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D'après une lecture de :
St Augustin

 

 

La religion - en particulier chrétienne et islamique - a toujours vu dans la voix humaine un objet de fascination relevant tour à tour du divin et du diabolique, inspirant à la fois un profond respect et un sentiment d'horreur. Derrière et peut-être avant le lyrisme, la beauté musicale de la voix, se trouve la voix tranchante du Père et donc la loi entrant directement en concurrence avec la jouissance (plus féminine, maternelle ?) du chant. Les religieux se partagent donc en deux écoles, car s'il faut célébrer Dieu avec le "cœur" (i.e. l'esprit), chanter ses louanges dans son cœur, la question se pose de savoir si la voix doit participer réellement, physiquement, de ce chant. Le camp qu'on pourrait appeler intégriste ou dogmatique ne veut "entendre" que la voix pure, purement intérieure et spirituelle, divine en fait, tandis que dans une tradition plus mystique (mais non moins intégriste sous certains aspects) on pratique le chant lyrique comme un moyen de "rejoindre" Dieu. On voit ainsi s'opposer le parti de la rigueur et celui de la transe, aussi bien chez les chrétiens (Saint Jérôme contre Saint Ambroise) que chez les islamistes (légalistes contre soufis). Evidemment, les partisans du lyrisme eux-mêmes n'ignorent pas les dangers inhérents à leur pratique, le risque de confondre transe mystique et possession démoniaque. Une position médiane (cf. Ghazzali, par exemple) consiste à poser ensemble la voix divine et la visée du chant mystique dans la perspective d'un inaccessible silence, signifiant de la présence divine. Au pire, le lyrisme représente un adjuvant pour la méditation et la prière dont on peut se passer, au mieux il métaphorise la dimension d'excès de la parole et amorce une relation fusionnelle avec le divin. Dans tous les cas, la musicalisation du divin correspond à sa féminisation : séduction diabolique pour certains, élévation vers la pureté et le mystère pour d'autres (ce qu'atteste, bien entendu, le culte marial chez les chrétiens). Si l'on accorde au féminin la jouissance lyrique des mystiques (à laquelle n'est pas étrangère, dans un autre domaine, celle des amateurs d'Opéra, ces mystiques du lyrisme vénérant la Diva), la jouissance diabolique (méphistophélique) se signifie dans la parole réduite à son articulation pure - effet de la gravité extrême de la voix qui tend à mimer, de façon assez troublante, en ces confins mythiques où le père et la bête ne faisaient qu'un, l'énonciation de la loi. Le "champ" de la jouissance semble donc réellement porté par le chant comme jouissance féminine du divin. Même les partisans du lyrisme et de la transe assimilent le chant et la jouissance du divin, à l'exclusion de toute jouissance du chant pour lui-même. L'amour de Dieu est chant, la foi se fait lyrisme, mais le chanté purement vocal ressortit au Diable et à la perversion. Il appartient à la mystique "ordinaire", autrement dit à la non-mystique de poser identiquement Dieu ou le Chanté comme la matérialité du chant, et condition réelle du lyrisme.

 

 

 

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