




























































|
|
- D'après une lecture de
:
- Catherine Millot, Gide,
Genet, Mishima. Intelligence de la perversion, Gallimard, 1996
Ce terme de
"transmutation" est utilisé par Catherine Millot (Gide, genet, Mishima.
Intelligence de la perversion, Gallimard, 1996) pour définir proprement
l'opération perverse en tant qu'elle s'effectue par l'écriture. Il ne suffit
donc pas d'affirmer un lien entre la disposition perverse d'un sujet, voire
ses pratiques déviantes socialement, et son expression littéraire avec ses
particularités de style. Une telle conséquence s'impose d'elle-même, mais
elle ne dit pas en quoi l'écriture en tant que telle peut être qualifiée de
perverse. Il suffit de lire Genet, par exemple, pour s'apercevoir que
l'écriture permet une transfiguration de l'abjection en son contraire, un
passage de l'objet déchet vers une beauté idéale. L'écrivain pervers, à la
différence du simple sujet "victime" de sa perversion, si l'on peut dire,
s'intéresse par définition à la langue soutenant les fantasmes et les
passages à l'acte qualifiés de pervers. Sur ce matériau, l'art poétique
accentue et relance l'œuvre de la métonymie ; le lien entre cette figure et
la structure fétichiste, notamment, apparaît clairement. Littéralement,
autant que littérairement, le fétichisme opère à rebours du narcissisme : en
dévoyant les traits identificatoires, uniques et aliénants, dans le sens
d'une dissémination où le sujet ne se repère - en se destituant - que dans
la coupure, la différence, le relais vers cet Autre par excellence qu'est le
lecteur. La structure de la perversion ne consiste donc pas seulement dans
le désaveu, le démenti (Verleugnung), la négation de la castration,
comme Freud lui-même l'avait déjà remarqué. Elle ne réside pas non plus
uniquement dans la division du sujet, précisément entre un pôle de désir (Wunsch)
et un pôle constitué par la réalité (l'absence du pénis maternel). La
perversion s'appuie aussi bien et surtout sur l'aveu du désaveu en question,
et culmine dans la jouissance consistant à exprimer la déviance, le manque,
le ratage spectaculaire de la jouissance sexuelle. C'est ce qu'attend
au-delà de tout espoir l'exhibitionniste : dire à tous son désir de l'objet
regard, ce qui ne peut qu'infinitiser ce désir. A cet égard, quelle
jouissance, quelle exhibition la littérature ! On ne dira pas que l'écrivain
"sublime" ou dépasse sa perversion dans son œuvre, mais plutôt qu'il
pervertit la littérature ou fait de la littérature une perversion. En termes
métapsychologiques, la division du sujet prend alors "consistance" dans
l'imaginaire, elle devient transmutation. Force revient au "moi" et à sa
Spaltung propre (le "clivage du moi" est alors à distinguer de la
"division subjective"), consistant comme on l'a dit dans l'imaginaire à
l'œuvre.
|