Paranoïa
- Pari - Parole -
Passion - Pensée -
Perception - Père -
Personnalité - Perversion
- Phallus - Phobie -
Plaisir - Poésie -
Privation - Psychanalyse -
Psychisme - Psychose -
Pulsion - Pulsion de mort
PARANOIA
1932 - Thèse - 56 - Quelque soit (...) le rapport du délire à la
personnalité, il est remarquable de voir qu'il en conserve l'économie
générale. - [Parallèle fait entre les trois traits essentiels de la psychose
chez Kraepelin (évolution insidieuse, délire de grandeur, délire de
persécution) et "la triple fonction structurale qu'a dégagée notre analyse
de la personnalité sous les trois chefs 1) d'un développement, 2) d'une
conception de soi-même, 3) d'une certaine tension des relations sociales".]
1931 - Structure des Psychoses paranoïaques - la P tend à se
confondre aujourd'hui avec une notion de caractère - C'est contre cette
tendance que nous essaierons de grouper ici quelques réflexions. Nous le
ferons en nous fondant sur la notion purement phénoménologique de la
structure des états délirants. [4 signes cardinaux selon Montassut:
surestimation pathologique de soi, méfiance, fausseté du jugement,
inadaptabilité sociale)] il s'agit là des quatre faces d'un même carré. Au
centre est cette psychorigidité que Montassut a si justement mis en valeur.
- Parmi ces fous raisonnants (...) toute une hiérarchie s"établit depuis le
débile aux constructions absurdes jusqu'au théoricien autodidacte ou cultivé
qui se meut à l'aise dans les idées abstraites. - Il peut devenir (...) un
"grand intellectuel". - [Le délire d'interprétation] Il est le positif, la
statue jaillie du moule que constituait l'état de méfiance - [il] est un
délire du palier, de la rue, de forum. - Quelques soient l'étendue de ces
interprétations, elles sont centripètes, étroitement polarisées sur le
sujet. - Le point essentiel de la structure délirante nous paraît être
celui-ci : l'interprétation est faite d'une série de données immédiates
quasi-intuitives, quasi-obsessionnelles, que n'ordonne primitivement, ni par
sélection ni par groupement, aucune organisation raisonnante. C'est là,
a-t-on dit [Clarambault] "un annélide, non un vertébré". - Si propice aux
déviations logiques que la structure paranoïaque la suppose, ce n'est point
sans peine qu'elle organise ce délire et il semble qu'elle le subisse bien
plus qu'elle ne le construise. - Il semble qu'il s'agisse souvent d'une
sorte de construction justificative, d'un minimum de rationalisation sans
lequel le malade ne saurait exposer ses certitudes primaires. - la
perturbation paranoïaque au sens étymologique se sent dans l'ordonnance même
du délire (...) dans l'organisation idéique même des délires. - Le terme de
constitution paranoïaque se justifie par la fixation précoce d'une
structure.
1932 - Thèse - 252 - [autopunition] Les persécuteurs menacent
l'enfant, "pour punir sa mère", "qui est médisante", "qui ne fait pas ce
qu'elle doit", etc. - 253 - La puissance affective du prototype [de la
persécutrice] est donnée par son existence réelle dans la vie de la malade
[ici la sœur aînée, devenant peu à peu "actrice", "femme du monde", etc] -
Mais là éclate l'identité imaginaire des thèmes de grandeur et des thèmes de
persécution : ce type de femme, c'est exactement ce qu'elle-même rêve de
devenir. La même image qui représente son idéal est aussi l'objet de sa
haine. Aimée frappe donc en sa victime son idéal extériorisé, comme la
"passionnelle" frappe l'objet unique de sa haine et de son amour. Mais
l'objet qu'atteint Aimée n'a qu'une valeur de pure symbole [c'est elle
qu'elle devrait frapper], et elle n'éprouve de son geste aucun soulagement.
1932 - Thèse - 273 - Le persécuteur principal est toujours de même
sexe que le sujet - Pour les idées érotomaniaques , elles ont toujours le
caractère de platonisme - 274 - Notons la réactivité du délire aux
influences endogènes [et aux influences extérieures] - 274 - Le danger
qu'imposent à autrui les virtualités réactionnelles de ces sujets est
inversement proportionnel au paradoxe de leur délire. En d'autres termes,
plus les conceptions du sujet se rapprochent de la normale, plus il est
dangereux.
1933 - "Motifs du crime paranoïaque..." (Thèse) - 396-397 -
lorsqu'aux premiers stades maintenant reconnus de la sexualité infantile
s'opère la réduction forcée de l'hostilité primitive entre les frères, une
anormale inversion peut se produire de cette hostilité en désir, et que ce
mécanisme engendre un type spécial d'homosexuels chez qui prédominent les
instincts et activités sociales. - [dans notre cas princepts, celui d'Aimée]
chacune des persécutrices n'est vraiment rien d'autre qu'une nouvelle image,
toujours toute prisonnière du
narcisssisme, de cette sœur dont notre malade a fait son idéal. - Le "mal
d'être deux" dont souffrent ces malades ne les libère qu'à peine du mal de
Narcisse. Passion mortelle et qui finit par se donner la mort. Aimée frappe
l'être brillant qu'elle hait justement parce qu'elle représente l'idéal
qu'elle a de soi. - Mais il semble qu'entre elles les soeurs [Papin] ne
pouvaient y même prendre la distance qu'il faut pour se meurtrir. - 398 -
C'est leur détresse qu'elles détestent dans le couple qu'elles entraînent
dans un atroce quadrille.
1938 - Les complexes familiaux - 48 - Les connexions de la paranoïa
avec le complexe fraternel se manifestent par la fréquence des thèmes de
filiation, d'usurpation, de spoliation, comme sa structure narcissique se
révèle dans les thèmes plus paranoïdes de l'intrusion, de l'influence, du
dédoublement, du double et de toutes les transmutations délirantes du corps.
Ces connexions s'expliquent en ce que le groupe familial, réduit à la mère
et à la fratrie, dessine un complexe psychique où la réalité tend à rester
imaginaire -
1948 - L'agressivité en psychanalyse - 106 - Thèse III : Les ressorts
D'AGRESSIVITÉ décident des raisons qui motivent la technique de L'ANALYSE. -
107 - c'est la participation à son mal que le malade attend de nous. -
[Mais] Seuls les saints sont assez détachés de la plus profonde des passions
communes pour éviter les contrecoups agressifs de la charité. - Nous devons
pourtant mettre en jeu l'agressivité du sujet à notre endroit, puisque ces
intentions, on le sait, forment le transfert négatif qui est le nœud
inaugural du drame analytique. Ce TRANSFERT représente
chez le patient le transfert imaginaire
sur notre personne d'une des imagos plus ou moins archaïques - 108 - Loin de
l'attaquer de front, la maïeutique analytique adopte un détour qui revient
en somme à induire dans le sujet une paranoïa dirigée - opérer la projection
de ce que Mélanie Klein appelle les mauvais objets internes , mécanisme
paranoïaque certes, mais ici bien systématisé, filtré en quelque sorte et
étanché à mesure. - Encore, répétons-le, cette imago ne se révèle-t-elle que
pour autant que notre attitude offre au sujet le miroir pur d'une surface
sans accidents.
1948 - L'agressivité en psychanalyse - 110 - [NARCISSISME] Thèse IV :
L'AGRESSIVITÉ est la tendance corrélative d'un mode d'identification que
nous appelons narcissique et qui détermine la structure formelle du moi de
l'homme et du registre d'entités caractéristiques de son monde. - [Cf. le
stade du miroir où apparaît ainsi l'] 113 - imago salutaire ; elle est
valorisée de toute la détresse originelle, liée à la discordance
intra-organique et relationnelle du petit d'homme, durant les six premiers
mois - [Entre six mois et deux ans et demi, l'enfant vit dans une totale
identification à l'autre] L'enfant qui bat dit avoir été battu, celui qui
voit tomber pleure. Cette forme se cristallisera (...) dans la tension
conflictuelle interne au sujet, qui détermine l'éveil de son désir pour
l'objet du désir de l'autre : ici le concours primordial se précipite en
concurrence agressive, et c'est d'elle que naît la triade d'autrui, du moi
et de l'objet - 114 - C'est pourquoi jamais (...) le MOI de l'homme n'est
réductible à son identité vécue ; et dans les disruptions dépressives des
revers vécus de l'infériorité, engendre-t-il essentiellement les négations
mortelles qui le figent dans son formalisme. "Je ne suis rien de ce qui
m'arrive. Tu n'es rien de ce qui vaut." Aussi bien les deux moments se
confondent-ils où le sujet se nie lui-même et où il charge l'autre, et l'on
y découvre cette structure paranoïaque du moi qui trouve son analogue dans
les négations fondamentales, mises en valeur par Freud dans les trois
délires de jalousie, d'érotomanie et d'interprétation. C'est le délire même
de la belle âme misanthrope [Alceste], rejetant sur le monde le désordre qui
fait son être. - 116 - [donc] une agressivité liée à la relation narcissique
et aux structures de méconnaissance et d'objectivation [objection]
systématiques qui caractérisent la formation du moi . - Nul besoin dès lors
de chercher plus loin la source de cette énergie dont Freud, à propos du
problème de la répression, se demande d'où l'emprunte le moi , pour la
mettre au service du "principe de réalité". Nul doute qu'elle ne provienne
de la "passion narcissique" - Tout comme l'oppression insensée du surmoi
reste à la racine des impératifs motivés de la conscience morale, la
furieuse passion, qui spécifie l'homme, d'imprimer dans la réalité son image
est le fondement obscur des médiations rationnelles de la volonté. - 119 -
C'est à toutes les phases génétiques de l'individu (...) que nous retrouvons
ce moment narcissique dans le sujet, en un avant où il doit assumer une
frustration libidinale et un après où il se transcende dans une sublimation
normative.
1955/56 - Les psychoses - 30 - la difficulté d'aborder le problème de
la paranoïa tient précisément à ce qu'elle se situe justement sur le plan de
la compréhension. - le phénomène élémentaire, irréductible, est ici au
niveau de l'interprétation. - En d'autres termes, il [le parano] symbolise
ce qui se passe en termes de signification. [C'est ce qui a pu entretenir
l'idée que la paranoïa manifestait un comble de logique, voire
d'intelligence] [l'illusion pour l'analyste serait, à son tour, de vouloir
comprendre, du style : Le sujet a voulu dire ça . ] 31 - [Il se peut qu'il y
ait] en effet un noyau complètement compréhensible, si vous y tenez. Ça n'a
strictement aucun intérêt qu'il le soit. Ce qui est par contre tout à fait
frappant, c'est qu'il est inaccessible, inerte, stagnant par rapport à toute
dialectique. [et tout dialogue] -
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - [objet ; chose] Ce premier
étranger par rapport à quoi le sujet a à se référer d'abord, le paranoïaque
n'y croit pas. [bien sûr: il n'a de foi qu'en son moi]
PARI
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud - 226 - Le pari est au
centre de toute question radicale portant sur la pensée symbolique. Tout se
ramène au to be or not to be , au choix entre ce qui va sortir ou pas, au
couple primordial du plus et du moins . - [mais] il n'y a pas pur jeu de
hasard, mais déjà articulation d'une parole avec une autre. - En d'autres
termes, il n'y a pas jeu s'il n'y a pas question, il n'y a pas question s'il
n'y a pas structure. - 227 - La question est composée, organisée, par la
structure. / En lui-même, le jeu du symbole représente et organise,
indépendamment des particularités de son support humain, ce quelque chose
qui s'appelle un sujet. Le sujet humain ne fomente pas ce jeu, il y prend sa
place, et y joue le rôle des petits plus et des petits moins .
PAROLE
1953 - Fonction et champ de la parole… - 123 - la psychanalyse n'a
qu'un médium : la parole du patient. L'évidence du fait n'excuse pas qu'on
le néglige. Or toute parole appelle réponse. - même si elle ne rencontre que
le silence, pourvu qu'elle ait un auditeur, et (...)
c'est là le cœur de sa fonction en psychanalyse.
- 135 - quand le sujet s'engage dans l'analyse, il accepte une position plus
constituante en elle-même que toutes les consignes dont il se laisse plus ou
moins leurrer : celle de l'interlocution -- 146 - dès que l'analyse est
engagée dans la voie du transfert (...) chaque rêve du patient s'interprète
comme provocation, aveu larvé ou diversion, par sa relation au discours
analytique, et qu'à mesure du progrès de l'analyse, ils se réduisent
toujours plus à la fonction d'éléments du dialogue qui s'y réduisent - 184 -
L'analyse ne peut avoir pour but que l'avènement d'une parole vraie et la
réalisation par le sujet de son histoire dans sa relation à un futur.
1953 - Fonction et champ de la parole… - 133 - Soyons catégorique, il
ne s'agit pas dans l'anamnèse psychanalytique de réalité, mais de vérité,
parce que c'est l'effet d'une parole pleine de réordonner les contingences
passées en leur donnant le sens des nécessités à venir, telles que les
constitue le peu de liberté par où le sujet les fait présentes.
1953 - Fonction et champ de la parole… - 147 - il est clair que tout
acte manqué est un discours réussi, et que dans le lapsus c'est le bâillon
qui tourne sur la parole, et juste du quadrant qu'il faut pour qu'un bon
entendeur y trouve son salut.
