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- D'après une lecture de
:
- Hervé Castanet, La
perversion, Anthropos, 1999
Il y a la question du névrosé : Ché vuoi ? Et celle du pervers : "Que veut
l'Autre ?". Mais à la différence du premier, le pervers dispose d'un savoir
indubitable, d'une réponse préétablie à la question : l'Autre veut la
jouissance. Il la lui faut, c'est une loi inconditionnelle, un véritable
impératif catégorique… De plus, le pervers interprète à sa façon cette
jouissance et cet impératif : il s'agirait de purifier le corps de l'Autre,
le nettoyer de son emprise par le signifiant, en se faisant soi-même l'objet
réel dont il aurait été décomplété. Le pervers se veut l'instrument de la
jouissance de l'Autre, un bouche-trou zélé soucieux de restituer un Autre
vraiment absolu ; d'où sa tentation, fréquente, de rejoindre les plus
fidèles serviteurs de Dieu (comme dans les écrits du marquis de Sade) - ou
de Satan. A cet égard, l'échec du pervers est double. Logiquement d'abord,
cet Autre n'existe pas : ni complet, cela s'entend, ni même incomplet car
l'Autre comme tel est symbolique et ne saurait donc manquer de quelque "
chose " (qu'incarnerait le sujet pervers auto-fétichisé, réifié,
instrumentalisé). Par contre il est proprement " inconsistant ", il lui
manque au moins un signifiant, que Lacan épingle comme celui du réel de la
jouissance féminine. Pratiquement ensuite, le pervers parvient tout juste à
une simulation, un simulacre de la jouissance de l'Autre au moyen d'une mise
en scène piteuse, indéfiniment renouvelée. C'est au point qu'il en oublie,
la plupart du temps, de jouir " lui-même ". Sa condition de serviteur, de
larbin, ou de " prostitué de Dieu " ne l'effleure même pas (à la différence
de Guyotat), d'autant qu'il s'identifie imaginairement à l'Autre, se croit
en communion avec l'Autre, est l'Autre. Il est probablement moins obsédé par
celui-ci en tant que tel (comme le serait un mystique) que par la volonté de
jouissance qu'il lui suppose, donc d'une certaine façon par la division de
l'Autre… Lacan insiste aussi sur la division du sujet dans la perversion,
révélateur d'une perception traumatique du manque dans l'Autre. Peut-on
réussir là où le pervers échoue, non seulement à jouir, mais à jouir en tant
qu'Autre ? Certes, cela ne revient jamais à compléter l'Autre, mais à le
poser dans son identité d'Autre, si l'on peut dire, en tant que jouissance,
"avant" toute imputation de manque et donc de désir de jouissance. La
théorie analytique mérite d'être infléchie dans ce sens : l'Autre n'est ni
réel ni symbolique par essence, mais imaginaire, de cet imaginaire corporel
où se tient la jouissance en tant que multiple (l' "autre jouissance" de
Lacan revisitée…).
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