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- D'après une lecture de
:
- Joël Dor, Structure et
perversion, Denoël, 1987
Il est
intéressant de comparer la psychose et la perversion, car si chacune relève
d'implications structurales différentes, c'est le propre de la structure que
d'offrir en même temps des potentialités frontalières. De fait, on constate
de nombreux comportements pervers chez les sujets psychotiques ; on sait
aussi qu'il existe des zones d'ambivalence - le transsexualisme, par exemple
- présentant des traits aussi bien pervers que psychotiques. La différence
réside dans le sort réservé au signifiant de la loi et surtout à la capacité
de celui-ci de faire signification pour le sujet. Ne pas distinguer
signifiant et signification, en l'occurrence, relève précisément de la
psychose. A qui, ou plutôt à quelle place le sujet réfère-t-il le signifiant
de la loi ? Dans le cas du pervers, la loi conserve une signification car
elle est encore référée à l'instance paternelle, même s'il faut composer
avec la croyance contraire selon laquelle la mère possède le phallus. A la
différence du déni, la forclusion caractérisant la psychose ne laisse pas
opérer la métaphore du Nom-du-Père qui associe le signifiant du
Nom-du-Père au signifié du désir de la mère. La forclusion est donc
précisément l'absence de signification (la métaphorisation initiale), mais
non évidemment l'absence du signifiant comme tel. De même, il faut bien
supposer que le rejet de la castration par le psychotique suppose de sa part
un certain savoir de la castration ; mais ce savoir est rejeté dans l'Autre
sans être approprié par le sujet, ce qui se traduit notamment par
l'incapacité d'assumer une parole subjective. En un sens la structure
perverse est plus complexe car, s'inscrivant dans la signification
qu'introduit la référence de la loi à l'instance paternelle, elle hypothèque
sérieusement cette attribution en la dévalorisant, en la ramenant à une pure
supposition, que les défis et les transgressions permanents ont tôt fait de
mettre à l'épreuve. De sorte que l'attribution phallique finit par revenir à
la mère sous l'effet d'un court-circuit singulier. Imaginer que la mère
possède le phallus, transgresser la loi du père, ce n'est pas ignorer la loi
mais au contraire se soumettre à une version particulière de
celle-ci comme loi de la jouissance. Autant dire que le sujet
pervers détourne la signification de la loi du désir - c'est le manque
comme véritable signifié du signifiant phallus - du côté d'une objectivation
et d'une réalisation s'avérant hâtive et inadéquate. L'un des destins les
plus étranges et paradoxaux du signifiant phallique est atteint avec le cas
du transsexualisme : ne pouvant pencher du côté homme ou du côté femme, il
est identifié au signifiant de la différences des sexes elle-même, soit un
signifiant qui tend à s'auto-signifier, jusqu'à l'absurde. D'une façon
générale, le pervers accole une signification trop prégnante au signifiant
de la loi, puisque dans son interprétation celle-ci, il se voit
signifier l'obligation de jouir. Cela dit, il n'a pas tout à fait tort
de rejeter la castration inhérente à la loi du désir qui fait du manque (de
jouissance) le premier signifié. Dans les deux cas on reste prisonnier de la
mystification philosophico-analytique par excellence (commune au
psychotique, au pervers et au névrosé) : le mythe d'une jouissance première.
N'est-il pas évident que le seul signifié-sans-signification, le seul qui
fasse non loi, non commandement et non volonté de jouissance, est
précisément le joui en tant que terme désignant le réel signifié ?
Celui-ci ne "manque" ni au pervers ni au psychotique, lesquels accèdent donc
- mais toujours secondairement - à la jouissance.
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