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- D'après une lecture de
:
- Hervé Castanet, La
perversion, Anthropos, 1999
En tant que mode
de subjectivité perverse, le voyeurisme n'est analysable et intelligible que
référé à la pulsion scopique ; inversement, cette pulsion comme toute
pulsion en général ne se comprend qu'en référence au sujet et à ce qui le
conditionne nécessairement, soit le signifiant. Le sujet pervers ne se
définit pas comme victime de la pulsion, ou débordé par elle : d'abord parce
que la perversion n'est pas la pulsion, ensuite parce que ni la pulsion ni
la perversion ne peuvent être vues comme des "débordements". Pour bien
comprendre la fonction réelle du regard dans le voyeurisme, il faut remonter
jusqu'à la distinction freudienne de la pulsion et de l'objet. L'objet n'est
qu'un élément de la pulsion, et ce n'est pas ce que la pulsion capte ou
atteint comme étant de nature à la satisfaire. L'objet a une dimension
paradoxalement plus subjective que cela : on verra qu'il représente
nommément le sujet dans la perversion (ainsi du regard dans le voyeurisme).
L'objet véritable se constitue comme l'absence même derrière la multitude
"indifférente" (Freud) des objets effectivement appréhendés. La satisfaction
de la pulsion, au niveau de l'objet, est impossible : l'objet est depuis
toujours perdu, disparu. Si satisfaction il y a, néanmoins, ce ne peut être
qu'en fonction de ce ratage et de la remise en circuit de la pulsion qu'il
opère. Du coup l'objet n'est rien d'autre que ce rien, ce vide sans cesse
contourné suivant les quatre figures (de l'objet 'a') que sont, d'après
Lacan, le sein, les fèces, le regard et la voix. Ces quatre objets
présentifient la jouissance comme absente, comme perdue, comme interdite.
Inter-dite : c'est là qu'intervient le signifiant, et donc le sujet. C'est
parce qu'elle est toujours jouissance d'un sujet que cette jouissance est
impossible, précisément parce que le sujet "de" la jouissance (un sujet qui
serait le produit de la jouissance ou pire qui la produirait) n'est pas. De
même, si le parcours pulsionnel vers l'objet 'a' exclut le sujet comme tel,
ce n'est pas moins d'une forme de subjectivation ("acépahle" dit Lacan)
qu'il s'agit. Alors l'objet 'a', le rien particulier si cher au voyeur est
naturellement le regard. Le regard qu'il faut opposer à la vision par-delà
toute différence du visible et de l'invisible. Le regard lui-même est
toujours éludé, invisible dans le champ de la représentation : c'est
pourquoi il présentifie si bien le manque. Sans être présent, il pré-existe
au champ de ma vision, qu'il conditionne et structure, en tant que rapporté
au champ de l'Autre. C'est parce que je suis toujours-déjà-regardé que je
peux voir, et cette structure échappe par principe à la conscience (auto-définie
comme vision de soi, vision en boucle). S'il est ainsi rejeté, oublié par la
conscience, c'est parce qu'il en dévoilerait l'essence narcissique. Lui même
est libidinal à souhait, le regard condense pour-moi la jouissance de
l'Autre, qu'isole et manque tout à la fois la pulsion en son tracé.
Observons donc (si l'on ose dire) que ce n'est point un sujet, mais l'objet
'a' (en lieu et place du grand Autre) qui regarde et qui cause, surtout dans
le cas du voyeur, le désir de voir. Que se passe-t-il au niveau du fantasme
de celui-ci ? Comme dans tout fantasme, le sujet y est présent : il se voit,
non entrain de voir, mais vu-entrain-de-voir, et narcissiquement il
s'identifie à ce regard attribué à l'Autre (imaginairement). Il se fait
objet regard plutôt que de supporter le manque (dans l'Autre) d'où tout
regard procède. Un voyeur cherche donc toujours un regard auquel il va
s'identifier, où il va disparaître comme sujet : c'est d'abord en ce sens
qu'il cherche la "fente", qui n'est autre en elle-même que l'objet-regard ou
le manque. Mais le voyeur n'en sait rien ou n'en veut rien savoir, il voit
plutôt dans cet objet le secret ultime de la jouissance de l'Autre, dont il
se fait par nécessité le garant et le sauveur. Il est notoire que l'ampleur
de son échec ne soit pas pour le décourager. A la limite, l'échec prévisible
fait partie intégrante du fantasme : il se voit vu entrain de voir, comme on
l'a dit, mais l'objet regard en l'Autre, auquel il s'identifie a priori,
paraît second par rapport au vu lui-même qui n'est en rien un objet
(ni un sujet), mais le réel cause de dernière instance - encore plus
"cause", si l'on peut dire, que l'objet. Le vu n'a même pas la propriété,
comme ce dernier, d'être "soustrait" au champ du visible ; il n'est pas en
l'Autre de la représentation mais dans l'Un du représenté, "une fois chaque
fois", et n'a aucune part dans la structure du fantasme. C'est-à-dire qu'il
faut distinguer le vu (du) regard de l'Autre (nul génitif ici, mais une
conséquence unilatérale du vu vers le regard), seulement réel donc, et le vu
de l'Autre (attribuable à l'Autre) du regard du sujet (génitif subjectif
puis objectif), au niveau du fantasme.
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