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- D'après une lecture de
:
- Jacky Bourillon, Les
criminels sexuels, L'Harmattan, 1999
Le crime est un
" passage à l'acte " de type trans-structurel, concernant aussi bien les
sujets névrosés que pervers ou psychotiques. Les névrosés criminels sont
souvent des enfants non désirés ou s'imaginant tels, fixés à ce temps du
stade du miroir où, normalement, se produit le recouvrement du trou dans
l'image par le regard de l'Autre ; mais si celui-ci traduit un désir de
mort, le sujet sera contraint de se fabriquer l'image d'un moi fort, en
tentant d'incarner, au niveau du moi idéal, le signifiant de l'idéal du moi,
et lorsque le vide réel du moi transparaît à l'occasion, le sujet se
précipite dans le passage à l'acte pour fuir l'angoisse. Il s'agit toujours
d'une angoisse de castration imaginaire que le symptôme, trop fragile ou
insignifiant pour conférer un sens à l'existence, chez ces sujets enclins au
passage à l'acte, ne parvient pas à endiguer. Inconsciemment, ils
s'identifient à un déchet (non désiré) dans le regard de l'Autre. Mais, par
un mécanisme de défense, ils ne peuvent tolérer d'être vus autrement que
sous les auspices du moi fort (idéal) qu'ils ont dû se forger ; toute
signification étrangère venant de l'Autre, pouvant remettre en cause ce
narcissisme, est interprétée comme destructrice. Du coup, ils prennent les
devants et peuvent aller jusqu'à tuer leur semblable ; ne pouvant s'inscrire
dans l'Autre via le symbolique, ils s'inscrivent (comme " sujets criminels
", et bientôt prisonniers-déchets) en agissant contre l'Autre dans le réel.
Les cliniciens relèvent une intolérance particulière, chez ces sujets, à ce
qui est perçu comme une féminisation de leur image par l'Autre, et donc
directement comme une menace de castration. Cette angoisse face au regard de
l'Autre, son désir mortifère à l'égard du sujet, conduit celui-ci moins à
replâtrer une identification défaillante qu'à se désidentifier, au moment du
passage à l'acte, en faisant table rase. Ils sont acculés à la logique du
choix forcé, qui est la logique du pire : ne pouvant être ni ceci, ni cela
pour l'Autre, ils choisissent tout ou rien, ils tuent ou bien se tuent. Si
ces sujets n'ont pas le choix, si la plupart des névrosés délinquants ou
criminels sexuels récidivent, c'est qu'ils sont soumis à une véritable
contrainte de répétition : le trauma, la rencontre avec le réel non
symbolisable, épouse le rythme métronomique de la pulsion, et des impasses
du désir. Il n'en va pas de même chez le sujet pervers, qui n'a cure (c'est
le cas de le dire) des énigmes du désir de l'Autre. Le pervers n'interroge
pas l'Autre sur son désir, il apporte une réponse à son désir (supposé) de
jouissance. En l'occurrence, ne pouvant symboliser la castration maternelle,
et se désintéressant du problème de la différence des sexes, il se propose
lui-même comme unique objet-réponse au manque dans l'Autre, c'est-à-dire
instrument de sa jouissance. Dans un premier temps, cherchant à incarner le
phallus manquant de la mère, l'enfant s'identifie effectivement au père, en
tant que possesseur dudit. Mais dans un second temps, se produit
l'identification au phallus maternel, via un objet supplantant la loi du
père, faisant désormais la loi : au mieux un fétiche inoffensif, au pire un
enfant (pédophilie) pris pour le phallus imaginaire de la mère. Le tout
repose sur un leurre étonnant, que permet la métonymie : faire passer
l'objet du désir pour l'objet d'amour primordial. Notons l'amalgame sans
cesse entretenu, entre l'inconsistance (symbolique) de l'Autre et son
incomplétude (imaginaire), ou encore la confusion rêvée entre corps et
jouissance ; les deux erreurs faisant système, puisque c'est pour restituer
au corps toute sa jouissance (en niant la médiation du symbolique) qu'il est
identifié à l'objet. Venons-en plus précisément à la problématique du
passage à l'acte chez les pervers. Il ne faudrait pas s'imaginer que le
passage à l'acte est constitutif de la perversion. En fait, il est plutôt le
résultat d'un échec (assez rare) du scénario répétitif qui soutient
généralement, et disons " normalement ", le pervers dans sa jouissance. Le
fantasme de celui-ci est structuré de manière à figurer la restitution de
'a' à 'A'. En matière d'objet le pervers est expert, et il ne vient jamais à
douter de son savoir ; mais cela n'empêche pas la restitution d'échouer. Car
naturellement, en pleine contradiction avec lui-même, il cherche à exprimer
cette totalité (complétude) en terme de vérité (consistance), faire passer
la jouissance dans le discours. Il se fait même fort de démontrer
l'impératif de jouissance à l'œuvre dans le discours de l'Autre. Que se
passe-t-il lorsque le sujet pervers en vient au meurtre et au viol ? Cela
prouve simplement, dans certains cas, l'échec de la perversion, la faiblesse
du scénario de défense contre l'angoisse de castration. En revanche, chez
les sujets psychotiques, les crimes sexuels correspondent à une
stabilisation perverse ; Père-version qui, dans certains cas, permet de
pacifier leur rapport à la loi. Il arrive donc que les voix, les
hallucinations, voire le délire poussent le sujet à commettre un meurtre. Le
crime est signé par son aspect extraordinairement violent et cru,
incompréhensible, le corps sacrifié étant pour et par le psychotique vidé de
toute signifiance. A la différence du pervers qui, à travers l'acte
criminel, met en scène une jouissance incestueuse, le psychotique tente une
séparation d'avec la mère, pour faire cesser le temps d'un acte cette
malédiction qui le réduit n'être que déchet, et qui s'avère par moment trop
angoissante. Le crime apparaît comme une protection contre l'angoisse,
elle-même causée par la confrontation avec une situation sans issue.
Inversement, la perversion fonctionne comme une garantie contre d'éventuels
passages à l'acte criminels. Contrairement à l'impression péjorative léguée
par le sens commun, qui moralise et assimile la perversion avec le crime, en
confondant au passage perversion et perversité, on ne veut articuler la
perversion qu'avec le crime déjà réalisé (ou passé) qui
lui sert de cause, à la fois intrinsèque et occasionnelle. Le crime ne sera
pas actualisé (passage à l'acte) s'il se conjugue au passé, grâce à la
perversion, et si le passé n'est pas lui-même constitutif de l'acte (théorie
de l'inceste et du trauma classique, psychanalytique) mais de l'agi
comme passivité radicale.
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