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La perversion
est-elle la "fin" du désir ? Rappelons d'abord le double sens courant du mot
fin, comme indiqué dans le dictionnaire : 1° le terme ou la limite,
c'est-à-dire la mort de quelque chose ; 2° le but ou la finalité,
l'objectif. Déjà un sens fondamental paraît curieusement occulté, c'est
celui porté par l'adjectif "fin" signifiant "fini", "affiné", ou "subtil"…
Evidemment cela ne fait pas un concept philosophique, mais juste une
qualité, une simple évaluation du réel. Fort de ce rappel sémantique, dans
quel sens peut-on dire maintenant que la perversion est la fin du désir ?
Est-ce que le désir humain, suivant en quelque sorte sa pente naturelle
depuis son origine, irait nécessairement et inéluctablement dans le sens de
la perversion ? Il faudrait rappeler différentes composantes structurelles
du désir mises en lumière par Freud et Lacan, telles que la disposition
perverse polymorphe et l'indétermination de l'objet pulsionnel, le
masochisme fondamental comme disposition originelle au jouir, et surtout le
caractère structurant du fantasme (pervers par essence) pour le sujet du
désir. Cela signifie-t-il au contraire que la perversion est une mort
possible, mais somme toute accidentelle du désir ? Dans ce cas il faudrait
parler surtout des perversions, au pluriel, voire des pervers, plutôt que de
la perversion en général. On mettrait en avant le déni de la castration
maternelle et sa compensation fétichiste, le défi et la transgression de la
loi du Père comme loi du désir, celle-ci évacuée au profit de la volonté de
jouissance, etc. Ou bien encore faut-il généraliser la perversion, son
concept, mais autrement que dans la première hypothèse ? La perversion
serait vraiment la forme a priori du désir, son existence fondée sur son
altérité/altération même, son mystère, son scandale ! Et pourquoi cela ?
Parce que la réalité désirée la plus fine, la plus affinée, en tant que
potentiellement jouie, serait d'emblée une réalité pervertie. On ne veut pas
dire par là qu'elle aurait (eu) à subir une perversion caractérisée ; au
contraire, la "fin pervertie", ou le "perverti final" se situe aux antipodes
du passage à l'acte pervers, qui n'est pas en deça mais au-delà d'elle. A
titre d'exemple, si l'on admet qu'un pervers pédophile jouit de ce qu'il
perçoit comme étant la pureté ou l'innocence de l'enfant, il est urgent de
supposer au contraire la nature déjà pervertie de l'enfant, ce qui
ne paraîtra pas trop irréaliste. Jouer "finement" avec la perversion -
polymorphe, certes - des enfants pour en finir avec les actes pervers à leur
encontre. D'ailleurs ce qu'on appelle la tendresse, le contact, la
complicité, ce n'est rien d'autre que la jouissance réciproque et
polymorphe, donc perverse, mais en aucun cas un acte victimisant un enfant.
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