1953 - Fonction et champ de la parole… - 150 - Comment la parole
épuiserait-elle le sens de la parole (...) sinon dans l'acte qui l'engendre.
[Goethe:] "Au commencement était l'action" se renverse à son tour : c'était
bien le verbe qui était au commencement, et nous vivons dans sa création,
mais c'est l'action de notre esprit qui continue cette création en la
renouvelant toujours. -
1953 - Fonction et champ de la parole… - 159 - dans la folie [psychose],
quelle qu'en soit la nature, il nous faut reconnaître d'une part, la liberté
négative d'une parole qui a renoncé à se faire reconnaître (...) un langage
sans dialectique. L'absence de parole s'y manifeste par les stéréotypies
d'un discours où le sujet, peut-on dire, est parlé plutôt qu'il ne parle -
1953 - Fonction et champ de la parole… - 160 - [symptôme] La parole
est ici chassée du discours concret qui ordonne la conscience, mais elle
trouve son support ou bien dans les fonctions naturelles du sujet, pour peu
qu'une épine organique y amorce cette béance de son être individuel à son
essence, qui fait de la maladie l'introduction du vivant à l'existence du
sujet, [note n° 22 de Lacan : Pour obtenir immédiatement la confirmation
subjective de cette remarque de Hegel, il suffit d'avoir vu, dans l'épidémie
récente, un lapin aveugle au milieu d'une route, érigeant vers le soleil
couchant le vide de sa vision changée en regard : il est humain jusqu'au
tragique.] - ou bien dans les images qui organisent à la limite de l'umwelt
et de l'innenwelt leur structuration relationnelle. Le symptôme est ici le
signifiant d'un signifié refoulé de la conscience du sujet. Symbole écrit
sur le sable de la chair et sur le voile de Maïa - Mais c'est une parole de
plein exercice, car elle inclut le discours de l'autre dans le secret de son
chiffre.
1953 - Fonction et champ de la parole… - 161 - Le troisième paradoxe
de la relation du langage à la parole est celui du sujet qui perd son sens
dans les objectivations du discours. - Car c'est là l'aliénation la plus
profonde du sujet de la civilisation scientifique et c'est elle que nous
rencontrons d'abord quand le sujet commence à nous parler de lui - 162 - Ici
c'est un mur de langage qui s'oppose à la parole. - 163 - La ressemblance de
cette situation [terme déjà péjoratif chez Lacan] avec l'aliénation de la
folie (...) à savoir que le sujet y est parlé plutôt qu'il ne parle -
1953 - Fonction et champ de la parole… - 175 - Pour libérer la parole
du sujet, nous l'introduisons au langage de son désir, cad au langage
premier dans lequel, au-delà de ce qu'il nous dit de lui, déjà il nous parle
à son insu, et dans les symboles du symptôme tout d'abord.
1953 - Fonction et champ de la parole… - 193 - l'abstention de
l'analyste, son refus de répondre, est un élément de la réalité dans
l'analyse. Plus exactement, c'est dans cette négativité en tant qu'elle est
pure, cad détachée de tout motif particulier, que réside la jointure entre
le symbolique et le réel. - Il reste que cette abstention n'est pas soutenue
indéfiniment ; quand la question du sujet a pris forme de vraie parole, nous
la sanctionnons de notre réponse, mais aussi avons-nous montré qu'une vraie
parole contient déjà sa réponse et que seulement nous doublons de notre lai
son antenne. Qu'est-ce à dire ? Sinon que nous ne faisons rien que donner à
la parole du sujet sa ponctuation dialectique.
1953 - Discours du Congrès de Rome et réponse aux interventions -
S'il s'agissait dans celui-là [le mot] du concours de la pure matérialité du
langage avec l'effet optimum de l'acte de reconnaissance (....) (....) [la
parole, elle] apparaît avec éclat dans le "tu es ma femme" ou le "tu es mon
maître" - A quoi se voit de façon exemplaire que la parole n'est en aucun
des sujets, mais en le serment qui les fonde -
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 126 - La parole pleine est
celle qui vise, qui forme la vérité telle qu'elle s'établit dans la
reconnaissance de l'un par l'autre. La parole pleine est parole qui fait
acte. Un des sujets se trouve, après, autre qu'il n'était avant. - [Le
paradoxe c'est qu'apparemment la méthode psychanalytique] parte par une voie
strictement opposée, pour autant qu'elle donne comme consigne au sujet de
délinéer une parole aussi dénouée que possible de toute supposition de
responsabilité, et qu'elle le libère même de toute exigence d'authenticité.
Elle lui enjoint de dire tout ce qui lui passe par la tête. -289 - Toute
parole formulée comme telle introduit dans le monde le nouveau de
l'émergence du sens. Ce n'est pas qu'elle s'affirme comme vérité, mais
plutôt qu'elle introduit dans le réel la dimension de la vérité. - l'erreur
est l'incarnation habituelle de la vérité - 290 - [En règle générale]
l'Erreur se démontre telle en ce que, à un moment donné, elle aboutit à une
contradiction. - 291 - Le propre du champ psychanalytique est de supposer en
effet que le discours du sujet se développe normalement (...) dans l'ordre
de l'erreur, de la méconnaissance, voire de la dénégation - ce n'est pas
tout à fait le mensonge, c'est entre l'erreur et le mensonge. - Mais - voici
le nouveau - pendant l'analyse, dans ce discours qui se développe dans le
registre de l'erreur, quelque chose arrive par où la vérité fait irruption,
et ce n'est pas la contradiction. - 292 - Nos actes manqués sont des actes
qui réussissent, nos paroles qui achoppent sont des paroles qui avouent. -
la vérité rattrape l'erreur au collet dans la méprise. - [Le sujet] C'est
qu'il en dit toujours plus qu'il ne veut en dire, toujours plus qu'il ne
sais en dire. - 293 - [Objection possible :] Pourquoi le discours, que vous
décelez derrière le discours de la méprise ne tombe-t-il pas sous la même
objection que celui-ci ? Si c'est un discours comme l'autre, pourquoi
n'est-il pas, lui aussi, également plongé dans l'erreur ? / Toute conception
de style jungien, (...) qui fait de l'ics, sous le nom d'archétype, [mais
aussi l'ics de type philosophique] le lieu réel d'un autre discours, tombe
en effet, d'une façon catégorique, sous cette objection. [Justement, ce
n'est pas un autre discours, mais une parole.] - 294 - une parole émerge qui
dépasse le sujet discourant. - Car, observez-le bien, chaque fois qu'il y a
refoulement (...) il y a toujours interruption du discours. Le sujet dit que
le mot lui manque.
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 127 - Dans son essence, le
transfert (...) c'est tout simplement l'acte de la parole. Chaque fois qu'un
homme parle à un autre d'une façon authentique et pleine (...) - il se passe
quelque chose qui change la nature des deux êtres en présence. / Mais il
s'agit là d'un autre transfert que celui qui s'est d'abord présenté dans
l'analyse non seulement comme un problème, mais comme un obstacle. Cette
[dernière] fonction, en effet, est à situer sur le plan imaginaire.
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 254 - l'être, le verbe
même, n'existe que dans le registre de la parole. La parole introduit le
creux de l'être dans la texture du réel
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 275 - [R. P. Beirnaert,
commentant St Augustin : Interrogation d'Augustin à son fils - Qu'est-ce que
nous voulons faire, quand nous parlons ? réponse - Nous voulons enseigner ou
apprendre, suivant la position de maître ou de disciple. Saint Augustin va
essayer de montrer que, même quand on veut apprendre et qu'on interroge pour
apprendre, on enseigne encore. Pourquoi ? Parce que l'on enseigne à celui à
qui l'on s'adresse dans quelle direction l'on veut savoir. Donc, définition
générale - Tu vois donc, mon cher, que par le langage, on ne fait rien
d'autre qu'enseigner. ] C'est pourquoi toute parole est déjà, comme telle,
un enseigner. Elle n'est pas un jeu de signes, elle se situe, non pas au
niveau de l'information, mais à celui de la vérité. [vérité du désir au-delà
de la demande ?]
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 272 - la signification
d'un terme doit être définie par l'ensemble de ses emplois possibles. Cela
peut s'étendre aussi à des groupes de termes. - Mais [comme le lui a dit
Benveniste] il y a une limite, et c'est celle-ci - la phrase, elle, n'a pas
d'emploi. Il y a donc deux zones de la signification [: la parole et le
langage]
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 264 - Le grognement du
pourceau ne devient une parole que lorsque quelqu'un se pose la question de
savoir ce qu'il veut faire croire. - Et que veulent faire croire, en
grognant, les compagnons d'Ulysse transformés en pourceaux ? - qu'ils ont
encore quelque chose d'humain. - La parole est essentiellement le moyen
d'être reconnu [reconnaissance]. - Sans cette dimension, une communication
n'est que quelque chose qui transmet -
1954 - Introduction et réponse au commentaire de Jean Hyppolite... - 373
(Note 1) [analysant] Le sujet (...) commence l'analyse en parlant de lui
sans vous parler à vous, ou en parlant à vous sans parler de lui. Quand il
pourra vous parler de lui, l'analyse sera terminée.
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud - 232 - Avez-vous réfléchi
qu'une lettre, c'est justement une parole qui vole ? S'il peut y avoir une
lettre volée, c'est qu'une lettre est une feuille volante. - 233 - Dès lors
que c'est une parole - Elle a la fonction d'un certain pacte, d'une certaine
confidence - [Peu importe laquelle] - Elle est là, dissimulée dans une
espèce de présence-absence. Elle n'est là dans sa valeur propre que par
rapport à tout ce qu'elle menace, à tout ce qu'elle viole, à tout ce qu'elle
bafoue, à tout ce qu'elle met en danger ou en suspens. / C'est une vérité
qui n'est pas bonne à publier - 236 - La police croyant à la force, et du
même coup au réel, cherche la lettre. Comme ils le disent - On a cherché
partout . Et ils n'ont pas trouvé, parce qu'il s'agit d'une lettre, et
qu'une lettre [comme le sujet] est justement nulle part. - Ils l'on vue. -
Mais ils ne l'ont pas reconnue. - Vous voyez bien qu'il ne peut y avoir
quelque chose de caché que dans la dimension de la vérité. Dans le réel,
l'idée même d'une cachette est délirante - C'est la vérité qui est cachée,
ce n'est pas la lettre. -
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud… - 335 - [cf. l'apologue
des 3 prisonniers] La parole s'introduit [quand le sujet] (..) affirme tout
simplement - Je suis blanc . - Je ne vous donne pas ça comme un modèle de
raisonnement logique, mais comme un sophisme, destiné à manifester la
distinction qu'il y a entre le langage appliqué à l'imaginaire - car les
deux autres sujets sont parfaitement imaginaires pour le troisième, il les
imagine, ils sont seulement la structure réciproque en tant que telle - et
le moment symbolique du langage, cad le moment de l'affirmation. - 336 - Il
y a une troisième dimension du temps qui (..) ne leur appartient pas [aux
machines], et que j'essaie de vous imaginer par ce mouvement qui n'est ni le
retard, ni l'avance, mais la hâte, liaison propre de l'être humain au temps,
au chariot du temps, qui est là, à le talonner par derrière. C'est là que se
situe la parole, et que ne situe pas le langage [des machines], qui, lui, a
tout le temps.
1955 - Variantes de la cure-type - 351 - La parole apparaît donc
d'autant plus vraiment une parole que sa vérité est moins fondée dans ce
qu'on appelle l'adéquation à la chose : la vraie parole s'oppose ainsi
paradoxalement au discours vrai, leur vérité se distinguant par ceci que la
première constitue la reconnaissance par les sujets de leurs êtres en ce
qu'il y sont intér-essés, tandis que la seconde est constituée par la
connaissance du réel, en tant qu'il est visé par le sujet dans les objets.
Mais chacune des vérités ici distinguées s'altère à croiser l'autre dans sa
voie. - 352 - Comment (...) le discours intermédiaire, celui où le sujet,
dans son dessein de se faire reconnaître, adresse la parole à l'autre en
tenant compte de ce qu'il sait de son être comme donné, ne serait-il pas
contraint aux cheminements de la ruse ?
