Etudes lacaniennes 

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D'après une lecture de :
Jacques Lacan

 

 

La perversion passe généralement pour se soutenir d'une fixation et d'une régression d'ordre pulsionnel. Or cela induit un certain nombre de confusions. La différence entre fixité et mobilité apparaît d'abord pertinente pour distinguer instinct et pulsion. En effet si l'instinct animal reproduit une sorte de normalité schématique, chez l'homme la pulsion s'avère complexe et démontable en quatre éléments : poussée, source, but et objet. Donc par définition l'instinct ne saurait être perverti, tandis que des quatre éléments pulsionnels, les deux derniers au moins subissent toutes sortes de modifications. Le but - la satisfaction - peut très bien être refusé, dévié, transformé, et l'objet permettant d'atteindre ce but apparaît comme infiniment modulable : "indéterminé" selon Freud, "indifférent" d'après Lacan, c'est-à-dire non lié originairement à la pulsion. C'est plutôt lorsque la liaison de l'objet avec la pulsion est trop intime et trop déterminée qu'on peut parler de "fixation" et rabattre, par analogie, la pulsion sur l'instinct. On peut toutefois relativiser cette déliaison originaire de la pulsion et de l'objet au nom d'un pré-objet qui serait le corps propre, et qui ferait de l'auto-érotisme la matrice et le critère du surgissement de tous les objets. Freud évoque l'auto-érotisme comme une phase primitive de la constitution des pulsions, où coïncident source organique et objet. Cette thèse lui permet de différencier les objets originairement aimables, réappropriables au Moi-plaisir, des objets extérieurs relégués au champ de l'Autre, qui est celui du déplaisir. Finalement l'auto-érotisme ne fait que corroborer la perversité "naturelle" des pulsions, au niveau de la source, tandis que la pluralité des "destins pulsionnels" y contribue au plan de la finalité. On sait que Freud reconnaît quatre types de destins aux pulsions, selon le "choix" du sujet : le renversement dans le contraire, le retournement sur la personne propre, le refoulement et la sublimation. On constate donc une ambiguïté très forte, puisque du point de vue métapsychologique la perversion rejoint un principe de différenciation ou de dérive général qui préserve la vie pulsionnelle, alors que du point de vue clinique ou pathologique elle signifie au contraire une fixation à l'objet (et dans l'optique structurale lacanienne une auto-détermination du sujet comme objet). Le terme de "dérive" s'applique très bien au parcours en boucle de la pulsion (selon le graphe du désir de Lacan) qui, sur la voie de la subjectivation, contourne ou évite (évide) l'objet 'a' en passant de la voie active (je suce, etc.) à la voie passive (je suis sucé), au moyen d'une transgression certaine du principe de plaisir (qui signifierait la possession simplifiée de l'objet). En revanche son application à la perversion est moins évidente, puisque, on l'a dit, la perversion représente la possibilité même du choix, de la mobilité, de l'interchangeabilité, et en même temps un choix subjectif spécial, une possibilité parmi toutes où une forme de rigidité va réapparaître, et le désir s'épuiser à tourner en rond. D'un autre côté, la perversion qui mobilise les pulsions et donc, qu'on le veuille ou non, une certaine malléabilité, une certaine réversibilité sujet-objet, constitue une échappatoire et une dérive possible par rapport à la psychose, où nul objet et nul sujet ne se constituent dans la boucle autistique de la pulsion se refermant sur vide de la Chose. Comme elle offre peut-être une possibilité de sortie de cure au névrosé, en dérivant à l'infini ses investissements pulsionnels, en substituant à la fixité signifiante du symptôme la plasticité imaginaire de l'objet. L'apparente contradiction entre ces deux aspects de la perversion ne résiste pas à une distinction entre la "structure perverse" d'une part, fondée sur un fantasme inconscient gravant chez le sujet adulte un rapport spécifique entre la jouissance et la loi, et la "disposition perverse polymorphe" d'autre part, qui dès la petite enfance et hors du champ de la parole, assure la plasticité et la dérive des composants pulsionnels. La première pourrait apparaître finalement comme un cas particulier de la seconde. Cependant la structure signifie moins la jouissance qu'un mode particulier, d'ailleurs plus ou moins "pathologique", d'évitement de la castration ; il convient de restituer à une sorte d'auto-érotisme "secondaire" le principe de dérive et de renouvellement de la jouissance dont le polymophisme infantile constituait l'ébauche, et qui relativise enfin le principe de castration dès lors que le rapport à la Chose maternelle n'est plus considéré comme primordial.

 

 

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