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- D'après une lecture de
:
- Jacques Lacan
La problématique
lacanienne de la jouissance part d'un dualisme entre deux sortes de
jouissance : la jouissance phallique et la jouissance de l'Autre. Ce qui est
une façon de nier la possibilité d'une jouissance du corps comme tel, du
corps de l'Autre. Assurer la jouissance de l'Autre, telle serait pourtant la
visée du pervers, démentant le primat de la jouissance phallique
essentiellement symbolique. "Jouissance phallique" pointe l'Autre en tant
que trésor du signifiant et cependant incomplet, troué : cette totalité ne
tient qu'à manquer d'Un, d'un signifiant qui s'avère, rapporté au sexe,
celui de la jouissance féminine. Ce signifiant fait défaut, et c'est ce fait
réel - le pas-tout signifiant - qu'exprime le symbole phallique (grand Phi :
il y a aussi une version imaginaire ou effective du phallus, comme partie
manquante de l'image désirée, et une version objectale ou réelle, l'objet
'a'). La jouissance phallique est la jouissance sexuelle au sens où
celle-ci, via le fantasme, se soutient d'une partition symbolique du corps.
C'est en cela qu'il tient le coup, qu'il fait Un, mais point d'Un au niveau
du "rapport" sexuel de l'homme et de la femme. C'est pourquoi Lacan dit que
la fonction phallique supplée au rapport sexuel, tout en nommant
indéniablement, pour le sujet, son manque à être ou son manque à jouir. La
castration est le sacrifice consenti par le sujet du manque dans l'Autre. Ce
que, on l'a dit, dément le pervers. Celui-ci croit en un sujet de la
jouissance sexuelle, qui est l'Autre dans sa complétude. La jouissance
perverse, déniant la fonction symbolique (on verra pourtant tout ce qu'elle
lui doit), résout à sa manière l'énigme de la jouissance féminine,
jouissance laissée en suspens et "supposée" par la jouissance phallique. Car
la femme n'est pas-toute dans la jouissance phallique, cette jouissance du
Tout, et c'est pourquoi elle n'est pas-toute. Car ce qui n'est pas du tout,
d'abord, c'est la jouissance de l'Autre en tant que corps global, pur être
corporel a-signifiant livré à la vie. Le corps humain est livré au
signifiant, avec lui et par lui : c'est en cela qu'il est joui, dans le
plaisir ou la souffrance (cf. le symptôme). Jouissance des sens qui, chez le
parl'être, est toujours en même temps "jouis'sens". La jouissance de l'Autre
est donc mythique : elle peut être la jouissance fantasmée et horrifique de
la Mère (génitif subjectif), ou bien celle du père primitif de la horde qui,
selon Freud, aurait possédé toutes les femmes. Mais il en est une autre, une
"autre jouissance" qui ne se réduit pas à la jouissance de l'Autre, parce
qu'elle supplée à la fois à la radicale impossibilité de celle-ci et à la
partialité de la jouissance phallique. L'autre jouissance ne serait pas
sexuelle, bien qu'elle appartiendrait en propre, pourrait-on dire, à l'autre
sexe : le sexe féminin, soit la "place" occupée généralement par "les
femmes". Jouissance du corps, en-corps, infinie, qui ne serait pas liée à la
jouissance de la parole et dont on ne pourrait rien dire (sauf à dire qu'on
l'éprouve, ou qu'elle ek-siste, comme dans les écrits des mystiques), non
complémentaire mais supplémentaire. Celle-ci n'est pas supposée
imaginairement mais déduite logiquement. Car si tout parlêtre s'inscrit dans
la fonction phallique, il en est un qui n'y est pas-tout inscrit. C'est au
niveau de cette autre jouissance que le pervers échoue, à vouloir la
rabattre sur la jouissance de l'Autre, imaginarisée comme sexuelle (donc
phallique, en fait). Il veut alors extorquer aux femmes, à La femme, la
jouissance absolue, indicible, hors castration, du corps réel. Ce corps, il
ne peut que le laisser pour mort, immobile : c'est en cela seulement qu'il
est médusé, motus. Qu'il soit masochiste, sadique, voyeuriste ou autre, le
pervers est bien l'agent d'une réification qui tire ses effets d'un rituel
symbolique, se voulant purificateur, extrayant du corps jusqu'au nerf de la
parole. Ce n'est pas qu'il veuille réduire, comme on le dit, l'Autre au rang
d'objet : c'est lui, l'objet. Si le sadique, par exemple, tue sa victime,
cela revient pour lui à casser son jouet (même s'il y aussi, indéniablement,
une jouissance perverse au meurtre et à la tuerie). Ce qu'il veut provoquer
plutôt, c'est l'angoisse de l'Autre, ou plus profondément la division de
l'Autre par sa jouissance : c'est en cela, disions-nous, qu'il échoue,
puisque cette division s'effectue évidemment par le signifiant. D'une
manière générale la perversion ne correspond nullement à un débordement
incontrôlé, mais au contraire à une limitation réglée de la jouissance, à
une défense contre la jouissance absolue de l'Autre que l'on rencontre dans
la psychose. Le pervers impose à sa jouissance la médiation symbolique du
fétiche. L'érection du fétiche (on parle de ce fétiche transclinique qui est
un élément de structure fondamental des perversions) s'accompagne de la
transgression et donc de la reconnaissance d'une limite légale concernant
l'accès à la jouissance. La perversion constitue une défense contre
l'envahissement du réel dans le psychisme, dans la mesure où le fétiche est
d'abord ce signifiant phallique qui à la fois indique et voile la castration
féminine. Par là, le sujet pervers se constitue d'une division qui borne son
rapport à la réalité sexuelle, mais aussi qui l'empêche de jouir réellement,
physiquement ; de quoi ? De cette limite et de cette division, précisément,
car il est clair que la jouissance en tant que sexuelle est phallique,
auto-limitée par le signifiant. Mais d'un autre côté (cet Autre où lorgne la
psychanalyse) la jouissance peut être entière, et même totale, à jouer/jouir
de la perversion comme ratage caractérisé et même comme prototype comique du
ratage sexuel. Mais la jouissance comme Autre est une fétichisation distante
de la structure perverse et de ses fétiches, lesquelles lui servent ensemble
de support et d'occasion.
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