1955 - La Chose freudienne - 409 - [Prosopopée de la vérité:] Mais
pour que vous me trouviez où je suis, je vais vous apprendre à quel signe me
reconnaître. Hommes, écoutez, je vous en donne le secret. Moi, la vérité, je
parle. - Le discours de l'erreur, son articulation en acte, pouvait [peut]
témoigner de la vérité contre l'évidence elle-même. - 410 - je vagabonde
dans ce que vous tenez pour être le moins vrai par essence : dans le rêve,
dans le défi au sens de la pointe la plus gongorique et le nonsense du
calembour le plus grotesque, dans le hasard, et non pas dans sa loi, mais
dans sa contingence - Le commerce au long cours de la vérité ne passe plus
par la pensée : chose étrange, il semble que ce soit désormais par les
choses : rébus , c'est par vous que je communique - 413 - ça parle, et là
sans doute où l'on s'y attendait le moins, là où ça souffre. - La vérité a
dit : "Je parle". Pour que nous reconnaissions ce "je" à ce qu'il parle,
peut-être n'était-ce pas sur le "je" qu'il fallait nous jeter, mais aux
arêtes du parler que nous devions nous arrêter. "Il n'est de de parole que
de langage" nous rappelle que le langage est un ordre que des lois
constituent, desquelles nous pourrions apprendre au moins ce qu'elles
excluent. Par exemple que la langage, c'est différent de l'expression
naturelle et que ce n'est pas non plus un code ; que ça ne se confond pas
avec l'information -
1955 - La Chose freudienne - 419 - l'objectivation en matière
psychologique est soumise dans son principe à une loi de méconnaissance -
C'est-à-dire que ce n'est pas de lui [l'analysant] que vous avez à lui
parler, car il suffit à cette tâche, et ce faisant, ce n'est même pas à vous
qu'il parle : si c'est à lui que vous avez à parler, c'est littéralement
d'autre chose, c'est-à-dire d'une chose autre que ce dont il s'agit quand il
parle de lui, et qui est la chose qui vous parle, chose qui, quoi qu'il
dise, lui resterait à jamais inaccessible, si d'être une parole qui
s'adresse à vous elle ne pouvait évoquer en vous sa réponse et si, d'en
avoir entendu le message sous cette forme inversée, vous ne pouviez, à le
lui retourner, lui donner la double satisfaction de l'avoir reconnu et de
lui en faire reconnaître la vérité. [analyse]
1955/56 - Les psychoses - 48 - à l'intérieur de la notion de
communication en tant que généralisée, je spécifie ce que c'est que la
parole en tant que parler à l'autre. C'est faire parler l'autre comme tel. -
Cet autre, nous l'écrirons (...) avec un grand A. - ÷ Et pourquoi (...) ? -
Tu es ma femme (...) Tu es mon maître (...) Ce qui fait (...) la valeur
fondatrice de ces paroles, c'est que ce qui est visé dans le message, aussi
bien que ce qui est manifeste dans la feinte, c'est que l'autre est là en
tant qu'Autre absolu. Absolu, cad qu'il est reconnu [reconnaissance], mais
qu'il n'est pas connu. - [Seulement on ne doit pas ignorer que la parole] ne
parle pas seulement à l'autre, elle parle de l'autre en tant qu'objet. Et
c'est bien de cela qu'il s'agit quand un sujet vous parle de lui. - 50 -
l'objet, en tant qu'il est primitivement objet de rivalité et de
concurrence. Il n'intéresse qu'en tant qu'objet du désir de l'autre. -
[Ceci] est précisément ce qui est surmonté dans la parole, pour autant
qu'elle intéresse le tiers.
1955/56 - Les psychoses - 75 - nous pouvons, à l'intérieur même du
phénomène de la parole, intégrer les trois plans du symbolique, représenté
par le signifiant, de l'imaginaire, représenté par la signification, et du
réel, qui est le discours bel et bien tenu réellement dans sa dimension
diachronique.[RSI]
1955/56 - Les psychoses - 47 - Qu'est-ce que la parole ? - Qu'est-ce
qui distingue une parole, d'un enregistrement de langage ? - Parler, c'est
avant tout parler à d'autres ? - Pour nous, la structure de la parole (...)
c'est que le sujet reçoit son message de l'autre sous une forme inversée. -
Nous en avons deux formes exemplaires. / La première, c'est fides , la
parole qui se donne, le Tu es ma femme ou le Tu es mon maître , ce qui veut
dire (...) Cela vient de toi pour y trouver la certitude de ce que j'engage.
Cette parole est une parole qui t'engage, toi. - [La deuxième forme où] se
reconnaît la relation de sujet à sujet (...) c'est la feinte, envers de
fides . [Je vais à Cracovie... etc.] -
1955/56 - Les psychoses - 285 - Il arrive que nous prenions des
pré-psychotiques en analyse, et nous savons ce que cela donne - cela donne
des psychotiques. - Quelque fois il s'agit d'une très petite tâche de prise
de parole [qui déclanche la psychose], alors que le sujet vivait jusque-là
dans son cocon, comme une mite. [cf. Schreber, devenant président de la cour
d'appel] - 335 - ça [Ça] parle.
1955/56 - Les psychoses - 57 - [pour expliquer la pièce rapportée du
fantasme psychotique] Nous avons à notre disposition le mécanisme de la
projection. - [Mais qui ne convient pas vraiment] - Bien plutôt nous devons
dire que ce qui est rejeté (...) revient de l'extérieur . - 59 - [Ex. Je
viens de chez le charcutier [pour dire : "cochon!"]. Réponse du berger à la
bergère : Truie . Or ce n'est justement pas le même message sous sa forme
inversée, comme il est patent dans la parole, qui va de a à A . Ici c'est
son propre message, qui va de a à a' .] - 62 - Qui est-ce qui parle ?
Puisqu'il y a hallucination, c'est la réalité qui parle. [soit petit a (utre).
Car ] quand l'Autre avec un grand A parle, ce n'est pas purement et
simplement la réalité devant laquelle vous êtes, à avoir l'individu qui
articule. L'Autre est au-delà de cette réalité. - 63 - En d'autres termes,
quand une marionnette parle [ce qu'est tout individu, comme tel], ce n'est
pas elle qui parle, c'est quelqu'un derrière.- Que la parole s'exprime dans
le réel veut dire qu'elle s'exprime dans la marionnette. - Le petit a ,
c'est le monsieur qu'elle rencontre dans le couloir, et il n'y a pas de
grand A. petit a' , c'est ce qui dit Je viens de chez le charcutier Et de
qui dit-on Je viens de chez le charcutier ? De S. Petit a lui a dit Truie .
- 64 - Il n'y a que deux façons de parler ce S, de ce sujet que nous sommes
radicalement, c'est - soit de s'adresser vraiment à l'Autre, grand A, et
d'en recevoir le message qui vous concerne sous une forme inversée, - soit
d'indiquer sa direction, son existence, sous la forme de l'allusion. Si
cette femme est (...) une paranoïaque, c'est que le cycle, pour elle,
comporte une exclusion du grand Autre. Le circuit se referme sur les deux
petits autres - Elle parle tellement bien par allusion qu'elle ne sait pas
ce qu'elle en dit. - Moi la truie, je viens de chez le charcutier, je suis
déjà disjointe, corps morcelé, (...), délirante, et mon monde s'en va en
morceaux, comme moi-même. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 08/01/58 - "tu es mon
maître" - ce "TU", c'est le signifiant de l'appel à l'Autre - "tu es celui
qui me suivras" - ceci s'appelle l'invocation. - "tu es celui qui me suivra"
- cela peut vouloir dire : tu es celui qui me suivra toujours, et j'en ai ma
claque. - l'invocation (...) veut dire que je fais appel à la voix, cad à ce
qui supporte la parole - [le trait d'esprit est une évocation ou une]
provocation qui ne réussit pas au grand tour de force, au grand miracle de
l'invocation. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 16/04/58 - J'appelle ici
symptôme dans son sens le plus général, aussi bien le symptôme morbide que
le rêve - Ce que j'appelle symptôme, c'est ce qui est analysable. - Freud
(...) nous apprend (...) à ce propos que le symptôme parle dans la séance,
le Ça parle dont je vous parle tout le temps - Plus tard il a dit que les
borborygmes de ses patients venaient se faire entendre et parler dans la
séance, et avaient une signification de paroles. - dans les séances, même
les douleurs en tant qu'elles réapparaissent, qu'elles s'accentuent (...)
font partie du discours du sujet, qu'il mesure au ton, à la modulation de
ses sujets - [ceci suppose que 1) tout ce qui (non)dit est parole, 2) ces
paroles sont des symptômes car tout symptôme est parole.] [analyse]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 25/06/58 - cet Autre
comme lieu de la parole, il nous est immédiatement et effectivement donné
comme sujet, cad comme sujet qui nous pense nous-mêmes comme son autre. -
cet autre de l'autre c'est là même où s'articule le discours de
l'inconscient, ce quelque chose d'articulé qui n'est pas par nous
articulable. - C'est cela que je veux dire quand je vous dis que l'ics c'est
le discours de l'Autre. - en ce lieu de la parole nous faisons vivre un
autre capable de nous répondre. C'est bien ce pourquoi il nous est opaque,
c'est parce qu'il y a quelque chose que nous ne connaissons pas en lui, et
qui nous sépare de sa réponse à notre demande, et ce n'est pas autre
chose qui s'appelle son désir.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 205 - je voudrais bien savoir
en face de qui, en face de quoi, il était sur le Sinaï et sur l'Hreb. Mais
enfin, faute d'avoir pu soutenir l'éclat de la face de celui qui a dit Je
suis ce que je suis , nous nous contenterons de dire (...) que le buisson
ardent, c'était la Chose de Moïse -
1960 - Remarque sur le rapport de Daniel Lagache - 684 - Or sur ces
tables [de la Loi], rien n'est écrit pour qui sait lire hormis les lois de
la Parole même.
1961/62 - L'identification - 29/11/61 - Ma chienne à mon sens et sans
aucune ambiguïté, parle. Ma chienne a la parole sans aucun doute. Ceci est
important, car cela ne veut pas dire qu'elle ait totalement le langage. - Je
dis qu'elle parle, pour quoi ? Elle ne parle pas tout le temps, elle parle,
contrairement à beaucoup d'humains, uniquement dans les besoins [?] où elle
a besoin de parler. - il ne faut pas croire que tout soit centré sur le
besoin, il y a une certaine relation sans doute avec cet élément de
consommation, mais l'élément communicationnel du fait qu'elle consomme avec
les autres y est aussi présent. - [seulement] contrairement à ce qui se
passe chez l'homme en tant qu'il parle, elle ne me prend jamais pour un
autre. - Le sujet-pur-parlant comme tel, c'est la naissance même de notre
expérience, est amené (...) à vous prendre toujours pour un autre. - à vous
prendre pour un autre, le sujet vous met au niveau de l'Autre avec un grand
A. C'est justement cela qui manque à ma chienne : il n'y a pour elle que le
petit autre. - manque à ma chienne cette sorte de possibilité (...) qui
s'appelle la capacité de transfert - [et plus matériellement, manquent à la
chienne les] effets de langue : il n'y a rien qui fasse un claquement par
exemple, et encore bien moins qui fasse une occlusion ; il y a flottement,
frémissement, souffle (...) mais il n'y a pas d'occlusion. - [c'est]
justement ce qu'elle a de commun avec une activité parlante que vous
connaissez bien et qui s'appelle le chant. S'il arrive si souvent que vous
ne compreniez pas ce que jaspine la chanteuse, c'est justement parce qu'on
ne peut pas chanter les occlusives.
PASSION
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 246 - Structurellement la
perversion (...) ne peut se soutenir que dans un statut précaire qui, à
chaque instant, de l'intérieur, est contesté pour le sujet. Elle est
toujours fragile, à la merci d'un renversement, d'une subversion, qui fait
penser à ce changement de signe qu'on opère dans certaines fonctions
mathématiques - La perversion est une expérience qui permet d'approfondir ce
qu'on peut appeler au sens plein la passion humaine, pour employer le terme
spinozien, cad ce en quoi l'homme est ouvert à cette division d'avec
lui-même qui structure l'imaginaire - Elle est approfondissante, en effet,
en ceci que dans cette béance du désir humain apparaissent toutes les
nuances, s'étageant de la honte au prestige, de la bouffonnerie à
l'héroïsme, par quoi le désir humain est tout entier exposé, au sens le plus
profond du terme, au désir de l'autre.
PENSEE
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 250 - Toute discussion sur
l'origine du langage est entaché d'une irrémédiable puérilité, et même d'un
crétinisme certain. On essaie à chaque fois de faire sortir le langage de je
ne sais quel progrès de la pensée. - Mais comment, s'il n'y a pas d'abord le
symbole, qui est la structure même de la pensée humaine ? / Penser, c'est
substituer aux éléphants le mot éléphant , et au soleil un rond. - Il ne
vaut que pour autant que ce rond est mis en relation avec d'autres
formalisations - Le symbole ne vaut que s'il s'organise dans un monde de
symboles.
1964 - Les quatre concepts… - 49 - Une pensée adéquate en tant que
pensée (...) évite toujours - fût-ce pour se retrouver après en tout - la
même chose. Le réel est ici ce qui revient toujours à la même place - à
cette place où le sujet en tant qu'il cogite, où la res cogitans, ne le
rencontre pas.
1957 - L'instance de la lettre dans l'inconscient - 522 - C'est cet
abîme ouvert à la pensée qu'une pensée se fasse entendre dans l'abîme, qui a
provoqué dès l'abord la résistance à l'analyse [psychanalyse]. Et non pas
comme on le dit la promotion de la sexualité dans l'homme. Celle-ci est
l'objet qui prédomine de beaucoup dans la littérature à travers les siècles.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 253 - C'est paradoxalement
dans la seule perspective créationniste [création] que peut s'envisager
l'élimination de la notion toujours renaissante de l'intention créatrice
comme supportée par une seule personne. Dans la pensée évolutionniste, Dieu,
pour n'être nommable nulle part, est littéralement omniprésent. Une
évolution qui s'oblige à déduire d'un processus continu le mouvement
ascendant qui abouti au sommet de la conscience et de la pensée, implique
forcément que cette conscience et cette pensée étaient à l'origine. - C'est
parce qu'il en est ainsi que nous ne pouvons effectivement trouver la pensée
(...) que dans les intervalles du signifiant.
