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- D'après une lecture de
:
- Jean Clavreul, in
Collectif, Le désir et la perversion, Seuil, 1967
Le complexe de
castration ne consiste pas tant dans la découverte d'une absence que dans la
réalisation d'un manque, et ce manque ne porte pas tant sur la chose (le
pénis manquant en question) que sur le savoir même de la chose. En même
temps qu'il découvre qu'on peut physiquement être privé du pénis, l'enfant
doit réaliser que son savoir antérieur (la croyance en un pénis maternel)
était erroné, par conséquent qu'un savoir peut très bien être faux. Cette
disjonction du savoir et de la vérité n'est pas forcément facile à vivre,
car il y va aussi d'un savoir sur la mort et sur sa propre finitude (un
savoir peut mourir, donc le savoir ne dispense pas de la mort). Le pervers
en particulier n'admet pas d'avoir été trompé concernant son tout premier
objet d'amour ; il ne peut pas comprendre que ce qui sous-tenait cet amour,
soit le désir, était lui-même motivé par un manque et un défaut de savoir ;
car il n'y aurait eu ni désir ni amour sans la relation avec un tiers qui,
nécessairement en savait un peu plus sur ce désir et lui donnait sa mesure.
Alors pour dénier que le manque puisse causer le désir, et que le savoir
puisse faire défaut, le pervers se satisfera d'une présence, d'un instrument
de jouissance à portée de main, et d'un savoir-faire éprouvé (pouvant se
doubler de discours interminables) sur les choses de l'amour. Il cherchera à
père-vertir l'analyste notamment, en taxant son discours de paternalisme
impuissant, lui refusant le statut de sujet-supposé-savoir. Grand
illusionniste et grand metteur en scène concernant la jouissance, le pervers
ne reconnaît pourtant pas l'illusion à la racine de tout savoir et de toute
expérience amoureuse, dans la mesure où l'objet d'amour (et son savoir lié)
est toujours la substitution d'un objet définitivement absent et donc la
métaphore d'un manque. Alors que le fétiche du pervers serait plutôt pour
lui la métonymie d'un plein. Faisons quand même observer que si le pervers
confondait totalement les ordres du savoir et la vérité, s'il écartait
l'illusion au profit d'un savoir absolu, totalement intégrant, il ne serait
plus pervers mais psychotique. D'une certaine manière cette attitude
relative au savoir fait elle-même partie de la mascarade, puisque tout est
mascarade selon lui ; c'est une manière de rediriger et de canaliser
l'illusion pour ne pas la laisser s'attaquer aux fondements, à la Chose
identifiée au Savoir. Contrairement au fou, donc, le pervers se tient
lui-même en retrait : tout entier adonné au culte de la jouissance, il se
cantonne par principe à l'inutile, à la brillance et au faire-valoir, et lui
qui n'a pas souffert d'être trompé devient à son tour le plus grand des
trompeurs. La psychanalyse, qui voit l'illusion et le manque au fondement du
Savoir, n'est-elle pas d'une certaine façon son complice en se présentant
comme une illusion nécessaire ? "Avant" la Chose, dont le statut est certes
d'emblée fantasmatique, "il y a" le Réel qui ne se résout pas dans l'absence
de la Chose (absence engendrant le désir, ou le dépit) mais dirons-nous dans
sa non-possibilité radicale. Le su de la non-existence de la Chose
est l'antidote contre le Savoir de la Chose et le savoir de l'illusion de ce
Savoir, lesquels font système.
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