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D'après une lecture de :
Gérard Pommier, L'ordre sexuel, Flammarion, 1995

 

 

Selon Gérard Pommier, le symptôme névrotique s'inscrit dans l'après-coup d'un traumatisme imputable à la constance de l'amour paternel. Le symptôme fait mémoire de cet événement traumatique en même temps qu'il scande l'existence du sujet. Le trauma est proprement le temps de la père-version, un temps mythique où l'amour paternel vient contrebalancer la castration maternelle, mais transfère le manque sur le sujet lui-même. Par son intervention, le père rend vivable cette castration maternelle en la faisant oublier, par conséquent sur le mode d'un premier déni pervers. Le vécu (psychotique) de l'angoisse de castration est lui-même hors du temps, tandis que le manque, le désir, la castration symbolique initient le temps subjectif, l'ouverture de la temporalité du sujet. C'est le temps du désir, modulé par un écart toujours variable entre jouissance et insatisfaction, qui par ailleurs s'écrasent dans le symptôme. Mais entre psychose et névrose, l'origine mythique et père-verse du temps est occultée, refoulée, au même titre que l'amour du père dont le souvenir est insupportable, violent et irrationnel. On passe notre temps, c'est le cas de le dire, à fuir ce temps mythique et nous lui substituons un temps qu'on pourrait qualifier d'utopique. Au mythe de l'origine du temps, de l'amour paternel creusant le sillon du désir subjectif, on substitue alors le mythe de la fin des temps, qui n'est pas moins pervers que le premier. N'oublions pas que si, dans le mythe, Kronos permet la naissance des enfants en castrant Ouranos (lequel se cramponnait à Gaïa et l'empêchait d'enfanter), et crée par-là l'histoire, il les dévore aussitôt et tente donc de fermer le temps qu'il a ouvert (pour éviter justement les histoires… après). Il n'oublie pas de donner la mort en donnant le temps. L'image de Kronos dévorant ses enfants, reprenant ce qu'il a donné, n'est-elle pas emblématique de la fatalité d'un amour dévorant, celui que les sujets névrosés vouent maintenant à leur père idéal ? Les sujets pervers, eux, ressuscitent franchement le temps du traumatisme, le temps du mythe, qu'il projettent en autant de catastrophes futures et annoncées, imputables naturellement à un père tout puissant et vengeur. Il ne leur reste plus qu'à œuvrer pour un recommencement radical, pour la "renaissance" d'une "race" "pure", pour l'apparition d'un homme "nouveau", etc. Revenons maintenant sur les attendus de départ, sur la départition effectuée entre d'une part l'événement traumatique de l'amour paternel, en lui-même mythique et hors du temps, et d'autre part l'instauration du temps subjectif par l'intervention du même père, conduisant à la castration symbolique. Faisons le geste de désolidariser l'origine mythique du temps, soit la jouissance paternelle, et la temporalité désirante du sujet qui, à force d'utopie, peut très bien se faire délirante. Si la psychose est le retour du réel dans une dilatation-contraction insupportable du temps, synonyme d'angoisse, la solution du sujet n'est-elle pas dans la réinvention du temps de l'amour ou de la jouissance paternelle, comme temps pervers tourné réellement "vers" la jouissance (et non vers le père, comme dans la névrose ou la perversion "clinique") ? Ainsi le temps de la jouissance n'est plus mythique et la jouissance du temps n'a plus rien d'une utopie.

 

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