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 75 - La Vorstellun est prise
dans Freud dans son caractère radical - il lui assigne jusqu'à l'extrême le
caractère auquel les philosophes précisément n'ont pu se résoudre à la
réduire, celui d'un corps vide, d'un fantôme, d'un pâle incube de la
relation au monde, d'une jouissance exténuée qui en fait à travers
l'interrogation du philosophe le trait essentiel. Et en l'isolant dans cette
fonction, Freud l'arrache à la tradition. Et la sphère, l'ordre, la
gravitation des Vorstellungen, où les place-t-il ? - entre perception et
conscience, comme on dit entre cuir et chair. C'est entre perception et
conscience que s'insère ce qui fonctionne au niveau du principe de plaisir.
C'est-à-dire quoi ? - les processus de pensée pour autant qu'ils règlent par
le principe du plaisir l'investissement des V,, et la structure dans
laquelle l'ics s'organise, la structure dans laquelle la sous-jacence des
mécanismes ics se flocule, ce qui fait le grumeau de la représentation, à
savoir quelque chose qui a la même structure (...) que le signifiant. - ce
qui fait de la Vorstellung un élément associatif, combinatoire. - [c'est
pour cela que ces processus] ne seraient rien pour la conscience s'ils ne
pouvaient lui être apportés par l'intermédiaire d'un discours [dans le
préconscient]. - Les Wortvorstellungen instaurent un discours qui s'articule
sur les processus de la pensée [vorstellungen, métaphore et métonymie] - 78
- la réaction typique de l'organisme en tant que réglé par l'appareil
neuronique, c'est l'élidement. Les choses sont vermeidet , élidées. Le
niveau des Vorstellungsrepräsentanzen est le lieu élu de la Verdrängung
[refoulement]. Le niveau des Wortvorstellungen est celui de la Verneinung
[dénégation] . - 79 -Le Verneinen [est] la façon paradoxale par où se situe
dans le discours prononcé, énoncé, dans le discours du Bewustwerden , ce qui
est caché, verbergen , dans l'ics, la façon sous laquelle s'avoue ce qui
pour le sujet se trouve à la fois présentifié et renié.
1961/62 - L'identification - 15/11.61 - [cogito] "je pense" pris tout
court sous cette forme, n'est guère plus sustentable, pas plus supportable
que le "je mens" - le jugement qu'il comporte ne peut porter sur son propre
énoncé - les deux lignes que nous distinguons comme énonciation et énoncé
nous suffisent (...) pour nous déplacer dans la dimension exactement
opposée, mais strictement corrélative, qui est de dire : "mais non, tu ne
sais pas que tu dis la vérité" - Bien plus : "tu ne la dis si bien que dans
la mesure même où tu crois mentir et quand tu ne veux pas mentir c'est pour
mieux te garder de cette vérité. - [la vérité ne serait] qu'une égarée. -
[je pense : je mens] ou bien ceci voudra dire : "je pense que je pense", ce
qui n'est alors absolument parler de rien d'autre que le "je pense"
d'opinion ou d'imagination, le "je pense" comme vous dites quand vous dites
"je pense qu'elle m'aime" qui veut dire que les embêtements vont commencer.
A suivre Descartes, même dans le texte des Méditations, on est surpris du
nombre d'incidences sous lesquelles ce "je pense" n'est rien d'autre que
cette dimension proprement imaginaire sur laquelle aucune évidence,
soi-disant radicale, ne peut même être fondée, s'arrêter. Ou bien alors ceci
veut dire : "je suis un être pensant" - ce qui est, bien entendu, alors
bousculer à l'avance tout le procès de ce qui vise justement à faire du "je
pense" un statut sans préjugés, comme sans infatuation à mon existence. -
C'est qu'il n'a jamais été, dans la ligne philosophique qui s'est développée
à partir des investigations cartésiennes dites du cogito, qu'il n'a jamais
été qu'un seul sujet que j'épinglerai, pour terminer, sous cette forme : le
sujet supposé savoir. - 29/11/61 - [la position cartésienne] met en cause,
non point ce qu'on trouve de vrai dans le RÉEL, mais le statut du sujet en
tant qu'il est chargé de l'y amener, ce vrai dans le réel -
PERCEPTION
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 66 - En fin de compte, sans
quelque chose qui l'hallucine en tant que système de référence, aucun monde
de perception n'arrive à s'ordonner de façon valable, à se constituer de
façon humaine. Le monde de la perception nous est donné par Freud comme
dépendant de cette hallucination fondamentale [de la CHOSE ?] sans laquelle
il n'y aurait aucune attention disponible.
1964 - Le moi… - 199 - [La perception, où l'on est censé
avoir"régressé", se pose d'emblée comme imaginaire, ou narcissique, en tant
que] rapport total à un tableau donné, où l'homme se reconnait toujours
quelque part [Cf. la théorie gestaltiste revue par la théorie du
narcissisme]. - le reflet du sujet, son image spéculaire, se retrouve
toujours quelque part dans tout tableau perceptif -
PERE
1938 - Les complexes familiaux
- 65 - [œdipe] L'imago du père (...) polarise dans les deux sexes les formes
les plus parfaites de l'idéal du moi (...), l'idéal viril chez le garçon,
chez la fille l'idéal virginal. [En somme chez la fille le surmoi (mère) et
l'idéal du moi (père) ne coincideraient pas, d'où un chiasme, un conflit
entre amour et désir propre à perpétuer l'interdit : de quoi, sinon du désir
?(névrose constitutive de la fille) ; chez le garçon il est entendu que
répression et sublimation se confondent, mais cette fois l'interdit porte
sur l'amour : tu n'aimeras pas puisque tu m'aimes, fils, et pour cela tu
désireras, ou plutôt tu jouiras sur le mode pervers (perversion constitutive
du mâle)] - 66 - l'imago paternelle concentre en elle la fonction de
répression avec celle de sublimation ; mais c'est là le fait d'une
détermination sociale, celle de la famille paternaliste. - [seulement dans
le système contraire (où l'interdicteur est l'oncle maternel, par ex.), à
l'harmonie apparente on opposera non seulement] la stéréotypie qui marque
les créations de la personnalité, de l'art à la morale [mais aussi, et donc,
on constatera] combien l'élan de la sublimation est dominé par la répression
sociale, quand ces deux fonctions sont séparées. C'est au contraire parce
qu'elle est investie de la répression que l'imago paternelle en projette la
force originelle dans les sublimations mêmes qui doivent la surmonter ;
c'est de nouer en une telle antinomie le progrès de ces fonctions, que le
complexe d'œdipe tient sa fécondité. - 67 - [c'est un] fait que la lumière
de la tradition historique ne frappe en plein que les annales des
patriarcats, tandis qu'elle n'éclaire qu'en frange (...) les matriarcats -
68 - introduit dans la répression un idéal de promesse. -
1946 - Propos sur la causalité psychique - 182 - Une fonction de
puissance et de tempérance à la fois - un impératif non plus aveugle, mais
"catégorique" ,- une personne qui domine et arbitre le déchirement avide et
l'ambivalence jalouse qui fondaient les relations premières de l'enfant avec
sa mère et avec le rival fraternel, voici ce que le père représente et
semble-t-il d'autant plus qu'il est "en retrait" des premières appréhensions
affectives. - 184 - Je pense que le complexe d'Œdipe n'est pas apparu avec
l'origine de l'homme (...), mais à l'orée de l'histoire, de l'histoire
"historique", à la limite des cultures "ethnographiques". Il ne peut
évidemment apparaître que dans la forme patriarcale de l'institution
familiale - sa valeur de clôture d'un cycle psychique tient à ce qu'il
représente la situation familiale, en tant que par son institution celle-ci
marque dans le culturel le recoupement du biologique et du social.
1952/53 - L'Homme aux loups - Quand le petit d'homme ne trouve pas la
forme d'une religion, il s'en fait une : c'est la névrose obsessionnelle -
La religion traçait les voies par lesquelles on pouvait témoigner l'amour
pour le père, "sans le sentiment de culpabilité inséparable des aspirations
amoureuses individuelles" (Freud). Mais, pour l'"Homme aux loups", il
manquait une voix pleinement autorisée. Un père qui incarne le bien, le père
symbolique. - Ses relations, dans le triangle œdipien le montrent identifié
à la mère. L'objet de ses désirs est le père. - Féminisé dans l'ics, le
sujet, sur le plan du Moi, choisit avec la dernière énergie la position
justement opposée. - D'où conflit entre une impression féminisante et une
expérience du corps complet ; spéculaire - l'image de l'identification
féminine est du côté de l'image du corps morcelé, [mais refoulé] en arrière
pour le malade. Et c'est pourquoi la libido narcissique (...) doit amener
une dénégation absolue de sa teneur (...) homosexuelle : il y a prévalence
de l'image complétée (phallique) du corps. La réévocation de l'imago
morcelée du corps propue (...) l'angoisse.
1955/56 - Les psychoses - 244 - la vérité entre de façon vivante dans
la vie - par l'intermédiaire de la signification dernière de l'idée du père.
- par le biais de ce drame an-historique (...) - le meurtre du père.
1956/57 - La relation d'objet - 8 - l'hystérique est quelqu'un qui
aime par procuration - quelqu'un dont l'objet est homosexuel et qui aborde
cet objet homosexuel par identification avec quelqu'un de l'autre sexe
[puisqu'elle s'identifie au pénis imaginaire] - Dora est une hystérique
(...) : c'est que son père à elle, contrairement au père de l'homosexuelle
[qui s'identifie, elle, franchement au père imaginaire], est impuissant -
[schémas p. 104-105] - [L'Hystérique reste bloquée à ce stade où,
normalement la petite fille joue à la maman protectrice, cad mère phallique,
mère-au-pénis, avec l'enfant que lui donne le père à défaut d'autre chose.
L'H en reste là, parce qu'en l'occurrence, elle dénie l'impuissance du père.
Dénégation qui est l'effet de l'amour que, compensatoirement, la fille
éprouve pour le père d'autant plus qu'il est impuissant (rappelons-nous que
la cause de l'amour est le manque, ce que l'on ne peut donner)]
1956-57- La relation d'objet - 658 - [Le père de Hans] il est là
d'une façon qui est tout à fait brillante, il est là de la façon dont on
peut dire (...) qu'il brille par son absence . [D'où une ] cristallisation
de l'angoisse. L'ANGOISSE n'est pas la peur d'un objet, l'angoisse c'est la
confrontation du sujet à cette absence d'objet où il est happé, où il se
perd, et à quoi tout est préférable, jusqu'à y compris de forger le plus
étrange, le moins objectal des objets, celui d'une phobie. (...) peur d'une
absence . [Peur de l'absence du père : Hans le dit lui-même.] -661 - [Le
problème avec les chevaux, c'est qu'ils ne sont pas tous méchants. Hans n'a
pas peur de tous les chevaux : ils seraient même trop gentils, comme... son
père. Et si Hans doit avoir peur (va vers la phobie), c'est d'un cheval qui
se spécifie comme méchant . Ceci est littéralement une parole adressée au
père.]
1957 - D'une question préliminaire à tout traitement possible de la
psychose - 579 - ce n'est pas uniquement de la façon dont le mère s'accomode
de la personne du père, qu'il conviendrait de s'occuper, mais du cas qu'elle
fait de sa parole, disons le mot, de son autorité, autrement de la place
qu'elle réserve au Nom-du-Père dans la promotion de la loi. / Plus loin
encore la relation du père à cette loi doit-elle être considérée en
elle-même, car on y trouvera la raison de ce paradoxe, par quoi les effets
ravageants de la figure paternelle s'observent avec une particulière
fréquence dans les cas où le père a réellement la fonction de législateur ou
s'en prévaut - tous idéaux qui ne lui offrent que trop d'occasions d'être en
posture de démérite, d'insuffisance, voire de fraude, et pour tout dire
d'exclure le Nom-du-Père de sa position dans le signifiant.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 15/01/58 - y-a-t-il des
névroses sans œdipe ? - [paradoxe insoutenable si l'on pense que] c'est un
accident de l'œdipe qui provoque la névrose - [certains auteurs se sont
demandés en effet, se plaçant pour cela sur le terrain dit pré-œdipien,
s'il] n'y a pas, derrière le surmoi paternel, ce surmoi maternel encore plus
exigeant, encore plus opprimant - dans Freud, ça prend son importance (...)
