




























































|
|
- D'après une lecture de
:
- Jacques Lacan
Dans les
Trois essais, Freud nomme une première fois le fétichisme dans le cadre
des déviations par rapport au but sexuel, lorsque le sujet substitue à
l'objet "normal" (homme ou femme) une partie du corps de l'autre ou bien un
objet inanimé. Le fétichisme s'applique essentiellement à ce dernier cas,
mais aussi par extension au fait de pourvoir l'objet humain de telle ou
telle caractéristique nécessaire à la réalisation du but sexuel (vêtement,
chevelure, particularité physique, etc.). L'usage exclusif d'un tel objet,
ou d'un tel trait à des fins de jouissance non génitale définit le
fétichisme. Des notes ajoutées de 1910 et 1915 précisent expressément la
fonction du fétiche comme substitut du pénis de la mère, alors que le regard
de l'enfant tourné vers l'organe sexuel de la mère s'arrête à mi-chemin,
fixé sur une image-écran qui servira de compromis entre l'absence constatée
de l'organe et le désir de le maintenir à cette place. De toute façon, le
vrai fétiche, l'image "réelle" (mais hallucinée) du fétiche érigé à
l'origine de la croyance de l'enfant se trouve refoulée par l'image-écran
que constitue l'objet-fétiche, disponible, support de la sexualité de
l'adulte. Le vêtement érigé en idéal remplace et refoule la vision ébahie et
primitive de la nudité de la mère, le corps tout entier phallique de la
mère, ou bien plus localement la toison pubienne, les seins. Par définition,
le culte de la nudité disparaît chez le fétichiste. Freud insiste en 1927
sur la division du sujet qui à la fois reconnaît et dément la castration
féminine, en érigeant ce monument si particulier qu'est le fétiche, distinct
des formations de compromis qu'engendre la névrose, puisqu'il porte
exclusivement sur une représentation du pénis féminin. Il a pour fonction de
récupérer une portion du Ca, de la jouissance, abandonnée avec l'allégeance
faite à la réalité, gouvernée par le symbolique et la loi du grand Autre.
L'objet prenant valeur de jouissance est rarement emprunté au corps féminin
lui-même, mais plutôt à ce qui le borde, l'entoure, l'enveloppe, ou encore
le prolonge. Par ailleurs, il prend également valeur d'objet cause du désir
(petit 'a') dans la mesure où, stoppant la dérive métonymique de l'objet
manquant, fixant celui-ci sous l'emblème d'une partie anatomique ou
extérieure du corps féminin, il passe du statut de simple métonymie par
rapport au phallus maternel au statut de métaphore nommant le désir du
sujet. Seulement, quelque part, il conserve cette dimension d'objet-déchet,
d'objet usé bon à jeter qui singularise tant son propriétaire et jouisseur -
car c'est dans cette mesure, sur fond évident de masochisme, que le sujet
s'identifie au fétiche. C'est finalement cette référence à l'objet 'a', chez
Lacan, plus que la signification phallique du fétiche repérée par Freud, qui
permet de spécifier le fétichisme comme structure. Mieux encore, c'est ce
qui confère au fétichisme une valeur paradigmatique pour toutes les
perversions, en l'associant toutefois au masochisme. En effet, à partir du
moment où toute perversion repose sur une identification structurelle
(passive, féminine, masochiste) à l'objet de jouissance, saturant par avance
tout désir, et que cela s'accompagne d'un déni de la castration maternelle,
il s'ensuit à chaque fois un processus de fétichisation comme "retour" du
déni (exactement comme on parle d'un retour du refoulé), avec formation de
substitution dont l'organisation dite "fétichiste" ne serait qu'un cas
particulier (comme le sadisme, le masochisme secondaire, etc.). En éclairant
la position exclusive du sujet en 'a', en-deça du choix d'objet proprement
dit, le structuralisme de Lacan opère une première généralisation : le
fétichisme se trouve désormais, au même titre que le masochisme, à la source
de toute perversion. Cependant le fétiche reste marqué d'une détermination
phallique renvoyant à l'Autre ; il se situe, irrémédiablement, quelque part
entre le sujet et l'Autre et ne représente jamais le premier que pour
le second. Or même si le processus de formation du fétiche et
l'identification du sujet obéissent aux lois familiaristes de la
psychanalyse, la logique du réel est tout autre : la signification du
fétiche ne saurait être que l'autonomie radicale de l'objet, son impuissance
à représenter quoi que ce soit - ni sujet, ni phallus, ni Autre - sinon la
jouissance elle-même. Le fétichisme est la vérité de la perversion (et la
perversion la vérité de la jouissance) parce que le fétiche, en tant
qu'Unicité, Différence radicale, Jouissance exclusive, etc., n'est pas tant
le substitut d'un manque réel (comme l'enseigne la psychanalyse) que le
clone d'un Réel Un où les relations (donc le manque) n'existent pas encore.
|