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Que Freud
choisisse un fantasme avoué par des névrosés ("un enfant est battu"), et non
par des pervers, pour expliquer la genèse des perversions n'est pas anodin.
Cela prouve : 1° que la perversion est une spécificité structurelle et
subjective, logiquement déterminée ; 2° qu'elle est justement abordable par
le fantasme, et non directement par les pratiques sexuelles des patients ;
3° que le fantasme est construit, et non spontané (ou réductible à une
composante pulsionnelle), faisant le lit de la pulsion. Il se trouve que "un
enfant est battu" correspond, selon Freud, à la phase terminale d'une telle
élaboration, supposant l'organisation psychique de l'Oedipe et donc
inscription d'une "position subjective". Problématique oedipienne dont le
"trait pervers" constitue l'une des séquelles, l'une des cicatrices
possibles. Freud qualifie ce trait de "primaire" ("trait primaire de
perversion") qui trouve son origine dans une fixation infantile,
c'est-à-dire fixation à un fantasme infantile. Mais sa réalité est complexe
et peut se déployer en trois ph(r)ases, incluant bien la dimension
oedipienne. 1° "Le père bat l'enfant… haï par moi". Priées de se
"remémorer", les patientes de Freud remontent généralement à cette première
étape, qui fait nettement référence au père, et inscrit le sujet dans un
rapport de concurrence et de haine avec les autres enfants. Cette phrase
concluant sur le "soi", on dira avec Lacan qu'elle reflète la structure du
"sujet assertif". 2° "Je suis battue par le père". Après le temps de l'amour
incestueux, on passe logiquement à une phase masochiste qu'on peut
interpréter comme une expression du sentiment de culpabilité. Noter que
cette phase est logiquement (re)construite par l'analyse, mais qu'elle n'est
jamais remémorée. Freud y voit l'essence même du masochisme (pervers) dans
sa dimension érotique propre, c'est-à-dire au-delà de l'image de la punition
(de l'autre), le surinvestissement libidinal de la conscience de
culpabilité, et le passage à l'acte (onanistique) comme substitut de la
relation prohibée. Le sujet de cette phrase sera dit "indéfini", ou
ambivalent, pour souligner le caractère essentiellement imaginaire et duel
de cette relation à l'autre (le père déchu de sa place symbolique redevient
"semblable"). 3° Enfin "un enfant est battu" est la phrase clairement
énoncée, sinon facilement avouée, du fantasme de nombreux sujets névrosés
(selon Freud). Ni le père ni le moi ne reparaissent dans cette formulation à
l'aspect par conséquent seulement sadique. Mais précisément, seule la
formulation du fantasme est sadique ; la satisfaction éprouvée reste
masochiste. En effet, seule compte la position du sujet en cette affaire,
réduit au "on" impersonnel et réifié du point de regard, celui qui assiste à
la scène. La dimension foncièrement imaginaire du fantasme (pouvant induire
bien sûr, chez les sujets pervers, des pratiques réelles) apparaît bien dans
cette troisième phase. Mais elle apparaît aussi comme la conséquence d'une
chaîne symbolique, celle qui s'arrête précisément sur "l'image" anonyme,
indépassable, indéfiniment réitérable, d'un "enfant que l'on bat". C'est
pourquoi un processus repéré ici comme formation fantasmatique mérite
l'appellation de "trait primaire" : toute inscription subjective (en termes
de "fixation", d'"identification", de "position", etc.) correspond à un
trait logique d'abord purement différentiel, dont l'image de l'enfant battu
voire la phrase entière du fantasme sont des matérialisations. Cependant le
terme de "primaire", comme chez Lacan d'"unaire", occulte malencontreusement
un réel, celui précisément que le terme battu indique sous sa forme
passive. On ne veut pas dire que le père bat réellement et nécessairement un
enfant, mais bien qu'un enfant est battu : ce dernier terme, en
tant que terme (-Un) et non en tant que trait (-Autre : limite ou
différence), pas même comme résidu d'action (impliquant sujet, victime,
circonstances...), précède toute élaboration fantasmatique pour un sujet et
lui sert en même temps de cause réelle.
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