[mais] à travers l'œdipe [dans une sorte de rétro-action de l'œdipe] - [Cela
dit, si une névrose sans œdipe semble difficile, un œdipe sans père (dans la
réalité) peut très bien avoir lieu. Ce qui oblige à préciser ce qu'on entend
par carence, ou absence paternelle.] - Donc, la question du père normal est
une question, la question de sa position normale dans la famille en est une
autre. [Puis il faut faire une seconde distinction entre la famille et le
complexe, soit le rôle du père essentiellement auprès de/pour la mère.] -
[Ces trois rôles sont: 1: ] Il interdit la mère, d'abord. C'est là le
fondement, le principe du complexe d'Oedipe, c'est là que le père est lié à
la loi primordiale, loi d'interdiction de l'inceste. - première expérience
du complexe d'œdipe sous la forme (...) d'une rétorsion. - [ici apparaît
évidemment la "menace" de castration. Elle apparaît] à l'intérieur du
rapport agressif en tant que cette agression part de l'enfant. Bref, la
crainte éprouvée devant le père est nettement centrifuge - [Il n'empêche que
la castration est ici] profondément liée à l'articulation symbolique de
l'interdiction de l'inceste [c'est l'objet (coupé) qui est imaginaire,
tandis que le père est bien réel] - [castration=] l'enfant reconnaît n'avoir
pas choisi [son sexe]. - [Notons bien que cette rétorsion, cette
interdiction ne porte donc pas sur l'impulsion réelle (la mère y suffirait),
et ce n'est pas pour autant encore une privation.] - [Ici il faut mentionner
les cas d'œdipe inversés, qui est d'ailleurs une dimension, celle de la
composante d'amour pour le père, présente à chaque fois car, au déclin du
complexe d'œdipe, ce qui signe même son déclin se passe] dans une
dialectique qui reste très ambiguë de l'amour et de l'identification - c'est
pour autant que le père est aimé que le sujet s'identifie à lui - L'œdipe
inversé conduit donc à l'inversion, car] ce père qui est redoutable, qui a
interdit tellement de choses mais qui est bien gentil ailleurs (...) [on
doit] se mettre à la bonne place pour avoir ses faveurs, cad se faire aimer
de lui - [2] le père frustre bel et bien l'enfant de la mère. - ici le père
intervient comme ayant droit et pas comme personnage réel, à savoir que même
s'il n'est pas là, même s'il appelle la mère au téléphone, par exemple, le
résultat est le même. C'est le père ici, en tant que symbolique, qui
intervient dans une frustration, acte imaginaire concernant là un objet bien
réel, qui est la mère, en tant que l'enfant en a besoin. [3] Puis il y a le
troisième temps qui intervient dans cette articulation du complexe d'œdipe
qui est le père [imaginaire] en tant qu'il se fait préférer à la mère [qu'il
devient objet d'amour, et c'est là] que va pouvoir s'établir
l'identification terminale [à l'idéal du moi] - [privation réelle d'un objet
symbolique par le père imaginaire] [mais l'acte d'identification, qui est
une métaphore, est plus fort - sinon l'enfant resterait à jamais châtré.] -
[l'objet de cette privation, il est clair qu'il est purement symbolique
puisque la mère ne le possède précisément pas.] - se pose pour le sujet
d'accepter, d'enregistrer, de symboliser lui-même, de rendre signifiante
cette privation dont la mère s'avère être l'objet. - ce qui revient à
l'enfant est purement et simplement la loi du père - [désormais la question
est, pour l'enfant] "être ou ne pas être", "to be or not to be" le phallus.
- le sujet est là aussi passif qu'il est actif pour la bonne raison que ce
n'est pas lui qui tire les ficelles du symbolique ; la phrase a été
commencée avant lui, (...) par ses parents (et tout dépend du rapport mutuel
de ces parents à l'égard de cette phrase commencée] - [Désormais il ne
s'agit plus d'être mais d'avoir] "en avoir ou pas" - Ce n'est pas la même
chose, il faut que quelque chose ait été franchi entre l'un et l'autre [qui
s'appelle la castration : aussi bien si l'on "en a" (car alors on ne l'est
plus) que si l'on "es a pas" (c'est alors plus facile à concevoir, pour la
fille, mais aussi plus dur à admettre.] - [Ceci dit, le père privateur, il
va falloir maintenir qu'il se montre à la hauteur de ce plan symbolique où
il nous amène, qu'on puisse compter sur lui : "en avoir", de l'autorité
comme du sexe, suppose que l'on s'en serve... bien.] - ce que le père, si je
puis dire, en tant que "supporter" de la "loi", ce que le père a promis, il
faut qu'il le tienne - [Cela consiste surtout pour lui à] donner à la mère
ce qu'elle désire - [L'enfant, lui, recueille, non pas le plein usage des
fonctions qui commençaient à s'éveiller - il va plutôt le les mettre en
sourdine -, mais plutôt] il a en poche tous les titres à s'en servir pour le
futur. La métaphore paternelle joue là un rôle qui est bien celui auquel
nous pouvions nous attendre de la part d'une métaphore : c'est d'aboutir à
l'institution de quelque chose qui est de l'ordre du signifiant qui est là
en réserve ; la signification s'en développera plus tard. - je vous fais
remarquer à cette occasion que cela veut dire qu'en tant qu'il est viril un
homme est toujours plus ou moins sa propre métaphore. C'est même ce qui met
sur le terme de virilité cette espèce d'ombre de ridicule, dont il faut
quand même faire état. - [de même] une féminité, une vraie féminité a
toujours un peu aussi une dimension d'alibi, les vraies femmes, ça a
toujours quelque chose d'un peu égaré -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 15/01/58 - [dans le
complexe d'œdipe] le père n'est pas un objet réel - le père est une
métaphore. - un signifiant substitué à un signifiant, cad au premier
signifiant introduit dans la symbolisation, le signifiant maternel. - la
mère étant déjà liée à quelque chose qui était x, cad quelque chose qui
était le signifié dans le rapport de l'enfant à la mère [cf. schéma]. -
[Dans un sens, ce signifié du désir de la mère, c'est l'enfant, mais ce
n'est pas si simple précisément parce que le signifié est flottant, il n'y a
pas un signifié pour un signifiant:] où est le signifié? qu'est-ce qu'elle
veut celle-là, je voudrais bien que ce soit moi qu'elle veuille, mais il est
bien clair qu'il n'y a pas que moi qu'elle veut, il y a autre chose qui la
travaille. - Ce signifié des allées et venues de la mère, c'est le PHALLUS.
L'enfant, avec plus ou moins d'astuce, plus ou moins de chance, peut arriver
très tôt à se faire phallus, une fois qu'il a compris. Mais la voie
imaginaire n'est pas la voie normale, c'est d'ailleurs pour cela qu'elle
entraîne ce qu'on appelle des fixations. - [Le père symbolique vient
justement métaphoriser cela.]
1957/58 - Les formation de l'inconscient - 29/01.58 - en tant
qu'interdicteur [le père](...) va apparaître. Où? dans le discours de la
mère. - C'est un message sur un message [celui qui signifie à l'enfant qu'il
est "assujet" = le phallus pour la mère]. - [Plus profondément que "tu ne
coucheras pas avec ta mère", c'est, à la mère:] "tu ne réintègreras pas ton
produit". [comme il se produit chez certains animaux] - [or il y a déjà une
triplicité implicite] dans le rapport de l'enfant à la mère, puisque ce
n'est pas elle qu'il désire, mais son désir [il désire être désiré par elle,
et c'est là que son propre désir s'ouvre à ce que le désir de la mère soit
beaucoup plus ambigü, ouvert sur le père. Et alors là il peut devenir autre
chose.]
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 171 - [Freud] Formellement,
il fait intervenir le recours à la puissance paternelle comme une
sublimation. - Il souligne [malgré la contradiction apparente] (...) que
cette sublimation surgit à une date historique, sur le fond de
l'appréhension visible, sensible, que celle qui engendre, c'est la mère. Il
y a, nous dit-il, un véritable progrès dans la spiritualité à affirmer la
fonction du père, à savoir celui dont on n'est jamais sûr. - cette
sublimation, nous ne pouvons la motiver historiquement, sinon par le mythe
auquel il revient. - [cf. totem et tabou, la mort du père]
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 356 - le père est celui qui
nous a reconnu. - Quant au père qu'Œdipe a connu, lui, ce n'est, très
précisément, comme le mythe de Freud l'indique, que le père une fois mort.
Aussi est-ce là (...) qu'est la fonction du père. La seule fonction du père,
(...) c'est d'être un mythe, toujours et uniquement le Nom-du-Père, cad rien
d'autre que le père mort -
1959/60 - L'éthique de la psychanalyse - 354 - Alors, si nous
incorporons le père pour être si méchant avec nous-mêmes, c'est peut-être
que nous avons, à ce père, beaucoup de reproches à lui faire. - 355 - Le
père réel, nous dit Freud, est castrateur. En quoi ? Pour sa présence de
père réel, comme effectivement besognant le personnage vis-à-vis de quoi
l'enfant est en rivalité avec lui, la mère. - [Mais le privateur, c'est] le
père imaginaire, le père qui l'a, lui le gosse, si mal foutu. - N'est-ce pas
autour de l'expérience de la privation que fait le petit enfant (...) que se
fomente et se forge le deuil du père imaginaire ? - c'est-à-dire d'un père
qui serait vraiment quelqu'un. - Ce père imaginaire, c'est lui, et non le
père réel, qui est le fondement de l'image providentielle de Dieu. Et la
fonction du surmoi, à son dernier terme, (...) est haine de Dieu, reproche à
Dieu d'avoir si mal fait les choses. - 356 - Ce dont il s'agit, c'est de ce
tournant où le sujet s'aperçoit tout simplement, chacun le sait, que son
père est un idiot, ou un voleur selon les cas, ou simplement un pauvre type,
ou ordinairement un croulant, comme dans le cas de Freud.
1960 - Subversion du sujet et dialectique du désir - 824 - En fait
l'image du Père idéal est un fantasme de névrosé. Au-delà de la Mère, Autre
réel de la demande dont on voudrait qu'elle calme le désir (c'est-à-dire son
désir), se profile l'image d'un père qui fermerait les yeux sur les désirs.
Par quoi est plus marquée encore que révélée la vraie fonction du Père qui
foncièrement est d'unir (et non pas d'opposer) un désir à la Loi. -
1960/61 - Le transfert - 344 - Le père est venu au début de la pensée
analytique sous une forme dont la comédie est bien faite pour nous faire
ressortir tous les traits scandaleux - sa consubstantialité avec la mise en
valeur, la mise en œuvre, de la dimension du désir. - 345 - l'objet de son
manque, au désir - puisque le désir est manque -, est (...) identique à
l'instrument même du désir, le phallus. - cad cet instrument en tant qu'il
est porté à la fonction du signifiant. - Quelle est-elle, cette place
[symbolique] ? Eh bien, elle est justement la place du point mort occupé par
le père en tant que déjà mort. Je veux dire que, du seul fait que le père
est celui qui articule la loi, la voix ne peut que défaillir derrière. Aussi
bien, ou bien il fait défaut comme présence, ou bien, comme présence, il
n'est que trop là. - 346 - L'explosion au bout de quoi se réalise la
configuration du désir se décompose en trois temps, et vous pouvez le voir
marqué dans les générations. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas besoin,
pour situer la configuration du désir chez un sujet, de remonter dans une
récurrence à perpète jusqu'au père Adam. Trois générations suffisent.
1962/63 - L'angoisse - 03/07/63 - le père, dans la manifestation de
son désir sait, lui, à quel (a) ce désir se réfère. Le père n'est pas causa
sui selon le mythe religieux mais sujet qui a été assez loin dans la
réalisation de son désir, pour le réintégrer à sa cause quelle qu'elle soit,
à ce qu'il y a d'irréductible dans cette fonction du (a). - il n'est aucun
sujet humain qui n'ait à se poser comme un objet et un objet fini auquel
sont appendus des désirs finis.
PERSONNALITE
1932 - Thèse - 13-14 - en l'absence de toute lésion organique (...)
il existe des troubles mentaux qui, rapportés, selon les doctrines, à
l'"affectivité", au "jugement", à la "conduite", sont tous des troubles
spécifiques de la synthèse psychique. C'est pourquoi, sans une conception
suffisante du jeu de cette synthèse, la psychose restera toujours une énigme
- Cette synthèse, nous l'appelons personnalité , et nous tentons de définir
objectivement les phénomènes qui lui sont propres, en nous fondant sur leur
sens humain . - relations de compréhension, où s'exprime la commune mesure
des conduites humaines. Le déterminisme de ces phénomènes, loin de s'y
évanouir, y apparaît renforcé. - [C'est un problème de faits, ou mieux] de
topique causale . - 32 - [1] La personnalité est d'abord le fait d'une
expérience psychologique naïve. A chacun de nous elle apparaît comme étant
l'élément de synthèse de notre expérience intérieure. Elle n'affirme pas
seulement notre unité, mais encore elle la réalise. - [2] La P n'est pas
seulement un constat ; [elle se rapporte] à une réalité intentionnelle. - la
personnalité se résout en imagination sur nous-mêmes, en "idéaux" plus ou
moins vains - [3] dans la mesure où cet écart [entre l'idéal et la réalité]
se réduit, il est le fondement de notre continuité dans le temps : la
personnalité est alors la garantie qui assure au-dessus des variations
affectives, les constances sentimentales, au-dessus des changements de
situation, l'accomplissement des promesses. C'est le fondement de notre
responsabilité - 33 - Synthèse, intentionnalité, responsabilité, tels sont
les trois attributs que reconnaît à la personnalité la croyance commune. -
37 - [1] les évènements [y] ont une influence déterminante. Mais c'est une
influence ordonnée : ce progrès est un développement , c'est-à-dire qu'il
repose sur des structures réactionnelles typiques (...) compréhensibles
(...) [qui ont] pour nous un sens- 39 - Ces relations de compréhension ont
une valeur objective certaine [sans elles la schizophrénie n'aurait pu être
définie avec sa caractéristique principale : la discordance] - [2] [Côté
intentionnalité, si] l'on ne peut déduire l'existence objective de l'acte
volontaire (... - ...) il reste à expliquer l'existence phénoménologique de
ces fonctions intentionnelles : à savoir, par exemple, que le sujet dise
"je", croie agir, promette et affirme. - [3] 41 - Pour la notion de
responsabilité personnelle (...) cherchons-la dans les acceptions communes
du langage. Qu'entend-on d'un individu qui, dit-on, "a une personnalité"? -
C'est l'œuvre de chaque jour et la partie la plus précieuse de l'expérience
des hommes que d'apprendre à distinguer, sous les promesses qu'ils
formulent, les promesses qu'ils tiendront. - Toute manifestation humaine,
pour que nous la rapportions à la personnalité, devra donc impliquer : [1)
un développement biographique, 2) une conception de soi-même, 3) une
certaine tension des relations sociales] - 44 - Cette [triple] organisation
donne son sens à ce qu'on peut appeler la psychogénie d'un symptôme. [qui
est triple, elle aussi, donc] - [46 - Lacan parle de "causalité
psychogénique"]
1932 - Thèse - 56 - Quelque soit (...) le rapport du délire à la
personnalité, il est remarquable de voir qu'il en conserve l'économie
générale. - [Parallèle fait entre les trois traits essentiels de la psychose
chez Kraepelin (évolution insidieuse, délire de grandeur, délire de
persécution) et "la triple fonction structurale qu'a dégagée notre analyse
de la personnalité sous les trois chefs 1) d'un développement, 2) d'une
conception de soi-même, 3) d'une certaine tension des relations sociales".]
