans l'analyse américaine] il n'y
a pas d'autre discrimination de la partie saine du moi du sujet que son
accord avec votre optique [de psychanalyste] qui, pour être supposée saine,
devient ici la mesure des choses, de même qu'il n'y a pas d'autre critère de
guérison que l'adoption complète [par identification au moi de l'analyste]
par le sujet de cette mesure qui est la vôtre -
1955/56 - Les psychoses - 23 - Aristote faisait remarquer qu'il ne
faut pas dire que l'homme pense, mais qu'il pense avec son âme. De même, je
dis que le sujet se parle avec son moi. - [Le psychotique se trouve]
complètement identifié avec son moi avec lequel il parle -
1955/56 - Les psychoses - 120 - Chez Freud, la question du centre du
sujet, reste toujours ouverte. - Or, le virage qui s'est opéré dans
l'analyse à peu près vers le temps de la mort de Freud, conduit à retrouver
ce bon vieux centre de toujours, le moi qui tient les leviers de commande,
et guide la défense. La PSYCHOSE n'est plus interprétée à partir de
l'économie complexe d'une dynamique des pulsions, mais à partir des procédés
employés par le moi pour s'en tirer avec diverses exigences, pour se
défendre contre des pulsions. - 121 - Le moi redevient non seulement le
centre, mais la cause du trouble. / Le terme de défense n'a plus dès lors
d'autre sens que celui qu'il a lorsqu'on parle de se défendre contre une
tentation, et toute la dynamique du cas Schreber nous est expliquée à partir
des efforts du moi pour s'en tirer avec une pulsion dite homosexuelle qui
menacerait sa complétude. La castration n'a plus d'autre sens symbolique que
celui d'une perte de l'intégrité physique. [l'hallucination serait une de
ces néo-productions de défense, en l'absence de toute attache fiable du moi
avec la réalité] -
1955/56 - Les psychoses - 165 - un ego n'est jamais tout seul. Il
comporte toujours un étrange jumeau, le moi idéal - La phénomènologie la
plus apparente de la psychose nous indique que ce moi parle. C'est une
fantaisie, mais à la différence de la fantaisie, ou du fantasme, que nous
mettons en évidence dans les phénomènes de la névrose, c'est une fantaisie
qui parle, ou plus exactement, c'est une fantaisie parlée. - Avec
l'impertinence qui (...) me caractérise, je l'ai désigné comme le discours
de la liberté, essentiel à l'homme moderne en tant que structuré par une
certaine conception de son autonomie. - Il n'y a donc pas d'ego sans ce
jumeau, disons, gros de délire. Notre patient (...) se dit être un cadavre
lépreux qui traîne après lui un autre cadavre lépreux. Belle image en effet
pour le moi, car il y a dans le moi quelque chose de fondamentalement mort,
et toujours doublé de