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- D'après une lecture de
:
- Hervé Castanet, La
perversion, Anthropos, 1999
Le cas de la
"jeune homosexuelle" permet à Freud d'illustrer sa thèse, déjà affirmée en
1919, selon laquelle la perversion s'enracine dans l'histoire oedipienne du
sujet. C'est l'occasion également de distinguer rigoureusement deux sortes
de comportements, l' "acting-out" et le "passage à l'acte", ce dernier étant
en l'occurrence analysé par Freud comme "réponse perverse" (en l'espèce une
tentative de suicide). On connaît donc l'histoire de cette jeune fille de
bonne famille, éprise d'un amour platonique pour une Dame plus âgée, plutôt
du genre cocotte mondaine, mais que cette jeune fille idéalise au point de
se comporter devant elle en amoureux transis, sur le modèle de
l'amour courtois. Aucun symptôme, aucune plainte ne justifie sa présence
dans le cabinet du psychanalyste, sinon une démarche du père que cette
liaison exaspère, d'autant que visiblement la jeune fille provoque son père
en s'exhibant sans retenue en compagnie de la Dame. Freud s'attache ici à
justifier le traitement de certains cas de perversion, même s'il n'évoque
évidemment pas la perspective d'une guérison. A partir du moment où elle
crédite la perversion, et notamment l'homosexualité, d'une genèse psychique
ancrée sur le drame oedipien, l'analyse peut contribuer à en dévoiler les
mécanismes et répondre ainsi à une demande du patient. Dans le cas de cette
patiente de Freud, la mise en place d'une perversion homosexuelle
n'intervint qu'à l'adolescence, période qui voit une "régénération
pubertaire du complexe d'oedipe", alors que la mère attendait un quatrième
enfant. Cela ne put que raviver le désir inconscient d'avoir un enfant de
son père ; mais cet événement, vécu comme une trahison, déplaça l'intérêt
pour le père (et les hommes en général) en intérêt pour la mère (pourtant
haïe inconsciemment) et les femmes en général (plutôt âgées). Voici donc la
jeune homosexuelle défiant ouvertement son père, lui montrant grâce à cette
liaison somme toute frustrante la hauteur et la pureté d'un véritable amour.
A la limite, comme le dira Lacan, elle aime ce " rien " ou ce manque
lui-même, symbolisé par le signifiant " phallus ". Mais justement, là où
d'habitude le signifiant fait son effet de sens, de métaphorisation du
désir, la jeune fille ne peut ici que montrer, théâtraliser, par déplacement
métonymique, son désir passionnel. Le fait de se montrer publiquement en
compagnie de la Dame relève de l' " acting out " et maintient une adresse à
l'Autre. Seulement ce qui finit par se produire, alors justement que le père
croise le couple dans la rue et s'en offusque, alors que la Dame s'en
inquiète à son tour au point de vouloir faire cesser cette relation, c'est
une tentative de suicide de la jeune fille qui se précipite et tombe sur la
voie du chemin de fer urbain. Là, nous ne sommes plus dans la logique de
l'acting-out, mais dans celle du passage à l'acte. En quoi cet acte précis
signe-t-il la voie perverse du désir ? Il serait naïf d'expliquer ce geste
comme une réaction désespérée face au courroux du père (courroux
ordinairement recherché) ou même au rejet un peu vif de la Dame. Cet acte,
si vain qu'il puisse paraître, n'est pas une fuite ou un "appel" mais une
réalisation, pas une question angoissée mais une réponse résolument adaptée
à la logique du désir pervers : le désir initial et préservé, simplement
déplacé, d'avoir un enfant du père. Freud joue sur le double sens, en
allemand, du verbe "niederkommen", signifiant "venir bas", "accoucher", mais
aussi "tomber"… En tombant sur la voie ferrée, elle revient de son
identification au père-amant et devient elle-même l'enfant qu'elle ne put
avoir avec lui, elle s'identifie à l'objet chu, sorti du champ symbolique.
En outre, Freud voit une composante autopunitive dans cette tentative de
suicide, la jeune fille retournant contre elle un désir de vengeance à
l'égard de ses parents, tour à tour coupables de trahison. Le passage à
l'acte constitue donc une réponse, mais il n'y a pas vraiment de question,
pas vraiment de sens… Qu'elle fasse d'abord le père, puis qu'elle fasse
l'enfant, ne fait qu'inscrire la jeune homosexuelle sur l'axe imaginaire de
la symétrie et de la réciprocité, règne sans partage du narcissisme. L'enjeu
est le suivant : passer d'une réponse somme toute imaginaire, encore
pro-vocante à l'endroit de l'Autre paternel, à une réponse réelle ou
réellement autonome du sujet où celui-ci pourrait répondre de son
acte. Car le passage à l'acte pervers, avec ses effets réifiants (comme dans
le cas de la jeune homosexuelle), demeure la conséquence d'une question
oedipienne (question du sujet sur le désir de l'Autre) laissée en suspens.
L'acte subjectif, où le sujet se fait acte, ne saurait être que la réponse
du réel à la question du sujet - et non l'inverse, car le réel, en
non-philosophie, n'est pas en question. Le réel, plus exactement, c'est
qu'il y ait réponse, c'est que réponse soit donnée à une question
qui, sinon, ne se pose pas.
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