1932 - Thèse - 267 - Nous pensons que toute observation féconde doit
s'imposer la tâche de monographies psychopathologiques aussi complètes que
possible - [généraliser les "CAS" sous le titre des "prototypes" - insister
sur l'histoire vécue du sujet]
1932 - Thèse - 337 - la personnalité n'est pas "parallèle" aux
processus névraxiques, ni même au seul ensemble des processus somatiques de
l'individu : elle l'est à la totalité constituée par l'individu et par son
milieu propre [société]. - La connaissance vraie s'y définit (...) par une
objectivité dont le critère de l'assentiment social, propre à chaque groupe,
n'est du reste pas absent. [Le délire se définit au contraire par son
incompatibilité avec de tels critères]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 25/06/58 - [la névrose]
est non seulement faite de symptômes décomposables dans ses éléments
signifiants, dans les effets de signifié de ce signifiant (...) mais toute
sa personnalité [du sujet] (...) porte la marque de ses rapports structuraux
- [Plus que la personnalité au sens du caractère:] - "une geste" au sens où
on l'emploie dans la chanson de geste, la geste de Roland, cad la somme de
son histoire.
PERVERSION
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 239 - Il n'y a pas une
seule forme de manifestation perverse dont la structure même (...) ne se
soutienne de la relation intersubjective [exit la notion de frustration]. -
240 - Une chose est certaine - la relation sadique ne se soutient que pour
autant que l'autre est juste à la limite où il reste encore un sujet. S'il
n'est plus rien qu'une chair qui réagit, forme de mollusque dont on titille
les bords et qui palpite, il n'y a plus de relation sadique. - Vous savez
combien la plus grande part de la somme clinique que nous connaissons comme
perversions reste sur le plan d'une exécution seulement ludique. Nous
n'avons pas ici affaire à des sujets soumis à un besoin. - 242 - il nous
faut partir d'une intersubjectivité radicale - C'est rétrospectivement (...)
à partir de l'expérience adulte que nous devons aborder les expériences
originelles supposées [pré-génitales par exemple], en étageant les
dégradations - 243 - [Ex.] Ce n'est pas seulement que je vois l'autre, je le
vois me voir, ce qui implique le troisième terme, à savoir qu'il sait que je
le vois. - La perversion est en somme l'exploration privilégiée d'une
possibilité existentielle [cf. Sartre et sa description du regard] de la
nature humaine - son déchirement interne, sa béance, par où a pu entrer le
monde supra-naturel du symbolique.
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - 246 - Structurellement la
perversion (...) ne peut se soutenir que dans un statut précaire qui, à
chaque instant, de l'intérieur, est contesté pour le sujet. Elle est
toujours fragile, à la merci d'un renversement, d'une subversion, qui fait
penser à ce changement de signe qu'on opère dans certaines fonctions
mathématiques - La perversion est une expérience qui permet d'approfondir ce
qu'on peut appeler au sens plein la passion humaine, pour employer le terme
spinozien, cad ce en quoi l'homme est ouvert à cette division d'avec
lui-même qui structure l'imaginaire - Elle est approfondissante, en effet,
en ceci que dans cette béance du désir humain apparaissent toutes les
nuances, s'étageant de la honte au prestige, de la bouffonnerie à
l'héroïsme, par quoi le désir humain est tout entier exposé, au sens le plus
profond du terme, au désir de l'autre.
1953/54 - Les écrits techniques de Freud - le sujet s'épuise à
poursuivre le désir de l'autre, qu'il ne pourra jamais saisir comme son
désir propre, parce que son désir propre est le désir de l'autre. C'est
lui-même qu'il poursuit. - 247 - La relation intersubjective qui sous-tend
le désir pervers ne se soutient que de l'anéantissement, ou bien du désir de
l'autre, ou bien du désir du sujet. - cette relation dissout l'être du
sujet. L'autre sujet se résoud à n'être qu'un instrument du premier, qui
reste donc le seul sujet comme tel, mais celui-ci même se réduit à n'être
qu'une idole offerte au désir de l'autre. / Le désir pervers se supporte de
l'idéal d'un objet inanimé. Mais il ne peut pas se contenter de la
réalisation de cet idéal. Dès qu'il le réalise, au moment même où il le
rejoint, il perd son objet. - soit le désir s'éteint, soit l'objet
disparaît.
1956/57 - La relation d'objet (résumé Par Pontalis) - La jeune fille
[homosexuelle] démontrait (...) par le style de son amour envers la dame,
qu'on peut aimer quelqu'un pour ce qu'il n'a pas. Elle faisait entendre
quelque chose en parlant de quelque chose d'autre, ce qui définit la
métonymie. - Dans le cas Dora (...) Mme K. est la métaphore de Dora, car
Dora ne sait où se situer - Sous tous ses symptômes, court la question:
qu'est-ce qu'être une femme ? - On oppose souvent névrose et perversion en
ceci que ce qui est caché dans l'ics quant il s'agit de névrose serait à
ciel ouvert dans la perversion. Ce n'est pas cela. [puisque l'objet
métonymique dans la perversion n'est pas davantage le "bon" ; lequel est
absent, le vide de "ce qu'elle n'a pas"]
1957 - Dialogue avec les philosophes français - 10 - A la différence
du pervers, étreignant le lambeau que la parole lui a permis d'arracher au
voile de Maïa, pour en faire l'objet de sa satisfaction, le névrosé est la
question articulée sur l'au-delà du voile.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 27/11/57 - la chaîne
métonymique (...) est l'essence de toute espèce de déplacement fétichiste du
désir, autrement dit de fixation du désir quelque part avant, après ou à
côté, de toutes façons à la porte de son objet naturel -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 16/04/58 - [C'est
seulement dans le rêve que Freud nous parle de satisfaction du désir.] - ce
caractère qui est inhérent au désir en tant que désir pervers, qui est
d'être une sorte de désir au second degré de jouissance du désir en tant que
désir [cad non pas satisfaction du désir, mais jouissance au désir]
1958 - La direction de la cure... - 610 - distinguer l'objet phobique
en tant que signifiant à tout faire pour suppléer au manque de l'Autre, et
le fétiche fondamental de toute perversion en tant qu'objet aperçu dans la
coupure du signifiant.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 03/06/59 - C'est là
d'ailleurs la nécessité du lieu public : c'est qu'on soit bien sûr qu'on
soit dans le cadre du symbolique. [exhibitionnisme]. - il arrive que les
petites filles, surtout si elles sont plusieurs, s'amusent beaucoup pendant
ce temps là. Cela fait même partie du plaisir de l'exhibitionniste. C'est
une variante. Le désir de l'autre est donc là comme élément essentiel en
tant qu'il est surpris, qu'il est intéressé au-delà de la pudeur, qu'il est
à l'occasion complice. - [L'exh.] ce qu'il montre est plus ou moins glorieux
; mais ce qu'il montre est une redondance qui cache, plutôt qu'elle ne
dévoile ce dont il s'agit. - [ce dont il s'agit] est essentiellement
constitué par ceci que j'ai souligné de l'aperçu dans l'inaperçu, que j'ai
appelé tout crûment un pantalon qui s'ouvre et se ferme, et pour tout dire
ce que nous pouvons appeler la fente dans le désir. - Et il n'y a pas
d'érection si réussie qu'on la suppose, qui supplée à ce qui est l'élément
essentiel dans la structure de la situation, à savoir cette fente comme
telle [fentasme !]. C'est là aussi où le sujet comme tel se désigne. -
[voyeurisme] pour le voyeur cette fente se trouve être un élément de la
structure absolument indispensable. - l'important est que ce qui est vu soit
intéressé dans l'affaire. Ceci fait partie du fantasme. - quelque chose dans
l'objet s'y prête à cette fonction de spectacle (...), y est ouvert, (...)
participe en puissance [involontairement] à cette dimension de
l'indiscrétion - La créature surprise sera d'autant plus érotisable
dirai-je, que quelque chose dans ses gestes peut nous la révéler comme
s'offrant à ce que j'appellerai les hôtes invisibles de l'air. [!!] - dans
les deux cas, le sujet se réduit lui-même à l'artifice de la fente comme
tel. - en tant qu'il est dans le fantasme il est la fente. - quelque chose
dans le réel à la fois trou et éclair - il ne réalise pas la
fonction de la coupure qui l'abolit dans un
automatisme clandestin - Il ne connaît lui que cette manœuvre d'animal
honteux, cette manoeuvre oblique (...) qui l'expose aux horizons. Pourtant
cette fente, (...) volet ou télescope, ou n'importe quel écran, cette fente
c'est là ce qui le fait entrer dans le désir de l'autre. - ici le "a" est
[véritablement, par delà les objets partiels] le désir de l'autre - [si la
névrose est désir , mais suspendu comme tel, du désir de l'autre, la
perversion est jouissance (arrêtée comme telle) au désir de l'autre ?] - La
solution perverse à ce problème de la situation du sujet dans le fantasme
est justement celle-ci : c'est de viser le désir de l'autre et de croire y
voir un objet.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 17/06/59 - s'il y a moins
de perversion chez les femmes que chez les hommes, c'est qu'elles satisfont
en général leur ardeur perverse avec leurs enfants
1958/59 - Le désir et son interprétation - 24/06/59 - Pour le pervers
[a lieu] la conjonction, (...) qui unit en un seul terme le il l'est et il
l'a. Il suffit pour cela que cet il l'a soit en l'occasion un elle l'a,
c'est-à-dire l'objet de l'identification primitive [la mère]. - Il est le
phallus, en tant qu'objet interne de la mère, et il l'a dans son objet de
désir.
1962/63 - L'angoisse - 16/01/63 - ce qui caractérise le désir sadique
est proprement qu'il ne sait pas que dans l'accomplissement de son acte, de
son rite (...), ce qu'il cherche, c'est (...) à se réaliser lui-même comme
pur objet, fétiche noir. - Toute différente est (...) la position du
masochiste pour qui cette incarnation de lui-même comme objet est le but
déclaré - ce que le masochiste entend faire apparaître (...) c'est quelque
chose où le désir de l'Autre fait la loi.
1962/63 - L'angoisse - 27/02/63 - [le désir pervers] est en fait bel
et bien le support d'une loi. S'il y a quelque chose que nous savons
maintenant du pervers, c'est que ce qui apparaît du dehors comme
satisfaction sans frein est défense, est bel et bien mise en jeu, en
exercice d'une loi en tant qu'elle freine, qu'elle suspend, qu'elle arrête
précisément sur ce chemin de la jouissance. La volonté de jouissance chez le
pervers comme chez tout autre, est volonté qui échoue, qui rencontre sa
propre limite, son propre freinage, dans l'exercice même comme tel du désir
pervers. Pour tout dire, le pervers (...) ne sait pas au service de quelle
jouissance s'exerce son activité. Ce n'est en tous les cas pas au service de
la sienne.
1964 - Les quatre concepts… - 168 - [La structure de la perversion]
C'est à proprement parler un effet du fantasme. c'est le sujet qui se
détermine lui-même comme objet, dans sa rencontre avec la division de la
subjectivité.
1964 - Les quatre concepts… - 165 - Je souligne que la pulsion n'est
pas la perversion. [pour la pulsion, Freud] veut nous donner une structure
radicale dans laquelle le sujet n'est point encore placé. Au contraire, ce
qui définit la perversion, c'est justement la façon dont le sujet s'y place.
