- D'après une lecture de
:
- Joël Dor, Structure et
perversion Denoël, 1987
Tout comme les
transsexuels, les "vrais" travestis sont des hommes. Mais à la différence
des premiers, ceux-ci ne rejettent pas leur identité sexuelle masculine
puisqu'il s'installent plutôt dans la bissexualité, et jouissent d'une
division caractéristique à tous les pervers. C'est cette distinction entre
transsexualisme et transvestisme qui compte, beaucoup plus que la
répartition secondaire faite habituellement entre 1° les travestis
hétérosexuels, qui s'habillent en femme exclusivement dans le cadre de
l'acte sexuel et sa préparation, et qui s'apparentent aux fétichistes ; 2°
les travestis exhibitionnistes qui jouent sur le registre de l'extravagance
et du spectacle, et atteignent leur jouissance dans l'acte du dévoilement ;
3° les travestis homosexuels, souvent prostitués (et parfois transformés
pour des besoins commerciaux), qui exacerbent et parodient la dimension
séductrice d'une féminité stéréotypée. Donc, contrairement au transsexuel,
le travesti n'est pas directement identifié à la mère, mais à son phallus
imaginaire ; récusant l'attribution phallique du père, il se fait lui-même
phallus au moyen du vêtement, et porte celui-ci comme" une femme,
c'est-à-dire comme il s'imagine qu'une femme doit le porter. En tant
qu'homme lui-même, il ne fait qu'hyper-représenter la représentation
masculine du féminin et sa fantasmatique "sexy". Le travesti ne peut
approcher le féminin que par le biais de la séduction, en l'occurrence par
la séduction des signes de la féminité eux-mêmes (que cela soit la
parure ou les " formes "), puisque généralement la manœuvre ne vise pas à
séduire l'autre (homo ou hétéro) mais soi-même dans le miroir… L'assortiment
d'une séduction fascinée et généralisée avec la parodie excentrique du
féminin constitue la manière d'être la plus courante du travesti. Au plan
inconscient, il s'agit toujours d'une défense devant l'angoisse de
castration et un déni de l'absence du pénis maternel. Le vêtement féminin
vient métaphoriser ce déni dans la mesure où il voile/dévoile le sujet comme
porteur dudit pénis, malgré une apparence de femme ("je
sais bien, mais quand même"). Contrairement au fétichiste, il ne cherche pas
à cacher l'absence de pénis maternel en arborant un objet écran, mais à
dissimuler son propre pénis derrière une mascarade vestimentaire et même
corporelle qui doit assurer au maximum l'apparence du féminin. Paradoxe : si
logiquement le travesti vise à conformer sa réalité avec l'imaginaire d'une
féminité non castrée, c'est toute l'esthétique féminine qui est ici utilisée
et "pervertie" à seule fin de nier le réel de la différence sexuelle. Mais
la posture réellement féminine consiste ordinairement à pervertir,
littéralement à parer cette représentation exclusivement phallique
du féminin. Toute femme qui n'est "pas-toute" (comme le dit Lacan) dans le
féminin (c'est-à-dire dans le maternel) est spontanément parée ou
travestie, jouant sa féminité dans le voilement/dévoilement
d'attributs imaginaires. On dégage ainsi la notion d'un transvestisme
universel, dont les pervers se font sans doute les hérauts, mais pas
forcément les meilleurs représentants !