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- D'après une lecture de
:
- Daniel Sibony
Il est vrai que
le pervers dément et conteste la loi, qui est toujours la loi de l'Autre, et
qu'il passe son temps à la piétiner ; cependant c'est au prix de se poser
lui-même en législateur absolu, inventeur d'une Loi vraie, réelle, et
définitive. Le pervers est un maniaque de la loi et de l'origine, donc de la
loi originelle, celle qui confond en un seul principe l'Autre et le Même. Ce
rapport absolutiste à la loi est d'autant plus fondamental que nulle
perversion n'a de sens, ou d'existence, en dehors d'une relation (dé)réglée
à l'Autre ; au sens strict, seule une loi peut être pervertie. On en déduira
que "le" pervers, en tant qu'individu un, n'existe pas ; quant au "sujet",
il y aurait nécessité d'y voir enfin un effet de langage entre au moins deux
individus, une sorte de virgule flottant toujours entre-deux termes. Mais le
pervers a ceci de particulier qu'il veut faire Un avec l'Autre ; c'est
pourquoi il rétrocède au point limite où se confondent la Loi et la faute
qui en est l'origine, de telle sorte que la Loi ne fasse plus faute. La loi
humaine est toujours perçue comme ridiculement relative et empirique, pour
le pervers, qui en est depuis toujours révulsé, traumatisé. Le pervers est
celui qui a décidé de traumatiser cette loi humaine, pour sauver la vraie
Loi. La loi menteuse doit être démentie. Il faut en effet sauver la Loi pour
se préserver du manque de l'Autre. Pour cela il faut réduire l'Autre à la
Loi, ce qui revient toujours à le réduire à Soi (comme le masochiste qui
ravit toute initiative, toute autonomie à son bourreau en lui intimant de le
punir, et qui en fait tout autant qu'un maître un esclave soumis à sa propre
passion). Le lien pervers, la Loi en elle-même consiste à réduire l'Autre
dans la conflagration d'une jouissance elle-même confinée à une mise en
scène, un fantasme, rabattue sur un fétiche monté sur le corps de l'Autre
(maternel), et finalement jouissant à sa place. C'est le fétiche qui jouit
dans l'affaire, d'être la source même de la Loi ; c'est le soulier qui
reçoit le sperme. En réalité le pervers confond la loi et le maître, dans le
fétiche lui-même : par exemple le toxico fait fonctionner un produit comme
fétiche, et celui-ci représente à la fois le seul maître et la seule loi
auxquelles il se soumet volontairement (même s'il en souffre, et s'il veut
parfois en sortir). Relation strictement duelle, aliénante entre le sujet et
son montage, dont il ne pourra s'affranchir qu'en desserrant d'une façon ou
d'une autre (l'analyse en est une) l'étau de cette loi. La solution est
cependant dans une relation unilatérale de jouissance avec la loi. Il faut
éviter que le fétiche faisant la loi confisque la jouissance, et pour cela
empêcher toute identification à la loi. Admettre donc l'hypothèse d'un ego
"légalisé", déjà-marqué par la loi, puis identifier radicalement la
jouissance et la loi (mais non leur mixte unitaire et fantasmatique) pour
jouir librement des fantasmes de lois jouisseuses ou de jouissances
interdites.
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