- 166 - Qu'est-ce qui se passe dans le voyeurisme ? où est le sujet, où est
l'objet ? - le sujet n'est pas là en tant qu'il s'agit de voir (...), il ne
se situe qu'à l'aboutissement de la boucle. Quant à l'objet (...) la boucle
tourne autour de lui - L'objet est ici regard - regard qui est le sujet, qui
l'attend [puisque le sujet pervers se positionne en objet] - C'est que
l'autre le surprend, lui, le sujet, comme tout entier regard caché. - Le
regard est cet objet perdu, et soudain retrouvé, dans la conflagration de la
honte, par l'introduction de l'autre. - qu'est-ce que le sujet cherche à
voir ? - c'est l'objet en tant qu'absence. - ce n'est pas, comme on dit, le
phallus - mais justement son absence - Ce qu'on regarde, c'est ce qui ne
peut pas se voir. Si, grâce à l'introduction de l'autre, la structure de la
pulsion apparaît, elle ne se complète vraiment que dans sa forme renversée,
dans sa forme de retour, qui est la vraie pulsion active [= subjective] - au
départ de la pulsion sado-masochiste, le douleur n'est pour rien - il s'agit
d'une violence faite (...) à des fins de maîtrise, à lui-même. - 167 -
[Quand alors seulement voyons nous s'introduire la possibilité de la douleur
?] - au moment où la boucle s'est refermée, où c'est d'un pôle à l'autre
qu'il y a eu réversion, où l'autre est entré en jeu, où le sujet s'est pris
pour terme, terminus de la pulsion. A ce moment là, la douleur entre en jeu
en tant que le sujet l'éprouve de l'autre [sinon elle n'a aucun intérêt !] -
Ce dont il s'agit [par l'autre] dans la pulsion se révèle enfin ici - le
chemin de la pulsion est la seule forme de transgression qui soit permise au
sujet par rapport au principe du plaisir. - C'est pour autant que la pulsion
témoigne du forçage du principe du plaisir qu'il nous est témoigné
qu'au-delà du Real-Ich, une autre réalité intervient - Que le sujet n'ait de
rapport constructif avec ce réel que dans la dépendance étroite du principe
du plaisir, du principe du plaisir non forcé par la pulsion, c'est là (...)
le point d'émergence de l'objet d'amour - Toute la question est de savoir
(...) sur quelles équivoques repose la possibilité pour l'objet d'amour de
devenir objet de désir.
PHALLUS
1954/55 - Le moi dans la théorie de Freud... - 315 - Ce n'est
d'ailleurs pas le pénis, mais le phallus, cad quelque chose dont l'usage
symbolique est possible parce qu'il se voit, qu'il est érigé. De ce qui ne
se voit pas, de ce qui est caché, il n'y a pas d'usage symbolique
[imaginaire ?] possible.
1956/57 - La relation d'objet - la frustration de l'amour
[absence/présence de la mère] et la frustration de la jouissance sont deux
choses, parce que la F de l'amour est en elle-même grosse de toutes les
relations intersubjectives - ce n'est pas la frustration de la jouissance
qui engendre la réalité - aucune espèce de constitution d'objet quel qu'il
soit - ce n'est pas simplement parce que l'enfant est privé du sein de la
mère qu'il en fomente l'image fondamentale, ni non plus aucune espèce
d'image, il est nécessaire que cette image en elle-même soit prise comme une
dimension originale, cette pointe du sein qui est absolument essentielle,
c'est à lui [elle] que se substituera et se superposera le phallus. - ce qui
succède à la frustration de l'objet de jouissance chez l'enfant, c'est
quelque chose qui se maintient dans le sujet à l'état de relation imaginaire
[cad que toutes les images sont référées à une image fondamentale, qui
rapport avec l'image du corps]
1956/57 - La relation d'objet - S'il est important que l'enfant en
tant que réel pour la mère prenne pour elle la fonction symbolique de son
besoin imaginaire, les trois termes y sont, et toutes sortes de variétés
vont là pouvoir s'introduire. (...) Autrement dit à quel moment l'enfant
peut entrer, assumer d'une façon nous verrons plus ou moins symbolisée, la
situation imaginaire, réelle à ce qu'est le phallus pour la mère? (...)
cette image phallique, l'enfant la réalise sur lui-même [et non pour
lui-même], c'est là qu'intervient à proprement parler la relation
narcissique. [La mère apparaît comme désirante, non de l'enfant pour
lui-même, mais de l'enfant-phallus, cad désirante tout court ; on voit ce
que ça implique pour l'enfant, cette entaille dans la puissance maternelle
qui se creuse depuis son propre narcissisme, pour son propre désir.] [Pour y
voir clair, il faut rajouter au schéma mère-enfant-phallus la place du père
: voir schéma p.43] (4)
1956/57 - La relation d'objet - 451 - [Si Hans est si excité par
cette idée de faire des enfants un peu partout, c'est parce que si sa mère
est comme lui, si elle a le pénis, il n'y a pas de raison pour que lui ne
puisse pas enfanter.] C'est (...) le jeu de leurre avec la mère qu'il
prolonge [par cette identification à la mère.] - 512 - il lui faut [Hans]
que sa mère ait un phallus, ce qui ne veut pas dire (...) quelque chose de
réel, à tout instant au contraire éclate dans son propos l'ambiguïté que
fait apparaître ce rapport dans une perspective de jeu imaginaire]
1956/57 - La relation d'objet - (7) - le P se trouve cet élément
imaginaire (...) par lequel le sujet au niveau génital est introduit dans la
symbolique du don. - Pour l'enfant femelle c'est trés précisément en tant
qu'elle ne le possède pas (...), cad c'est en tant qu'elle phallicise la
situation, cad qu'il s'agit d'avoir ou de n'avoir pas le P, qu'elle entre
dans le complexe d'oedipe [alors que pour le garçon, c'est par là qu'il en
sort, cad] qu'il faudra effectivement qu'il fasse don de ce qu'il a -
1956/57 - La relation d'objet - Freud pose (...) que la première
maturité du stade à proprement parler génital qui se produit avant le
développement complet de d'oedipe, est la phase dite phallique (...) [cad]
qu'il y a une seule représentation imaginaire primitive de l'état et du
stade génital, c'est le phallus en tant que tel (...) l'image érigée du
phallus (...), il n'y a pas d'autre choix qu'une image virile ou la
castration.
1956/57 - La relation d'objet - - 576 - [Ce qui perturbe l'ordre
imaginaire, qui survient dans le réel et cherche à se symboliser, n'est rien
moins que le plus imprévisible pour l'enfant à sa propre croissance, et par
dessus tout le phénomène de la turgescence . Il n'est décidément plus
seulement le phallus de sa mère. Pour Hans c'est parce que cette
symbolisation est pour lui, vu les circonstances (carence du père),
particulièrement difficile que survient la phobie.]
1956/57 - La relation d'objet - 441 - l'enfant éprouve le phallus
comme étant le centre du désir de la mère et (...) il se situe lui-même
(...) comme étant ce quelque chose qui lui offre le phallus en lui-même.
-448 - [Hans] il est mis à ce point de rencontre de la pulsion réelle et de
ce jeu de leurre imaginaire phallique, et ceci par rapport à sa mère (...).
Il se trouve dans ce désarroi de ne plus suffire. A ce moment là la
régression se produit [béance , première manifestation de la phobie :
angoisse d'être "dévoré par la mère", cf. le cheval qui mord] - 476 - [Hans
fait un rêve où il se voit "tout seul" avec la petite Marilla, donc,
traduisons, avec sa mère sans sa petite soeur. Mais, en fait, dit Lacan, au
point où en est le petit Hans, il n'est plus seul avec la mère : il y a lui,
la mère, et ce qu'il représente pour la mère, soit le phallus. Il y va, ici,
quant à la place substitutive de l'enfant par rapport à la mère, de la
métonymie : l'enfant est la métonymie de son désir du phallus. Ce n'est pas
la même chose quand, pour une mère, l'enfant est la métaphore de son amour
pour le père.] - 480 - [Métaphore ça voudrait dire que la mère prend "ce
petit bout de machin que l'enfant lui sort" pour l'objet de son désir. Or
justement la mère de Hans n'y touche pas : ] Ca n'est pas en tant que
phallophore qu'il est métonymique, c'est en tant que totalité [c'est
"lui-même"]. - 482 - C'est là justement que s'établit le drame. [C'est parce
que c'est lui tout entier qui est en cause, que] la différence commence trés
sérieusement à apparaître au moment où entre en jeu le vivimacher réel, il
devient pour lui un objet de satisfaction. C'est à ce moment là que commence
à se produire ce qu'on appelle l'angoisse (...), toute la différence qu'il y
a entre ce pour quoi on est aimé, et ce qu'on peut donner.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 29/01.58 - Vous avez
donc, dans un premier temps la relation de l'enfant, non pas comme on le dit
à la mère, mais au désir de la mère, désir de désir. [Désir du désir de la
mère en tant que c'est l'enfant-phallus qui en est l'objet] - il est le
phallus : le phallus en tant que désiré par la mère - C'est un objet
métonymique - [Pour l'enfant, sa satisfaction est liée au fait de tenir
cette place du phallus, puisque son objet métonymique à lui n'est pas encore
constitué. - Pour autant que l'enfant assume le désir de la mère, on dira
qu'il lui est] assujet. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 12/03/58 - il y a un
point, quelque chose qui doit marquer que mon désir doit être signifié, pour
autant qu'il passe nécessairement par une demande que je signifie sur le
plan symbolique. Il y a en d'autres termes, l'exigence d'un symbole général
de cette marge qui me sépare toujours de mon désir, qui fait mon désir être
toujours marqué de cette altération par l'entrée dans le signifiant. - le
sujet dans son pouvoir de sujet doit tenir ce pouvoir d'un signe [car seul
le signe est symbole du manque, du manque de la chose], et que ce signe il
ne l'obtient qu'à se mutiler de quelque chose
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 26/03/58 - le sens de
cette crainte de la castration - [correspond à] un désir du sujet, celui de
son intégrité physique - crainte narcissique - nous trouvons
[corrélativement] la crainte de l'organe féminin (...) modèle de la
disparition de cet organe. - [Chez M. Klein, l'angoisse de l'enfant est de
retrouver au fond du vagin, ingurgité, le pénis paternel] - Mais là pour que
le dernier pas soit franchi, il faut en somme que l'organe paternel à
l'intérieur du sexe maternel, soit constitué comme menaçant - [dans toutes
ces théories on voit] le complexe de castration s'isolant en somme, se
réduisant à l'isolement d'une pulsion agressive primordiale partielle - [Un
indice déjà est le fait que] Ce n'est pas une castration s'adressant aux
organes génitaux dans leur ensemble, c'est bien pour cela d'ailleurs que
chez la femme elle ne prend pas l'aspect d'une menace contre les organes
génitaux féminins, en tant que tels, mais en tant qu'autre chose, justement
en tant que le phallus [les seins aussi, par ex.?] - [Chez l'homme
également, doit-on y "inclure" les testicules, etc.?] c'est quelque chose
qui a un certain rapport avec les organes, mais un certains rapport dont le
caractère justement signifiant déjà dès l'origine ne fait pas de doute, et
c'est le caractère signifiant qui domine.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 19/03/58 - il y a
toujours quelque chose qui impliquera ce facteur commun à l'incidence du
signifiant dans le désir, à ce qui le signifie, à ce qui en fait
nécessairement un désir signifié. Ce facteur commun, c'est précisément le
phallus. - ce facteur commun métonymique - ce qui se passe au niveau de
l'idéal du Moi consiste essentiellement à l'avoir au minimum, ce facteur
commun - L'idéal du Moi se constitue dans ce rapport avec le père, il
implique toujours le phallus. -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 26/03/58 - [commentaire
de la formule dite "delta", de la page 130] - le phallus est ce signifiant
[marqué alors S(A barré) où S = signifiant, A barré = manque dans l'Autre]
qui introduit dans A quelque chose de nouveau, et qui ne l'introduit que
dans A, et au niveau de A -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 23/04/58 - [C'est pour
autant que le phallus se trouve situé en A, comme sa barre, que] la
castration s'introduit. Ce n'est jamais (...) par la voie d'une interdiction
sur la masturbation par exemple. [C'est originellement l'Autre qui est
castré, avant qu'il ne cherche à castrer] - [pour la fille] c'est d'abord
sous la forme d'un reproche à la mère que ce qui est perçu dans la mère
comme castration est donc aussi comme castration pour elle. - Et c'est parce
que le père ne vient ici qu'en position de remplacement [avec un pénis
symbolique, donc] pour ce dont elle se trouve d'abord frustrée, qu'elle
passe au plan de la privation. - pour tout ce qui est dans la ligne de son
désir, elle se trouve liée à la nécessité impliquée par la fonction du
phallos (...), d'être ce phallos en tant qu'il est le signe même de ce qui
est désiré - puisqu'en fin de compte tout ce qu'elle montre de sa féminité
est précisément lié à cette identification profonde [au phallus] - Ne croyez
pas que pour l'homme la situation soit meilleure. Elle est même plus
comique. Le phallos, lui, il l'a, le malheureux - [le voilà donc sommé de
donner] ce qu'il n'a pas, à un être qui n'a pas ce qu'il n'a pas -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 14/05/58 - Le phallus est
donc bien ce signifiant particulier qui est dans le corps des signifiants,
qui est spécialisé à désigner comme tel l'ensemble des effets du signifiant
sur le signifié -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 07/05/58 - Un signifiant.
Cela ne suffit pas de dire qu'il est un signifiant. Lequel ? Il est un
signifiant, il est le signifiant du désir - si le phallus n'est pas l'objet
du désir, mais le signifiant du désir, toute cette ambiguïté va résider dans
ce dilemme, c'est à savoir que ce signifiant, le sujet peut l'avoir ou qu'il
peut l'être.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 07/05/58 - s'il faut que
ce que l'on n'est pas [le phallus] soit ce qu'on est [dans l'hystérie], il
reste à ne pas être [à (ne pas) être sans l'avoir] ce que l'on est
[vraiment], c'est-à-dire ce que l'on est à le repousser dans le paraître, ce
qui est très exactement ce qui est la position de la femme dans l'hystérie.
