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- D'après une lecture de
:
- Markos Zafiropoulos, in
Collectif, La haine, la perversion et la loi, Anthropos, 1995
Le Freud de
Totem et Tabou inscrit le crime et la haine du père à l'origine même de
la société. Il rend également inséparables l'amour et la haine pour ce père,
l'un étant inconscient quand l'autre apparaît conscient, et réciproquement.
Tout d'abord, les fils meurtriers du père jouisseur auraient transmué la
haine, via la culpabilité, en amour et adoration d'une instance idéalisée
comme totem et plus tard comme Dieu unique. Au nom du père, ils se seraient
ralliés à une loi sociale régulatrice fondée sur l'interdit de l'inceste. On
voit comment le lien social est constamment, structurellement sous-tendu par
une haine inconsciente du père, par-delà la vulgate d'un contemporain
affaiblissement de l'autorité paternelle. On doit reconnaître en même temps
la pérennité d'une aliénation religieuse au cœur même du pacte social, du
moins en tant qu'il laisse échapper sur le mode symptomatique (et parfois
incontrôlable) des manifestations de cette haine primitive. Le culte d'un
Dieu bienveillant et tout amour n'empêche pas, on le sait, les déferlements
de haine raciste et/ou xénophobe au sein d'une société "civilisée". A tout
le moins cela conduit à s'interroger sur l'ambivalence originelle de cette
prétendue bonté. La haine inconsciente des fils pour le père, en amont de
l'adoration divine, n'aurait-elle pas pour pendant la haine très évidente et
très visible de ce Dieu pour ses fils ? N'a t-il pas poussé l'un de ceux-ci
(Caïn) à commettre l'irréparable, en détournant son regard de ses oeuvres et
en négligeant ses sacrifices, tout en sanctifiant au contraire, de façon
injuste et unilatérale ceux d'Abel ? Ce regard n'est-il pas mauvais dès lors
qu'il exclut et qu'il divise ; n'est-il pas ambivalent dès lors qu'il
"couvre" ensuite littéralement les œuvres c'est-à-dire la descendance (dont
nous sommes tous, par conséquent) du meurtrier ? Le complexe paternel et en
particulier la haine inconsciente du père agit actuellement sur le lien
social selon deux traditions distinctes, bien identifiables géopolitiquement
: si à l'Est les fils s'entre-tuent au Nom-du-père, à l'Ouest les filles
dénoncent et inculpent les pères réels. La haine obsessionnelle des
guerriers de l'Est est inconsciente derrière leur amour de la Patrie et leur
culte du chef militant, lequel fait encore figure de père idéal (ou parfois,
plus perversement encore, de grand frère), et bien sûr la violence
qu'engendre ces luttes n'empêche nullement la religion de les cautionner ;
parallèlement, si la haine des filles semble bien motiver leur dénonciation
des exactions paternelles, répression de plus en plus organisée
juridiquement à l'Ouest et relayée massivement dans l'opinion, il faut bien
reconnaître que cette plainte hystérique (sans doute légitime en soi, et en
droit la plupart du temps) ne se justifie subjectivement que par la
prégnance de l'amour inconscient. Bref cette sorte d'"hainamoration" dont le
père fait l'objet, d'un côté comme de l'autre, assure un bel avenir à
l'illusion religieuse. Selon le mythe freudien, la cause de tout ce
ressentiment n'est autre que la jouissance initiale du père de la horde, à
laquelle toute dérive perverse renvoie, puis l'insupportable absence de ce
père mort, soit (pour parler plus "scientifiquement") l'incomplétude
structurale du symbolique. La jouissance, comme cela apparaît maintes fois
dans le texte de Freud et de Lacan, est vue comme un animal
mythique hantant à jamais les mémoires. La non-psychanalyse propose de lire
ce mythe autrement, en s'installant de plain-pied dans son vécu, en le
ressuscitant, pour que chaque sujet en tant que Totem, en tant que
jouissance, fasse fi du Tabou névrotique de l'humanité.
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