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D'après une lecture de :
Hervé Castanet, La perversion, Anthropos, 1999

 

 

Dans l'article publié en 1915 "Pulsions et destins des pulsions", Freud reconstitue tout un circuit pulsionnel en plusieurs "stades", faisant alterner plaisir de voir et plaisir d'être vu, pour aboutir à la formation du complexe voyeurisme/exhibitionnisme. Loin qu'aucune pulsion particulière puisse être qualifiée de perverse, il apparaît que c'est le mouvement de réversion de la pulsion en son contraire et le retournement sur la personne propre (le plaisir de voir devenant plaisir d'être vu) qui signe la perversion, soit un positionnement du sujet à l'égard de l'autre qui constitue le cœur même du fantasme. On remarquera la fonction prévalente du narcissisme dans la formation perverse, couplée à une identification structurelle (imaginaire) du sujet à l'objet, c'est-à-dire au partenaire. D'autre part il faut rappeler la fonction du fantasme chez Lacan comme soutien du désir. Ce n'est pas l'objet directement mais le fantasme qui soutien le désir, comme c'est à partir du fantasme qu'est lisible la structure clinique du sujet. En l'occurrence le fantasme articule, en le fixant, le lien du sujet avec l'objet du désir. Il décline également le rapport imaginaire du sujet avec le grand Autre, comment inconsciemment il voit et surtout comment "il se voit vu" par l'Autre. Dans la perversion, le sujet se met à la place de l'objet, se fige dans cette rigidité de l'objet en se donnant pour fonction de colmater la béance repérée dans l'Autre (où se tient le sujet). La formule s'écrit a <> (désir de) $, à rebours de la formule de la névrose : $ <> a. Bien sûr, au niveau du fantasme conscient, le pervers est actif et on ne peut plus besogneux ; il n'empêche qu'au niveau inconscient, il se tient immobile en 'a', dans une position structurellement masochiste. En face de lui, se tient le sujet divisé ($), traqué dans son aphanisis même de façon systématique. La contradiction est évidente : d'une part il vise effectivement cette division puisqu'elle représente sa raison d'être, en tant que bouchon potentiel, mais d'autre part identifiant ce sujet à l'Autre qu'il voudrait complètement jouissant, il le voit aussi comme sujet non barré (S). Il le fait briller d'une lumière éternelle et, corrélativement, se pose lui-même comme l'instrument indestructible de sa jouissance. Pourtant, c'est bien de l'Autre, en l'occurrence du partenaire, qu'il reçoit les effluves du manque-à-être. N'oublions pas qu'en se faisant objet il provoque lui-même la division subjective de l'Autre. D'autre part Lacan pose que la perversion est le règne de l'intersubjectivité, ce qui, dans son langage, signifie l'imaginaire, domaine des relations duelles et de la fascination narcissique. L'imaginaire devant ici recoller " fantastiquement " le symbolique au réel. Donc, en s'identifiant narcissiquement au partenaire, le pervers participe de son trouble. Les jeux de miroir de l'imaginaire expliquent, en partie, la réversibilité (actif/passif, sadique/masochiste) de la plupart des perversions, même si la passivité paraît plus structurelle. D'ailleurs - et c'est là un point essentiel - la passivité et le masochisme caractérisent aussi bien tout fantasme, pas seulement le fantasme du sujet pervers. Du coup, tout fantasme peut paraître intrinsèquement pervers. En effet, comme on l'a dit, le fantasme définit la place du sujet par rapport à l'objet de son désir, qui toujours par principe appartient à l'Autre, n'est délivré que par l'Autre. C'est le principe même de la jouissance : on ne jouit pas directement de l'Autre, mais d'un objet délivré par l'Autre ou prélevé en l'Autre. Alors le sujet disparaît étant identifié à cet objet en l'Autre. C'est pourquoi du point de vue du fantasme et/ou de la Psychanalyse (qui ne peut concevoir le désir et la jouissance que médiatisés de la sorte), la jouissance est toujours perverse finalement, et toujours évitée ! Entre le névrosé qui ne voudrait pas jouir de l'objet et se confine dans un désir idéaliste du désir de l'Autre, et le pervers qui veut éteindre tout désir en l'Autre en s'identifiant à l'objet, n'y a-t-il pas une place pour la jouissance subjective de ce désir de l'Autre ? Faut-il que toujours l'homme soit fantasmé comme un enfant recevant de sa mère la nourriture libidinale, et finalement l'autorisation de jouir, sous le regard de cet Autre ? On ne le sait pas, mais c'est l'enfant qui jouit, non certes en tant qu'infans (jouissance psychotique), mais véritablement en tant que sujet : sujet toujours Autre, évanescent, polymorphe, et support aléatoire du fantasme maternel ; c'est d'ailleurs de ce fantasme (et non de l'Autre, bien sûr), du désir fantasmatique faisant de lui un objet aliéné, qu'il jouit en propre et qu'il tire subtilement toute sa puissance !

 

 

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