En tant que femme elle se fait masque, elle se fait masque précisément pour
derrière ce masque, être le phallus -
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 04/06/58 - le phallus est
le signifiant de ce qui est frappé par l'action du signifiant, de ce qui est
sujet à castration.
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 12/02/58 - [Première
phase où le sujet réel] est confronté avec la place imaginaire où se situe
le désir de la mère, et cette place est occupée [par lui]. - Seulement, si
nous nous arrêtons d'abord là, cela a chez nous exactement le même effet
dans notre pensée que ça en a pour le sujet dans sa névrose - C'est pour
cela que cette relation au frère ou à la petite
sœur [dans le fantasme "on tue un enfant"], au
rival quelconque, prend sa valeur décisive [parce qu'alors on veut rester
cet objet, ou bien alors c'est l'autre qu'on met à cette place]
1957/58 - Les formations de l'inconscient - 23/04/58 - [dans la
culture, a toujours eu] un caractère significatif dernier. - ce qui
représente en somme le désir sous sa forme la plus manifeste - Je
l'opposerai terme par terme à ce que je disais du signifiant [ordinaire] qui
est essentiellement creux - Inversement ce qui se manifeste dans le phallos,
c'est ce qui de la vie se manifeste de la façon la plus pure comme
turgescence, comme poussée [pulsion, flux, sève, etc.] - Il semble que les
choses soient donc telles que que ce point le plus manifeste, manifesté du
désir dans ses apparences vitales, soit justement ce qui le trouve ne
pouvoir entrer dans l'aire du signifiant, qu'à y déchaîner si l'on peut dire
la barre. [Le phallus n'est pas ici le signifiant du manque, mais le
signifiant qui vient introduire le manque dans le signifiant] - 07.05.58 -
Le phallus n'est pas une forme [belle, captivante, fascinante]], n'est pas
une forme objectale - ni un fantasme, ni une image, ni un objet, fût-il
partiel, fût-il interne, (...) il est un signifiant - c'est cela seule qui
nous permet (...) de concevoir les différentes fonctions qu'il prend aux
divers niveaux de la rencontre inter-sexuelle. - 25/06/58 - les équivalences
qui ont été faites entre le signifiant phallus et le signifiant excrémentiel
par exemple, le signifiant sein, plus exactement l'extrémité du sein, (...)
sont bien là. C'est dire qu'il est ouvert à toutes sortes d'équivalences, ce
qui fait son privilège. - c'est justement pour cela qu'il est plus
spécialement dépendant qu'un autre d'une fonction de signifiance - C'est une
monnaie, si l'on peut dire, dans l'échange amoureux - [Culturellement, si le
phallus est l'objet d'un culte, c'est encore comme signifiant : signifiant
de l'érection comme telle, dont la pierre levée est un exemple. Or ce qui
est signifiant, là a contrario, c'est bien la VIE elle-même, le vivant. Car
si le phallus a finalement cette valeur essentielle, c'est parce que nous
naissons tous, en tant que vivants, d'une femme, et sommes aliénés à son
désir.]
1958 - La signification du phallus - c'est le signifiant destiné à
désigner dans leur ensemble les effets de signifié, en tant que le
signifiant les conditionne par sa présence de signifiant.
1958 - La signification du phallus - 692 - Le phallus est le
signifiant privilégié de cette marque où la part du logos [demande?] se
conjoint à l'avènement du désir. / On peut dire que ce signifiant est choisi
comme le plus saillant de ce qu'on peut attraper dans le réel de la
copulation sexuelle, comme aussi le plus symbolique au sens littéral
(typographique) de ce terme, puisqu'il équivaut à la copule (logique). On
peut dire aussi qu'il est par sa turgidité l'image du flux vital en tant
qu'il passe dans la génération. - 693 - Que le phallus soit un signifiant,
impose que ce soit à la place de l'Autre que le sujet y ait accès. Mais ce
signifiant n'y étant que voilé et comme raison du désir de l'Autre, c'est ce
désir de l'Autre comme tel qu'il est imposé au sujet de reconnaître, cad
l'autre en tant qu'il est lui-même sujet divisé de la Spaltung signifiante.
1958 - La signification du phallus - 694 - [hystérique] c'est pour
être le phallus, cad le signifiant du désir de l'Autre, que la femme va
rejeter une part essentielle de la féminité, nommément tous ses attributs
dans la mascarade. - 695 - Le fait que la féminité trouve son refuge dans ce
masque (...) a la curieuse conséquence de faire que chez l'être humain la
parade virile elle-même paraisse féminine.
1958 - La signification du phallus - 695 - [sexualité] [Alors que
chez la femme] convergent sur le même objet une expérience d'amour qui comme
telle (...) la prive idéalement de ce qu'il donne [son homme], et un désir
qui y trouve [métaphoriquement] son signifiant] - Si l'homme trouve (...) à
satisfaire sa demande d'amour dans la relation à la femme pour autant que le
signifiant du phallus la constitue bien comme donnant dans l'amour ce
qu'elle n'a pas - inversement son propre désir du phallus fera surgir
[métonymiquement] son signifiant dans sa divergence rémanente vers "une
autre femme" qui peut signifier ce phallus à divers titres, soit comme
vierge, soit comme prostituée. Il en résulte une tendance centrifuge de sa
pulsion génitale dans la vie amoureuse, qui rend chez lui l'impuissance
beaucoup plus mal supportée [que la frigidité chez la femme] - Il ne
faudrait pas croire que la sorte d'infidélité qui apparaîtrait là
constitutive de la fonction masculine, lui soit propre. Car si l'on y
regarde de près le même dédoublement se retrouve chez la femme, à ceci près
que l'Autre de l'Amour comme tel, cad en tant qu'il est privé de ce qu'il
donne, s'aperçoit mal dans le recul où il se substitue à l'être du même
homme dont elle chérit les attributs. [Cad qu'il y en a toujours un autre
qu'elle aime?]
1958/59 - Le désir et son interprétation - 04/02/59 - [comme au jeu
d'échec, on peut dire du sujet névrosé] que le sujet ne veux pas perdre sa
dame. - [car] le partenaire féminin en tant qu'autre est justement ce qui
représente pour le sujet ce qu'il y a en quelque sorte de plus tabou dans sa
puissance - c'est parce que sa femme est son phallus - On a au contraire
tout avantage en l'occasion à sacrifier sa dame. C'est ce que ne veux en
aucun cas faire le sujet parce que le signifiant phallus est ce qui pour lui
est identique à tout ce qui s'est produit dans la relation à sa mère.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 29/04/92 - le phallus
(...) comme la clé (...) du déclin de l'œdipe - à savoir que le sujet a à
faire son deuil du phallus - [Or chez Hamlet] Le rejet, la dépréciation, le
mépris jeté sur Claudius est quelque chose qui a toutes les apparences d'une
dénégation. - le phallus est toujours là - et c'est Claudius qui est chargé
de l'incarner. - le phallus, là bel et bien réel, c'est comme tel qu'il
s'agit de le frapper. - [Or si Hamlet ne se décide pas à tuer Claudius
c'est] On ne peut pas frapper le phallus, parce que le phallus même s'il est
là bel et bien réel il est une ombre. - [c'est bien pour ça qu'] après tout
il était tout à fait clair qu'on n'assassinait pas Hitler. - [Hamlet] sait
que ce qu'il a à frapper c'est autre chose que ce qui est là.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 13/05/59 - Le "a", j'ai
dit que c'était l'effet de la castration. Je n'ai pas dit que c'était
l'objet de la castration. Cet objet de la castration nous l'appelons le
phallus.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 07/01/92 - nous devons
concevoir le phallus comme (...) le signifiant du sujet. - 10/06/59 - le
phallus fondamentalement c'est le sujet en tant qu'objet de ce [du] désir.
1958/59 - Le désir et son interprétation - 17/06/59 - si le sujet
l'est, le phallus, (...) comme objet du désir de sa mère - eh bien il ne l'a
pas, cad qu'il n'a pas le droit de s'en servir, et c'est bien là la valeur
de la loi dite "prohibition de l'inceste", - et que, d'autre part, s'il l'a
- c'est-à-dire qu'il a réalisé l'identification paternelle - eh bien ! il y
a une chose certaine, c'est que, ce phallus, il ne l'est pas. - le névrosé
est celui qui utilise l'alternative fondamentale ["être ou ne pas être"… le
phallus] ; sous cette forme métonymique ["métonymie régressive"], en ceci
que, pour lui, "ne pas l'avoir" est la forme sous laquelle il s'affirme - et
de façon masquée - l'"être". - Il "n'a pas" le phallus, pour l'"être" de
façon cachée, inconsciente. - c'est "un autre qui l'a" - c'est que dans sa
fonction de désirant, le sujet prend un substitut. -
1958/59 - Le désir et son interprétation - 24/06/59 - Pour le pervers
[a lieu] la conjonction, (...) qui unit en un seul terme le il l'est et il
l'a. Il suffit pour cela que cet il l'a soit en l'occasion un elle l'a,
c'est-à-dire l'objet de l'identification primitive [la mère]. - Il est le
phallus, en tant qu'objet interne de la mère, et il l'a dans son objet de
désir.
1959 - A la mémoire d'Ernest Jones : Sur sa théorie du symbolisme -
[le phallus] est le signifiant de la perte même que le sujet subit par le
morcellement du signifiant.
1960 - Subversion du sujet et dialectique du désir - 822 - C'est la
seule indication de cette jouissance dans son infinitude qui comporte la
marque de son interdiction, et pour constituer cette marque, implique un
sacrifice : celui qui tient en un seul et même acte avec le choix de son
symbole, le phallus. Ce choix a permis de ce que le phallus, soit l'image du
pénis, destine le phallus à donner corps à la jouissance, dans la
dialectique du désir. - C'est ainsi que l'organe érectile vient à symboliser
la place de la jouissance, non pas en tant que lui-même, ni même en tant
qu'image, mais en tant que partie manquante à l'image désirée -
1959/60 - Le transfert - 290 - Ce que, dans l'obsession, nous
appelons l'agressivité, se présente toujours comme une agression envers
cette forme d'apparition de l'Autre que j'ai appelée en d'autres temps
phallophanie , l'Autre en tant qu'il peut se présenter comme phallus.
Frapper le phallus dans l'Autre pour guérir la castration symbolique, le
frapper sur le plan imaginaire - la relation de l'obsessionnel à l'objet - à
un objet toujours métonymique, car pour lui l'Autre est essentiellement
interchangeable - est essentiellement gouvernée par quelque chose qui a
rapport à la castration, laquelle prend ici forme directement agressive -
absence, dépréciation, rejet, refus, du signe du désir de l'Autre. - 295 -
[écriture du fantasme de l'Obs : A f (a, a', a'', a''', ...)] - 297 - les
objets sont pour lui, en tant qu'objets de désir, mis en fonction de
certaines équivalences érotiques - (...) l'érotisation de son monde, et
spécialement de son monde intellectuel. Cette mise en fonction peut être
notée par phi . - [qui] est justement ce qui est sous-jacent à l'équivalence
instaurée entre les objets sur le plan érotique. Le phi est en quelque sorte
l'unité de mesure, où le sujet accommode la fonction a , soit la fonction
des objets de son désir. - 298 - Si l'on parle de l'homme aux rats, au
pluriel, c'est bien parce que le rat poursuit sa course sous une forme
multipliée - Le rat symbolise (...) phi , en tant qu'il est une certaine
forme de réduction de Phi , et même la dégradation de ce signifiant.
1960/61 - Le Transfert - 258 - La thématique de l'avoir, je vous
l'annonce depuis longtemps par des formules telles que - l'amour, c'est
donner ce qu'on n'a pas. - 259 - Ce qu'il n'a pas [le sujet entrant dans la
phase phallique] (...) n'est rien d'autre que son acte. Il n'a rien qu'une
traite sur l'avenir. - 272 - Cela concerne d'abord les paradoxes de la
situation de l'enfant, à savoir qu'il s'agit chez lui d'un désir en encore
fragile, incertain, prématuré, anticipé [génitalité] . Mais cette
observation nous masque en fin de compte ce dont il s'agit - c'est tout
simplement la réalité du désir sexuel à quoi n'est pas adaptée, si l'on peut
dire, l'organisation psychique en tant qu'elle est psychique, et ce, à
quelque niveau que ce soit. Car l'organe n'est apporté et abordé que
transformé en signifiant, et pour être transformé en signifiant, il est
tranché. [cf. les histoires de plomberie du petit Hans].
1960/61 - Le Transfert - 272 - si phi , le phallus comme signifiant,
a une place, c'est très précisément celle de suppléer au point où, dans
l'Autre, disparaît la signifiance - où l'Autre est constitué en ceci, qu'il
y a quelque part un signifiant manquant. - 273 - Et c'est pour cette raison
qu'il peut devenir identique au sujet lui-même - 278 - je dis signifiant ,
pour autant qu'il est utilisé comme tel. [Mais "grand Phi c'est] le symbole
phallus ["comme symbole à la place où se produit le manque de signifiant"],
et c'est peut-être en effet le seul signifiant qui mérite dans notre
registre, et d'une façon absolue